Amour fantôme
par Brocéliande

“Sumer ! C’est un pays riche en histoire ! Il fut
longtemps sous le joug d’un tyran, mais désormais il est libre et prospère.
Le nouveau roi dit-on, est un des plus grands guerriers de la planète. Il a vécut
mille périples avant de pouvoir prétendre régner…“
Comme à son habitude le scientifique n’était pas avare de commentaires,
d’histoires sur le pays qu’ils s’apprêtaient à aller visiter, mais l’équipage
du Nomad ne l’écoutaient plus vraiment. Chacun s’affairait aux manœuvres
d’arrimage. Sur le ponton déjà les marchands s’attroupaient afin de présenter
aux étrangers les trésors de leur citée. Ce fut donc dans un étalage de
couleur que débarquèrent Sinbad et ses hommes.
Avec un regard connaisseur, Sinbad admirait les étoffes, les épices, les
objets divers que les marchands lui présentaient. Etant lui-même du métier,
il étudiait les possibilités d’acheter tel ou tel article afin de le
revendre dans les prochains ports qu’ils accosteraient. Ses yeux se posèrent
ensuite sur les membres de son équipage qui avaient du mal à retenir les
assauts des vendeurs et il sourit.
Cela faisait si longtemps qu’ils n’avaient pas profité d’une journée de
détente, aussi Sinbad avait décidé de donner quartier libre à l’équipage
pour trois jours avant de reprendre la mer. Cette proposition avait été
accueillit avec enthousiasme et tous s’étaient dispersés à la recherche de
quelque distraction. Beaucoup s’étaient dirigés vers la taverne la plus
proche, mais Sinbad constata que Doubar, Firouz, Rongar étaient restés avec
lui. Puis son sourire s’agrandit quand il vit Maeve à quelque pas de lui. Il
se surprit à la contempler tandis qu’elle refusait avec un sourire poli, le
magnifique collier qu’une vieille femme lui présentait. Elle était vraiment
radieuse, les rayons du soleil jouant avec les reflets flamboyants de sa
chevelure, lui donnaient l’apparence d’un ange. Sinbad détourna la tête en
voyant le regard amusé de son frère se poser sur lui, gêné de s’être
laissé surprendre tandis qu’il admirait la si charmante sorcière celte.
Après qu’ils eurent enfin réussi à échapper à la tornade des marchands,
l’équipage se promenait tranquillement à travers les rues de la ville.
Soudain une trompette retentit, tous sortirent de leur maison et s’agglutinèrent
sur les trottoirs. L’équipage dû se tasser comme les autres en attendant que
la folie soit terminée.
Bientôt, précédé de tout un bataillon de soldat, un homme arriva. Alors sur
son passage tous se courbèrent en signe de respect. Voyant ses vêtements et la
richesse de son escorte, l’équipage sut immédiatement qu’il s’agissait
du souverain de ce royaume. Sinbad montrant l’exemple à ses amis, salua également
le cortège.
Tandis qu’il passait devant eux, la procession s’arrêta. Sinbad releva
alors la tête afin de se présenter ainsi que son équipage, au roi, mais il
vit le regard de ce dernier fixé sur Maeve et n’approuva pas la chose.
Maeve sentit le rouge colorer ses joues tandis qu’elle percevait le regard
insistant du roi posé sur elle. Elle releva la tête et croisa ses yeux dans
lesquels se mêlaient surprise et désir. De plus en plus mal à l’aise face
à cet homme, elle sentit ses joues s’empourprer bien malgré elle.
Lentement, comme dans un rêve le roi descendit de cheval et se dirigea vers
l’équipage. Puis prestement, avant qu’elle ait put faire un seul mouvement,
il saisit Maeve par la taille et l’embrassa avec ardeur. Surprise par cette
action, Maeve ne réagit pas.
Doubar, Firouz et Rongar regardèrent stupéfait la scène qui avait lieu devant
eux. Sinbad quant à lui ne semblait pas se réjouir du spectacle. Maeve
semblait incapable de bouger, prisonnière de ces bras puissants qui la
pressaient contre le corps du monarque.
Enfin il mit fin à son baiser sans pour autant s’éloigner de Maeve hors
d’haleine et paralysée par ce qui venait de se produire.
“Aura” finit-il par murmurer.
Maeve était complètement perdue dans le tumulte des sentiments qui
l’assaillaient soudainement, quand elle entendit quelqu’un qui se raclait la
gorge afin de la ramener à la réalité. Elle secoua la tête puis se tourna
vers ses amis. Devant le spectacle de ces mâchoires tombantes, Maeve prit
conscience de la position dans laquelle elle se trouvait toujours. Vivement elle
s’écarta de l’homme, et rougit jusqu’à la racine des cheveux. Elle
s’en voulait de réagir ainsi, on aurait dit une enfant que l’on venait de
prendre la main dans le sac, à faire une bêtise. Pourtant elle n’était pas
responsable de ce qui venait d’arrivé, elle ne savait même pas qui était
cet homme.
“Maeve ?”, articula enfin Sinbad.
Maeve plongea son regard dans celui interrogateur de Sinbad, et avec un
haussement des épaules lui fit comprendre qu’elle ne savait rien de plus que
lui sur la situation actuelle.
“Aura”, reprit l’inconnu, “je ne rêve pas, tu es revenue !”
Maeve se sentit impuissante face au regard triste de l’homme. Il semblait la
prendre pour une personne qui visiblement lui était très importante. Elle ne
sut quoi lui dire afin de ne pas le blesser. Mais Sinbad ne sembla pas avoir
autant de scrupules.
“Excusez-moi, mais vous devez faire erreur,” dit-il tout à coup, brisant le
silence qui avait suivit cette petite scène.
Sinbad s’avança et se plaça entre l’homme et Maeve comme pour appuyer sa déclaration.
“Je me présente, je suis Sinbad et voici mon équipage : Doubar, Firouz,
Rongar et Maeve” ajouta-t-il, désignant chacun de ses amis tour à tour, et
en prenant soin bien sûr, d’insister sur le dernier nom.
“Maeve ?” répéta le roi étonné.
Puis il observa la jeune femme de la tête au pied avec beaucoup d’attention,
ce qui lui valut de rougir encore davantage. Le regard de plus en plus triste,
le roi s’approcha de Maeve et lui prenant la main, y déposa un léger baiser.
