Carl Magnan (Eric Lemieux)
L’été
(Saisons en Amérique)
Elles
crient de vies
Elles
crient de vies
Frêles
fleurs de coréopsis, tombées là
Jumelles
se mesurant au fleuve
Gorgées
de soleil, tiges courbées
Têtes
enflammées de jaunes couleurs
Il
crie de vie
Timide
dieu castor, l’oeil noir
Forgeant
de fortes bouchées de branches fraîches,
sa
chaumière, dans les eaux mêmes du fleuve
Il
crie de joie
Vénérable
héron mâle, grêle à mourir
Pendu
au ciel de ses vols majestueux
Vide
et beau comme l’absolue grandeur
Il
crie d’amour
Soleil
d’or, qui se meurt sur les troncs
de
ces saules que des peintres anciens
ont si souvent tenté de peindre
Le
vent, la vie m’étreint,
doucement,
comme une femme amoureuse,
qui
ne cherche plus à séduire, parce qu’elle sait
Je
n'entends aucun bruit
Aucun
bruit, si ce n’est celui d’un sea-doo
qu’un
fier à moteur s’amuse à faire crisser,
saccageant
joyeusement vagues et vents
en sourdes douleurs de métal
Il
crie de vies, l’humain crie de vies lui aussi.
Pizza
Masson Kurde
Pizza
Masson Kurde Montréal
L’africain
mange sa poutine
La
blonde le semonce gentiment
L’homme
entre en costard
Le
patron
La
caissière
Même
nez
C’est
toute la famille en cuisine
Un
propre correct
Fourchettes
de plastique cornées
Et
puis moi qui mange leurs rêves,
leurs
ambitions,
leurs
petits bonheurs
Je
me délecte
Pour
trois dix-neuf
Un
vrai dîner en famille
Tant
d’amour
Merci
mon Dieu.
Certainement
de bonnes raisons
Certainement
de bonnes raisons
pour
les moines médiévaux
de
ne transmettre le savoir qu’à une élite restreinte
Foutaise
l’éducation pour tous, j’en conviens
Bien
que hautement éduqués et érudits,
avec
leurs faces de gargouilles cependant,
je
doute de leur capacité à évaluer
qui était apte à l’initiation ou pas.
J’ai
cultivé la solitude
J’ai
cultivé la solitude,
comme
on s’occupe d’un jardin
dont
on sait la bonté de chaque pousse
Avec
pudeur, j’ai semé ma vie
dans
la nuit de ma famille,
dans
la nuit de mes amitiés,
dans
la nuit de mon humanité
Aujourd'hui,
la beauté
de
ta chevelure m’éblouit
comme
la vue d’une aurore boréale
chantant Dieu la nuit
Aujourd’hui
la fragilité de tes chevilles,
la
fine délicatesse de tes aisselles,
la
courbe franche de tes épaules
nues à tous vents,
m’émerveillent
comme l'aube
observant les lucioles
Je
voudrais veiller sur toi.
Protéger
la pureté que j’imagine en toi
Je
sais très bien que tu forniques
avec quelque lutin de poche
Je
cultive toujours la solitude.
Parler
à une personne
Parler
à une personne
Une
personne très intelligente
Une
personne très...
Très intelligente
Suis
un très grand artiste
Cent-soixante
de quotient
Un
grand génie
Sans
aucune ressource, aucune
Une
prostituée a pris ce que j’avais
Tout
Suis
dans une ville étrangère
Dans
la rue
Avec
les sans-abris
Froid,
n’en peux plus
Personne
n’est foutu de comprendre
Plus
aucun ami, aucun papier
N’en
peux plus
Veux
en finir avec la vie
Peter...
Peter
Brouwn
Retenez
bien ce nom
Retenez
le bien
Il
passera... Il...
Il...
...
Y a
moins
de quarante-huit heures,
tout
allait bien pourtant
Tout
allait si bien
Vraiment...
