Hébergement des soldats prussiens


Hébergement des soldats prussiens

Les soldats prussiens à Québec en 1776 L'Angleterre estimant qu'elle manquait de soldats pour mater l'insurrection américaine, appela à la rescousse des régiments prussiens ou allemands, soient 30000 soldats au total pour la durée de la guerre d'indépen- dance américaine.

Ces troupes furent obtenues du duc de Brunswick et Hesse-Cassel de Frédérick II, à la suite d'un invrai- semblable maquillonnage. Un premier contingent formé de 4300 soldats arrivèrent à Québec au début de juin 1776. À l'automne de 1776, les troupes allemandes du général von Riedesel établirent leurs quartiers généraux à Trois-Rivières.

Ces quartiers seront gardés par les dragons de Brunswick et le régiment de Reidesel. Des détachements seront répartis dans les paroisses environnantes dont Yamachiche, Rivière du Loup (haut), et Berthier. Ils logeront chez l'habitant. Celui qui a pris cette décision à Londres de loger ces troupes chez l'habitant ne devait pas certes manquer d'humour. Il mettait en contact des gens dont les mentalités se situaient aux antipodes.

Ces relations entre la population locale et les militaires allemands résultèrent d'abord en choc culturel assez vif.

Ces régiments amenés pour la première fois sur un champ de bataille en Amérique, après avoir refoulé les Américains, furent utilisés dans la région du Lac Cham- plain notamment à Saratoga où cette armée fut captu- rée en son entier l'année suivante par les "rebels" amé- ricains.

Bien que non préparés pour ce type de combat en terre d'Amérique, ces troupes se conduisirent brillan- ment, mais subirent de lourdres pertes. Les Américains utilisaient des tactiques s'inspirant des anciennes milices de la Nouvelle-France, dont ils gardaient, après toutes ces années de cuisants souvenirs.

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Madeleine Ferron dans son ouvrage "Les Beaucerons ces insoumis": «La tradition orale ne transmet aucun trouble sérieux entre occupants et occupés» puis, elle poursuit: «Il faudrait être naïf pour imaginer que ces huit années d'occupation n'ont pas causé de perturbations ou laissé des souvenirs tangibles». Joseph Edmond Roy révèle plusieurs doléances adressées au gouverneur: des brutalités, des abus de pouvoir de la part des soldats allemands.»

Mais dans l'ensemble, on dit ces cas isolés, mais, il y restera toujours un doute en raison du silence systématique entourant ces années de présence de soldats allemands sur le territoire québecois. Par le fait aussi que l'on a essayé d'effacer toute trace de cette présence non seulement dans l'histoire mais aussi aujourd'hui comme dans la télésérie "Le Canada, une histoire populaire"

Imaginons que quelqu'un s'avise d'écrire une histoire de France du 20ieme siècle escamotant la période de l'occupation allemande pour les années de 1940 a 1944.

Carleton ne pouvait pas digérer la superbe indifférence affichée par les Habitants dans ce conflit. À l'arrivée des Prussiens, il utilise le billetage des soldats comme mesure punitive, en affectant les soldats à raison de 3 ou 4 par famille, et même plus, excédant largement les capacités d'accueil de ces familles. Le nombre de soldats affectés était proportionnel au degré de sympathie pro-américaine reconnue pour ces familles.

Ce qui constitua une source de tension entre les soldats et les habi- tants. Suite a des représentations la situation s'améliora par la suite, avec l'arrivée de Haldimand au printemps 1778.

Dans une note datée du 23 novembre 1778, Conrad Gugy, conseiller légis- latif et seigneur de Yamachiche, fit des représentations à Haldimand pour lui demander qu'à cause des lourdes corvées, les Habitants n'aient pas à loger autant de soldats.

Une autre note cette fois-ci datée du 23 mars 1779, (Machiche)
Le Capitaine Augé au général Haldimand:

"Ennuis causés par le cantonnement d'un officier dans une petite maison: la famille se trouvant forcée de se loger dans une même chambre, et signale le refus de l'officier d'une maison plus grande."

