Restons calmes
Restons calmes


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Jean Dion
�dition du samedi 16 et du dimanche 17 ao�t 2003
Mots cl�s : Canada (Pays), �tats-Unis (pays), Ontario (province), panne d'�lectricit�

Pfff. Sont un peu moumounes, les Ontario-Am�ricains, trouvez pas? Une petite panne de jus de rien et paf, 15 minutes plus tard, ils sont l� � nous raconter �a en direct � la t�l� avec une gueule de fin du monde. Il faudrait leur dire que nous, on en a eu une vraie, panne. Une panne d'homme, � faire s'agenouiller les pyl�nes. Trois ans, qu'elle a dur� (j'ai m�me un ami dans le Triangle de givre chez qui le courant n'est pas encore revenu, mais c'est peut-�tre parce qu'il ne paie pas ses comptes).

En plus, nous, les pannes, on se les tape en hiver, quand c'est dangereux. Pas par une belle journ�e d'�t� quand le soleil se couche � neuf heures, non monsieur. On se fait des barbecues dans le salon, on va b�cher de l'�pinette avec de la neige jusqu'au cou, on mange des conserves de raviolis froides. Et on ne se plaint pas, non monsieur.

Cela �tant, il existe une forme de divertissement passionnante � pratiquer lorsque survient un pareil ��v�nement�. Vous vous installez devant votre t�l�viseur, vous syntonisez l'un des quarante postes � diffuser la trag�die en continu et vous �coutez. Vous attendez qu'il se dise une connerie, puis vous changez de cha�ne. En g�n�ral, cela prend entre 15 et 30 secondes.

L'occasion est aussi excellente d'observer le journaliste � l'�tat de nature. G�n�tiquement, le journaliste est programm� pour affectionner les choses graves, ce qui lui permet de justifier son existence fi�vreuse. Aussi, si la situation est sous contr�le et qu'il ne se passe rien de particulier, il vous en fera part avec un petit air d��u. Ou alors, il vous dira qu'il ne se passe rien de particulier, mais qu'il est �absolument extraordinaire�, dans les circonstances, qu'il ne se passe rien de particulier.

Donc, oui, tout d'abord, � RDI, il y avait l'animatrice en studio qui discutaillait le bout de gras avec la correspondante � Washington. �Les gens doivent �tre inquiets dans le m�tro de New York...�, a dit l'animatrice. �J'imagine, oui�, a dit l'autre qui �tait, je le rappelle, � Washington, bondance. Changement de poste.

Oh, voici Dan Rather. 146 ans, mais toujours droit comme un ch�ne, Dan. D'entr�e, il sert un avertissement � l'auditeur. �Vous allez entendre des informations contradictoires�, pr�vient-il, soulignant que la situation n'est pas toujours claire dans les premi�res centaines de minutes qui suivent une catastrophe �lectrique. Mais pourquoi, Dan, avec toute la force de ta vaste exp�rience, tu ne livres pas en ondes que des informations v�rifi�es ? Es-tu en train de nous dire que tu racontes n'importe quoi sous pr�texte de remplissage ? Allez, bye, Dan.

Contenu canadien : Newsworld. �Je sais qu'il est difficile pour vous de r�pondre � cela, Chose, mais y aura-t-il des actes de pillage ?�, s'enquiert l'homme-ancre aupr�s de son envoy� sp�cieux, lui aussi �... Washington. Mais que veux-tu qu'il en sache ? Zap.

CNN. Ma pr�f�r�e. Une image et cinq lignes qui d�filent sans arr�t avec des nouvelles r�sum�es en une phrase qui ne veut rien dire. � CNN, le gars demande � une quelqu'une : �Par rapport au 11 septembre, y a-t-il une diff�rence dans la fa�on dont les autorit�s doivent r�agir ?� Ben non, mon coco, le 11 du 9, deux gratte-cieux ont jou� les ch�teaux de cartes, 3000 personnes sont mortes, le feu �tait pogn� partout, et l�, il ne se passe rien d'autre que du monde qui marche dans la rue, mais il faut r�agir de la m�me fa�on. Ciao.

Tiens, le r�seau TVA. �Les gens semblent avoir �t� surpris par cette panne.� Arr�te-moi donc �a, toi l�. Moi, quand je d�ambule dans un lieu public, je songe toujours : et s'il y avait interruption de courant dans cinq secondes ? Puis j'attends cinq secondes, et s'il y a toujours jus, je r�p�te l'exercice. Ainsi, je m'�vite d'�tre surpris. Par ici, ma t�l�commande ch�rie.

ABC. Du s�rieux : on interroge un expert, il s'appelle Granger Morgan et il est rattach� � la Carnegie Mellon University. �Alors M. Morgan, dites-nous un peu, quelle doit �tre la priorit� dans ces circonstances ?� Et que voulez-vous-tu qu'il r�ponde � cela, le prof Morgan, hmmm ? Il dit : �La priorit� est bien s�r de r�tablir le courant.� Tiens, toi. Vite, je veux revoir Dan.

Le revoici. Toujours cet air d'enterrement, monsieur Rather. Je me demande d'ailleurs quelle face il a lorsqu'il assiste � un vrai enterrement de quelqu'un qu'il conna�t; �a ne doit pas �tre publiable. Enfin, Dan en est rendu � l'�num�ration des consignes de s�curit� : �1. Restez calmes.� Il la r�p�te cinq ou six fois, probablement pour qu'on s'�nerve et qu'il vaille d�s lors la peine de nous dire de rester calmes. �2. Buvez beaucoup d'eau.� Quand il y a de l'�lectricit�, vous pouvez boire du Coke, mais pas en ce moment. �3. ...�

Ah mais, un instant, Dan. T'es-tu rendu compte que les consignes que tu �voques l�, si on peut les entendre, c'est qu'on a du courant, donc qu'on n'en a pas besoin ?

J. Dion

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