Maintenant,
plus rien
Plus
rien ne va
Suis...
les sans-abris
M'appelle
Peter Brouwn
S’il
vous plaît, téléphonez à ma mère
Dites-lui
que... je l'aime
Moi,
elle n’écoutera pas
Dites-lui...
Dites-lui que je l’aime
Maintenant
tout est...
Tout
est derrière moi
Vais
en finir
Vais
en finir... la vie
Vais
en. f...
Je...
...
Vais finir...
Je...
...
Dites ...
Dites... lui...
D...
...
Un
instant j’ai regardé ton dos
Un
instant j’ai regardé ton dos
Embrassé
des rayons du soleil
Ton
dos, que tu offres si gentiment
aux
regards de tous tes clients,
toi
qui leur sers tout ce qu’ils désirent
Toi
la serveuse sexy, la gentille serveuse
à la mémoire d’ivoire
D’une
délicatesse infinie, ton dos,
que
tu offres si généreusement
aux
plus affables et aux moins aimables,
aux
plus paumés comme aux plus nantis
Un
instant j’ai regardé ton dos,
un
instant j’ai regardé ton âme
Je
l’ai trouvé belle malgré le monde
Un
instant j’ai regardé ton dos,
embrassé
des rayons du soleil,
un
instant j’ai regardé ton âme
Je
t’ai caressée, j’ai caressé le monde.
Une
feuille
Une
feuille, une feuille au vent.
Mark
Lépines
Quand
tu as éclaté en ordure meurtrière,
emportant
avec toi plus de quarante orchidées,
j’avais
compris que tu étais le gars d’à côté
Même
avant le déluge d’indignation,
J’avais
compris que tu n’étais pas une bête
J’avais
compris que souffrances et dérisions
t’avaient transcoagulé
Ne
te méprends pas, je ne t’ai jamais approuvé
Je
n’ai jamais été un de tes fanatiques partisans
Je
t’ai compris du fin fond de mon historique
J’avais
compris que t’étais juste le gars d’à coté
Quand
j’ai dit de toi ce que je pensais
on ne m’a pas vraiment écouté
De
toutes manières,
qui se souviens de ton nom aujourd’hui?
As-tu
atteint ton objectif? Avais-tu un objectif?
Je
sais que ton avorton de frère mange des hot-dogs
et regarde beaucoup de magazines
Il
habite à deux rues de chez moi
Il
vit juste en-dessous de chez moi.
Né
d’un berceau trop parfait
Né
d’un berceau trop parfait,
quelque
chose m’avait échappé
à
propos des non-convenances
en cette fin de millénaire
Aujourd’hui,
mon temple est une piscine
Mes
frères et soeurs sont ceux et celles
qui y pissent joyeusement.
Pour
elle
Pour
elle, devons chasser
la férocité sans nom
Affronter
la bête dans son obscurité
Combattre
à glaive et à sang
Dans
la chair et les muscles, subir ses griffes,
ses
dents en plus de son âme sauvagesse
Ne
plus sentir douleur, peine, affliction
Devons
devenir la bête
pour la terrasser
Décapiter
l’horreur dans sa rage meurtrière
Survivre,
devons survivre à cela
Puis,
en ramener la dépouille à ses pieds
Mais
toujours, toujours devons cacher,
que nous frémissons
Que
nous frémissons comme feuilles
Surtout
avec elle.
Sur
le Plateau en Août
La
soirée est parfaite
Un
tango au loin
Les
échos de fête
sonnent
comme tristesse
Une
chatte d’Espagne
s’aventure
craintivement
sur
ce dont elle croit être
mon territoire
Une
odeur de merde
Les
mouches s’en donnent
à cœur joie
Le
soleil réfléchit au coucher
La
voisine, qui maltraite ses enfants
en
mots et en absence,
mais
qui est bonne avec eux,
les
appelle à souper
Les
enfants arrivent
Ils
sont contents
Le
vent est bon
La
soirée est parfaite.
