Les désertions
Les désertions


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Tel que mentionné dans ce document, au contact de la population et de l'atmosphère ambiant, en plus de la routine et de l'ennui, les vertus initiales des troupes se sont passablement effritées avec le temps.

Une situation qui amenait Haldimand a vouloir sortir les militaires allemands de chez l'Habitant pour les consigner dans les casernes. Une chose qui s'est avérée impossible.

Les soldats étant pour la plupart conscrits, réalisent que cette guerre après tout ne les concerne pas, de sorte qu'un grand nombre d'entre eux tentent de prendre la clé des champs. Dans leur quartier d'hiver les récits des jeunes gens "coureurs des bois" de retour dans leur foyer relatant leurs aventures dans les profondeurs de cette Amérique mystérieuse, les rendent songeurs.

Document No-1;

RAPPORT DU COLONEL SPETH;

Transcription


Mon Général,

Du bataillon du Lieutenant Colonel de Barner, désertèrent le 27 septembre 1778, le Soldat Michael Jehranmuller, et 8ieme de Mai 1779, le Chasseur Louis Busch,tous deux ont été rattrapés. Ils n'ont pu produire une seule Raison quelconque qui avait causé leur Désertions et ils ont avoué que c'était une fantaisie volage qui les avait engagé a commettre ce crime.

La Sentence de Guerre a condamné le chasseur Busch de passer les baguettes 8 fois par 200 hommes et le soldat Jehranmuller, 6 fois par autant de monde, leur punition aurait été plus rigoureuse, mais on a fait Réflection sur leur jeunesse et surtout envers le dernier puisqu'il est revenu volontairement de soi-même et par la on peut supposer un véritable repentir de son crime.

Pour accomplir l'ordre de Votre Excellence, je n'ai pas voulu manquer a se présenter de détails. Votre excellence me permettera de lui marquer en même temps très humblement que par l'inquisition contre ces déserteurs, on a découvert, que encore une fois, divers habitants sont complices de leur désertion parce qu'ils les ont assisté de diverses facons, leur fournissant des habillements canadiens et des vivres, les cachant chez eux, ou en quelques autres parties qui les ci-devant mentionnés Soldats pouvaient se cacher si lontemps en récompense les soldats ont travaillé chez eux pour fort peu d'argent, ou en quelque temps seulement pour la nourriture.


Les principaux de ces Habitants sont nommément:

1) L'Habitant Francois Berbell (?) de St-Esprit, le soldat
Jehranmuller a fait un Croix(?) pour lui, pour lequel il lui a donné
divers habillements, consistant en une paire de Souliers a la facon
du pays, une paire de mitasse, une chemise et un vieux gilet, ensuite
il a caché le mentionné soldat 3 jours dans les bois, et deux jours
dans l'étable des vaches. L'Habitant rejete le cachement comme faux
malgré que Jehranmuller lui l'a dit au visage, cependant, il ne peut
point renier d'avoir su que ce soldat était un Déserteur.

2)L'Habitant Joseph Marie Bélanger de St-Esprit, il l'a fait faire
un Croix(?) du même soldat, pour lequel il lui a payé 3½ piastres,
il savait pareillement que le Soldat avait déserté.

3) L'Habitant Nicolas Joseph Marseille de St-Esprit, Jehranmuller
a travaillé 15 jours chez lui, et lui a déclaré même qu'il avait
Déserté. pour toute excuse l'Habitant dit que Jehranmuller s'était
nommé le Domestique d'un officier qui était mort, et puisque les
Domestiques des officers francais n'étaient point engagés comme
Soldats, ni non plus considéré de la sorte, il n'avait pas cru de
manquer en quelque cas, en le recevant chez lui.

4) L'Habitant Francois Plouf l'a pareillement caché, et lui a
conseillé de dire qu'il était domestique d'un officier, que le
mauvais traitement de son maitre l'avait engagé a quitter son ser-
vice, en meme temps il l'a assigné au Soldat ou il pouvait s'engager
pour travailler. Le meme Plouf a recu chez lui l'année passée un
soldat déserté nommé Gottib Metzdorf, envers lequel il a déclaré
qu'il était bon Rebelle et lui a conseillé de se défaire de son
habit d'Ordonnance, et de dire qu'il était domestique d'un Offi-
cier mort,pour n'être point connu car outre cela on aperceverait a
son accentuation, qu'il n'était point Canadien. Également il a
raconté au dit Metzddorf qu'il avait toujours été de la partie des
Rebelles et qu'il tenait encore leur partie, aussi bien qu'il était
persuadé de recevoir les meilleurs biens, si les Rebelles revien-
draient dans le pays

Plouf ne veut point entierement accordé la vérité de cela, cepen-
dant le dit Metzdorf n'a non seulement lui dit tout cela autrement
au visage, mais il a aussi affirmé la déposition sous serment. Le
même Plouf a déja un temps l'année passée acheté 3 habits d'ordon-
nances de deux Déserteurs du Bataillon du Lieut. Colonel de Barner,
et les a traversé en Canot la Riviere, et ainsi favorisé leur Désertion

Le Chasseur Louis Busch a été caché et assisté par:
1) Le capitaine de milice Jean Baptiste Prujan de Yamaska,
2)L'Habitant Berbon Coeur, de Yamaka,
3)L'Habitant Mesing de Yamaska,
4)Le bon homme Boisvair de la Baye au grand pays Brulé et
5) La femme Flaut, de la même paroisse.

Le mentionné Busch a travaillé 2 mois chez le premier, chez le
2ieme deux mois et 8 jours, chez le 3ieme un mois, et le restant
du temps de son absence chez les deux derniers. Ils lui ont donné
des habillements, et n'ont point du tout ignoré qu'il était Déserteur,
aussi bien que selon la Déposition de Busc ils avaient l'ordre de
l'arrêter, mais qu'ils n'ont point voulu le faire, aussi bien qu'ils
ont prié le dit Déserteur de point le déclarer, qu'il avait été caché
chez eux.

Le colonel de milice Tonnancourt a été prié trois fois par l'inqui-
sition, de faire venir les cinq susmentionnées personnes, pour les
interroger sur la Déposition du Chasseur Busch, mais ils n'ont point
paru

Votre Excellence, jugera aisément par ce Rapport que tous ces habi-
tants par leurs procédés ont mérité une punition, et comme il sera
impossible de borné le crime de Désertion aussi longtemps que les Déser-
teurs sont persuadés d'être assistés, soutenus et cachés par les habi-
tants, la nécessité m'engage de prier Votre Excellence très humblement
de faire punir les dits habitants par une punition éclatante et exem-
plaire, car autre cela, ils continueront leurs procédés punissables
ouvertement.

J'ai l'honneur d'être avec le plus parfait Respect.

de Votre Excellence,

Le très humble et très obéissant Serviteur.

De Speth

Berthier, le 12ième Janvier 1780.

Sources:

Collection Haldimand


Les Mercenaires allemands au Québec 1776-1783(Jean-Pierre Wilhelmy)
L'Histoire Populaire du Québec, (Jacques Lacoursière)

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