Les Plaines d'Abraham et les faux documents
Les Plaines d'Abraham et les faux documents


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� la suite d'un si�ge qui dura du 26 juin au 18 septembre 1759, Qu�bec capitule ce jour-l� suite � des tractations bizarres dans lesquelles le nouveau commandant en chef le chevalier de L�vis et son second de Bougainville ont �t� tenus �tonnamment � l'�cart.

(Fran�ois Gaston duc de L�vis, chevalier, mar�chal de France 1783)

Les deux officiers fran�ais � qui l'on avait demand� de hisser le drapeau blanc refus�rent. Ces derniers n'ayant pas re�u l'ordre de leurs sup�rieurs hi�rarchiques. Cette capitulation fit bondir le Chevalier de L�vis; "Il est inou� que l'on rende une place forte sans qu'elle soit attaqu�e ni investie, alors que cette campagne allait se terminer glorieusement."

Voici l'histoire telle qu'elle nous fut racont�e sur nos bancs d'�colier: (c'�tait avant 1940)

LES DEUX G�N�RAUX ENNEMIS MEURENT CONTENTS:

Sur un affrontement qui avait pr�c�d� de cinq jours la capitulation de Qu�bec, on a b�ti un drame �pique, avec entr�e en sc�ne des deux g�n�raux ennemis tu�s dans le feu de l'action. L'�crivain am�ricain Francis Parkman avait qualifi� cet engagement de moins d'une demi-heure, d'escarmouche. Dans ce drame �pique, pour citer notre manuel d'histoire, nous avons eu droit � des:

"Je meurs content, je ne verrai pas les Anglais dans Qu�bec," fait-on dire � Montcalm expirant.

Du c�t� du g�n�ral James Wolfe, agonisant, ce m�me manuel d'histoire raconte ainsi la sc�ne:

.-Un officier: "ils fuient",

.-Wolfe: "qui?"

.-l'officier: "Les Fran�ais"

.-Wolfe: "Ah, je meurs content."

Wolfe, rep�r� en raison de son uniforme trop flamboyant fut victime d'un franc-tireur et mourut selon les documents de l'�poque presque imm�diatement de ses blessures dans les broussailles de Sillery.

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LE TABLEAU:

Il y a ce fameux tableau de Benjamin West (1772) expos� � la galerie nationale d'Ottawa et repr�sentant Wolfe agonisant sur les Plaines d'Abraham. (VOIR LE LIEN.) C'est ce tableau qui fut propos� � notre admiration toujours dans ce manuel b�b�te: �ce jeune g�n�ral de 32 ans qui a conquis un empire.�

Dans les ann�es qui allaient suivre nous avons eu droit � toute une panoplie de discours de r�conciliations sur les Plaines d'Abraham, des films de l'ONF, des t�l�s�ries et aussi � des rencontres entre les descendants de Wolfe et de Montcalm. Il ne faudrait pas oublier les st�les et plaques comm�moratives dispos�es ici et l� sur le Parc des Champs de bataille pr�tendant indiquer les positions des diff�rentes unit�s des arm�es.

LES LETTRES DE MONTCALM ET DE BIGOT.

Sir Thomas Chapais, s�nateur et historien, dont le loyalisme ne peut �tre mis en doute faisait un brillant expos� sur la critique en histoire devant la Soci�t� Royale du Canada en 1926. Dans cet expos�, il �labore de la fa�on suivante: �Tous les documents n'ont pas la m�me valeur. Il y en a qui sont controuv�s.� (invent�s de toutes pi�ces)

Il donne en exemples des fausses lettres attribu�es � Montcalm et � Bigot. Comme historien, il admet m�me � l'occasion de �s'y �tre laiss� prendre, par ces lettres surgissant de toutes parts cent ans apr�s les �v�nements.� Il fait allusion entre autres � un document apocryphe paru � Londres en 1777, contenant justement des lettres de Montcalm et de Bigot dont ceux-ci ne sont pas les auteurs.

Il y a la fameuse lettre de Montcalm � Townshend, trait�e par l'abb� Casgrain dans son ouvrage Montcalm et L�vis dont le texte est cit� ci-apr�s:

�� travers les ombres de la mort qui l'enveloppaient Montcalm entrevit un dernier devoir � remplir, celui d'implorer la cl�mence du vainqueur pour le peuple de colons dont la d�fense lui co�ta la vie.�

Dans un grand nombre d'ouvrages relatifs au Marquis de Montcalm, on trouve cette lettre qu'il aurait adress�e de son lit d'agonie, au g�n�ral Townshend, pour lui recommander les Canadiens:

�G�n�ral, l'humanit� des Anglais me tranquillise sur le sort des prisonniers fran�ais et sur celui des Canadiens. Ayez pour ceux-ci les sentiments qu'ils m'avaient inspir�s; qu'ils ne s'aper�oivent pas qu'ils ont chang� de ma�tres. je fus leur p�re, soyez leur protecteur.�

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Toujours d'apr�s Chapais, cette lettre de Montcalm � Townshend, n'est ni cit�e ni mentionn�e dans aucun m�moire, dans aucun r�cit, dans aucun journal contemporain. Les papiers de Montcalm et de Townshend n'en contiennent aucune trace. Jusqu'en 1867, personne n'en avait jamais entendu parler.C'est une lettre qu'on cherche encore.

