Mélomanes et modernité
Où en est la musique aujourd'hui ?

Quel est l'effet de la musique actuelle sur la jeunesse ardente ? L'électroniqua pro-tool, la vague hip-hop, le rock n' roll, la musique populaire, le joyeux reggae, le jazz up, le classicisme ancien… Le disco ?… La varièt' ?…
En ce début de troisième millénaire, il faut bien avouer que c'est la grande soupe industrielle, vendue en sachets deux-titres qui fait l'unanimité dans le cœur des mélomanes. Ou des gens. Enfin des consommateurs. Des pouvoirs d'achat potentiels, voilà !
 
Et oui, la belle musique existe mais à côté, et ce en termes beaucoup moins bruyants, de la musique industrielle. Celle qui est considérée comme les pains du boulanger. Les bouteilles du viticulteur. Les lunettes de l'opticien. Les Euros du créancier. Cette musique-là pourrait bien s'assimiler aux appareils jetables. Aux produits standards. Prenons un exemple simple, celui de l'héroïne des petites filles de huit à quatorze ans : la reine des charts Britney Spears. N'entendez par-là aucune méchanceté de ma part même si je conçois bien que c'est un peu dur d'admettre que je la respecte en écrivant ceci. Mais Britney Spears, c'est, à mes yeux, l'illustration idéale de l'automate industrielle. Arrivée, par chance, beaucoup plus loin que prévue. Alors on fait comme pour les Pokémon. On approfondit l'idée, on tire jusqu'au bout sur les réserves de la pauvre potiche, on la fait devenir adolescente sexy pour le deuxième album et on la transformera sans doutes en sex-symbol de calendriers annuels quand viendra l'heure du troisième disque. Voici un modèle musicalement déchirant. Dans lequel il s'agit bel et bien de marché, de commerce, de gestion, d'image, de conjoncture et de top cinquante.
 
 
A côté de cela, il y a l'admirable suicide commercial de Radiohead qui avec son quatrième opus, " Kid A ", réussit la stratégie parfaitement inverse. C'est-à-dire une musique libre, des expressions sonores qui soulagent, des chansons qui enivrent. Autant de raisons pour Britney et ses copines de comprendre que leur art est bien différent de celui qu'on peut qualifier de musical.

Des Islandais, baptisés Sigùr Ros prennent d'un assaut paisible les chaînes Hi-Fi de ceux qui veulent rêver sur du vrai. Björk n'a jamais été aussi belle, Shivaree et sa chanteuse sont désarmants, PJ Harvey fait l'Olympia, Massive Attack revient… Il y a Fiona Apple, Tori Amos, Jewel… Paco de Lucia, Vicente Amigo, Jarabe de Palo et " La flaca "… Tous ceux-là passent aussi à la lumière fort heureusement.

Mais les puissants néons, les lourdes promotions et le grand public à consommation équivalente boit de la soupe. Des assemblages de tout ce qui a un jour marché et qui, en produit recyclé, pourrait bien se voir ressusciter. Yannick, en France, c'est le refrain de Claude François sur " Cette année-là " vaguement remasterisé, mal revu, à peine rappé pour deux millions d'exemplaires vendus. Dix bons points pour Yannick ! Robbie Williams, en Angleterre, c'est un nouveau sample de " I will survive ".
Les Spice Girls reviennent, elles font maintenant du Rn'B. Alysée a aujourd'hui 17 ans et nous dit tout bas que ses baisers ont un goût alizé. Les " comédies musicales " vraiment très loin de " West side story ", de " Grease " ou de " Holliday on ice " fleurissent de nulle part. On a droit à Notre-dame de Paris, à Roméo et Juliette, à Ali Baba, aux Dix commandements… Tout ce qui a un jour marché. Moïse avait cartonné en ouvrant la Mer rouge, on l'embauche au Palais des Sports. Shakespeare a écrit là un magnifique feuilleton d'amour, il se voir offrir une place de choix au Palais des Congrès. Et la compétition est passionnée. Les millions de disques s'envolent, les barres d'obstacles posées sont presque invisibles à l'œil nu, les records sont éventrés chaque semaine. Et il reste juste un petit problème, soigneusement écarté pas tous ceux qui animent ces jolies marionnettes : où est restée la musique ? Est-ce de la vraie musique ? Les producteurs multimillionnaires à lunettes de soleil n'ont pas à répondre à telle question, leur préoccupation principale n'est vraiment pas là.
 