“Veuillez m’excuser,” dit-il soudain, “mais vous ressemblez énormément
à une femme que j’ai bien connue et qui désormais n’est plus… Oh mon
dieu !” s’exclama-t-il après une courte pause, “vous êtes son sosie !”
Maeve vit la douleur profonde dans les yeux de son interlocuteur, et elle aurait
tant aimé pouvoir dire quelque chose pour le réconforter, mais les mots ne lui
virent pas.
Tout à coup, la tristesse de son regard fut chasser par une lueur d’espoir,
et il prit de nouveau la parole.
“Permettez-moi de me présenter, je suis Conan, roi des Sumériens. Je serai
très heureux si vous et votre équipage acceptaient d’être mes invités
pendant votre séjour dans mon pays.” dit-il en s’adressant à Sinbad. Puis
en voyant l’hésitation de ce dernier il ajouta, “Je vous assure que mes
intentions sont loyales, je voudrai juste vous présenter ma fille la princesse
Aurora.”
En prononçant ces derniers mots son regard s’était de nouveau posé sur
Maeve. La ressemblance était vraiment frappante.
“Et bien,” répondit Sinbad, “je crois que nous allons accepter votre
proposition.” Il savait que malheureusement l’équipage ne disposait pas
d’assez d’argent pour pouvoir se permettre de dormir à l’auberge, cette
invitation tombait donc à point nommé. Toutefois Sinbad ne pouvait s’empêcher
de désapprouver la façon dont le roi regardait Maeve. Il se rendit compte
alors qu’il en était jaloux.
Galamment le roi proposa son cheval à Maeve et tandis que celle-ci acceptait,
l’aida à monter en selle. Puis sur un signe de sa part, un attelage qui
suivait à distance approcha et il invita l’équipage à y monter. Une fois
tous ses invités à l’intérieur il se tourna vers un des généraux de sa
garde qui s’empressa de lui céder sa monture.
Le cortège reprit sa route en direction du palais, Maeve essaya de se
concentrer sur le paysage tout en tentant de maîtriser le trouble qui s’était
emparé d’elle, consciente d’être l’objet de l’attention générale.
Elle une étrangère, auprès de laquelle se tenait le roi.
“Père, père,” s’écria une petite fille, en se précipitant vers le cortège
en souriant.
“Calmes-toi Aurora,” répondit le roi Conan en se penchant vers la fillette
et en lui ébouriffant les cheveux gentiment.
Il descendit de cheval et la prit dans ses bras pour l’embrasser. Après
l’avoir reposé à terre, il se tourna vers Maeve et lui proposa sa main pour
l’aider à descendre. Maeve les yeux rivés sur l’enfant, se laissa faire.
Elle ne pouvait détacher son regard de la petite fille.
Celle-ci semblait avoir tout juste une dizaine d’année, ses longs cheveux
roux bouclés étaient retenus par un lien duquel s’échappait une mèche
soigneusement tressée. Mais ce qui retient l’attention de Maeve en
particulier, c'était ses yeux d’un brun profond, ainsi que les traits de son
visage. Un instant Maeve crut se voir dans un miroir, au même âge que
l’enfant.
Sinbad, Doubar, Firouz et Rongar qui les avaient rejoins, virent eux aussi la
ressemblance entre la fillette et Maeve.
Conan voyant la surprise sur le visage de ses invités, se tourna vers eux tout
en serrant l’enfant qui s’était rapprochée de lui intimidée, dans ses
bras.
“Permettez-moi de vous présenter ma fille : la princesse Aurora.”
Un silence pesant suivit cette déclaration qui ne fut briser que par l’arrivée
d’un garde affolé.
“Mon Seigneur, j’arrive de la porte sud du palais. Des intrus ont pénétré
dans le château et nous ont attaqués. Nous avons besoin d’aide pour les
repousser.”
“Quoi ?” dit le roi en accusant le choc de cette annonce, “Rassemblez
toutes les forces à la porte sud. Fermer les autres portes, nous devons les empêcher
de progresser. Vous emmenez la princesse à l’abri.”
Dès que les ordres furent donnés, les gardes s’attelèrent à leur taches.
Le son d’une corne retentit soudain, déclenchant l’alarme dans tout le
royaume. Aussitôt les villageois se précipitèrent vers les abris, tandis que
les plus vaillants prenaient les armes pour défendre le palais ainsi que leur
Roi, et leur Princesse.
Sinbad lui aussi se sentit prit dans la bataille, il se tourna vers son équipage,
mais il n’eut pas à leur poser la question. Déjà ils avaient sortis leurs
armes, attendant le signal de leur capitaine. Sinbad fit face au roi Conan et
offrit leur aide. Le roi accepta avec plaisir, ils auraient besoin de toutes les
bonnes volontés pour repousser l’ennemi.
Tous se précipitèrent vers la porte sud où le combat faisait rage. Déjà les
morts des deux camps jonchaient le sol, mêlant leur sang dans un ruisseau rouge
vif. Avec détermination tous se joignirent à la bataille, croisant le fer dans
un vacarme assourdissant.
Conan, entre deux adversaires, observa Maeve luttant avec force et agilité.
L’espace d’un moment il revit la belle amazone avec qui il s’était allié
: Aura, la mère de sa fille, la seule femme qu’il avait aimée. Refoulant la
vague de souvenir qui l’envahit, il reporta son attention sur ses assaillants.
Sinbad luttait avec courage face à ses adversaires inconnus, il jeta un regard
autour de lui afin de s’assurer de l’état de son équipage. Doubar se débrouillait
à merveille face à deux hommes, qui écrasa d’un simple coup de poing.
Rongar quant à lui usait de ses poignards pour transpercer quiconque tentait de
franchir la muraille du palais. Firouz non loin de lui, avait improvisé une
catapulte et supervisait le lancement de chaque pierre avec sa précision
habituelle, afin que chacune parviennent à des endroits stratégiques de
l’attaque des ennemis. Maeve semblait avoir fort à faire contre deux hommes,
cependant elle réussissait sans mal à parer chacune de leurs attaques.
Maeve fit arriver un troisième homme alors qu’elle venait de faire mordre la
poussière aux deux premiers. Aussitôt elle leva son épée pour bloquer son
attaque, et engagea le combat. Mais les hommes s’étaient relevés et vinrent
prêter main forte à leur collègue.
