Le Fort Duquesne


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A-La bataille de la Monongah�la

Cette bataille ne fut peut-�tre pas la plus importante par l'ampleur des forces en pr�sences, mais l'enjeu �tait toujours pour le contr�le des bassins des Grands lacs et du Mississipi.

Le fort Duquesne (pr�s de Pittsburg, Pen) est un des premiers bastions qui bloquaient justement l’acc�s aux bassins des Grands Lacs et du Mississipi, lesquels �taient l'objet de convoitises de la part des coloniaux anglo-am�ricains depuis des d�cades. En fait pour les Am�ricains, l'enjeu de la guerre en Am�rique du Nord est de s'approprier les vastes espaces de la partie centrale du continent entre les Apalaches et les Rocheuses tandis que pour la Grande Bretagne c'�tait d'expulser la France de ses colonies d'Am�rique.

Un autre aspect qui est mis en �vidence est l’affrontement entre deux arm�es qui employaient des tactiques de combat diff�rentes. D’une part un corps d’arm�e: les forces anglaises qui s’en tenaient aux formations en rang�es ayant cours en Europe. D’autre part, les tactiques utilis�es par les forces de la Nouvelle France lesquelles s’inspiraient de celles pratiqu�es par les Am�rindiens. Ces tactiques requ�raient beaucoup de mouvements, une grande forme physique et o� on avait un grand souci de m�nager ses effectifs. On ne pouvait sacrifier les hommes, les ressources �tant limit�es.

L’historiographie a bien rapport� cette bataille, mais d’une fa�on g�n�rale on n’a pas fait le lien entre les diff�rents enjeux et des importantes prises de d�cisions qui ont suivi. Dans la premi�re partie du XVIIIe si�cle, la r�gion trans-apalachienne de l’Am�rique du nord reste comme elle a toujours �t� dans les si�cles pass�s. Des trappeurs et coureurs des bois, Fran�ais du Canada ou Anglais des colonies, voyageant � travers bois et rivi�res, mais les principaux occcupants de cette contr�e furent les autochtones �voluant dans une vaste nature sauvage.

Comme les colonies britanniques se d�velopp�rent � un rythme accru, leurs citoyens commenc�rent � convoiter ces terres riches au-del� des Apalaches comme perspectives de d�veloppements et de croissance �conomique. Les Fran�ais, r�clamant tout le bassin du Mississipi et du St-Laurent, ce qui engloba les Grand Lacs et la vall�e de l’Ohio, devinrent pr�occup�s par les vis�es anglaises dans cette r�gion. Aussi ils entreprirent l’�rection d’une s�rie de forts, dont Carillon sur le Lac Champlain, et sur les rivi�res Wabash, Ohio, Mississipi et Missouri.

Les Anglais de leur c�t�, construisirent leurs propres forts dont Oswego et le gouvernement anglais octroyait des territoires dans la vall�e d’Ohio � la Ohio Company et des trafiquants aventureux �tablirent des postes dans ces r�gions. En 1750, les repr�sentants anglais et fran�ais se rencontr�rent � Paris pour tenter de r�gler ces diff�rents territoriaux, mais aucun progr�s fut fait.

En 1752, le Marquis Duquesne fut nomm� gouverneur g�n�ral de la Nouvelle France avec le mandat sp�cifique de prendre possession de la vall�e de l’Ohio, �cartant de ce fait toute pr�sence anglaise dans cette r�gion. L’ann�e suivante, il envoya des troupes en Pensylvanie de l’ouest o� des forts furent �rig�s � Presqu’Ile, (lac �ri�) et � Rivi�re au Boeuf (Waterford).

En m�me temps, Robert Dinwiddie, lieutenant-gouverneur de la Virginie, octroyait des terres de la vall�e de l’Ohio aux citoyens de cette colonie, posant ainsi des gestes qui in�vitablement devaient conduire � un conflit. Dinwiddie, apprenant que les Fran�ais �rigeaient de nouveaux forts en haut de la rivi�re Alleghany, envoya un jeune officier virginien George Washington, livrer une lettre demandant aux Fran�ais de quitter la r�gion. La mission fut, chose non surprenante un �chec, mais sur le chemin du retour il observa que la jonction des rivi�res Alleyghny et Monongah�la, faisant corps avec l’Ohio, pourrait s’av�rer un bon endroit pour �riger un fort.

