Carl Magnan (Eric Lemieux)
L'automne
Les deux tours se sont écrouléesLes deux tours se sont écroulées,
des civils sont ensevelis,
le Pentagone a explosé
Les médias diffusent l'horreur
Bouche a promis boucherieComment prévisible
Depuis longtemps j'attends ce moment
Toujours un choc pourtant
De grands changements sont à prévoir
La rage des esclaves est sans fin
Nos mollasses dirigeants n'y pourront rien
Le p'tit jésus avait raison
Mieux vaut tendre l'autre joue
L'intelligence doit sauver son âme
La connerie deviendra moucheLes générations se soulèvent
L'histoire révèle son visage
Religions et manifestes
Lourds héritages à porterRéponse aux tourments, la guerre
Rase le sol et les mémoires
Le propre c'est de ne pas voir
La vertu c'est de savoir
C'est le début d'une ère nouvelle
Prophète de malheur, encore okay
Spectateur du déclin, j'ai la nausée
L'entertainment tourne au vinaigre
Le reality show vient de commencer.
11 septembre 2001
L'évidence tue
L'évidence tue
L'intellect trompe
Le sentiment trahit
Les idées faussent
L'évidence tue
L'évidence tuera encoreLes yeux, ça crève
Aux fondations mêmes,
l'avidité, la corruption,
la médiocrité, l'ignorance,
la médisance, la noirceur
Ça crèveNon pas la richesse
Non pas les pouvoirs
La fortune relève de l'esprit
L'évidence tuera encore
Les yeux ne voient pas
L'évidence, ça crève.
New York
New York dans sa grandeur
On la vénère, on la déteste
L'ampleur de sa démesure
Son opulence sans scrupules
Ouverte monstruosité poétique,
le surréaliste Times SquareNew York,
Elle banalise un chef-d'ouvre
Elle banalise l'humain
On ne peut désirer détruire
que ce que l'on aime.
La lumière est sèche
La lumière est sèche
Les feuilles tourbillonnent
Presque l'odeur des citrouilles
Une femme lance un bout de bois
Le labrador accourt, tout enjoué
Les humains pressent le pas
On se prépare à hibernerFeuilles qui tombent aujourd'hui
La lumière est sèche,
Chefs-d'ouvre, prisons de demain
La méprise se perpétue
L'humain réagit encore
vive à éternuer
Après-midi d'automne
En ce pays supposé tranquille
où se terrent les vautours,
le frais sable mes osCelui qui donne, rien en retour
Celui qui prend, rien en retour
Aucun mérite, que le vrai
Le germe est dans l'habituel.
La lumière est sèche
L'azur immaculé
J'imagine l'orange
J'invente le noir
Rentre à la maison
On doit suivre les saisons.
octobre 2001
La porno féminine mon cul
La porno féminine mon cul
La porno est la porno
Mâle ou femelle même marde
Plus loin que le bout de ton nez
Cette belle catin qu't'aimes à fourrer,
une pourriture bien maquillée
La langue de Jabba le Hutt
Ta cassonade toute mangée,
plus jamais elle n'aura faim
Elle s'en lèche
Cela ne l'oublie pas.
Lutins
Tous ces additifs dans tes pâtés,
toutes ces saloperies dans tes purées,
dioxyde de silicone,
sulfame de potassium
et autres cochonneries,
ça fait partie du grand plan
Comme bien d’autres choses,
c’est pour te maintenir endormi
C’est pour te maintenir esclave
Esclave de ta pensée,
esclave de tes illusions,
esclave de la machine
Gouvernements et compagnies
préfèrent graisse à matière griseAbsolue magnificence,
quel espoir pour nous,
mièvres lutins occidentaux,
fervents amateurs de talk-shows,
cinémas et autres conneries des grandeurs?
Abuseurs, pollueurs chroniques,
outremangeurs de croustilles transgéniques
simili saveur d'hydroxyde de calcium
Quel espoir pour nous en cette fin de cycle?Espoir nul
Solution drastique: mourir.
Tu t'assois
Tu t'assois
Que reste-t-il?
Il reste la relation
Il reste la relativité
Il reste le videIl reste l'image,
l'imagination,
les illusions
Ce sont les restesLa vie,
la mort
L'amour,
la haine
Des réalités,
des conceptsLa peur est une réaction
Une réaction à l'illusion,
à l'illusion du tempsLe non-agir,
les anciens le prônaient
À cause de la relativité
À cause de l'illusion.
Un aspect de l'enfer
Un aspect de l'enfer
Quatre heures la nuit
Un dépanneur Couche-Tard
En riposte au terrorisme,
les Américains se préparent
à attaquer les Talibans
Les familles fuient vers le Pakistan
Essayer de photocopier les documents
pour demandes de subventions
du Conseil des Arts du Canada
Pamela Anderson front page
La radio fullblast Cékoi
Reste en ligne avec nous Marie-Claude,
c'est le party non-stop toute la nuit!
La purée pour les débiles
Une petite loto avec ça monsieur?
Le brainwash est totalLa conscience
La conscience est l'enfer.
Ils ne trouveront jamais de vie sur Mars
Ils ne trouveront jamais de vie sur Mars
Ni sur Pluton ni ailleurs
Ils ne trouvent pas de vie dans la pierre
La vie ne veut pas d'eux
Ils combattent le temps
Ils ont le cour secCe calme Plateau, cette douce soirée
Dans d'autres temps, je vois ce ciel vert
Je vois ces mêmes maisons saccagées
J'entends le bruit des obus
L'odeur de la mort
Une nouvelle peste est à prévoirÊtre poète, savoir sans voir
Dans d'autres espaces,
je tue, je viole,
je pleure, je jouis
Savoir sans voir
Esclave toujours des associations.