Sont
de la même essence
Sont
de la même essence
Proviennent
d’univers, de temps,
de
consciences, de paradoxes différents
Se
rencontrent, se croisent,
s’échangent
tous au même carrefour
Sont
des mêmes règnes
Vivent
les mêmes dérapages
Ont
les mêmes hallucinations
Absolue
grande famille unie par l’évidence
Absolue
grande famille désunie
par l’aveuglement et la mémoire
Absolue
grande famille désunie
par l’éclatement des origines
Électrons
cherchant timidement leurs éons,
les
voyageurs célestes se rencontrent
mais
se retrouveront absolument seuls
lors de l’ablution
Se
retrouveront seuls quand ils seront Dieu.
Trop
de lumière sur la ville
Un
terrien sur cinq ne voit plus la voie lactée
Un
employé d’une boulangerie
de l’Ontario succombe à la chaleur
Le
clonage pour la vie éternelle...
entrevue
avec deux futures mères porteuses
Agressions
dans les pensionnats : Ottawa responsable
Une
idée folle véhiculée comme une réalité
scientifique
«L’infertilité n’a rien à y voir»
Une
sonde part attraper le vent solaire
Vaste
réseau de pornographie infantile démantelé
Bush
se fait bobo
Ma
gang de malades!
Évitez
l’encens le brocoli... et le stress
Une
entente politique est signée sur fond de violence
meurtrière de la part de l’UCK
Le
sud du Québec souffre de pollution lumineuse chronique
Bayer
retire un médicament anti-cholestérol
Taxes
scolaires en hausse
Mort
de Maureen Reagan
C’est
à cause de l’hypocrisie du gouvernement Landry
À
la violence de la propriété le squat a répondu
par la violence de l’occupation
D’ex-cadres
et des employés de Vidéotron Télécom
poursuivent Quebecor
L’usine
de Norsk Hydro est menacée de fermeture
Core
Red II, «un virus très sérieux»
Nouvelles
bactéries fixatrices d’azote dans les océans
La
quantité est lourde d’implications
pour le réchauffement climatique
Les
talibans vont fermer les locaux d’une ONG
La
chaleur a moussé les profits de Sleeman
Première
du film «The Others»
Nicole
Kidman et Tom Cruise s’évitent
Vous
êtes trop mous!
La
hausse de la taxe scolaire déclenche un tollé
Quatre
membres d’une filière colombienne
plaident coupables
Un
gouffre entre propriétaires et locataires à Montréal
Des
citoyens en ont marre de vivre
dans un «égout à ciel ouvert»
Un
petit gratteux avec ça?
Trop
souvent
Trop
souvent ai-je rencontré
des
hommes, des femmes
de bonne volonté,
traînant
leur vie à venir
comme une destinée
Dans
la fleur même de ma jeunesse,
trop
souvent me suis-je trouvé vieux
d’une
journée à venir au parfum
des lilas fanés
Du
plus loin au souvenir,
l’odeur
du deuil a teinté
chacune de mes rosées
Présentement,
je me tiens coi
dans
l’idée de tuer à jamais
toute pensée surannée
Selon
mes prédictions, Montréal,
en
l’an trois-mille-soixante-cinq
aura une année très nostalgique.