De sorte qu’au d�but de 1754, donnant suite � la suggestion de Washington, les Anglais entreprirent la construction d’un fort, appel� Fort Prince George, mais bient�t les troupes fran�aises arrivent sur les lieux, s’emparent du fort en construction chassent militaires et civils et compl�tent les travaux. Une fois le fort termin�, on le d�signe sous le nom de Fort Duquesne.

Dans ces endroits isol�s, le fort en plus de sa fonction de bastion, faisait office en m�me temps de centre communautaire pour les populations environnantes. En plus des services religieux, de dispensaire et d’hopital, le commandant servait d’arbitre dans les conflits entre les diff�rentes tribus. Quant au fort Duquesne, � cheval sur la fronti�re il dispensaitses services � la population environnante. On venait faire baptiser en territoire � ennemi �, comme le d�montre les registres. �galement on venait recevoir les premiers soins, toujours en territoire ennemi. En 1756, la page des registres indique 9 bapt�mes d’enfants � Anglais de Nation � sur les 12 naissances enregistr�es.

Entretemps � Londres, le gouvernement anglais est r�solu � prendre actions suite aux �checs r�p�t�s subis par les coloniaux aux mains des Fran�ais. C’est ainsi que le g�n�ral Edward Braddock fut appel� � prendre la t�te d’un corps exp�ditionnaire, dont la t�che initiale sera la prise du Fort Duquesne. � peine deux semaines apr�s son arriv�e il invita George Washington � joindre son �tat-major. Celui-ci accepta le poste � titre d’aide de camp avec le titre de Colonel (de courtoisie).

Braddock avait beaucoup d’estime pour Washington et �galement pour Benjamin Franklin, desquels il �crivait que c’�taient les seules personnes capables et honn�tes qu’il avait pu trouver dans ces provinces. Exception faite de ces deux l�, il consid�rait les coloniaux comme une bande irr�cup�rable. Leurs attitudes indolente et indiff�rente les rendent inaptes pour le service militaire. Obstin�ment, il essayait de former ces milices sur le terrain, pour les batailles rang�es � l’europ�enne. Ce fut peine perdue.

Benjamin Franklin mettait en garde Braddock contre les tactiques utilis�es dans les guerres en Am�rique. Ce dernier �cartait toutes mises en gardes ou suggestions. Finalement, Braddock, � la t�te de 3000 soldats anglais et am�ricains , marche vers le fort Duquesne qu’il doit d�truire. Ne voulant courir aucun risque l’officier anglais apporte avec lui une dizaine de canons de 18 livres. Il faut tra�ner ces lourdes pi�ces dans un pays sauvage. Les soldats doivent abattre des arbres, aplanir un chemin, construire des radeaux. L’arm�e avance � pas de tortue.

Claude-Pierre P�caudy de Contrecoeur, commandant du fort Duquesne, veut absolument arr�ter la marche de l’ennemi avant que ce dernier n’atteigne le fort. Aussi, il n’�tait pas �vident qu’il �tait en mesure d’arr�ter l’ennemi avec quelques centaines de soldats. Cependant, en raison de la lenteur dans la progression des troupes anglaises, il fut en mesure de recevoir du renfort.

Il put disposer pour affronter les troupes anglaises de 108 officiers et soldats des troupes r�gl�es de la Marine, de 146 miliciens canadiens et des 637 am�rindiens de Langlade. La troupe est sous le commandement de Daniel-Hyacinthe-Marie Li�nard de Beaujeu. >P>Quant � l’arm�e de Braddock, elle �tait consitu�e de 1459 officiers et soldats du corps exp�ditionnaire, de 500 miliciens de Washington, constituant l’avant-garde, et du bataillon de 800 soldats coloniaux du colonel Dunbar comme arri�re-garde. Cette arm�e s’avance sur un chemin allant du fort Necessity, � trois lieues du fort Duquesne, form�e en une colonne. Quelques r�giments de grenadiers ouvrent la marche, avec quinze hommes de front; l’artillerie occupe le centre et deux petits corps de cavalerie l�g�re forment l’arri�re.

Beaujeu divise les Am�rindiens en deux groupes qu’il installe de chaque c�t� du chemin, non loin de la rivi�re Monongah�la. Jean-Daniel Dumas, appel� � remplacer le commandant de Beaujeu; officier modeste mais efficace, a su tirer le maximum des �l�ments en main pour accomplir cet exploit.

Par la suite, il a r�dig� un rapport faisant �tat du traumatisme subi par la population des colonies anglo-am�ricaines et du prestige accru de la France, aupr�s des Indiens. Malheureusement cette situation ne fut pas exploit�e. On se battait � l'�poque � coups de mousquets pouvant tirer pour les plus habiles deux � trois coups par minutes, avec port�e effective � 80 pas.

