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SONNETS
Fleur d'�pine

Quelle est cette douleur, cette frayeur int�rieure
Qui gonfle mes entrailles, me les tord sans repis
une joie, une peine, c'est sans cesse une horreur
Qui m'arrache � mon monde sans �couter mon cri.

Elle me prend par dedans, savourant ma torpeur
Caressant mon bonheur de ses griffes jaunies.
Elle m'aveugle et me pend, d�gustant mon malheur,
D�vorant ma personne me bouffant sans sursis.

Le couteau que je plante, que je tourne dans ma peur,
la nourrit et l'engraisse, lui assure ses rondeurs.
Dans ce cercle vicieux, plus rien ne me prot�ge.

La beaut� de la vie elle s'en moque: je me meurs.
Rien n'a plus de couleur, ligott�e dans mes pleurs.
Je ne suis d�j� plus, je suis prise dans son pi�ge.
Camoufl�e

D'ou�e on m'a priv�e, comme tous les nouveaux-n�s
Et je peux affirmer que chaque �tre humain l'est
� diff�rents degr�s, d�pendant qui on fait
Car il n'y a que nous qui puissions le changer.

J'ai vu des bouches bouger mais ce qu'elles signifiaient
Rares sont ceux qui le savent car peu ont �cout�.
Je sais, bien entendu, qu'on peut entendre un rire
Mais comment deviner ce que l'autre a pens� ?

�tre humain qui es-tu pour voir tant de puissance
En l'organe imparfait qui est, avouez donc,
Rarement utilis� dans sa belle fonction ?

Nous sommes mal-entendants, beaucoup plus qu'on le pense
On croit tout comprendre qu'en entendant les sons
Alors que dans la vie, il faut chercher le fond.
Souvenirs (18 juillet 1992)

Pourquoi vous effacer et vouloir me brouiller ?
Moi qui comptais sur vous pour toujours me trouver
Perdue dans ce monde, courant apr�s le temps,
Vous glissez dans mes doigts au moindre coup de vent.

Chanson apprise par coeur, photo, dessin d'enfant
Apr�s vous je m'accroche pour tracer mon roman
Retenir qui je suis et ce que j'ai �t�
Avec vous en t�te, je peux y arriver.

Mais vous vous amusez � venir me troubler
Puisque quand je vous h�le, de noirceur aveugl�e,
� mon grand d�sespoir, Souvenirs vous fuyez.

Je suis un peu s�v�re, ma m�moire maltraitant,
Mais je le reconnais, toujours elle me reprend
Quand je tombe dans ses bras, je me revois enfant.
Torpeur

Encore quelques minutes de cet entre-deux brises
� balayer cet air sans en saisir la voie
� d�poser la paume d'une main de hantise
Sur ce vide �touffant qui se braque devant moi.

Encore une fois ce souffle, cette illusion d'assise
me renverse plut�t, ravalant mes �mois
Me replongeant am�re dans celle qui aiguise,
Qui affute et qui coupe, qui sans r�pis me noie.

Et devant cette torpeur, en moi la rage croit
Armant de vengeance, les mains et les mots dits
Qu'une fois si je vains, je pourrai avoir fuis.

Mais d�j� comme toujours, en ma�tres, en rois,
La salive de l'angoisse, les d�dales de la nuit,
Rembarquent dans leur train, d�poss�dant une vie.
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