Maeve ne cessait de se tourner dans l’une ou l’autre des directions où se
trouvaient ses adversaires, repoussant à chaque fois leurs attaques. Mais bientôt
ils furent rejoins par d’autre et Maeve vit qu’elle ne pourrait plus tenir
longtemps. Ne perdant pas l’espoir, elle se jeta dans la bataille avec encore
plus de rage et de détermination, mettant en déroute un bon nombre de ses
assaillants.
Tandis qu’elle achevait d’envoyer un homme au tapis, un autre se glissa
derrière elle et avant qu’elle ne puisse se retourner, la frappa du dos de
son épée, et la rattrapa alors qu’elle s’effondrait, inconsciente, dans
ses bras.
Sinbad entendit un sifflement aigu traverser le champ de bataille. Il releva la
tête juste à temps pour remarquer un cheval galopant vers un groupe d’homme.
L’un d’eux y monta et après y avoir déposer également, le précieux
paquet qu’il tenait, s’enfuit en direction de la porte, qu’il franchit
sans se retourner.
Sinbad n’eut que le temps d’apercevoir les longues boucles rousses de Maeve
alors que le cavalier s’éloignait avec sa prise.
“NONNNN, MAEVE,” cria-t-il hors de lui, en se précipitant dans la direction
qu’avait prit le ravisseur, Mais il fut intercepter par le groupe d’homme
qui étaient restés afin de protéger la fuite du messager.
Il se battit avec rage, forçant ses adversaires à fuir à leur tour et courut
sur les traces du cheval. Hélas ! Celui-ci était déjà loin.
Enfin les assaillants battaient en retraite, s’enfuyant à travers la forêt.
Tous poussèrent alors un cri de joie, ils avaient vaincu. Déjà Firouz et
Rongar rejoignaient Doubar en souriant. Ils se donnèrent de petites tapes
amicales dans le dos afin de se féliciter, et rirent de bon cœur, tout en se
dirigeant vers leur capitaine.
Sinbad le regard perdu dans le vide donnait l’apparence d’un homme auquel on
aurait arraché le cœur. Aussitôt Doubar s’en alarma et accéléra le pas
pour arriver devant lui. Quand il vit le regard emplit de larmes de son frère,
il comprit que quelque chose de grave était arrivé.
Sinbad refoula vivement ses larmes afin que personne ne puisse les remarquer,
mais trop tard Doubar les avait vues.
“Sinbad, qu’y a-t-il ?” demanda Doubar inquiet. Puis en ne remarquant nul
part la silhouette de Maeve, il s’affola. “Où est Maeve ?”
“Je ne sais pas…, ”répondit Sinbad en tentant de maîtriser le
tremblement de sa voix, “Un homme l'a emmené avec lui tandis qu’il
s’enfuyait.”
“Quoi ?” dirent-ils tous à l’unisson.
“Que se passe-t-il ?” demanda Conan en s’approchant et en voyant leurs
visages inquiets.
“Notre amie, Maeve a été enlevé par les hommes qui ont attaqué votre château
majesté,” répondit Firouz.
“Is Azul !” dit Conan en reconnaissant les armoiries frappées sur le
manteau d’un des assaillants, que lui avait apporté un de ses généraux.
“J’aurais dû me douter qu’un tel acte ne pouvait venir que de lui. Ainsi
donc il est revenu comme je le craignais.”
“Excusez-moi, mais qui est cet homme ?” demanda Sinbad, alors qu’il se
tenait assit en face du roi dans la salle du trône, tandis qu’il tentait de
comprendre ce qui s’était passé.
“Il s’agit d’un sorcier maléfique, très puissant. Il a pendant longtemps
régner par la terreur sur mon peuple. Mais je croyais m’être débarrassé de
lui.”
“D’accord, cela je l’ai compris. Mais ce que je ne comprends pas c’est
pourquoi il a fait enlever Maeve ?”
“Peut-être veut-il s’approprier ses pouvoirs, ” hasarda Firouz,
“n’oublions pas qu’elle est devenue beaucoup plus puissante depuis son
retour.”
“Votre amie est une sorcière ?” s’étonna le roi.
“Oui,” répondit Sinbad, “pensez-vous qu’il s’agit là de la raison de
son rapt ?”
“Non, enfin peut-être que celle-ci va s’y ajouter, mais la vraie raison
pour moi, c’est Aura.”
“Comment ? Sans vouloir vous blesser, vous nous avez dis qu’elle était…euh…disparut.
Alors comment pourrait-elle être la cause de ce qui arrive maintenant ?” dit
Sinbad en prenant soin de ne pas causer une peine inutile à son hôte.
“Aura était une amazone, chargée de la protection d’un enfant quand on
s’est connu. Ensemble nous avons libéré le père de l’enfant des mains
d’un vassal d’Is Azul. Or quand celui-ci la vit, il décida de faire
d’elle la mère de son héritier. Mais Aura était déjà enceinte de notre
fille. En tentant de s’échapper alors qu’elle était retenue prisonnière,
elle a été tuée, et je n’ai pas pu l’empêcher.” raconta Conan non sans
une certaine émotion qui se traduisait par un tremblement dans sa voix. “Je
pense qu’il est possible qu’Is Azul ait vu votre amie, et voyant la
ressemblance, qu’il ait décidé d’obtenir d’elle ce qu’il n’avait pas
pu avoir avec Aura.”
“Nous devons libérer Maeve avant…” Sinbad ne finit pas sa phrase, ce n’était
pas nécessaire de le dire. “Savez-vous où trouver cet homme ?”
“Hélas, non ! Mais il y a un endroit où peut-être… Oui il est forcément
là-bas.”
“Où ?” l’interrompit Sinbad impatient.
“De l’autre coté de la forêt se trouve une falaise abrupte creusée de
grottes qui pourraient l’avoir accueillis.”
“Bien ! Ne perdons pas un instant,” dit Sinbad en se tournant vers son équipage,
“allons libérer Maeve.”
“Attendez ! Laissez moi vous accompagner ! Je connais les faiblesses d’Is
Azul, je pourrais donc vous aider. Et puis, je me sens responsable de ce qui
arrive.”
“D’accord. Allons-y !” répondit Sinbad.