Et la logique sur le plan militaire dans tout cel�. D'apr�s ce r�cit, Montcalm agonisant apr�s avoir subit un revers qui lui co�ta 139 hommes, prit sur lui de rendre la place � Townhsend sans tenir compte des ses trois arm�es rest�es presqu'intactes, qui comptaient de 13000 � 15000 hommes.

Dans la chronologie des faits: comment a-t-il su que Wolfe �tait entretemps d�c�d� et que ce fut Townshend qui lui succ�da, tout cela dans la journ�e m�me.C'�tait peut-�tre de la t�l�pathie. Les Anglais n'ont s�rement pas claironn� dans l'imm�diat que leur g�n�ral bien aim� avait tr�pass�.

Revenons � une autre p��ce controuv�e: Dans le Dictionnaire biographique du Canada, sous la plume de W.J. Eccles de l'universit� de Toronto, un historien tr�s estim�, il est fait mention que les termes de la capitulation de Qu�bec auraient �t� r�dig�s par Montcalm, PLUSIEURS SEMAINES avant cette date du 13 septembre 1759` le texte de ce document se lit come suit: (du moins une des versions)

�QUAND IL N'Y AURA PLUS DE PAIN ON ARBORERA LE DRAPEAU BLANC ET ON ENVERRA L'OFFICIER DE LA GARNISON LE PLUS CAPABLE ET LE PLUS INTELLIGENT POUR PROPOSER LA CAPITULATION.�

Bref: mes enfants quand il n'y aura plus de pain, vous rendrez la place. Qu'en est-il des munitions?

LETTRE ATTRIBU�E � BIGOT: (Cit�e par l'abb� Ferland)

Un des prot�g�s de Bigot vient d'�tre nomm� commissaire dans un fort de l'Acadie. � peine arriv� � Beaus�jour, raconte l'abb� Ferland �Vergor re�u de son ami une lettre qui peint admirablement les dispositions du protecteur et du prot�g�:

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�Profitez, mon cher Vergor, �crivait Bigot, profitez de votre place, taillez, rognez, vous avez tout pouvoir afin que vous puissiez bient�t me venir joindre en France et acheter un bien � port�e de moi.� Serait-il possible qu'un homme aussi intelligent et retors que Bigot eut commis l'imprudence de l'�crire, d'exp�dier cette pi�ce aussi accablante au risque de la voir tomber dans des mains hostiles se demande Chapais?

Chapais poursuit: �Assur�ment l'abb� Ferland n'a pas invent� cette pi�ce. Mais �u l'a-t-il prise, on ne la retrouve nulle part dans les archives et jamais pareille lettre n'a �t� cit�e au proc�s de Bigot.

CONCLUSION

�a prenait une bonne dose de na�vet� pour b�tir ou perp�tuer une histoire comme celle des Plaines d'Abraham prenant appui sur des documents invent�s de toutes pi�ces. Pourtant ces documents �taient connus comme tels depuis 75 ans, rien n'�t� fait pour apporter des corrections.

Cette m�me histoire r�p�t�e � des g�n�rations apr�s g�n�rations a contribu� � fa�onner une mentalit� de perdant comme un intervant sur ce forum le soulignait, et dont le poids politique aujourd'hui est lourd � porter.

Encore aujourd'hui � la t�l�vision d'�tat on produit des t�l�s�ries historiques escamotant de grandes p�riodes. Non, quoi qu'on en dise, le r�cit de la Bataille des Plaines d'Abraham bas� sur des documents invent�s de toutes pi�ces est le meilleur bateau historique jamais mont�.

Il me faudrait revenir sur cette capitulation pr�cipit�e de Qu�bec du 18 septembre 1759, comme si on avait craint que l'arm�e anglaise allait se retirer avant le temps, celle-ci avait pr�vu l'embarquement � partir du 20 septembre et ne pouvait pas tellement retarder.

Toujours dans cette cuv�e des faux documents de 1777, il faudrait prendre connaissance d'une lettre attribu�e � Fr�d�ric II, du Landgrave de la Hesse-Cassel, dans le cadre de la guerre d'Ind�pendance am�ricaine.

��ACCUEIL��

��LE SI�GE DE QU�BEC��

Forum du Qu�bec: www. histoire.org.

Le 17 novembre 2001.

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