Les accords de pêche soulèvent beaucoup de passions dans le débat que mènent les acteurs et les chercheurs aussi bien du côté des ACP que celui de l'UE. Le Fonds mondial pour la nature a en avril 1997 procédé à la publication d'une série d'études sur les subventions à la pêche et ses effets sur l'épuisement des stocks. L'une d'entre elles est consacrée à l'analyse économique des accords de pêche entre l'UE et l'Afrique. Les aides à la pêche ont pour conséquence de subventionner les flottes au-delà de l'optimum économique et biologique et donc de favoriser la surexploitation.
Pour le fonds mondial, les compensations financières constituent ni plus ni moins une subvention versée aux Etats africains par l'UE ; mais au bénéfice des bateaux européens. L'étude montre plusieurs phénomènes en centrant son analyse sur deux éléments majeurs des accords, le thon et la crevette. Depuis 1994, l'UE a signé seize accords dont la moitié concerne exclusivement le thon. Les compensations versées par les bateaux varient entre 3 000 et 54 000 ECU, pendant que le coût de la licence va de 1000 à 75000 ECU.
Les compagnies thonières paient moins de 15% du coût de l'accès à la zone de pêche, excepté en Guinée Equatoriale. Le tableau ci-après montre la part relative de la licence dans la valeur des captures.
L'analyse faite du rapport entre coût d'accès et valeur estimée des captures met en évidence une sous-déclaration des captures réalisées dans les ZEE à l'exception des Seychelles qui disposent d'un pouvoir de négociation. Les pays africains considèrent que la négociation devrait se faire sur la base de droit d'accès de l'ordre de 15 à 20 % de la valeur des captures. Or, du fait des sous-estimations des captures et du faible pouvoir de négociation des Etats africains, les ACP sont loin d'atteindre ces taux pour la pêche thonière. Sur la base d'une capture estimée de 600 T par an, les droits d'accès devraient être de 82 000 à 109 000 ECUS. La compagnie n'en paie que 1500 et l'UE y ajoute 9 000 à 14 000 ECUS par bateau. L'Etat africain ne reçoit que 10 à 20% des droits d'accès auxquels, en toute équité, il peut prétendre. Il subventionne donc la pêche européenne en renonçant de 80 à 90% des droits d'accès à sa ZEE.
Pour la pêche crevettière, le Fonds mondial axe son analyse sur un bateau de 250 Tx en Guinée. La valeur des captures s'élèverait à 743 000 ECUS. Les coûts de revient sont de 60%, soit 445 000 ECUS. La licence coûte 56 200 ECUS et l'UE verse 110 000 ECUS de compensations.
Sur un bénéfice total de 244 000 ECUS, l'UE en assure 46%. Ces chiffres sont des moyennes faibles. Il est parfaitement compréhensible qu'un navire crevettier puisse continuer à travailler même si la productivité et les captures diminuent bien au-delà de l'optimum biologique. Mme Emma BONINO le reconnaît en déclarant partager les positions de ceux qui disent que les accords de première génération ont simplement détruit les stocks par manque de contrôle efficace comme par exemple au Sénégal et en Guinée.
Les chiffres avancés dans l'étude de World Wildlife Fund (WWF) permettent de mesurer les aides considérables que reçoivent les flottes thonières et chalutières, à la fois explicitement de l'UE et indirectement des pays ACP eux-mêmes. Ces données doivent être une priorité urgente dans la redéfinition des accords. Pour l'amélioration de la situation, des mesures ci-après pourraient être envisagées.
Les organisations de pêcheurs africains se fondent sur les données de WWF pour mieux argumenter et mieux défendre leurs ressources et leurs droits dans le cadre des accords de pêche que signent les Etats