*
“Lâchez-moi !” dit Maeve en se débattant, tandis qu’un des hommes lui
attachait les bras dans le dos à l’aide de lourdes chaînes alors que les
autres lui refusaient toute tentative de fuite en la retenant fermement.
Elle essaya de résister, d’échapper à leur emprise, mais les chaînes qui
s’étaient refermées sur ses poignets entravaient tous ses mouvements. Malgré
ses efforts, elle ne put empêcher les hommes de la conduire dans une grande
salle sombre où attendait un homme drapé dans un long manteau rouge brodé
d’or, portant une couronne ornée de pierres très rares dont le prix aurait
suffit à lui seul à nourrir un village entier pendant un an.
L’homme était apparemment assez vieux, les rides sur son visage autour de ses
yeux et de ses lèvres, ainsi que ses cheveux blancs suffisaient à confirmer
cette idée.
Maeve perçut immédiatement une aura maléfique émaner de cet homme. Elle était
face à un sorcier, il n’y avait aucun doute là-dessus. Mais qui était-il ?
Et que lui voulait-il ?
“Bienvenue ma chère. Mon nom est Is Azul, et je n’ai pas pu m’empêcher
d’admirer votre beauté.” Déclara-t-il soudain, répondant ainsi aux
questions de Maeve, comme s’il les avait devinés.
Loin d’être flattée par ce compliment Maeve releva la tête et lui jeta un
regard emplit de colère et de mépris.
“Je n’ai que faire de vos remarques. Tout ce que je désire c’est de connaître
le but de ma présence ici.” Déclara-t-elle en tentant de maîtriser la rage
qui l’avait envahit.
“Du calme, belle magicienne. Nous avons tout notre temps pour cela. Que
dirais-tu de faire plus ample connaissance avant!”
“Je n’ai nullement l’intention de m’attarder ici. Et puis comment savez
vous pour mes pouvoirs ?”
“De la même façon que tu as su pour les miens ! Tu dégages une telle
puissance. Notre fils n’en sera que plus fort.”
“Notre fils,” s’étrangla Maeve. “Je crois que vous allez plutôt vite
en besogne. Il est hors de question qu’une telle chose est lieu.”
“Ton consentement n’est qu’un détail dont je me passerais aisément,” déclara-t-il
en souriant. “Mais pour le moment…Gardes…Emmener la dans le donjon et
veiller à ce qu’elle ne puisse pas se libérer.”
Déjà les gardes avaient entouré Maeve et l’entraînaient hors de la pièce.
Maeve impuissante, se laissa faire non sans observer les lieux où elle se
trouvait afin d’y repérer une issue qui lui permettrait de fuir.
Dans la cellule, les gardes l’enchaînèrent au mur, croyant ainsi pouvoir la
retenir, et sortirent en la laissant seule.
C’est le moment que choisit Maeve pour utiliser sa magie afin de briser les
chaînes.
“Feresa, gardienne de l’acier, diminue la puissance de ces chaînes.”
*
Sinbad parcourra du regard la vaste forêt dans lequel il se trouvait. Ils étaient
partis depuis des heures, et il se demandait quand ils arriveraient enfin.
Malheureusement leur progression était lente, trop lente de l’avis de Sinbad.
Mais il devait avouer que Conan avait raison, ces bois étaient un lieu parfait
pour tendre une embuscade. Il leur fallait donc être très prudent. Mais en
attendant Maeve était en danger !
*Maeve, tiens bon ! Nous arriverons bientôt.* se dit-il en lui-même.
Puis il entendit soudain un cri qui semblait déchirer le ciel. En levant la tête,
il vit Dermott tournoyer au-dessus d’eux. L’avait-il entendu ? En tout cas
il semblait vouloir répondre à sa détresse. Lui aussi devait s’inquiéter
pour Maeve.
Soudain comme pour vérifier les craintes de Conan, un groupe d’hommes armés
jusqu’aux dents surgit des fourrés, leur barrant la route. Aussitôt tous tirèrent
leurs épées, et se tinrent en position d’attaque, près à riposter.
Sur un signe de leur chef, les hommes attaquèrent enfin. Sinbad dont le courage
s’était décuplé se jeta tête la première dans le combat. Il se frayait un
passage à travers les lignes ennemies afin d’arriver jusqu’à leur chef. De
leur coté Doubar, Conan, Firouz et Rongar repoussaient leurs assaillants avec
une détermination similaire.
Bientôt le groupe d’assaillants se réduit à cinq hommes, qui voyant la défaite,
et aussi la mauvaise position de leur chef, battirent en retraite.
Le chef laissa tomber son épée sous la dernière attaque de Sinbad. En se
voyant seul et désarmé, il recula de terreur. Mais le jeune capitaine
n’avait pas pour habitude de tuer ses ennemis, aussi il lui permit de se
rendre, et de constituer prisonnier.
Peu après cette courte interruption, le cortège reprit sa quête. Bientôt ils
arriveraient aux pieds de la falaise, il ne leur resterait plus qu’à trouver
la grotte exacte où était retenue Maeve. Et pour cela Sinbad faisait confiance
à Dermott.
*
De son repère Is Azul vit la défaite des hommes qu’il avait chargé d’arrêter
Conan et les amis de la magicienne qui l’accompagnaient. Décidément il était
entouré d’imbéciles. Ceux-ci payeraient très cher leur erreur. Mais pour le
moment une autre préoccupation retenait son attention. Comment se débarrasser
une bonne fois pour toutes de Conan ? Il avait une première fois compromit ses
projets, il ne voulait pas le laisser recommencer. Et puis il y avait ces
hommes…Qui étaient-ils ? Des étrangers venant d’un lointain pays, mais qui
pourraient s’avérer très dangereux ! En particulier le jeune homme aux yeux
bleus qui apparemment était le chef.
“Feresa, gardienne de l’acier, diminue la puissance de ces chaînes.” Répéta
de nouveau Maeve.
Mais cette fois encore rien ne se produisit. Elle commençait à perdre
patience. Elle tira tout à coup sur les chaînes en répétant pour la troisième
fois l’incantation. Elle manqua alors de tomber quand les chaînes se brisèrent
enfin. Soupirant Maeve ne perdit pas une seconde de plus et se précipita vers
la porte.