 
En fait, cet épineux problème est réglé depuis des lustres millénaires. Il ne s'agit pas d'écrire de la musique mais de formater les goûts. Qui alors réussit à distinguer les restes de la vraie musique ? Les jeunes pré-adolescentes n'ont devant elle pour comparer que ce qu'on leur sert. Ce que la télé a vomi à cinq heures sur M6. Ce que NRJ a officialisé dans des phrases convaincues comme " C'est ça le son NRJ ! ". Les goûts du public sont tout préparés, conditionnés. S'ennuyer d'une chanson au bout de trois minutes, franchement s'en lasser au bout de quatre mois, finalement la ranger sous la poussière à la fin de l'année. Parce qu'il n'y pas de choix permis. On ne peut pas se permettre en ce début d'odyssée 2001 d'écouter encore les Boys Band. Et non, le train est passé. Les 2B3, Alliage, G-Squad, World's Appart, Take That, Boyzone n'ont plus le droit de traîner encore sur les ondes du XXIème siècle. Obsolètes. Ils étaient standardisés et jetables. Comme chaque chanson de Britney. Un clip tous les mois. Et dans peu de temps Britney disparaîtra. Elle emportera avec elle le souvenir de l'époque Lolita sexy auquel auront aussi appartenu Christina Aguillera, Jessica Simpson ou Mandy Moore. J'énumère tous ces doux noms d'artistes parce que l'idée de cet article m'est apparue chez le libraire de mon petit patelin. On y voyait plein de noms énumérés. En posters, en cartes détachables, en autocollants, en sucettes, en tee-shirts, en parfums, en cassoulets, en cuisinières, en style immobilier… C'était effrayant !
L'ennui c'est que ces groupes ou ces filles aux jambes dénudées ont un besoin vital des médias. C'est-à-dire que le jour où leurs lignes diminuent dans Salut ! , que leur flèche descend dans le Hit Machine et que le public crie " Hoouu !!! ", leur carrière s'éteint soudainement. Et la vérité fait alors surface : la musique n'était pas du tout leur art. Leur métier était celui de pantin, de rince-l'œil, de couleurs à trois minutes trente. Et ces produits ont tous une date limite de consommation. Respectée à la lettre. Britney est donc en pleine gloire mais aussi au bord de son propre gouffre. Heureusement OK Podium, Fun Radio et M6 la retiennent encore.
 

Mais la lutte est inégale et la petite princesse sera aspirée sans pitié par l'oubli éternel. Et oui. Mais qui a oublié les Beatles ? Elvis ? Led Zeppelin ? Chopin ? Mozart ? Coltrane ? Billy Holliday ? Bob Marley ? Jimi Hendrix ? Michael Jackson ? Jésus ? Personne ne peut les oublier tout simplement parce que ces musiciens là se transmettent. Ces vrais vieux de la vieille s'enseignent, s'écoutent, se répètent et ne s'oublieront jamais. Et cette musique inoubliable existe aujourd'hui.

Qui oserait vouloir faire plonger Björk dans l'oubli ? Celle qui a réinventé la musique. En 2030, on connaîtra encore Radiohead. Bien-sûr que U2 restera dans les annales. Et il en sera ainsi parce que leur musique est vraie. Vraie et belle. Ce que les Terriens savent faire de mieux. Seule cette musique peut rester dans les oreilles des mélomanes. Yannick n'a rien inventé. Alysée va très vite s'ennuyer. Je donne deux ans à Britney pour entièrement disparaître de la mémoire des quelques dizaines de millions de personnes qui ont acheté " ses " disques. Tout ceci n'est qu'un vaste cycle. Mais parfaitement messieurs, dames, un cycle ! Parfaitement ! La varièt' sans goûts a toujours existé. La grande musique aussi. Peut-être même que l'un ne va sans l'autre… Dans quel cas, je m'incline. Mais ma prévision des choses est claire. Plus que deux ans à Britney !…
 
David GUZMAN
 
Date de mise à jour 4-Jan-2002- Maloso © Copyright
Hosted by www.Geocities.ws

1