B-La bataille de la Monongah�la : le 9 juillet 1755

Publication de la � State Historical Society of Wisconsin � :

� 600 guerriers sur un pied de guerre avec toute la panoplie de peinture et plumes, brandissant le tomahaw, le couteau � scalper, et bien pouvus de fusils fran�ais, sont pr�ts � monter � l’assaut. 70 r�guliers et 150 miliciens canadiens accompagnant les Indiens, all�rent � la rencontre de l’avant-garde de l’arm�e anglaise.

Les habits rouges de Braddock venaient d’enjamber le dernier cours d’eau et arriv�rent � moins de 7 milles (12 km) du fort qui �tait leur objectif. Le g�n�ral ordonnait d’avancer au rythme du tambour avec fifres et cornemuses animant la marche.

Les premiers efforts pour contrer cette marche furent vains, les miliciens s’empress�rent de se mettre � l’abri. De Beaujeu ralliant ses troupes est mortellement bless�. Langlade alors demanda � Dumas la permission de conduire ses Sauvages � un petit ravin que les troupes anglaises �taient sur le point d’enfiler, et de les surprendre en les attaquant de toutes parts. Ce fut un exp�dient d�sesp�r� mais le mouvement fut bien ex�cut�.

Les Indiens se d�ploy�rent silencieusement dans la for�t et prirent position derri�re des troncs d’arbre, chacun ayant dans sa mire un habit rouge. Au signal donn�, sur l’heure tranquille du midi, retentissent les cris de guerre, et d�s les premi�res salves, des centaines de soldats anglais s’�croulent.La for�t devient � toute fin pratique un enclos o� on se livre � un abattage; chaque coup venant d’assaillants invisibles.

Pour contrer ces vol�es toute bravoure est inutile. Les coloniaux, habitu�s aux tactiques indiennes cherchent � s’abriter derri�re les arbres, mais Braddock agitant son �p�e, fait signe � ses hommes d’aller de l’avant. Les soldats anglais se bousculant les uns sur les autres, font feu dans toutes les directions, atteignant leurs propres compagnons, tandis qu’incessamment les myst�rieuses vol�es venant de la for�t fauchent hommes et chevaux. L’artillerie s’av�re inutile, alors que les branches s’abattirent autant sur leurs ennemis que sur leurs propres troupes.

Les chevaux d�sar�onn�s parcourent en tous sens le champ de bataille, ajoutant � la confusion. Braddock eut quatre chevaux tu�s sous lui, alors que Washington son aide, en �tait � sa troisi�me monture. Braddock � la fin donna le signal de la retraite, mais au m�me moment, il fut atteint. La d�route fut compl�te. Les Anglais fuyaient terroris�s devant les Sauvages et les cris hideux de ceux-ci les glac�rent d’effroi. Les fugitifs n’avaient plus rien d’une arm�e, mais plut�t une bande �pars, fuyant vers les �tablissements les plus rapproch�s, sans se soucier de leurs camarades bless�s.

Les Fran�ais eux-m�mes furent surpris du r�sultat de leur sortie. Il ne firent aucune tentative pour se lancer � la poursuite des fuyards. Quant aux Indiens, ils ne purent �tre d�tourn�s du riche butin laiss� en place par l’arm�e en fuite. Langlade a gagn� ses �paulettes, m�me si comme subordonn� son nom n’appara�t pas dans les compte-rendus contemporains, il fut reconnu plus tard, autant du c�t� des officiers britanniques que fran�ais, comme le grand vainqueur de la Monongah�la.

La nouvelle de cette grande victoire se r�pandit dans les plaines de l’ouest, et fut confirm�e par la grande quantit� d’articles qui furent apport�s comme troph�es � la maison. Pour la p�riode d’hiver, suite � la d�faite de Braddock et une fronti�re laiss�e sans d�fense, les Indiens sous le contr�le de partisans fran�ais pouruivirent les incursions aux fronti�res de la Pensylvanie et de la Virginie. �

De � History of Illinois and Louisiana under the French Regime � :

� La panique de la d�faite se r�pandit rapidement � l’arri�re garde (800 hommes) command�e par le pusillamine colonel Dunbar, qui abandonnant son artillerie lourde et �quipement, s’enfuit par del� les montagnes � Philadelphie, laissant les �tablissements frontaliers sans d�fense. �

Dans le � Life & Times of George Washington � on dresse le bilan suivant : Les survivants ont d�clar� qu’ils n’avaient pas vu un seul Indien: ils n’avaient entendu que leurs cris hideux, qui vous gla�aient le sang. (blood-curlding yells).