Tandis qu’elle tendait la main vers elle, la porte s’ouvrit brusquement,
laissant entrer cet homme étrange à qui Maeve devait sa présence en ce lieu.
“Et bien, vous désirez déjà nous fausser compagnie.” Se moqua-t-il tandis
que ses gardes se saisissaient d’elle.
Mais Maeve n’était pas décidée à se laisser faire, elle se débattit et réussit
à envoyer deux hommes à terre. Ils furent bientôt rejoins par leurs compères.
Maeve se trouvait ainsi face au sorcier, le dernier obstacle avant la sortie.
Déterminée à lutter jusqu’au bout Maeve se redressa pour l’affronter.
Mais étrangement l’homme ne bougea pas. D’abord surprise, Maeve décida de
ne pas attendre plus longtemps et entreprit de l’attaquer la première.
Mais elle n’avait pas levé la main qu’elle fut frapper par un éclair qui
émanait du sorcier, qui pourtant n’avait toujours pas bougé. Maeve se releva
avec peine tout en grimaçant de douleur.
Aussitôt elle fut immobilisée par les gardes qui avaient reprit connaissance,
et maintenue debout face à son ennemi, les bras retenus dans le dos.
Maeve n’apprécia pas le sourire qui apparut alors sur le visage du sorcier,
tandis qu’il s’approchait d’elle.
Il posa sa main sur son ventre, et Maeve recula à ce contact.
“Ce n’est pas encore tout à fait le moment !” se contenta-t-il de dire,
alors qu’un sourire emplit de sous-entendu se dessinait sur ses lèvres.
Maeve frémit à cette déclaration. Nulle doute sur le sens de ces paroles. Il
faisait bien entendu allusion à la conception de l’enfant.
Maeve le foudroya du regard tandis que les gardes l’enchaînaient de nouveaux,
mais cette fois en prenant la précaution d’utiliser des chaînes beaucoup
plus solides, plus lourdes.
Maeve aurait certes put en venir à bout à force d’efforts, mais la leçon
avait été retenue, et le sorcier laissa deux gardes dans sa cellule avant de
s’en aller.
*
La falaise se dressait gigantesque devant les yeux du petit groupe. Ils étaient
enfin arrivés. Malgré l’attaque qu’ils avaient repoussée, Conan trouva
que c’était trop facile. Il connaissait bien Is Azul, et cette apparence de
tranquillité devait forcément cacher quelque chose. Sinbad de son coté se
faisait la même réflexion.
Dermott vient se poser tout près de Sinbad, et sachant parfaitement ce que
l’on attendait de lui, s’envola presque aussitôt.
Sinbad pointa son doigt en direction de Dermott qui se dirigeait vers une cavité
proche du sommet de la falaise.
“C’est là-bas que nous devons aller !” dit-il alors.
“Comment pouvez-vous être aussi catégorique ?” l’interrogea Conan.
“Dermott est le faucon de Maeve. Il sait où la trouver quelle que soit la
situation.”
“Vous faites confiance à ce volatile ?”
“Dermott nous a conduit maintes fois à Maeve, que je ne doute pas de sa
capacité.”
Conan sembla se contenter de cette réponse et fit confiance au capitaine.
L’escalade de la falaise s’annonçait des plus difficiles. Il n’y avait
aucunes prise apparentes, de plus les étapes pour reprendre souffle, étaient
inexistantes. Comment faire pour arriver en haut sans pour autant risquer de
mourir en chemin, voire à l’arriver dans un combat inégal face à
l’ennemi.
Alors que chacun réfléchissait à la meilleur des solutions, ce fut Firouz qui
avec son esprit scientifique, trouva la réponse.
“A l’aide d’une corde et d’une poulie suffisamment résistante, quelque
uns d’entre nous pourraient arriver à se hisser en haut sans trop
d’efforts, tandis que ceux restant en bas les soutiendraient.”
L’idée fut accueillit avec enthousiasme, cela pouvait marcher. De plus ils
n’avaient pas vraiment le choix, car c’était là la seule idée. Sinbad déclara
qu’il partirait en premier. Conan se proposa d’être le second. Dermott fut
chargé d’emmener la corde et de l’attacher solidement au premier arbre
qu’il trouverait au sommet de la falaise. Tandis qu’il s’envolait vers
mission, Firouz prépara une sorte de harnais qu’il passa autour de Sinbad.
Dermott arriva en haut et repéra un arbre dont le diamètre semblait prouver la
résistance. Il fit alors plusieurs fois le tour de celui-ci et réussit ensuite
à créer ainsi un nœud assez solide. Puis il revient vers ses amis, qui
attendait son signal afin de commencer à hisser Sinbad.
Sinbad n’était plus très enthousiaste, mais cependant il gardait confiance
en la science de Firouz. Au bout de quelques minutes, qui lui semblèrent
interminable, Sinbad put enfin poser le pied sur la terre ferme de nouveaux. Ils
avaient réussi ! Il se trouvait à l’entrée de la grotte que lui avait
indiquée Dermott un peu plus tôt. Il se dépêcha de retirer le harnais afin
de le renvoyer à ses amis pour que le prochain puisse grimper à son tour.
En bas tous étaient rassurer par la progression sans encombres de Sinbad. Conan
fut donc le suivant à enfiler le harnais et à se laisser hisser.
Alors qu’il était presque arriver à destination, des hommes sortirent de
grottes avoisinantes, et armés d’arc et de flèches entreprirent de se débarrasser
de ces drôles d’acrobates.
Soutenu par Sinbad, Conan tentait de rejoindre le bord de la petite plate forme
où se dressait l’entrée de la grotte, tandis qu’en bas tous se mettaient
à l’abri des tirs.
Soudain la corde se coupa sous l’attaque incessante des pointes acérée des
flèches des archers ennemis. Conan sentit que plus rien ne le retenait et
commença à chuter. Mais tout à coup une poigne de fer se referma sur son
poignet. Sinbad aida alors Conan à se hisser tant bien que mal à coté de lui.
Désormais ils devraient continuer leur quête, seul. Les autres ne pouvant pas
les rejoindre : la corde était inutilisable, et puis il y avait ces archers qui
ne semblaient pas vouloir stopper leur ‘concerto pour flèche en sol
majeur.’
