Le Cavalier de Madara
Emplacement et sujet
Madara était le principal lieu sacré du premier empire
bulgare avant la conversion du pays au christianisme au IXe
siècle. Ce que vous voyez ci-dessus est en fait une grande
murale, sculptée sur une falaise rocheuse presque verticale de
100 mètres de haut, près du village de Madara, dans le
nord-est de la Bulgarie, à 17 km à l'ouest de Shumen. La
sculpture, couvrant 40 mètres carrés avec les
inscriptions, est à 23 mètres du sol et l'artiste a
dû travailler sur des échafaudages, sans même
pouvoir regarder son travail de loin pour le vérifier; son
atelier était suspendu au rocher. D'ailleurs, cette
sculpture a été commandée pour être vue de
très loin.
La sculpture représente un cavalier triomphant d'un lion en le
transperçant de sa lance, lion qui représente le pouvoir
de l'ennemi vaincu. Un chien court derrière le cavalier. La
selle du cheval a un dossier, le cavalier porte une large cape et
derrière son épaule gauche, quelque chose pend, sans
doute un arc et un carquois. Le cheval a une poitrine et des flancs
larges et une splendide queue frisée. On voit les pattes, les
dents et la langue pendante du chien, et la crinière du lion. Le
relief montre des éléments de l'art
médiéval débutant. C'est un sujet très
ancien mais ici, c'est le monumentalisme qui en fait une oeuvre unique
et originale.
Des inscriptions (3, en fait) se trouvent de chaque côté
du cavalier et relatent, en grec, des événements qui ont
eu lieu entre 705 et 801. Elles datent de 3 époques
consécutives et sont les premières inscriptions
proto-bulgares sur l'histoire de la Bulgarie. L'ensemble est assez
détérioré, de grandes parties des inscriptions
manquent, mais seulement à cause du temps et des
intempéries (vent et pluie). Cette oeuvre n'a jamais
été attaquée par qui que ce soit, étant
davantage considérée comme historique (la fondation et la
consolidation de l'Etat bulgare) et non religieuse. Il y a 4 lettres
à part, probablement celles d'un nom commençant par Dan
ou Dam, sans doute celui de l'artiste. Ce serait peut-être
Daniel, ou Damianos, ou Damasos, mais dont ne sait rien.
La sculpture a été créée au tout
début du VIIIe siècle, environ 30 ans après la
fondation de l'Empire Bulgare en 681. Elle incarne un triomphe, celui
de la reconnaissance de l'Etat bulgare par Byzance. Elle marque aussi
une nouvelle époque, celle du nouveau monde européen.
Historique
Durant la période romaine, pendant plus de trois siècles,
une grande "villa rustica" (grande ferme) prospérait aux pieds
de la falaise. La forteresse trônait comme une croix de pierre au
sommet du Plateau de Madara pendant le Ve siècle. Ses tours ont
été reconstruites lorsque la première capitale de
la Bulgarie, Pliska,
a été établie tout près.
A la fin du VIIe siècle, les relations entre la Bulgarie et
Byzance étaient très complexes. Suite à une
bataille victorieuse, les Bulgares avaient gagné le droit de
fonder leur Etat, mais Byzance résistait. En aidant l'empereur
byzantin Justinien Rhinotmet (le sans nez) à remonter sur le
trône, le khan bulgare Tervel a été reconnu comme
le dirigeant du nouvel Etat et reçut le titre de "kessar",
deuxième rang après empereur mais avec tous les honneurs
dus à ce dernier, et Byzance accepta même de payer un
tribut annuel à la Bulgarie, lui cédant aussi la large et
fertile région de Zagora qui, à cette époque,
marquait la frontière avec la Bulgarie. C'était en 705.
Ce devait être une période de fierté et de
satisfaction qui a amené l'idée de cette sculpture:
ériger un monument pour l'éternité, pour
transcender les âges et survivre dans l'avenir. On ne sait pas
comment la victoire de Kervel a été fêtée,
mais on sait que c'est lui qui a fait ériger le monument pour sa
victoire. Eriger une pierre n'était pas suffisant car cette
victoire devait être connue et reconnue de tous, et à
laquelle la nature elle-même devait participer. Madara et sa
falaise était tout désigné comme endroit, car
cette cité était reliée, aux temps anciens, aux
mystères et cultes. Les proto-Bulgares y avaient
déjà établi leurs sanctuaires, et la vieille
forteresse était aussi importante pour la défense du
pays.
La sculpture a été étudiée une
première fois en 1895, puis en 1905 et 1954. Elle n'a jamais
été examinée avant 1872, année où un
voyageur hongrois, Felix Kanitz, a écrit dans son livre qu'il
s'agirait d'un relief sculpté du temps de l'empire romain. En
1884, ce fut au tour de l'historien Konstantin Irecek de
l'étudier et il a pensé que le cavalier serait un Thrace.
Quelques années plus tard, les frères Korpil, à
l'aide d'échafaudages, l'ont examiné de près et
ont vu que les textes dataient du début de la période
païenne bulgare. Skorpil a d'abord pensé qu'il
s'agissait d'un héros thrace, mais deux ans plus tard, surtout
à cause du costume du cavalier, il s'est ravisé et a
présumé que c'était l'image du khan bulgare Krum,
hypothèse qui a acquis une grande popularité
auprès du peuple. Finalement, d'autres recherches
menèrent à la conclusion que ça ne pouvait
être le khan Krum. Il s'agirait sans doute du khan Tervel
lui-même. Le cavalier de Madara a été inclus dans
la liste de l'héritage mondial en 1979 pour son exceptionnellle
signification historique.
Madara se trouve dans la plaine
du
Danube où vivaient des tribus thraces dans l'Antiquité.
Aux temps
préhistoriques, des humains devaient habiter les cavernes qu'on
y
trouve. Il y a un ancien sanctuaire thrace dans la grande caverne
ouverte sous les rochers, connue aujourd'hui sous le nom de la Caverne des nymphes:
Dans l'église des 40 St-Martyrs, on trouve une colonne sur
laquelle est gravée une inscription du temps du khan Omurtag
(1230)
*
Note:
La presque totalité de ces données vient du site
web
http://www.digsys.bg/books/cultural_heritage/madara/madara-intro.html.
S'y trouve un texte, en anglais, de Magdalina Stancheva dont j'ai
traduit les extraits ci-haut. Au travers de ma traduction, quelques
informations ponctuelles viennent du site
http://www.peakview.bg/history/m_kon.htm, lui aussi en anglais.