Braddock: bless� mortellement, d�c�dait quelques jours apr�s. Des 86 officiers, 63 furent tu�s ou bless�s. Des 1373 hommes de l'arm�e de Braddock, seulement 450 s’en sont tir�s indemnes. On �value que la moiti� des miliciens de Washington furent tu�s ou bless�s. Quant � Washington lui-m�me, il fut � peu pr�s le seul officier � cheval qui s'en soit tir� indemne. Quant � l’arri�re- garde: aucune victime, pour cause.

Du c�t� franco-indien: 23 tu�s et 17 bless�s. Les registres du fort Duquesne mentionnent que 9 soldats et miliciens ont eu leur s�pulture.

Le combat a dur� moins de 6 heures. Le butin qui tombe aux mains des Fran�ais est consid�rable. Entre autres: 21 pi�ces d’artillerie, 1940 cartouches � mousquets, 1700 livres de poudres, 500 chevaux et 100 boeufs ou vaches.

Les autres exp�ditions projet�es contre les Forts Niagara et St-Fr�d�ric furent abandonn�es. Cette d�faite a sem� une grande inqui�tude dans les colonies anglo-am�ricaines. C’est � cette occasion, que l’on a �voqu� le projet de frapper la B�te � la t�te. Et la t�te de la B�te, �tait Qu�bec.

L’�tat-major britannique � Londres a r�agit fortement. Entre autres, il reproche aux troupes de Washington de les avoir laiss� tomber. Trois ans plus tard, le g�n�ral James Wolfe, (celui de Qu�bec) dans une lettre dat�e du 7 ao�t 1758 : � Les Am�ricains sont en g�n�ral les plus sales et les plus m�prisables chiens peureux qu'on puisse imaginer (...) Ils tombent raides morts dans leur propre frange et d�sertent par bataillons entiers officiers et tous les autres. � (Traduction du Dictionnaire biographique du Canada.)

C-�pilogue

Cette d�faite a longtemps hant� l’�tat-major britannique. 10 ans apr�s ces �v�nements un d�tachement s’est rendu en 1765, sur les lieux d’une des tribus ayant particip� � cette bataille de la Monongah�la. Ils ont pu r�cup�rer des effets personnels de soldats de Braddock, telles que lettres, tuniques, bottes, etc. Ils ont pu constater que des femmes portaient le kilt �cossais, un troph�e apport� par leur mari.

D-Commentaires Le chevalier Guillaume de la Pause, accompagnant les troupes fran�aises note dans son journal, commentant le tir des Indiens : � Ils tirent vite et bien � (Rapport des Archives nationales du Qu�bec).

Parmi les prisonniers on compte 7 femmes et plusieurs autres se trouvent parmi les morts. � La ma�tresse du g�n�ral Braddock, belle comme l'Amour, habill�e en amazone et mont�e sur un superbe cheval, a �t� tu�e � c�t� de son amant, malgr� toute l'envie qu'on avait de la conserver � �crit l'officier Michel Le Courtois de Surlaville. (Histoire populaire du Qu�bec).

E-Sources
Les Archives Nationales du Qu�bec
Les forts fran�ais en Am�rique (Marthe Faribault-Beauregard)
L’histoire populaire du Qu�bec (Jacques Lacoursi�re)
Life and Times of Washington (Curtis book 1967)
State Historical Society of Wisconsin
Louisiana and Ilinois under French Rule (Joseph Wallace )
Le Dictionnaire Biographique du Canada

F-Documents annexes-Archives Nationales du Qu�bec

Les pertes de la bataille de la Monongah�la
Journal du chevalier De La Pause

Jean-Daniel Dumas : (1721-1794), fils de Samuel Dumas et d'Anne Martin. N� le 24 f�vrier 1721 � Montauban, d�partement de Tarn et Garonne. Fait chevalier de St-Louis, le 17 mars 1756 � 35 ans et d�c�d� le 2 avril 1794, � Albias, d�partement de Tarn et Garonne.

Langlade : Charles Michel de Langlade, n� � Fort Michilimakinac, le 9 mai 1729. Fils de Augustin Mouet sieur de Langlade. D�c�d� en 1800, � Green Bay, Wisconsin. Consid�r� comme le p�re et fondateur du Wisconsin. � Auteur de l'embuscade historique de la rivi�re Monongah�la. � (Home University Encyclopedia)

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