Tu
m’as dit que tu étais des faibles
Tu
m’as dit que tu étais des faibles
Que
le bien, le mal t’étaient égal,
que
ton métier de danseuse te suffisait
Beauté suave ouverte au crépuscule
Sainteté faite femme du hard porn
Je
t’ai vu pointer la langue tel un serpent
La madone, ton sourire en avalant le flemme
J’ai
vu ta vulve se déployer sous le charme
de la paume
la queue d’un satyre en ton sexe large offertt
Te défonce le fion de ses cornes
Et toi qui en redemandes goulûment
J’ai
pressenti le délicat rose de tes ovaires,
réalité
fabuleusement estomaquante des origines
Je
t’ai observée te baratter au derrière,
cuisses
par grand large ouvert,
t’enfonçant
le pieu au profond
T’ai sentie jouir dans des spasmes extatiques
débordant de tes jus,
exultant tes parfums jusqu’au Japon
L’astre solaire passe du coup à mon cœur
L’éternel me consume
Je
suis mâle très sensible à tes charmes ma chérie
Tu es une belle carte de mode
Mais
vois-tu,
la
lumière est trop forte en toi
Toutes
tes tentatives sont vaines
Quoi
que tu y fasses,
jamais
tu ne pourras me convaincre
qu’il
y ait la moindre ombre de lubricité,
la moindre once de sexe chez toi.
Tu
me demandes
Tu
me demandes, qu’est-ce que ressentir?
Je
te réponds, c’est s’abandonner au senti
Tu
me demandes, qu’est-ce que voir?
Je
te réponds, c’est s’abandonner au senti dans la vision
Tu
me demandes, qu’est-ce qu’entendre?
Je
te réponds, c’est s’abandonner au senti dans l’audition
La
beauté n’existe pas en dehors de celui qui l’observe
Ainsi
donc un rien me suffit à l’émerveillement
Tant
que durera l’air, l’eau et la terre,
ma
vie sera totale et comblée de joie
Quelques
graines de millet me sustenteront
Le
feu n’existe pas dans le bois ou la pierre,
le
feu est en l’homme, en celui qui charge les éléments
C’est
pourquoi je m’abandonne et ne désire plus.
Rue
des Érables, une heure quinze pm.
Rue
des Érables, une heure quinze pm.
Une
femme bien en chair s’arrête sur son élan
De
sa bicyclette, elle prend soin de replacer la selle
Ses
mains en caressent la pointe
Sensuelle
comme l’amour
Elle
lève la jambe, me montre sa petite culotte,
reprend
son élan
Un
homme monte aux cieux
Là
où le soleil brille dans toute sa grâce
L’échelle
mécanique le propulse dans les hauteurs
Il
s’en va émonder les arbres
Une
blonde passe
Mange
un beigne
Le
tient caché dans un sac en papier
Fin
août, les feuilles commencent à tomber
Deux
gosses se chamaillent
Courent
l’un après l’autre
Coups
de pieds
Moi,
je suis accoudé à la rampe de ma galerie
Mon
érection est dure comme du béton
À
l'intérieur je ris, je ris d’un rire malade
Sur
une autre planète je pleure, je pleure d’ablutions
Je
tourne ma langue sans arrêt pour éviter
de raconter des mensonges.
Toutes
ces petites mouches
Toutes
ces petites mouches
que
tu as écrasées,
elles
reviennent
Elles
reviennent te hanter
Été
comme hiver,
la
nuit comme le jour,
quand
ça te pique,
tu
te grattes
Plus
tu te grattes,
plus
ça te pique
Plus
ça te pique,
plus
tu te grattes
Gratte,
gratte le ciel
de
tes rayons spot non stop!
Nous
sommes les mouches de la terre
Plus
nous tuons,
plus
nous devenons mouches.
Qu’est
noblesse devenue?
Qu’est
noblesse devenue en cette fin de cycle?
Ne
parle pas du fruit de cette progéniture tarée
Peuple
et repeuple châteaux, gratte-ciels
et parlements
Parle
de noblesse d’intention.
Parle
de noblesse de cœur, de geste, de pensée,
seules véritables garantes de royauté
Ainsi
il en a toujours été, ainsi toujours il en sera
Tant
que durera le temps, l’espace.
Sarah
Sarah
mon amour, que fais-tu là?
Tu
sautes à la corde, coin de l’Église et Verdun
Tu
sautes, tu danses, tu te chantes une chanson
Tes
pieds sont comme le charbon
Où
es ta maman ma petite?
