La neige devient le printemps
Il regardait les branches nues des arbres, se sentant triste et joyeux � la fois. Une douce m�lancolie s'empara de lui. Il ne savait plus de quelle humeur il �tait. Il �tait en �quilibre sur un fil, penchant sans cesse d'un c�t� et de l'autre. Le froid ne le touchait pas. Seul, il regardait le ciel d�chir� par les arbres tordus, apercevant des bouts de ciel bleu entre les nuages. La neige s'amusant � venir lui brouiller les yeux, coulant sur ses joues comme autant de larmes.
Neige
Hatori
Tout �tait lumineux et pourtant la nature �tait morte pour un temps. Tous ces contrastes refl�taient son esprit, les contraires s'associaient, les oppos� se lovaient l'un dans lautre.
La lumi�re faiblit puis s'�teignit totalement, plus rien ne semblait pareil. Les couleurs si vives un instant auparavant �taient ternes, comme mortes. Le soleil qui avait jou� sur le grain, r�v�lant des creux et des pics, des asp�rit�s form�es par les couleurs, s'�tait cach� derri�re l'horizon. Il avait pass� la journ�e � �clairer tout le paysage. Il l'avait admir� durant toute sa course dans le ciel, se pr�occupant peu de toute l'agitation qu'il y avait eue juste devant lui. Il �tait comme arr�t� en un instant pr�cis, ses pens�es fig�es pour l'�ternit�. Il ne bougerait plus. De toutes mani�res il s'en sentait incapable. Il faisait partie du d�cor et ne pouvait s'en dissocier. Personnage perdu dans l'immensit�, parmis tant d'autres paysages. Il contemplerait toujours la m�me vue inlassablement, le temps ne ocmptant pas pour lui. Le monde changerait autour de lui et tournerait sans lui. Il �tait prisonnier mais cela lui importait peu. Ce cadre ne limitait pas son esprit, seules les couleurs le pouvaient. Il ne pourrait jamais changer.
Son mod�le avait donn� son �me � un moment pr�cis, il ne s'en �chapperait jamais. Il viendrait un jour le voir et il se contemplerait comme dans un miroir d�form�. Lui et en m�me temps quelqu'un d'autre. Se reconna�trait-il seulement ? Lui mourra mais il survivra en m�me temps � travers lui pour l'�ternit�.
C'est ce que tout peintre recherchais, atteindre � l'infini et laisser une trace de soi pour le futur, acqu�rir l'immortalit� en un coup de pinceau.
Tout �tait vide et silencieux, le tableau resterait seul sur le mur faisant face � la nuit, � la fen�tre donnant sur le monde.
L'�me du petit personnage pr�s des arbres morts recommencerait inlassablement sa prise de conscience tous les matins et oublierait tout de nouveau tous les soirs.
Mais son �motion se r�pandrait par les yeux de ceux venus l'observer, devenant un tr�sor et s'installant dans la m�moire de tous elle acc�dera � une nouvelle vie.