Ils pénétrèrent dans la grotte où les avait précédés Dermott. Se tenant
sur leur garde, à l’affût d’une nouvelle attaque. Malgré l’obscurité,
ils avancèrent plus profondément, suivant Dermott à l’intérieur de ce dédale
sans fin.
Au détour d’un croisement, ils aperçurent enfin un rayon de lumière qui
filtrait à travers une tenture. Ils s’y dirigèrent prudemment, leurs épées
tendues devant eux. Sans bruit, Conan repoussa l’étoffe et pénétra dans une
grande à la suite de Sinbad. Il n’y avait personne ici. De plus en plus méfiant,
ils avancèrent au centre de cette pièce.
Soudain sortant de tous les cotés à la fois, des hommes armés plus que de nécessaire,
se jetèrent sur les intrus. A coup de poings, de pieds, et d’épées, ils se
frayèrent un passage à travers les gardes.
*
Depuis sa cellule, Maeve entendit tout à coup des bruits de combat. Le son des
épées qui s’entrechoquaient, qui tombaient au sol, lui parvenait depuis la
grande salle.
*Sinbad !* pensa-t-elle.
Ses gardiens se regardèrent inquiets par ses bruits qui semblaient
s’approcher de plus en plus d’eux. Aucuns doutes ne planaient sur le but de
l’intrusion de ces hommes. Ils venaient pour libérer la jeune femme, et bientôt
ils seraient là, près à les tuer.
Lentement pour ne pas éveiller les soupçons de ses gardiens, Maeve tira sur
les chaînes tout en récitant l’incantation à voix basse. Celles-ci se brisèrent,
mais cette fois Maeve y était préparée, aussi elle ne bougea pas. Soulagée
elle vit que ses geôliers n’avaient rien remarqué, trop occupés qu’ils étaient
à surveiller la porte.
Elle s’approcha alors, de l’un des hommes doucement.
*
“Va sauver Maeve, je reste ici pour les retenir.” dit Conan tout à coup en
s’adressant à Sinbad qui avait atteint le couloir où l’attendait Dermott
pour le conduire à Maeve.
“Bien, fais attention à toi !”
“Ne t’inquiètes pas pour moi. Je te rejoindrai dès que possible.”
Il repoussa alors un nouvel assaillant permettant ainsi à Sinbad de sortir.
Sinbad suivit Dermott à travers un couloir qui aboutit à une petite porte,
qu’il entreprit d’ouvrir. Il se jeta dessus afin de la faire sortir de ses
gonds, mais la porte résista au choc. Il recommença. La troisième fois où il
se jeta sur la porte, il prit un peu plus d’élan. Se précipitant à grande
vitesse sur celle-ci, il heurta violemment le sol alors que la porte s’était
ouverte de l’intérieur.
Allongé à terre, sans défense, car il avait lâché son sabre dans sa chute,
il releva la tête. Ses yeux tombèrent alors sur deux bottes marron, et remontèrent
lentement le long de ces jambes fines, pour arriver enfin sur le visage de Maeve,
qui le regardait amusées. Il émit alors un sourire satisfait et admiratif.
“Contente de te voir,” dit-elle enfin.
“Tout le plaisir est pour moi,” plaisanta-t-il.
Maeve lui tendit le bras afin de l’aider à se relever en choisissant
librement de ne pas relever l’allusion.
“Il faut sortir d’ici et vite !” dit-il en ramassant son sabre.
“Où sont les autres ?”
“En bas de la falaise, ils n’ont pas pus monter, nous avons été attaqués
avant. Nous ne devons pas traîner. Tant que nous ne sommes pas sortis d’ici,
tu es en danger.”
“Je ne suis pas la seule, je te rappelle !”
“Viens, suis-moi !” dit Sinbad en la prenant par le bras et en l’entraînant
vers la porte.
“Hé, attends !”
Maeve prit alors l’épée d’un des gardes qu’elle avait assommé un peu
avant puis suivit Sinbad.
Conan se débrouillait comme il pouvait pour se débarrasser de ses assaillants
toujours plus nombreux. A coup de poings, de pieds, et d’épée, il se frayait
un chemin vers le couloir qu’avait emprunté Sinbad quelques minutes
auparavant. Soudain alors qu’il relevait la tête, il la vit. Les battements
de son cœur s’accélèrent tandis qu’elle se dirigeait vers lui.
L’épée à la main, Maeve et Sinbad se jetèrent dans la bataille, venant
ainsi prêter main forte à leur nouvel ami. Ensemble ils réussirent bientôt
à mettre en déroute les hommes de main du sorcier. Ils se rejoignirent pour
regagner ensemble la sortie de la grotte quand une épaisse fumée les
enveloppa, leur empêchant toute fuite par la même occasion.
Sinbad ne voyait plus rien, il n’arrivait même pas à distinguer Maeve
qu’il savait près de lui. Il tendit alors la main dans sa direction,
recherchant sa présence. Bientôt ses doigts se refermèrent sur le poignet de
la jeune femme, qui serra avec plus de force que nécessaire. Il était bien déterminé
à ne pas la laisser disparaître une nouvelle fois.
Maeve sentit une poigne de fer encercler son bras, mais elle ne fit aucun
mouvement pour se libérer, elle savait d’instinct qu’il s’agissait de
Sinbad. Aussitôt elle se rapprocha de lui comme pour lui faire comprendre
qu’elle était là, et qu’elle comptait bien y rester.
Conan voulut se rapprocher de ses amis, et de Maeve en particulier. Il s’était
juré de la protéger quoi qu’il arrive. Il ne voulait pas que ce qui était
arrivé à Aura recommence avec Maeve. Sentant la présence de la jeune femme,
il s’approcha encore et attendit que le sorcier apparaisse, car il n’avait
aucun doute quant à l’origine soudaine de cette fumée.
Ils n’eurent pas à attendre très longtemps. Peu à peu la brume se dissipa
et laissa apparaître alors un homme vêtu d’un long manteau rouge.
Le regard avide de cet homme se posa alors sur Maeve tandis qu’un petit rictus
se dessinait sur ses lèvres. Puis ses yeux froids et durs passèrent de Conan
à Sinbad. Ce dernier se plaça aussitôt devant Maeve, en signe de protection.
Maeve sentit une grande force émaner de leur adversaire. Ses pouvoirs étaient
très grands et elle se demanda comment ils allaient pouvoir en venir à bout.
