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LE SIÈGE DE QUÉBEC ET LE MANIFESTE DE WOLFE DU 28 JUIN 1759.
Lorsque l'on a confié à Wolfe la tâche de s'emparer de Québec, plusieurs ont des doutes sur ses capacités. Même William Pitt, qui l'a nommé, est inquiet. Un soir, lors d'un dîner chez ce dernier, Wolfe quitte la table, dégaine son épée et fait semblant de taillader un ennemi imaginaire. Pitt s'inquiète vivement de cette scène. Wolfe pourtant n'est pas ivre, et plusieurs convives suggèrent qu'il est peut-être fou. Le roi George II accueille la nouvelle de l'incident avec bonne humeur:
«J'espère qu'il(ce fou)mordra quelques-uns de mes généraux.» (Extrait du "Le Canada, une histoire populaire")
Wolfe quitte Londres avec le quart de la marine britannique, qui est sous le commandement de l'amiral Charles Saunders. C'est une flotte extraordinaire qui compte 29 navires de haut bord, chacun portant jusqu'à 800 personnes, 22 frégates, 80 navires de transport et environ 55 petites embarcations. Ils transportent 15000 soldats, en plus des marins, 2000 canons et 40000 boulets, des chirurgiens, des pasteurs, des prostituées, des enfants et du bétail. La flotte s'étend sur 150 km, véritable ville flottante dont la population est plus importante que celle de Québec. (Le Canada, une histoire populaire)
Dès le 24 mai de cette année 1759, ayant été prévenu de la présence de cette flotte anglaise vis à vis de Rimouski, le gouvernement de Québec avait ordonné l'évacuation des habitants de la Côte Sud, de l'Ile d'Orléans et de la Côte de Beaupré. Les femmes, les enfants et les bestiaux sont repoussés à l'intérieur des terres, alors que les hommes valides de 16 à 60 ans doivent se rendre à Québec.
Le 27 juin, les troupes anglaises mettent pied sur l'Ile d'Orléans. Le 31 juillet de cette année, Wolfe ordonne un débarquement à la rivière Montmorency, qui se solde par un échec entraînant pour ses troupes de lourdes pertes. Pour se venger de cet échec, suivant ses plans, Wolfe ordonne à Monckton dès le 6 août de tout détruire de Beaumont à la rivière Chaudière. Le 22 août fut donné l'ordre de brûler les villages de la côte de Beaupré jusqu'à la Baie St-Paul, incluant les établissements de l'Ile d'Orléans.
À l'ile d'Orléans, rares furent les bestiaux qui purent être évacués en raison du manque d'embarcation. Les soldats-pyromanes de Wolfe s'emparèrent des quelque 5000 têtes de bétail que comptait l'Ile, pour satisfaire aux besoins de l'armée d'invasion venue à bord des 187 navires.
LE MANIFESTE DE WOLFE: (28 juin 1759)
Aussitôt qu'il eût mis pied-à-terre, Wolfe rédige son manifeste lequel est affiché aux portes des églises de St-Laurent et de Beaumont dont voici le texte intégral:
"L'armement formidable de terre et de mer que le peuple du Canada voit maintenant au sein de son pays, est destiné par le Roi, mon maître, à réprimer l'insolence de la France, à venger les insultes faites aux colonies anglaises, et à enlever complètement aux Français leurs meilleurs établissements dans l'Amérique du Nord. C'est pour cette fin qu'a été levée la formidable armée qui est sous mes ordres. Le Roi de la Grande-Bretagne ne porte pas la guerre aux paysans industrieux, aux ordres religieux, aux femmes et aux enfants sans défense: à ceux-ci, dans leurs pénibles positions, sa clémence royale offre protection.
Le peuple ne sera pas troublé sur ses terres, il peut habiter ses maisons et pratiquer sa religion en sécurité; pour ces inestimables bienfaits, j'espère que les Canadiens ne prendront aucune part au grand conflit entre les deux couronnes."
Mais, si par une vaine obstination et par un courage mal guidé, ils veulent prendre les armes, ils doivent s'attendre aux conséquences les plus fatales; leurs habitations seront pillées, leurs églises exposées à une soldatesque exaspérée, leurs récoltes seront complètement détruites, et la flotte la plus formidable les empêchera d'avoir aucun secours.
Dans cette situation malheureuse, et attaquée de près par une autre grande armée, que peuvent attendre les habitants du pays d'une oppositon? Les actes de barbarie sans exemple exercés par les Français sur nos colonies d'Amérique pourraient justifier la plus dure revanche de l'armée sous mes ordres.
Mais les Anglais ont de plus grands sentiments d'humanité, et ils écoutent les préceptes miséricordieux de la religion chrétienne.
Cependant si vous vous bercez d'illusions dans l'espoir de notre défaite, si vous refusez nos conditions et persitez à vous opposer, alors la loi des nations justifiera pleinement la nécessité de la guerre qui oblige à détruire un lâche ennemi; et lors les misérables Canadiens auront la douleur de voir leurs familles, pour qui ils ont exercé un courage inutile et dangereux, périr dans la plus grande famine, durant l'hiver qui s'approche. Dans ce dilemne que la sagesse du peuple du Canada se montre; l'Angleterre tend une main puissante, cependant miséricordieuse: fidèle à ses engagements, et prête à protéger ses droits et ses possessions, la France, incapable de défendre le Canada, déserte votre cause dans cette occasion importante, et, pendant toute la guerre, elle vous a assistés de ses troupes qui ont maintenu seulement en faisant sentir aux habitants du pays tout le poids d'une oppression injuse et illégale."
Donné à St-Laurent dans l'île d'Orléans, ce 28 juin 1759.
J.A. Wolfe.
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--"L'Année des Anglais" par Gaston Deschênes,
--"À travers l'histoire de Beaumont," par P.G. Roy,
--"Le Canada, une histoire populaire."
--"Histoire populaire du Québec" Jacques Lacoursière.