N'as-tu
pas de maman?
Je
sais exactement à quoi tu penses
Tu
ne penses à rien du tout
Tu
es là simplement, tu joues
Avec
ta belle corde en lasso, tu sautes
Tu
sautes de ta rose vie
Tu
sautes de tes boucles rouges
Tu
sautes de ta mauve chiquée
Tu
sautes, très fière du haut de tes sept ans
Ils
t’ont tellement appris
Tu
connais déjà toute la partie
Tu
te prépares à faire le grand écart
Tu te prépares à
danser ta vie
Tu
devras être très forte, tu le sais
Dans
ces obscurs salons aux yeux avides,
aux
coeurs vides...
...C’est toi qui devras sauter.
Un
petit gars
Un
petit gars.
Un
petit gars aux cheveux gris
Sa
démarche,
toujours
vers les hauteurs
Ses
talons le propulsent
Frondeur
sans conviction
Un
bon chèque,
deux
paquets de cloppes,
une
caisse de douze
Toujours
un petit gars
S’il
y avait eu guerre,
il
en serait héros
Premier
mort au front
je
vous le garantis
Sans
guerre, qu’un bum
Il
le sait
Ne
le sait que trop bien
Belles
ne le remarqueront jamais
Va
mourir avant la prochaine
Avant
la prochaine guerre
Il
va mourir d’ennui.
Une
psychose tranquille
Que
dire, quoi dire à une société qui enferme,
attache
et médicamente ses illuminés?
Que
dire, quoi dire à une société
où
toute sincère forme subversive d’originalité,
où
toute authentique forme de déviance visionnaire
est totalement écrabouillée dans l’oeuf?
Écrabouillée
par les mass medias
qui
nivellent le tout par le bas,
contrôlent
les mentalités en prenant bien soin
de laisser croître les préjugés
Écrabouillée
par la machinerie lourde des institutions
dont
le rôle essentiel se résume
à tuer dans l’âme la jeunesse
pour
mieux la faire crouler dans le moule,
d’avilir
inexorablement les coeurs
pour
en faire de bons petits soldats,
de
bons petits esclaves,
de
bonnes petites matrices
Que
dire, quoi dire au diable?
La
nuit
J’aime
le Plateau
Je
l’aime particulièrement la nuit
La
nuit au tout début de l’automne
Quand
désertées des hommes sont les rues
Quand
je puis entendre le vent tiède et doux
caresser le feuillage des arbres
Quand
de ouateux nuages chatouillent la lune
toute pleine de la charge du grand dieu blanc
J’aime
aussi ce téméraire lampadaire jaunâtre
qui tente de lui faire concurrence
J’aime
le son mauve imperceptible mais criard
qui en émane
J’aime
que ce son se marie avec celui des grillons
J’aime
ces ruelles décrépites aussi désertées la nuit
J’aime
ces vieux hangars tous croulants
d’une autre époque,
boîtes
à feu privilégiées des maniaques pyromanes
Nous
narguent, défient le temps avec tant d’arrogance
J’aime
ce bourdonnement sourd des machines au loin,
bruit
blanc éternel de la cité
Mal
à l’âme, nausée aveugle perpétuelle de l’urbain
J’aime
aussi de neuve Catherine, nous montre ses mains
Les
taches de vieillesses les perçant gentiment
N’enlèvent
rien à sa beauté
Simplement,
prouvent la réalité matérielle de Catherine
Pas
un ange bien qu’elle en ait l’air
J’aime
ces parcs d’enfants, complètement désertés aussi
J’aime
les bruissements des chaînes de balançoires
doucement ballottées par le vent
J’aime
cette odeur de pizza se mêlant
à celle des feuilles sèches en cavale
J’aime
ces fiers lampions chromés resplendissants,
me
rappellent ceux du salon mortuaire
Douce
félicité, j’aime la lumière
vue du point de vue de l’obscurité
J’aime
la vie vue du point de vue de la mort
J’aime
la mort vue du point de vue de la vie
S’il
n’y avait pas l’obscurité,
comment
pourrais-je vraiment apprécier la lumière?
