Opérations dans le golfe du saint-laurent en 1942

Les attaques de l’escadron de Small contre les sous-marins ont incité le Commandement aérien de l’Est à envoyer un détachement de trois Hudson du 113e escadron à Chatham, au Nouveau-Brunswick, le 8 septembre 1942. Cette unité constituait un « détachement spécial de chasse aux sous-marins » au­dessus des routes de convoi du golfe du Saint-Laurent, où les sous-marins faisaient des ravages dans la marine marchande19. Le nouveau détachement a eu un effet immédiat dans ce secteur.

Le 9 septembre, le sous-lieutenant R. S. Keetley a piqué sur ce qu’il pensait être un voilier. Or c’était le U-165 qui croisait en surface à 32 kilomètres (20 milles) au sud de l’île d’Anticosti. Keetley n’a pas pu l’attaquer lors de son premier passage, mais, grâce à l’effet de surprise obtenu parce qu’il volait à 1,2 kilomètre (4 000 pieds) d’altitude, il l’a attaqué lors de son second passage, relativement peu de temps après que le sous-marin a eu plongé20. L’attaque de Keetley était très différente de celle qu’avait lancée un aéronef du 10e escadron six jours plus tôt.

Comme ce dernier ne volait qu’à près de 275 mètres (900 pieds), les guetteurs l’avaient repéré à temps, et le sous-marin avait plongé 20 secondes avant d’être attaqué. Une semaine plus tard, en se basant sur un renseignement, D. F. Keetley a surpris le U-517 à la surface, mais celui-ci s’en est tiré avec peu de dommages21. Alors que le sergent de section A. S. White couvrait un convoi le 24 septembre, il a repéré le U-517 au sud-est de Sept-Îles, au Québec. Le sous-marin a plongé trop rapidement pour que White puisse l’attaquer. Adoptant la tactique de l’aviation côtière que Small lui avait apprise, White a largué des balises marines avant d’aller avertir le convoi. Appliquant la « tactique d’appât » de l’aviation côtière, il est retourné sur les lieux quelques minutes plus tard et a largué des grenades sous-marines. Quoique le U-517 n’ait pas été endommagé au cours de cette attaque, sa présence dans le secteur était connue.

Cinq aéronefs ont donc mené, la nuit même, une opération de recherche et d’escorte22, qui n’a pas tardé à porter ses fruits. Peu avant minuit, un autre Hudson du 113e escadron, piloté par le lieutenant M. J. Bélanger, a pris le U-517 par surprise et a largué des grenades, qui ont provoqué deux explosions « violentes » près de l’arrière. Quoique cette attaque ait été bien menée, elle n’a pas coulé le sous-marin. Le lendemain matin, des Hudson du 113e escadron ont forcé le sous-marin à plonger deux fois; dans l’après-midi, Bélanger l’a de nouveau attaqué, mais il a encore plongé assez vite pour ne pas être endommagé. Le U-517 n’avait pas été coulé, mais le 113e escadron l’avait vu sept fois et l’avait attaqué trois fois en 24 heures. Le 113e escadron n’en avait toutefois pas terminé avec le U-517. Le 29 septembre, au large de Gaspé, Bélanger a surpris le U-517 à la surface. Bien que le capitaine du sous-marin ait remarqué que les grenades sous-marines étaient « bien placées », elles n’ont provoqué que de légers dommages.

La dernière attaque de Small contre un sous-marin allemand a eu lieu le 24 novembre 1942; il en a repéré un et l’a attaqué en fin d’après-midi, au sud-est de Yarmouth. Il a largué les grenades à plus de 45 mètres (150 pieds) devant les remous mais sans résultat. Le 11 décembre, le Commandement aérien de l’Est a mis fin aux opérations du 113e escadron à partir de Chatham; l’escadron a poursuivi ses explorations anti-sous-marines à partir de Yarmouth, et Small a commencé à donner une série de présentations afin de mettre ses subordonnés au courant des nouveautés en matière de sécurité, de navigation et de tactique23. Photo du MDN PL1185 reproduite avec l’aimable autorisation du Musée de l’aviation Shearwater

Le commandant d’aviation Small a lancé son attaque victorieuse contre le U-754 dans un Lockheed Hudson comme celui-ci, qui appartient au 11e escadron. Notez le motif blanc sur le ventre de l’appareil. L’escadron de Small a été le premier escadron du Commandement aérien de l’Est à utiliser ce camouflage.