Carleton n'hésitait pas aussi à utiliser les troupes allemandes comme force d'occupation. On relève dans les archives une de ces actions punitives:

Le 30 juin 1777: B.39, B.M. 21699 (Collection Haldimand)

Le général Edward Foy au lieutenant-colonel Ehrenkrook: "Conduire un détachement de troupes allemandes à l'Assomption pour y maintenir l'ordre, se saisir des miliciens et les envoyer prisonniers Montréal: prêter main forte au capitaine de milice."

"Une action punitive est dirigée par le colonel Ehrenkrook contre la municipalité de Mascouche à la suite de l'attitude récalcitrante de 32 habitants de servir dans la milice. Cette action punitive par le général Edward Foy, se déroule de la façon suivante:

À la suite de la plainte portée par le capitaine de milice, le commandant de Montréal envoie à Mascouche:

"Un détachement de troupes qui pillèrent presque toutes les maisons et violèrent plusieurs filles et femmes."

"Quelque temps après, ajoute Sanguinet l'on renvoya les habitants chez eux, qui trouvèrent leurs femmes et filles déshonorées, châtiment terrible qui ne se fait pas parmi les Barbares et le général Guy Carleton ne fit aucun exemple."

"C'est le lieutenant colonel Ehrenkrook, du régiment de Rhetz, qui avait dirigé l'opération de répression de Mascouche."

Après leur campagne en sol américain, les Allemands revinrent dans la Province de Québec, pour tenir leur quartier d'hiver. Ils prirent logement comme prévu chez l'habitant.

Les troupes poursuivirent leur entraînement. Reidesel réalisant que ses soldats étaient moins bon tireurs que les Américains, il fit tenir des exercices de tir.

Il équipait aussi ses soldats de mocassins et de raquettes néces- saires pour les déplacements sur la neige. Ils poursuivent également ces entraînements pour se familiariser avec ces équipments sous les regards amusés des enfants, observant à maintes reprises les soldats piquer tête première dans la neige.

"Quant à la vie quotidienne des Allemands dans ces quartiers d'hiver de 1776-1777, elle pourrait se résumer ainsi: Les soldats recevaient leurs provisions et payaient les habitants pour les autres services rendus. Le bois de chauffage était coupé, au bois voisin par les militaires. Les archives nous rapportent que les soldats étaient l'objet d'une surveillance continue de la part de leurs supérieurs.

Pour ce qui est du logement, un fois les ajustements pour les sé- jours des soldats finalement réglés avec l'arrivée de Haldimand, la situation se stabilise. Si les régiments prussiens ont eu des problè- mes en Europe avec les populations des territoires qu'ils traversaient, ce ne fut pas le cas ici.

De facon générale, malgré les différences de mentalité telles que signalées précédemment, Prussiens et Habitants firent bon ménage, même trop au gré de Haldimand.

En effet, d'une part nous avons une population frondeuse, ayant l'esprit libre des coureurs des bois, et affichant ouvertement sa dissidence par rapport au régime colonial britannique:

D'autre part nous sommes en présence de troupes très disciplinées, respectueuses de la hiérarchie et promptes à exécuter les ordres reçus.

Immanquablement, cette cohabitation finit par "contaminer" la troupe allemande d'où l'intention de Haldimand de sortir tous les soldats de chez les Habitants. Il faisait part de ce projet dans une lettre envoyée à Conrad Gugy et datée du 14 mars 1779.

Cette cohabitation n'est pas étrangère au fait du grand nombre de désertions de la part des soldats prussiens, ce qui ulcérait le baron von Reidesel. Ces désertions feront l'objet d'un prochain chapitre.

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««ACCUEIL»».

««ROCHAMBEAU ET LE QUÉBEC»» .

Sources:
L'histoire populaire du Québec (Jacques Lacoursiere)
Les Mercenaires allemands au Québec 1776-1783 (Jean-Pierre Wilhelmy)
"Collection Haldimand"

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