Au
fond ils le savent bien
Au
fond ils le savent bien,
l’endroit
où ils se trouvent
Ils
le savent bien,
en
quelque part
Préoccupés
toujours,
leurs
planifications financières,
leurs
stratégies de guerres,
leurs
retraites anticipées
Les
formes parlent
Au
fond ils le savent bien,
en
quelque part
Ils
le savent
Elles
le savent
Dans
leur manière de regarder
Dans
leur manière de se protéger
Dans
leur manière de gérer la peur,
la
joie, la colère, la souffrance
Ils
le savent bien.
Taï
chi tu le sais
Taï
chi tu le sais
Taï
chi tu le fais
En
faisant la vaisselle,
en
sortant les ordures
Taï
chi tu le fais
Taï
chi tu le sais
Taï
chi de fin de semaine,
point
ne fait
Taï
chi est la vie
Taï
chi tu le sais
Taï
chi tu le fais
En
mangeant tu le fais,
en
déféquant tu le fais,
en
parlant tu le fais,
en
travaillant tu le fais,
en
dormant tu le fais
Taï
chi tu le fais
Taï
chi tu le sais
Taï
chi est la voie.
Hommes
et femmes dans l’un
Femmes,
grands pénis cosmiques
Leurs
fesses, testicules
Leurs
dos, phallus
Leur
orgasme, survie de l’homme
Homme
et femme, une seule entité
Extases,
terreurs de couples font l’histoire
Homme
seul, coquille vide
Femme
seule, pénis sans âme
Nature
de la femme, faiblesse
Feint
l’indifférence
Succombe
toujours pour le vil
Nature
de l’homme, force
Prend
sans demander
Prend
ce pénis qu’il fait sien
Baiser
avec dieux et démons
Les
appelle tous, de toute son âme
Les
conjure de lui accorder immortalité
Ce
que l’on appelle péché originel.
La
grande roue
De
la race, les mâles dominants
voulaient
encore plus de pouvoir
Voulaient
sortir de la grande roue
Voulaient
éveiller le serpent qui dort
Ont
pris la grosse poire et les deux pêches,
corps
sacré de la femme dans son extase
Les
dominants ont pris toutes femelles pour eux
Les
faibles furent chassés, tués
Certaines
femelles ont résisté
La
plupart voulaient se donner aux plus forts
Plus
de jouissances, plus de puissance et concupiscence
Les
forts les prirent toutes, mûres, vierges, non mûres,
laissant
infirmes, vieilles aux plus faibles
Les
femelles gémirent, les dominants ont retenu
Les
dominants ont appelé, la bête est née
Les
canaux étaient ouverts
Une
très grande civilisation est née
Florissante.
Commerce, arts, technologies
Les
dominants étaient rois et grands prêtres,
souverains
suprêmes, maîtres absolus du monde
Plusieurs
messies et grands éveillés
annoncèrent
fin de la civilisation
Offrirent
à tous chance de repentir
Il
y eut plusieurs guerres de religions
Les
technologies ont évolué
Hommes
d’affaires, ministres succédèrent aux rois
Ont
découvert les mystères de l’atome, l’énergie nucléaire
Des
guerres gigantesques, le ciel s’est refermé
La
cité engloutie sous les océans
Seuls
quelques survivants ont construit des arches
Sont
partis à la recherche d’une nouvelle terre sacrée
Plusieurs
millénaires ont passé
La
race redevenue primitive, l’histoire fut oubliée
De
la race, les mâles dominants
voulaient
encore plus de pouvoir
Voulaient
sortir de la grande roue
Voulaient
éveiller le serpent qui dort
Ont
pris la grosse poire et les deux pêches,
corps
sacré de la femme dans son extase
Les
dominants ont pris toutes femelles pour eux
Les
faibles furent chassés, tués
Certaines
femelles ont résisté
La
plupart voulaient se donner aux plus forts
Plus
de jouissances, plus de puissance et concupiscence
Les
forts les prirent toutes, mûres, vierges, non mûres,
laissant
infirmes, vieilles aux plus faibles
Les
femelles gémirent, les dominants ont retenu
Les
dominants ont appelé, la bête est née
Les
canaux étaient ouverts
Une
très grande civilisation est née
Florissante.
