L'immensité relative du territoire Mauritanien par rapport à ceux de la sous région ouest africaine le prédispose à jouer, grâce sa position charnière entre l'Afrique du Nord et l'Afrique noire un rôle central dans l'édification et la consolidation des grands espaces régionaux. Mais l'hostilité du climat fait que ce pays ne compte que sur deux secteurs dynamiques de son économie : les mines et la pêche.
La pêche assure plus de la moitié des recettes d'exportation, le tiers des recettes budgétaires, 6 à 10% du PIB et 36% des emplois du secteur moderne. L'approvisionnement en protéine animale et la sécurité alimentaire des populations sont assurés par le poisson. Située en Atlantique centre est, entre le 14°15 et 20°40 de latitude Nord, bordant le littoral mauritanien, la zone économique exclusive est réputée être parmi les plus riches du monde en ressources halieutiques. Cette richesse est due à l'existence d'une intense activité d'upwelling dans ses eaux.
La Mauritanie contraint les armateurs côtiers et hauturiers étrangers, avec le contrôle et l'extension de la largeur des eaux territoriales, à négocier avec elle les droits d'accès dès 19972. Les accords signés, dans le cadre du système des licences, l'ont été pour les démersaux ; celui avec les Japonais en 1972 et avec l'URSS en 1974.
En 1979 les résultats décevants du système des licences, l'Etat mauritanien lance une nouvelle politique de pêche avec de grandes ambitions pour le secteur. Mais l'instabilité des cours sur le marché international du secteur minier, accentue le poids de la pêche sur l'économie nationale. Dans les années 80 une forte ruée des mauritaniens dans les villes vers la pêche se produit par suite de la décadence de l'activité agricole. La création de la société mauritanienne de commercialisation des produits de la pêche (SMCP) avec un monopole de la commercialisation des captures de démersaux congelés a été perçue comme un signal fort de la volonté politique des autorités. Elle avait pour mission d'assurer la transparence des opérations et le rapatriement des paiements. La nouvelle politique de pêche prévoit le remplacement des redevances au tonneau de jauge brute par une taxe sur le chiffre d'affaire à l'exportation des produits de pêche. Ce qui permit à la Mauritanie de devenir le plus important fournisseur de poulpe au Japon avec 37% des parts du marché.
L'armement national en raison de sa vétusté et de son manque de performance, est plongé dans une crise profonde : baisse des recettes, accumulation d'impayés dans les banques, malgré la thérapeutique draconienne des politiques d'ajustement structurel suivis depuis 1985. L'adoption en 1987 d'une nouvelle politique sectorielle par le gouvernement, laquelle tout en conservant les mêmes objectifs que la précédente, met en œuvre des mesures de conservation des ressources.
Mais avec l'importation des chalutiers chinois en 1994, la puissance de l'armement dépasse l'effort de pêche requis pour le respect des contraintes biotechniques. L'Etat mauritanien signe un important accord avec l'UE dans lequel le nombre de navires devrait doubler en 1998. Cet accord prévoit une compensation financière de 265 millions d'ECU pour le pays. Il élargit le champs des possibilités de pêche pour les bâtiments de l'UE dans la zone économique exclusive de la république islamique de Mauritanie (ZEE). La conséquence a été la baisse du potentiel halieutique dont celui du poulpe par exemple qui est passé de 50 000T en 1994 à 35000T en 1998.
Pendant ce temps la hausse du prix intervenue sur les marchés extérieurs notamment japonais a masqué la chute de la production consécutive à l'arrêt de 40% de l'effectif de l'armement national dont la vétusté est devenue de plus en plus handicapante.
D'ailleurs la SMCP a subi une baisse de 50% de ses recettes d'exportations. Jadis leader sur le marché du poulpe, la Mauritanie partage désormais la deuxième place avec l'Espagne dont les prises dans ses eaux égalent celles de l'armement national.
En 1998 un gel de l'effort de pêche a été préconisé qui devrait passer par la réduction ou le retrait de quelques unités européennes. Or la contrepartie financière en rapport avec ces dernières varie entre 64 et 65 millions dollars. Cette somme ne représente rien comparée aux pertes de recettes de la même année évaluées à 100 millions de dollars par rapport à 1995¹ . En plus la dégradation de la ressource, les difficultés de l'armement national victime de la concurrence déloyale de l'armement européen grassement subventionné, tout cela constitue un mirage qui à terme risque de compromettre l'exploitation durable et responsable des stocks marins mauritaniens.
Les tendances de la pêche en Mauritanie
Les flottilles étrangères représentent 90% des captures réalisées dans la ZEE mauritanienne. Le niveau de l'effort de pêche est déterminé par la demande de droits d'accès. L'UE domine dans toutes les pêcheries industrielles pratiquées dans le pays. Cette prédominance risque de se renforcer avec la mise en rebut des vieilles unités locales actuelles. En tant que principale puissance exploitante de la pêche dans ce pays, l'UE est concernée au premier degré par la conservation des ressources halieutiques. Pourtant, pour répondre au besoin de trésorerie la plupart des pays côtiers n'hésitent pas à sacrifier leur armement au profit de la flotte étrangère. La Mauritanie n'échappe pas à cette règle, alors qu'une telle situation pourrait être fatale pour l'avenir du secteur à moyen et long terme. C'est pourquoi la FAO recommande l'adoption du code de conduite qui préconise des accords de pêche responsables visant à y inclure des dispositions contraignantes dans l'accès des flottilles étrangères aux ressources halieutiques locales. Elles définissent en même temps les conditions d'une coexistence pacifique nécessaire pour la survie des pêcheries traditionnelles et semi - industrielles.
Les principales transaction commerciales de la Mauritanie portent sur la vente de droits à des armements étrangers, plutôt que de produits de pêche.
Plus de 98% des captures sont vendues à l'extérieur. IL s'agit entre autre du marché japonais (68-70%) de l'UE (30-35%). Les obstacles à l'entrée sont constitués par la législation sanitaire, les exigences de conditionnement et la présentation des produits. Les exonérations et allégements tarifaires octroyés dans le cadre de conventions multilatérales (Convention de Lomé, CEAO) ou bilatérales (Japon) sont fonction de la demande dont l'orientation globale est à la hausse.
La Mauritanie étant classée parmi les pays les moyens avancés (PMA) continuera de bénéficier sur le marché de l'Union européenne des dérogations de l'OMC quelle que soit la nature que prendra le futur accord UE/ACP.
¹Dr CHERIF Ahmed Mahmoud, PECHECOPS Mauritanie : Séminaire international, environnement et développement en Afrique Sub-Saharienne Abidjan, 6-8 avril 1999