Akaibu

Le secret de Ji - Six héritiers - Pierre Grimbert

Résumé

Il y a plus d'un siècle, un homme étrange, Nol, visita tous les rois du monde connu. Personne ne sut jamais pourquoi mais il emmena avec lui les Sages désignés par les monarques pour un voyage mystérieux vers l'île de Ji. Ce qu'ils firent et qu'ils virent là-bas, sur cette île déserte et désolée, nul ne le sait. Les survivants emportèrent leur secret dans la tombe...
Pourtant, aujourd'hui, le passé rattrape les descendants des Sages, assassinés l'un après l'autre. Ceux qui échappent au massacre se mettent en route pour Ji. Car là-bas se trouve la réponse...

Pourquoi ?

Un autre livre de fantasy qui aurait pu passer inaperçu seulement il a un style assez nouveau et rafraichissant pour que j'en parle. D'habitue les histoires de fantasy sont agrémentées de longues descriptions du moindre détail du paysage ou de l'équipement des héros mais là non. Toute l'écriture est concentrée sur l'évolution de l'histoire, sur les nombreux rebondissements de l'action. L'auteur arrive en peu de mot à faire passer tout ce qui doit être dit, ses personnages sont esquissés puis de petits détails s'ajoutent au fur et à mesure, suivant l'action et les dialogues, comme s'il nous les faisait découvrir en même temps que lui. L'histoire est assez simple, avec plusieurs personnages qui sont liés par leur passé et vont se retrouver pour partir dans une grande aventure. Mais finalement beaucoup de mystères sont cachés dans ce qui s'est passé lors de la dernière expédition sur l'île de Ji et tout au long de l'histoire on apprend petit à petit ce qui a pu arriver, ce qui a été découvert et pourquoi il fallait que ça reste secret. On découvre aussi petit à petit le passé des héros qui ajoute de les rendre complexes et très intéressants. Le mieux ce sont leurs interractions qui restent très humaines et réalistes bien qu'ils parlent tous très bien et soient plus préoccupés par les problèmes se mettant en traveres de leur quête. C'est un monde médiéval, avec beaucoup de religions mais aussi un peu de magie traîtée de façon très intéressante. Tout n'arrive pas tout cuit pour celui qui est magicien, la maîtrise de cet art demande de l'entraînement.
Bref c'est un cycle très rafraîchissant dans ce monde déjà bien exploré qu'est la fantasy. Les livres sont relativement courts et se dévorent avec une facilité déconcertante, tenant en haleine pendant des heures. Le tout écrit avec beaucoup de classe et de retenue, un vrai régal.