Commerce, arts, technologies
Les
dominants étaient rois et grands prêtres,
souverains
suprêmes, maîtres absolus du monde
Plusieurs
messies et grands éveillés
annoncèrent
fin de la civilisation
Offrirent
à tous chance de repentir
Il
y eut plusieurs guerres de religions
Les
technologies ont évolué
Hommes
d’affaires, ministres succédèrent aux rois
Ont
découvert les mystères de l’atome, l’énergie nucléaire.
Quand
tu te crées
Quand
tu te crées,
c’est
l’histoire qui se crée
La
mémoire rencontre le temps
Le temps engendre la méprise,
l’égarement
Les
vies seront toujours trop courtes
pour comprendre.
Ils
vendent ces toiles à fort prix
Ils
vendent ces toiles à fort prix
Infimes
gouttes sèches d’éternité,
minces
pelletées de pâtes couleurs,
pâles
restes d’un instant de présence
Des
sommes astrologiques ils les vendent
Dépasse
tout entendement
Mais
moi,
une
seule de mes journées,
j’ai
pu voir plus de cent-mille tableaux
d'un
tissu vivant de chair couleur,
d’une
mélopée riche de végétale intensité,
d’une
joie crépitante de pierre solaire,
Il
ne m’en a strictement rien coûté.
Tout
cet espace
Tout
cet espace
Tout
cet espace infini
pour
le temps de dire je t’aime.
Un
clown spirituel
Un
clown spirituel
Place
Jacques-Cartier le soir
Chapeau
melon, visage lune
Aucune
pudeur, sacré farceur
Nous
montre toutes ses ficelles,
toute
la mécanique de ses gestes
Toute
la mécanique du monde aussi
Soutenu
par les câbles et poulies célestes,
maître
du temps, avance, recule, arrête
Immobilise
l’instant à volonté
Nous
montre toutes nos ficelles
Nous
montre que nous sommes machines
Chacun
sa planète, les êtres s’ignorent
La
réalité nommée n’est qu’un cinéma
Pitoyable
en son univers,
il
amuse les curieux.
C’était
au retour des vacances de l’été
C’était
au retour des vacances de l’été
Ils
ne s’étaient pas rencontrés depuis le printemps
Comme
toujours il y avait un certain malaise supportable entre ces deux-là
Elle
fut la première à le saluer
Il
en fut un peu surpris. Avant, à peine l’aurait-elle regardé
Elle
le saluait simplement, d’une façon polie, correcte
Ce
n’était pas qu’elle l’intéressait particulièrement
Seulement,
elle lui rappelait une de ses anciennes étudiantes,
assez
jolie et très douée d’ailleurs
Il
était toujours content de la voir
Il
aimait cet air un peu désabusé de tout qu’elle se donnait
Peut-être
l’était-elle réellement un peu mais pour lui cela ne faisait
aucune différence
Elle
était plus jeune que lui, il l’aimait comme elle était
Il
aimait tout le monde, il aimait chacun comme il était
Certains
pensaient qu’il était un peu étrange,
qu’il
était un drôle de personnage
Elle
devait certainement être de ceux-là
Il
lui a demandé si elle avait passé un bon été
Elle
lui répondit par l’affirmative
À
ce moment elle ne put s’empêcher
de
laisser passer un drôle de petit rire, l’air de dire:
«qu’est-ce
qu’il me veut encore celui-là ?»
