Les Plaines d’Abraham; documents satiriques donnés comme authentiques

Sir Thomas Chapais sénateur et historien prononçait un exposé devant la Société Royale du Canada en 1926 portant sur la critique en histoire et des documents qu’il dit controuvés. (Inventés de toutes pièces) Il fait allusion entre autres à un document apocryphe paru à Londres en 1777, contenant justement des lettres de Montcalm et de Bigot dont ceux-ci ne sont pas les auteurs.

Dans un grand nombre d’ouvrages relatifs au Marquis de Montcalm (Montcalm et Lévis par l’abbé Casgrain) on trouve cette lettre qu’il aurait adressée de son lit d’agonie au général Townshend pour lui recommander les Canadiens.

«Général, l’humanité des Anglais me tranquilise sur le sort des prisonniers français et sur celui des Canadiens. Ayez pour ceux-ci les sentiments qu’ils m’avaient inspirés, qu’ils ne s’aperçoive pas qu’ils ont changé de maîtres, je fus leur père, soyez leur protecteur» Cette lettre souligne Chapais ne fut jamais retracée et pour cause.

Ce document apocryphe paru à Londres en 1777 est un ouvrage absolument satirique. De sorte que c’est avec étonnement que l’on trouve dans nos manuels d’histoire ces documents satiriques mais présentés comme authentiques

Ces pièces qui se veulent humoristiques s’ajoutent déjà à celles que l’on retrouve dans le dossier des Plaines d’Abraham lequel se révèle une véritable fabrique de faux .

Toujours dans cette cuvée de faux documents de 1777, il faudrait prendre connaissance d’une lettre attribuée à Frédéric II, du Landgrave la la Hesse-Cassel dans le cadre de la guerre d’indépendance américaine. Cela donne une idée du ton de cette prose.

Faut-il rappeler que le gros des forces appeler à combattre les Américains par les Britanniques consistent en des soldats loués des princes allemands.

L’un deux, le landgrave Frédéric II de la Hesse-Cassel, dans une correspondance avec l’un de ses hauts gradés en Amérique, le baron de Hogendorff, nous démontre bien qu’il n’a pas encore fait siennes les idées nouvelles. Aussi, voici ce qu’il ce qu’il lui écrit en cours de l’années 1777:

«Monsieur le Baron de Hogendorff, je ne puis assez vous témoigner combien la relation que vous m’avez envoyée m’a comblé de joie, la conduite des mes Hessois qui se sont fait immoler si héroïquement pour une cause qui nous est si étrangère, confirme toute l’opinion que j’avais de leur bravoure et justifie l’espoir que j’avais fondé sur leur attachement à mes intérêts, mais je ne puis pardonner aux nouvellistes anglais d’avoir diminué si fort le nombre de nos morts, pourquoi n’avoir pas avoué franchement qu’au lieu de neuf cents nous en avons perdu 1700!

En vérité, je ne trouverais guère mon compte à ce calcul et je ne puis l’attribuer qu’à un motif très intéressé de leur part.»

«Ces messieurs croient-il donc que trente guinées de plus ou de moins me sont indifférentes! Et cela, après un voyage aussi coûteux que celui que je viens de faire et qui m’a fait contracter tant de nouvelles dettes. Non, mon cher, que votre zèle pour mon service et vos désirs redoublent d’efforts en secondant par tous les moyens possibles, toutes le occasions qui pourraient se présenter pour animer, de plus en plus, mes fidèles sujets à se sacrifier. jusqu’au dernier même. Pour répondre a des vues aussi illégitimes, que nécessaires.»

«Témoignez bien de ma part au colonl, M... combien je suis mécontent de la conduite qu’il a tenue jusqu’ici, quoi? Le seul de tous nos corps qui n’a perdu qu’un seul homme jusqu’à présent, c’est se couvrir de la honte et redoubler mes peines; la signora F... que je viens d’engager en Italie va me coûter au delà de cinq cents guinées par an et puis ces Anglais voudraient encore me chicaner sur les blessés et estropiés, mais non ils me la payeront selon le même tarif fixé pour les morts, sinon, j’aime mieux qu’ils imitent l’exemple de ceux qui se sont laissé prendre à Trenton, en effet, quoi me serviraient ces misérables!

Ici? Ils ne sont plus bons à rien, d’ailleurs, à ces maudits rebelles qui tirent toujours si bas les auront sans doute rendus impuissants mais quant à cela, les Jésuites que j’ai envie d’appeler dans mes États s’en acquitteront mille et mille fois mieux et répareront bientôt toute la dépopulation qui ne s’y manifeste déjà que trop, c’est une expédient que m’a donné à Rome, le Cardinal T... qui m’a promis de me ménager cette affaire avec toute la dextérité imaginable: » Vous ne sauriez croire (m’a-t-il dit) combien la vue de tant de belles guinées ranime la vigueur.» Or, quoi qu’il arrive, jouissons du présent et ne nous mettons pas en peine du reste; sur ce, je prie Dieu qu’il nous tienne Monsieur le Baron de Hogendorff en sa sainte et bonne garde, à Cassel 1777: »

Il est rapporté que Benjamin Franklin a utilisé cette lettre en France pour convaincre les Français à se joindre aux forces américaines.

Source: Les mercenaires allemands au Québec (1776-1783)
Jean-Pierre Wilhelmy

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