Extrait

Mon nom est Léti. Je fais partie du village d'Eza, le cinquième de la province sud du Matriarcat de Kaul. Cent dix-huit années avant ce jour, un homme inconnu se présenta devant le Conseil des Mères, se disant porteur d'un message d ela plus haute importance. Il déclara s'appeler Nol, et n'être l'ambassadeur d'aucune nation connue. Pourtant, nombreuses furent celles qui virent en lui un Estien : Wallatte, Thalitte, Solene, ou autre habitant du Levant. C'est donc avec suspicion qu'elles s'apprêtèrent à l'écouter.
Nol s'exprima aisément, en respectant l'usage et les règles en cours au Conseil, si bien qu'il semblait avoir passé toute sa vie à Kaul. Les Mères le traitèrent avec le même respect en écoutant son discours sans l'interrompre, comme la Tradition l'exigeait.
Les débats du Conseil n'étaient pas encore mis par écrit à l'époque, c'est pourquoi il est difficile de donner une transcription exacte de ses dires. Voici à peu près ce qu'ils étaient :
"Honorées Mères, je me présente à vous sans mauvaises intentions. La Sagesse des membres du Conseil est légendaire, aussi j'espère avoir bientôt l'honneur de votre conifance, même s'il m'est nécessaire de conserver le secret sur un grand nombre de choses.
Je ne puis dire pourquoi je suis là, ni d'où je viens. Je porte mon message à tous les rois du monde connu, et ne puis que souhaiter les convaincre de prêter foi à des propos que je sais étranges.
Voici, enfin, ma déclaration.
Dans un dessein qu'il m'est impossible de révéler, je vous demande de choisir une personne de votre peuple, réputée pour faire partie des plus sages, et digne de vous représenter.
Je la retrouverai sur l'île de Ji, à l'aube du jour du Hibou, avec les émissaires des autres nations. La suite sera sans danger, aussi il est inutile de prévoir une escorte trop considérable, celle-ci ne pouvan pas nous accompagner dans notre voyage, de toute façon.
Le sage que vous choisirez ne sera absent que quelques décades. Qu'un bateau attende son retour au même endroit, à compter du jour de la Terre.
Ce qui se passera au retour n'est pas encore écrit. Je puis juste vous dire qu'une décision importante sera prise, et que le résultat vous en sera donné.
J'ai terminé, et je devine vos questions : ne les posez pas en pure perte, honorées Mères, car je ne puis y répondre."
Bien sûr, Nol fut quand même questionné, et comme il l'avait dit, il conserva le silence. Lorsqu'il se fut retiré, les Mères dicutèrent de la conduite à tenir. Quelques-unes parmi les plus jeunes, dont les maris combattaient encore aux côtés des troupes loreliennes, demandèrent qu'on chasse l'étranger, ou qu'on l'engeôle jusqu'à en apprendre d'avantage. D'autres pensaient avoir été confrontées à un fol inoffensif et qu'il n'y avait pas de suite à donner à l'affaire.
Seules quelques-unes, plus poussées par la curiosité qu'autre chose, estimaient que l'envoi d'un émissaire à Ji ne coûterait pas grand-chose, et que ce serait le meilleur moyen d'élucider le mystère. On procéda au vote et c'est cette sage proposition qui fut finalement retenue, sous réserve que Nol ait effectivement transmis son "message" à d'autres nations.
La confirmation vint de l'ambassadeur de Junine, qui relata quelques jours plus tard une rencontre similaire entre Nol et les barons réunis des Petits Royaumes.
Vint alors le moment du choix de l'émissaire. Il semblait acquis que les personnes les plus sages du Matriarcat étaient membres du Conseil, et désigner l'une d'entre elles permettait en outre d'agir en toute discrétion.
Toutes se tournèrent avec respect vers l'Aïeule, qui était la plus sage entre toutes. Heureusement, elle l'étaie assez pour se savoir trop âgée pour ce voyage aventureux. Elle demanda alors que des volontaires se manifestent, non pas au titre de la plus grande sagesse, ce qui eût été vaniteux, mais à celui du dévouement. Quatre Mères se proposèrent, et parmi elles Tiramis fut élue.
Tiramis est mon aïeule. C'est la mère de la mère de la mère de ma mère. La grand-mère de ma grand-mère. Il fut décidé de la faire accompagner d'un homme pour la protéger. On choisit Yon, qui était le troisième fils de l'Aïeule et que l'on savait fort et dévoué. Pour amener Nol à l'accepter comme un second émissaire, il fut dit qu'il représenterait la gent masculine de Kaul, ce qui, après tout pouvait être vrai. Enfin, on décida qu'une goélette suivrait à distance l'homme étrange et les sages, comme ultime mesure de sécurité.
Au jour du Hibou, Tiramis et Yon abordèrent l'île Ji, près des côtes loreliennes. C'était une petite terre inhabitée, dont on pouvait faire le tour à pied en moins d'une journée. Très peu de végétation, juste des rochers, encore des rochers, et du sable entre eux.
Nol les attendait sur la plage, l'air grave, mais apparemment satisfait du nombre de personnes venues. Tiramis en connaissait quelques-unes de vue ou de réputation, et un chambellan goranais autoproclamé maître de cérémonie se chargea de lui présenter les autres.