Il
remarqua ce rire
Seulement,
il n’en montra rien
Cela
s’appelle rencontrer Dieu.
L’éternité
L‘ouvrier
plaçait une toile de verre
dans
le couloir de l’immeuble
La
jeune femme en kimono
sortit
de sa chambre pour prendre le courrier
Trop
discrètement elle le regarda du coin de l’œil
Trop
discrètement, car entre eux deux
s’était
vécue l’éternité
Elle
retourna à sa chambre
L’ouvrier
était la jeune femme
Il
ne s’en souvenait qu’en rêve.
Vous
le trouvez
L’amour
véritable, vous le trouvez
quand
vous ne cherchez plus rien,
quand
vous êtes allés au bout de vous-mêmes,
quand
vous avez renoncé complètement
Vous
le trouvez quand il n’y a plus rien,
aucun
désir, aucun attachement, rien.
À
Nathalie
Merci
d’avoir retardé le processus
Maintenant,
les os sont libérés
La
forme du crâne a été modifiée
Les
ornières se sont désintégrées
Plus
personne ne peut l’arrêter
L‘homme
nouveau est né
Si
ce n’est déjà fait,
vous
devez vous attendre
à un fort retour du karma
Soit
il sera négatif, soit il sera positif
Tous
mes proches ont déjà eu un retour.
Magnificence
Magnificence
au delà du mot
Tes
branches sont des rivières qui coulent sans fin
Tes
racines, des sources aux ramifications infinies
Tes
feuilles se perdent dans l’océan cosmique
Nous
te rendons toutes nos impuretés
Tu
nous donnes l’air, attise notre feu
Tu
es toujours là avec nous,
toujours
présent, éternellement présent
Nous
te regardons ébahis par ton infinie beauté
Si
intense, nous ne pouvons que fermer les yeux
Nous
nous abreuvons à ta source,
t’oublions
trop souvent
Si
l’on pouvait seulement ouvrir nos yeux,
nos
yeux célestes pour te voir, nous verrions
Tu
as toujours été, tu es ce qui est
Tu
es là sous nos yeux, nos yeux communs
Les
yeux des hommes sont les yeux de Dieu.
Sublime
Il
y a un temps pour réfléchir,
il
y a aussi un temps pour le vide
Il
y un temps pour le sommeil,
il
y a aussi un temps pour l’éveil
Il
y a un temps pour la vie,
il
y a aussi un temps pour la mort
Un
temps pour chaque chose,
un
temps pour l’éternité
La
vie, la vie n’est pas ce que l’on croit
La
mort n’est pas ce que l’on croit non plus
Les
choses ne sont jamais ce que l’on croit
Nous
devons regarder au delà des dualités,
là
où nous trouverons la source
Là
où la source se tarit, naissent les démons
Ce
sont eux qui nous apprendront comment regarder
Ce
sont eux qui nous donneront la clé,
la
clé nous permettant d’atteindre notre vérité
Notre
vérité affectera le futur,
le
présent ainsi que le passé
Nos
origines sont infinies
Nos
destinées sont infinies
Le
temps n’a aucune importance
Ce
qui compte c’est de faire un avec l’être
L’être
nous aime, il est notre source
La
source de toute joie, de toute souffrance
La
source de la vie et de la mort
Sublime,
au delà de toute dualité.
Il
n’y a plus de poème
Il
n’y a plus de poème
Il
y a seulement une rivière
Une
rivière et puis des arbres
Il
y a une rivière et puis des arbres
Il
y a une montagne aussi
Il
n’y a plus de poème
Il
y a une rivière et puis des arbres
Il
y a une montagne
Il
y a le ciel aussi
Il
y a le ciel
Il
y a le soleil
Il
y a des nuages
Il
y a des oiseaux aussi
Il
n’y a plus de poème.
août 2001
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