A vos marques !

 

 

 

 

C

‘est l’expression que l’on pourrait employer pour décrire le système d’attribution des noms de domaine sur l’Internet. En effet la maxime en la matière est : "premier arrivé, premier servi". Vous étiez le premier à demander le nom de domaine " http://www.Coca-Cola.com" : vous l’avez, et pourtant, même si vous en buvez de temps en temps, vous n’avez rien à voir avec la firme d’Atlanta.

 

 

Ce système ne fait pas le bonheur de tout le monde, et des marques en particulier. Plusieurs marques se sont vues ainsi usurper leur nom commercial en tant que nom de domaine : vous tapez " www. Votre marque de yaourt préférée " et vous tombez sur un site au contenu graveleux ou traitant des prothèses dentaire d’un fabuleux professeur polonais.


Le problème de l’Internet prend évidemment de court (une fois de plus) la législation française, mais l’impérative nécessité de protéger les marques et les noms commerciaux pousse le droit français à réagir avec des armes existantes.


La première défense reconnue par les tribunaux est la contrefaçon.
L’article 713-2 du Code de la propriété intellectuelle interdit, sauf autorisation du propriétaire, la reproduction, l'usage ou l'apposition d'une marque, notamment s’il elle peut engendrer une confusion dans l’esprit du public (article 713-3). Toutefois en vertu d’un principe dit de spécialité, le nom peut être utilisé par une autre entreprise ses activités se distinguent nettement de celles de la société détentrice. Mais un bémol est apporté à ce principe : si la marque bénéficie d’une notoriété conséquente à l’égard du public, son utilisation engage la responsabilité civile de l’usurpateur dès lors qu’elle porte atteinte à l’entreprise usurpée ou constitue une exploitation injustifiée (article 713-5) .


Ainsi le Tribunal de Grande Instance de Paris de Nanterre a-t-il reconnu le 16 septembre 1999, que le titulaire du site " Vichy.com " avait contrefait la marque Vichy, ou encore (même tribunal, même date), que la contrefaçon de la marque Lancôme était caractérisée par l’utilisation de nom de domaine du type "Lankome.com" ou "Lankom.com". Il est à noter dans ces deux affaires que les demandeurs (Vichy et Lancôme) ont obtenu gain de cause en raison de leur renommée internationale (cf. le bémol au principe expliqué plus haut).

Ainsi dans un arrêt du Tribunal de Grande Instance du 23 mars 1999 la société Alice, agence de publicité, a été débouté de son action en contrefaçon : le nom était employé par une société éditrice de logiciel (donc activités totalement distinctes), et l’agence de pub ne connaissait pas une notoriété lui permettant de déroger au principe de spécialité.
Les sanctions : comme préciser plus haut, la responsabilité civile du titulaire du compte est engagée. Il est donc condamné à verser des dommages-intérêts aux sociétés usurpées. Par ailleurs les tribunaux ordonnent souvent le transfert des noms de domaine au profit de ces dernières (comme ce fut le cas dans les affaires Vichy et Lancôme).
La deuxième parade employée est l’action en concurrence déloyale.
Cette action ressemble à celle évoquée plus haut dans son argumentation, mais repose sur d’autres textes, donc obéit à un régime différent. L’action en concurrence déloyale est fondée sur l’atteinte portée aux droits que la société usurpée détient sur son nom commercial : en utilisant un même nom on peut créer une confusion dans l’esprit de la clientèle susceptible de lui causer préjudice. Ici aussi c’est la responsabilité civile qui peut être engagée, sur la base de l’article 1382 du Code civil. Mais pour cela il conviendra de démontrer l’existence d’une faute, d’un préjudice, et d’un lien de causalité entre les deux.


Ainsi dans l’affaire "Alice" citée plus haut, le tribunal a débouté l’agence de publicité de son action en concurrence déloyale, estimant que l’usurpation n’était pas fautive, " Alice " étant un prénom commun et les activités des deux sociétés étant distinctes aucune confusion n’était possible.

 


Voici les 2 armes que le droit laisse à la disposition des marques pour se protéger. Certes les actions semblent aboutir, mais il serait préférable, afin d’éviter les actions en justice, d’instaurer un système préventif. C’est en tout cas le sens des recommandations faites par l’OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) au nouvel organisme créé par le gouvernement américain chargé de la gestion des noms de domaine (l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers).

 

 

 

Stéphane LENIVET

 

 

Stéphane Lenivet est journaliste sur Horizon-Etudiant. N’hésitez pas à consulter ses articles et ceux des autres journalistes du magazine. http://www.horizon-etudiant.com

 

 

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