Mentalement elle commença à passer en revue toutes les incantations que
Dim-Dim lui avaient enseignés, espérant en trouver une qui conviendrait à
cette situation. Malheureusement aucune ne lui vint à l’esprit, elle devrait
donc improviser !
“Is Azul !” dit Conan tout à coup, “je pensais m’être débarrasser de
toi une bonne fois pour toute la dernière fois, mais je vois que je m’étais
trompé. Je vais donc y remédier.”
“Qu’espères-tu ? Tu as déjà échouer une première fois, crois-tu
vraiment que tu pourras me vaincre aujourd’hui ?” répondit le sorcier en
riant.
Soudain il leva la main, et un éclair vint s’abattre à ses pieds. Quelque
instant encore, il continua à appeler la foudre afin de canaliser le plus d’énergie
possible pour ensuite en frapper ces misérables être humains qui avaient décidé
de se mettre en travers de ses projets. Il attendait de pouvoir avoir un fils
qui reprendrait sa suite depuis si longtemps et il était aujourd’hui si
proche du but, qu’il ne permettrait pas que tout s’écroule maintenant.
Sinbad réfléchit. Il devait trouver une solution et vite s’il ne voulait pas
finir en petit morceau de charbon. Le sorcier utilisait la puissance
destructrice des éclairs afin d’accumuler encore plus d’énergie avant de
les frapper. Soudain une idée lui vint. Il se rappelait de la fois où Firouz
avait tenté de lui expliquer que les éclairs étaient une sorte de champs de
force puissants qui généraient ce qu’il avait désigné sous le nom d’électricité.
Le scientifique avait ensuite ajouter que l’eau mit en présence de cette
force pouvait la décupler et ainsi détruire tout ce qui se trouvait près
d’elle. C’était peut-être là la solution. S’il trouvait de l’eau, et
qu’il en aspergeait le sorcier, il arriverait ainsi à retourner ses éclairs
contre lui.
Maeve en voyant un sourire se former sur le visage de Sinbad, ainsi que
l’assurance qu’il affichait soudain, sut que le capitaine avait une idée
derrière la tête. Elle se tourna vers lui désireuse d’être mise au courant
de son éventuel plan d’attaque. Sinbad la regarda confiant et sans pour
autant se détourner de l’ennemi il s’adressa à elle en essayant d’être
assez discret afin que le sorcier ne puisse pas les entendre.
“Maeve est-ce que tu te rappelles de ce que Firouz avait dit à Rongar aux
sujets des éclairs alors qu’il était effrayé lors du dernier orage ?”
demanda-t-il. Comme la jeune femme acquiesçait, il continua à exposer son idée.
Le sorcier ne faisait pas attention au marin, trop occupé qu’il était à ce
concentrer sur les éléments qu’il déchaînait afin de le servir.
“Maeve, peux-tu amener de l’eau ?”
“Rien de plus facile. Laisse-moi quelques minutes, le temps de me
concentrer.”
Malheureusement de son coté, le sorcier était enfin prêt. Il fit face aux
intrus, bien décidé à se débarrasser de ces invités plus que gênant. Déjà
il levait le bras dans leur direction.
“Maeve, dépêches-toi !”
“Par le Triskell, symbole sacré, j’invoque ici les éléments
dynamiques.”
Maeve dessina alors sur le sol un étrange pictogramme que Sinbad sembla reconnaître.
Il l’avait déjà vu alors qu’il se trouvait dans la cabine de Maeve peu après
sa disparition. C’était le symbole qui ornait son coffre en bois qui
renfermait toutes ses affaires personnelles. C’était un symbole celte.
“Manannan, accorde-moi ton aide, et apporte-moi l’eau que tu gouvernes.”
Maeve repassa son doigt sur l’une des branches du triskell qui scintilla
alors. Soudain de l’eau jaillit depuis cette mystérieuse fente. D’abord une
petite flaque, celle-ci s’agrandit pour devenir un petit ruisseau que Maeve
dirigea vers le sorcier.
Toujours concentrer sur sa propre magie, le sorcier ne se souciait pas de ce
mince filet d’eau qui s’approchait de lui. Tandis qu’il s’apprêtait à
lancer son attaque l’eau l’avait atteint. Au moment précis où le liquide
toucha ses pieds, une violente lumière le frappa. La puissance accumulée par
la foudre sembla alors s’abattre avec rage sur lui, incapable de la contrôler,
il hurla.
Une odeur de chair cramée empesta la salle. L’atmosphère se chargea d’une
puanteur si horrible que Maeve, Sinbad et Conan furent prirent de nausées, mais
ils parvinrent à les contrôler.
Le sorcier était désormais étendu sur le sol. Ses vêtements avaient noirci
tout comme sa peau. Une petite fumée s’échappait de cet amas calciné qui
avait été autrefois son corps. Ses yeux vitreux, étaient écarquillés, sa
bouche toujours ouverte semblait vouloir lancer un dernier cri. Pourtant aucun
son n’en sortait. Aucuns mouvements de son corps n’étaient désormais
perceptibles. Il n’était plus qu’une masse noirâtre, inerte.
Conan s’approcha alors, de ce qui avait été son ennemi depuis de longues années.
Avec un pincement de nez, il se pencha. Il put alors constater la mort
indiscutable du sorcier. Avec un soupir de soulagement il se releva et se
dirigea vers Maeve et Sinbad.
“Félicitations, vous avez réussi à tuer ce sorcier. Mon peuple est dorénavant
totalement libre. Nous n’aurons plus jamais à craindre une nouvelle attaque
de sa part. Je vais enfin pouvoir cesser de m’inquiéter pour ma fille.
Merci.”
Puis il prit la main de Maeve qu’il porta à ses lèvres et y déposa un
baiser. Ensuite il serra la main que lui tendait le capitaine du Nomad.
Sinbad était heureux d’avoir prêter attention à ce que le scientifique lui
avait dit. Qui aurait pu croire que cela lui aurait un jour servit à détruire
un ennemi ? Il serra la main du roi Conan, et se tourna vers Maeve en lui
souriant. Il était encore plus ravi d’avoir retrouvé la charmante sorcière
celte.
Maeve rendit son sourire à Sinbad.