Le dossier opérationnel du 113e escadron devenait impressionnant. Au total, les pilotes avaient vu 22 fois des sous-marins et lancé 13 attaques, toutes sauf une entre juin et novembre 1942. C’était plus que ce qu’avaient fait tous les escadrons du Commandement aérien de l’Est pendant l’année entière. Seule l’attaque de Small contre le U-754 a coulé sa cible, ce qui ne diminue pas l’effet des autres attaques. En fait, si celles-ci n’ont infligé que des dommages limités, elles ont forcé les sous-marins allemands, et c’est ce qui importe, à passer une grande partie du temps sous la surface, où ils ne pouvaient surveiller des cibles potentielles en raison de leur lenteur. C’était crucial, car l’objectif principal du Commandement aérien de l’Est et de toutes les forces aéronavales canadiennes et britanniques chargées de protéger le commerce était « la sécurité et l’arrivée à bon port des navires » et non la destruction des sous-marins24. De plus, ce que le 113e escadron ne savait pas à l’époque, c’est que ses attaques ont eu un effet psychologique important sur les équipages des sous-marins. Par exemple, l’historien

Michael Hadley écrit que le Kapitänleutnant Paul Hartwig, capitaine du U-517 :

« se souvient encore du stress provoqué chez les officiers de quart par la surveillance de l’Aviation royale du Canada, les “charges de dissuasion” et les attaques. Les aéronefs fondaient sur eux à l’improviste, bourdonnaient autour d’eux, sortaient d’un nuage ou volaient à basse altitude au-dessus de l’eau en plein soleil et larguaient des bombes. Même quand les attaques n’étaient pas précises, les bombes faisaient un “vacarme assourdissant”. Tous les officiers avaient été très éprouvés par ces attaques et préféraient faire leur quart sous la surface25 ».

En reconnaissance de ses exploits au sein du 113e escadron, Small a reçu la Croix du service distingué dans l’Aviation. Un de ses pilotes a également reçu cette médaille et plusieurs de ses aviateurs se sont vu décerner des citations à l’ordre du jour26. Les attaques menées par l’escadron ont également été reconnues par le gouvernement et par la presse, que le ministre de la Défense aérienne, C. G. « Chubby » Power, utilisait comme instrument de relations publiques au milieu de décembre 1942 afin de dissiper le sentiment de vulnérabilité que causaient les opérations des sous-marins allemands dans le Saint-Laurent.

En dépit des actions du 113e escadron, en faisant le point sur les activités de ses sous-marins dans les eaux canadiennes à l’automne 1942, l’amiral Dönitz a conclu que les défenses canadiennes s’étaient révélées relativement faibles. La marine allemande a ensuite décidé d’envoyer davantage de sous­marins dans le secteur. Si cette décision reflétait en grande partie l’échec de la Marine royale canadienne27, c’était une condamnation accablante des opérations du Commandement aérien de l’Est contre les sous-marins en 1942. les lacunes du leadership du commandement aérien de l’est

En grande partie en raison des nombreuses attaques menées par le 113e escadron, le maréchal L. S. Breadner, chef d’état-major de la force aérienne à Ottawa, a commencé à envoyer en août des tracés radiogoniométriques aux quartiers généraux du Commandement aérien de l’Est et du groupe no 1 à St. John’s, à Terre-Neuve. Il espérait que les aviateurs auraient une idée plus précise des opérations de l’ennemi dans les eaux canadiennes et pourraient mieux planifier leurs patrouilles. En outre, comme Small était l’artisan de la plupart des attaques réussies, il a été affecté au quartier général du Commandement aérien de l’Est pour aider le centre des opérations à bien diffuser et utiliser les renseignements radiogoniométriques.

Il était arrivé que les contrôleurs ne transmettent pas les renseignements sur l’activité des sous-marins. Ainsi, le 30 juillet 1942, l’un d’entre eux n’a pas donné la position d’un sous-marin à un patrouilleur parce qu’il « avait apparemment décidé que la situation ne justifiait pas l’envoi d’un aéronef dans le secteur28 ». Les difficultés opérationnelles du Commandement aérien de l’Est étaient dues en partie à la lenteur avec laquelle il acceptait et appliquait les tactiques de patrouille maritime mises au point par l’aviation côtière. Le quartier général d’Ottawa était tenu au courant de ces innovations tactiques depuis le printemps 1942, mais, à part le 113e escadron, les escadrons de patrouille maritime du Commandement aérien de l’Est n’ont adopté les tactiques de l’aviation côtière qu’à l’automne. Selon W. A. B. Douglas, ce retard s’explique surtout par « l’absence générale de leadership » chez les officiers supérieurs du Commandement aérien de l’Est, qui n’insistaient pas sur l’importance des innovations tactiques de l’aviation côtière et ne faisaient rien pour les faire appliquer par les escadrons29.

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