Il y avait là le roi Arkane de Junine, représentant des Baronnies ; le jeune prince Vanamel du Grand Empire de Goran, et son conseiller : Son Excellence Saat l'Econome, tous deux représentant bien sûr le Grand Empire ; le chef Ssa-Vez, qui était venu de la lointaine Jezeba ; Son Excellence Rafa Derkel, de Griteh ; le duc Reyan de Kercyan, envoyé par le roi Bondrian, de Lorelia ; Son Excellence Maz Achem, représentant d'Ith ; Son Excellence le sage Moboq, représentant du roi Qarbal d'Arkarie ; et enfin Leurs Excellences l'Honorée Mère Tiramis et Yon de Kaul, représentants du Matriarcat. Chacun de ces hauts personnages était venu en grand pompe - particulièrement le prince Vanamel -, si bien que le petit espace de plage laissé par les rochers était envahi par les tentures et les installations de fortune, rehaussées de bannières colorées qu'évitaient ou piétinaient une fourmilière de serviteurs et de soldats de tous uniformes.
Nol accueillit chacun des émissaires, les remerciant pour leur confiance qui était de bon augure, et les informant qu'ils attendraient jusqu'à la tombée de la nuit l'arrivée d'autres émissaires. Il ne donna aucune information supplémentaire.
Rafa de Griteh émit une objection à propos de la représentation inégale des nations. Pour disperser les malentendus, Nol demanda alors si le Grand Empire de goran et le Matriarcat de Kaul avaient quelque raison d'envoyer chacun deux émissaires. Tiramis lui servit le petit mensonge à propos de Yon, représentant des hommes de Kaul, et le prince Vanamel objecta que son pays étant bien plus grand que la plupart, il était normal qu'il soit représenté par deux personnes. Son Excellence le sage Moboq, à qui l'on avait traduit les débats, objecta alors à son tour que l'Arkarie était bien plus grande encore que le Grand Empire, et que le roi Qarbal aurait donc pu envoyer trois ou quatre représentants. Nol eut une petite moue découragée et coupa court aux dissensions en précisant qu'un nombre supérieur d'émissaires n'apporterait de toute façon aucun avantage particulier aux nations ; la limitation était simplement une question d'ordre pratique. Rafa de Griteh se déclara alors satisfait. Personne ne voulait vraiment contredire Nol à ce moment-là.
L'homme étrange s'exprimait dans les langues maternelles de chacun avec une aisance déconcertante. Il écoutait tout le monde, mais balayait de façon ferme et polie les objections de ces hauts personnages qui s'accordèrent tous pour lui reconnaître une personnalité hors du commun. Lorsque enfin il eut vu chacun d'eux et déclaré vouloir méditer seul, tous prirent leur mal en patience et l'observèrent avec respect, à la dérobée.
Puis le soir arriva et Nol déclara avec regret que ni le Beau Pays, ni Romine n'avaient envoyé d'émissaire, et que ces deux royaumes ne seraient donc pas représentés. Quelques-uns, remarquèrent aussi qu'aucun diplomate estien n'était présent, mais ne surent qu'en conclure.
L'homme étrange invita les sages à le suivre, et s'engagea à pied à travers le labyrinthe rocailleux que formait l'île Ji. Après quelques instants d'étonnement - tous s'étaient attendus à prendre la mer -, il fut suivi par Tiramis et Yon, puis le duc de Kercyan, puis tous les autres leur emboîtèrent le pas.
Restés sur la plage, les divers officiels, gardes et servieturs étaient indécis. Puis plusieurs barques furent mises précipitamment à l'eau, l'idée venant que les sages pourraient embarquer de l'autre côté de l'île.
Au début pratiquement adversaires, les équipages s'organisèrent bientôt pour patrouiller chacun dans un secteur. Mais aucune embarcation inconnue ne fut repérée cette nuit-là...
Au petit matin, des hommes en armes furent envoyés dans l'intérieur de l'île. Les soldats fouillèrent le labyrinthe tout le jour, puis le lendemain, sans autre résultat que la découverte de grottes utilisées comme entrepôts par de quelconques contrebandiers loreliens.
Après le quatrième jour, tout espoir était perdu de retrouver la piste des émissaires. Une par une, les délégations quittèrent l'île à regret, en soupçonnant les autres d'avoir dissimulé des informations sur cette étrange aventure, ou pire, d'en être à l'origine.
Quatre décades passèrent, et aucune demande de rançon n'étant arrivée, la thèse de l'enlèvement que quelques-uns avaient avancée fut peu à peu abandonnée. Le jour de la Terre arriva, des bateaux furent de nouveau envoyés vers l'île, et on se prit dans les palais à espérer en un retour imminent des sages.
A l'aube du jour de l'Ours, une décade et demie après le jour de la Terre, sept personnes émergèrent difficilement d'entre les rochers, par le même chemin qu'elles avaient emprunté deux lunes plus tôt. Les soldats postés là observèrent avec incrédulité le duc Reyan, fatigué, les yeux vides de toute expression, et Rafa de Griteh, les cheveux brûlés et la face noircie, transporter sur une civière de fortune le roi Arkane de Junine, blessé à la tête et pressant un garrot rougi sur le moignon de son bras gauche. Ils virent Son Excellence Yon de Kaul tituber en portant dans ses bras une Honorée Mère Tiramis inconsciente. Enfin ils virent Leurs Excellences Maz Achem d'Ith et Moboq d'Arkarie fermer la marche en traînant les pieds.
Le prince Vanamel, Saat l'Econome et Ssa-Vez de Jezeba manquaient à l'appel.
Nol l'Etrange n'était pas revenu non plus.

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