*
Des chants de joie et de victoire retentissaient à travers tout le pays,
partout le peuple dansait, riait, buvait. L’espace d’une nuit tous oublièrent
leurs travaux, leurs soucis, ne pensant plus qu’à faire la fête.
Maeve s’assit sur la chaise la plus proche les joues en feu. Elle n’avait
cesser de danser et elle en était essoufflée. Le vin commençait à lui faire
tourner la tête. Il faisait si chaud tout à coup. Jetant un coup d’œil à
la piste de danse au centre de la grande salle de bal, elle vit ses amis qui
s’amusaient. Ses yeux se posèrent sur Sinbad, et un étrange frisson
parcourut son corps. Décidant qu’elle avait vraiment besoin de prendre
l’air pour recouvrir ses esprits, elle se dirigea vers la large porte vitrée.
La nuit était claire et une légère brise, douce et bienfaisante rafraîchissait
l’air. Maeve s’approcha de la balustrade et s’y appuya. Elle laissa alors
son esprit vagabonder.
Soudain un bruit de pas derrière elle la fit se redresser et elle se tourna
vers le nouvel arrivant.
“Tout va bien ?” demanda alors le roi tandis qu’il voyait qu’elle
s’appuyait sur le petit muret.
“Oui, je vous remercie. Je désirais seulement prendre un peu d’air frais,
il fait si chaud à l’intérieur.” expliqua-t-elle.
“Vous avez raison. De plus la nuit est si belle, il aurait été dommage de ne
pas en profiter.” Ajouta-t-il en s’approchant d’elle et en s’appuyant
sur la balustrade à son tour.
Après une courte pause, il se tourna vers Maeve et la regarda. Elle était si
belle dans cette robe du soir. Le léger vêtement de soie vert pâle accentuait
le hâle de sa peau satinée. Ses cheveux étaient remontés dans un chignon
d’où quelques mèches indisciplinées s’échappaient. Les fines bretelles
et le décolleté plongeant de la robe, laissaient sa nuque et sa gorge nues.
Maeve sentit le regard du roi posé sur elle, elle se tourna pour lui faire
face. Ses yeux étaient si tristes et si joyeux à la fois. Maeve baissa les
yeux tandis que le regard du roi devenait de plus en plus insistant.
“Maeve, vous êtes si belle, ” dit-il soudain. “les étoiles pourtant si
brillantes ne valent pas l’éclat de vos yeux, la finesse et la douceur de vos
traits font pâlir d’envie le cercle lunaire. Vous êtes si merveilleuse.”
En disant ces mots, il s’était rapproché et posa sa main sur le mur de
l’autre coté de Maeve. Il se pencha vers son visage baisser et lui souleva le
menton afin de plonger ses yeux dans les siens. Lentement il s’approcha
davantage et il l’embrassa. Le baiser, d’abord un simple effleurement, se
fit plus désireux, plus profond.
Maeve resta immobile dans les bras du roi. Il avait resserré son étreinte
autour de sa taille, et sa main parcourait désormais son dos nu avec fièvre.
L’espace d’une seconde elle ferma les yeux, comme enivrée par le désir qui
émanait du roi. Mais bientôt Maeve reprit ses esprits, l’effet euphorisant
de l’alcool se dissipant alors tout à coup, elle fit l’image de Sinbad se
former.
Elle se raidit soudain, et rouvrant les yeux, elle se dégagea avec rapidité de
l’étreinte du roi. Elle s’écarta, et recula comme pour mettre le plus de
distance possible entre eux.
“Je…je crois que vous vous méprenez sur mon compte…”
“Je suis désolé, je ne voulais pas vous offenser.” s’excusa le roi avec
empressement comme il voyait le regard troublé de la jeune femme. “Je pensais
que vous en aviez envie tout comme moi, mais je vois que je me suis trompé.”
“Vous n’avez peut-être pas tout à fait tord,” avoua-t-elle alors
consciente de l’étrange vague de chaleur qui l’avait envahit quelque
instant plus tôt, “le vin est si traître, et je pense qu’il a réveillé
en moi un désir enfoui, pourtant…”
“Ce n’était pas la bonne personne,” termina le roi en voyant le regard
pensif de Maeve.
Maeve sourit à cette allusion. Le roi avait deviné ses pensées. Avec respect
il s’inclina devant elle avant de prendre congé.
Resté seule, Maeve se tourna de nouveau vers le paysage merveilleux
qu’offrait le royaume illuminé de mille feux, et qui semblaient faire échos
au ciel étoilé. Le visage de Sinbad lui apparut alors, et elle sourit.
Tandis qu’il rejoignait leur table où était déjà assis Doubar, Sinbad
scruta des yeux l’ensemble de la salle. Son visage se troubla alors qu’il ne
la voyait nulle part. Où était-elle ?
“Je l’ai vu se diriger vers le balcon,” dit Doubar comme il avait compris
ce que cherchait son jeune frère.
“De quoi parles-tu ?” fit mine de feindre Sinbad.
“Inutile de le nier petit frère, tu le sais parfaitement !”
Sinbad ne trouva rien à redire, et choisit donc de se taire.
“Vas-y !” déclara alors Doubar après quelques minutes pendant lesquelles
il observa son frère jeter des regards insistant en direction du balcon.
“Quoi ?”
“Va la rejoindre, je t’excuserai auprès des autres.”
“Merci Doubar.”
Puis Sinbad se leva et se dirigea vers la porte vitrée. Au moment où il allait
franchir le seuil il croisa le roi.
“Vous avez beaucoup de chance,” se contenta de dire le roi.
“Je sais.” répondit-il en sachant tout de suite ce à quoi faisait allusion
son interlocuteur.
Maeve.
Elle était debout, dos à lui, appuyée contre le petit muret qui bordait le
balcon et semblait plongée dans ses pensées. Sinbad n’osait pas bouger ni même
dire un mot de peur de lui dévoiler sa présence. Discrètement il la regarda
et sourit.
Elle était si belle dans cette robe, sous la lumière timide de la lune.
Il sourit une dernière fois à cette vision féerique, puis ne pouvant y résister
plus longtemps, il s’approcha d’elle pour la prendre dans ses bras.
Maeve sentit la chaleur maintenant familière des bras de Sinbad autour de sa
taille, et se laissant envahir par sa présence, elle se blottit contre lui,
posant ses bras sur les siens et sa tête sur son torse.
Fin