Toi
Toi
Toi dont la voix de jade
faisait tituber nos âmes
en échos psalmodiques
Réflexions psychédéliques
Distorsions éthyliques
Tu ne l’aurais cru
Tu ne l’aurais cruQui l’aurait cru
Enfin qu’un jour tu passerais
Tu passerait...
Mainstream
Mainstream
Back yard, Back yard
Mainstream, Back yard
Comme les autres
À la foire...
À la foire aux achats
Alimentaire, prolétaireRecycle
Recyclable
Le panier à provisions
Le panier à dérisions
La valse
La valse
La boîte à souvenirs
Dans le silence
Le silence non entendu
Le silence...
Le silence...
...de l’illusion.
Recycle
Recyclable
Alimentaire, prolétaire
Le panier à provisions
La semence de l’illusion.
Une infime percée de sérénité
Une infime percée de sérénité
Ces jours dans la grande ville
Chose devenue impossibleLa seule voie, celle de la douleur
Souffrir jusqu'à toucher l'âme
Ainsi donc vivre de l'esprit.
Scies mécaniques
Scies mécaniques
L'atmosphère solide
Chacun en sa pensée
Les corps pétrifiés
S'estompe le bruit
Puis le Silence
Apparition d'une gêne
Soudain, l'autre existe.
Un certain goût d'irréalité
Une certaine forme,
un certain goût d'irréalité
Cela fait partie de la nature
de l'expérienceSentir le grain du temps
Observer le creux
de la relation
Toucher la césure qui segmente
chacune de nos visions,
chacun de nos gestes,
chacune de nos pensées
Saisir la chair
dans sa robotique,
dans l'instant, dans l'éternitéCet état est immuable
L'humble le sait.
Un jour Amélie a compris
Un jour Amélie a compris
que prendre des photos
ne provoquait pas les catastrophesUn jour Amélie est devenue grande
Un jour Amélie a sombré dans l'erreur.
Je me demande
Je me demande si les pommes de terre
de nos mères et grand-mères tant aimées,
explosaient de cette façon en une effusion
répugnante de morve aigre et visqueuse?
Vieux Montréal
Vieux Montréal
Pluvieux soir d'automne
Parapluies inutiles,
au sol l'air est chaud
L'eau colle au bois
Les arbres se dénudent
Nous révèlent leurs veinesLes arches gréco-romaines
côtoient les gratte-ciel
S'assèchent aux néons
Les immortels croisent les éphémères
Une joie dure des siècles
Une souffrance imprègne,
éclipse les édificesDes ados à jeans larges
parlent de leur vie à venir
Moi, je préfère taire la mienneLe pétrole a une mémoire
Lourds vestiges de néfastes alchimies
Putrides vies qui vocifèrent d'outre-tombe
Or noir que même le feu
ne peut purifierSurchauffe la sphère
Fait monter les eaux
Excite les inconstants
La guerre pour la justice?
Ou pour la vitesse?
Et si hier n'était qu'un rêve?
Si la générosité ne te tue pas
Si la générosité ne te tue pas,
tu pourrais peut-être méditer sur
ce bon vieux cassoulet
Se donne au coin d'une table
De toute manière, au point où il en est
a-t-il vraiment le choix?Je ne crois pas vraiment piger le canular
Si on s'évertue tant à nous enseigner
les bonnes manières,
c'est qu'il y a peut-être anguille sous roche?
Les feuilles
Les feuilles
pourrissent au sol
Elles font pâteL'eau de pluie
ruisselle doucement
Clair-obscur
L'odeur du verMarche
Baisse la tête
Ne pense plus.
Les sons ne nous touchent plus
Les sons ne nous touchent plus
Autant de clusters pour nous éveiller,
autant de décharges inutiles
La raison et le temps
nous ont dénaturésLes sons ne nous touchent plus
Nous nous rangeons tels des ustensiles
dans ces salles où jadis nous frémissions tant,
espérant encore y trouver quelques restes
Nous ne vibrons plus aux harmonies
de l'universMais qu'avons-nous à perdre?
De toute manière,
vos queues et vos bagnoles
on n'en a jamais voulu
Vos formulaires, vos guerres
et vos statistiques non plus
Nous n'acceptons pas vos réalités
Nous n'acceptons pas le bon entendementLes sons ne nous touchent plus
Nous ne voulons plus que la paix
Nous voulons rentrer chez nous
Nous voulons nous éveiller
de ce mauvais rêve.
Soir de novembre, la tombée
Soir de novembre, la tombée
Invité à un vernissage
rue Saint-Laurent
Honnêtement, je préfère lanterner
Le temps a ses excuses indéchiffrables
Coin Masson, Papineau et Ultramar
Le ciel est grisant
Les nuages sont espiègles
Une jolie blonde attend un autobus
Les travailleurs ont leur journée
Les bagnoles se disputent le trafic
Le vent est rugueux
Les arbres sont d'or
Les corps sont chauds
Les yeux sont aveugles.
L'or
Aux humains,
il reste bien les rues
Les lits comme le temps sont comptésOr que l'on ne peut ingérer
Aucune valeur
Qu'un symbole
Comme tous ces hôtels lugubres
Célébrez encore vos messes stérilesÀ ce niveau de réalité,
que les restes de Dieu
Ce tout qui oublie le tout
La disgrâce de l'animal parlant
S'écoute délirerCette femme battue qui pleure
Non pas sa fille,
la sensation de sa perte
L'aidant qui l'écoute
L'oreille distraiteL'or c'est l'immortalité
Encore faut-il en avoir le temps
Le temps et la dévotion
Mince espoir pour les démons.