HÉBERGEMENT DE SOLDATS CHEZ L'HABITANT

Madeleine Ferron dans son ouvrage "Les Beaucerons ces insoumis":
«La tradition orale ne transmet aucun trouble sérieux entre occupants
et occupés» puis, elle poursuit: «Il faudrait être naïf pour imaginer
que ces huit années d'occupation n'ont pas causé de perturbations ou
laissé des souvenirs tangibles». Joseph Edmond Roy révèle plusieurs
doléances adressées au gouverneur: des brutalités, des abus de pouvoir
de la part des soldats allemands.»

Mais dans l'ensemble, on dit ces cas isolés, mais, il y restera
toujours un doute en raison du silence systématique entourant ces
années de présence de soldats allemands sur le territoire québecois.
Par le fait aussi que l'on a essayé d'effacer toute trace de cette
présence non seulement dans l'histoire mais aussi aujourd'hui comme
dans la télésérie "Le Canada, une histoire populaire"

Imaginons que quelqu'un s'avise d'écrire une histoire de France
du 20ieme siècle escamotant la période de l'occupation allemande pour
les années de 1940 a 1944.

Carleton ne pouvait pas digérer la superbe indifférence affichée
par les Habitants dans ce conflit. À l'arrivée des Prussiens, il
utilise le billetage des soldats comme mesure punitive, en affectant
les soldats à raison de 3 ou 4 par famille, et même plus, excédant
largement les capacités d'accueil de ces familles. Le nombre de soldats
affectés était proportionnel au degré de sympathie pro-américaine
reconnue pour ces familles.

Ce qui constitua une source de tension entre les soldats et les habi-
tants. Suite a des représentations la situation s'améliora par la suite,
avec l'arrivée de Haldimand au printemps 1778.

Dans une note datée du 23 novembre 1778, Conrad Gugy, conseiller légis-
latif et seigneur de Yamachiche, fit des représentations à Haldimand
pour lui demander qu'à cause des lourdes corvées, les Habitants n'aient
pas à loger autant de soldats.

Une autre note cette fois-ci datée du 23 mars 1779, (Machiche)
Le Capitaine Augé au général Haldimand:

"Ennuis causés par le cantonnement d'un officier dans une petite maison:
la famille se trouvant forcée de se loger dans une même chambre, et
signale le refus de l'officier d'une maison plus grande."


Carleton n'hésitait pas aussi à utiliser les troupes allemandes comme
force d'occupation. On relève dans les archives une de ces actions
punitives:


Le 30 juin 1777: B.39, B.M. 21699 (Collection Haldimand)

Le général Edward Foy au lieutenant-colonel Ehrenkrook:
"Conduire un détachement de troupes allemandes à l'Assomption pour y
maintenir l'ordre, se saisir des miliciens et les envoyer prisonniers
Montréal: prêter main forte au capitaine de milice."


"Une action punitive est dirigée par le colonel Ehrenkrook contre
la municipalité de Mascouche à la suite de l'attitude récalcitrante
de 32 habitants de servir dans la milice. Cette action punitive par
le général Edward Foy, se déroule de la façon suivante:


À la suite de la plainte portée par le capitaine de milice, le
commandant de Montréal envoie à Mascouche:



"Un détachement de troupes qui pillèrent presque toutes les maisons
et violèrent plusieurs filles et femmes."


"Quelque temps après, ajoute Sanguinet l'on renvoya les habitants
chez eux, qui trouvèrent leurs femmes et filles déshonorées, châtiment
terrible qui ne se fait pas parmi les Barbares et le général Guy
Carleton ne fit aucun exemple."


"C'est le lieutenant colonel Ehrenkrook, du régiment de Rhetz, qui
avait dirigé l'opération de répression de Mascouche."




Après leur campagne en sol américain, les Allemands revinrent
dans la Province de Québec, pour tenir leur quartier d'hiver. Ils
prirent logement comme prévu chez l'habitant.


Les troupes poursuivirent leur entraînement. Reidesel réalisant
que ses soldats étaient moins bon tireurs que les Américains, il
fit tenir des exercices de tir.


Il équipait aussi ses soldats de mocassins et de raquettes néces-
saires pour les déplacements sur la neige. Ils poursuivent également
ces entraînements pour se familiariser avec ces équipments sous les
regards amusés des enfants, observant à maintes reprises les soldats
piquer tête première dans la neige.


"Quant à la vie quotidienne des Allemands dans ces quartiers d'hiver de
1776-1777, elle pourrait se résumer ainsi: Les soldats recevaient leurs
provisions et payaient les habitants pour les autres services rendus.
Le bois de chauffage était coupé, au bois voisin par les militaires.
Les archives nous rapportent que les soldats étaient l'objet d'une
surveillance continue de la part de leurs supérieurs.



Pour ce qui est du logement, un fois les ajustements pour les sé-
jours des soldats finalement réglés avec l'arrivée de Haldimand, la
situation se stabilise. Si les régiments prussiens ont eu des problè-
mes en Europe avec les populations des territoires qu'ils traversaient,
ce ne fut pas le cas ici.


De facon générale, malgré les différences de mentalité telles que
signalées précédemment, Prussiens et Habitants firent bon ménage, même
trop au gré de Haldimand.


En effet, d'une part nous avons une population frondeuse, ayant l'esprit
libre des coureurs des bois, et affichant ouvertement sa dissidence
par rapport au régime colonial britannique:


D'autre part nous sommes en présence de troupes très disciplinées,
respectueuses de la hiérarchie et promptes à exécuter les ordres
reçus.


Immanquablement, cette cohabitation finit par "contaminer" la
troupe allemande d'où l'intention de Haldimand de sortir tous les
soldats de chez les Habitants. Il faisait part de ce projet dans une
lettre envoyée à Conrad Gugy et datée du 14 mars 1779.


Cette cohabitation n'est pas étrangère au fait du grand nombre de
désertions de la part des soldats prussiens, ce qui ulcérait le baron
von Reidesel. Ces désertions feront l'objet d'un prochain chapitre.

««ACCUEIL»»

««ROCHAMBEAU ET LE QUÉBEC»»

Sources:


L'histoire populaire du Québec (Jacques Lacoursiere)
Les Mercenaires allemands au Québec 1776-1783 (Jean-Pierre Wilhelmy)
"Collection Haldimand"
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