|
Lyne Bessette |
|---|

| Lyne Bessette |
|---|

photo : Wallid Abughazaleh
Michel Nepveu, V�lo Mag , juin 1999
Comment appelle-t-on une fille qui pratique le v�lo de comp�tition depuis trois ans � peine et qui s'av�re assez dou�e pour devenir, presque du jour au lendemain, championne canadienne, m�daill�e d'or aux Jeux du Commonwealth, coureuse professionnelle avec l'une des formations f�minines les plus fortes, et qui s'offre en prime des victoires prestigieuses en d�but de carri�re ? Une surdou�e ? Une superwoman ?
On appelle simplement �a une athl�te. Lorsqu'elle s'est mise au v�lo, Lyne Bessette n'arrivait pas de nulle part. Si elle a tourn� en rond auparavant, c'est sur les pistes d'athl�tisme, � faire des �preuves qui comptent parmi ce qu'on peut imaginer de plus exigeant : les courses de demi-fond. � Quand j'ai commenc� � courir en v�lo, se rappelle-t-elle, je savais ce qu'�tait la souffrance sportive. Je savais ce que "avoir mal" voulait dire. Sur ce plan, je n'ai pas �t� trop d�rout�e par le cyclisme. �
Il n'y a donc pas de � miracle Bessette �. Onze ans d'athl�tisme au niveau national, �a pr�pare assez bien pour un sport difficile comme le cyclisme. Il faut dire, cependant, que si l'h�ritage sportif et le travail � l'entra�nement sont importants, miss Bessette a la physique de l'emploi : 5 pi 10 po, 135 lb, de longues jambes � la fois fines et fortes ; une belle athl�te, un vrai corps de cycliste comme peuvent en avoir, chez les hommes, des athl�tes comme Jacques Landry ou Dominique Perras (que je jalouse secr�tement!).
Tout cela, bref, explique un peu l'ascension fulgurante de l'athl�te de Knowlton, qui l'a fait passer, de 1996 � 1999, de la Coupe des Am�riques (10e) � la Redlands (1 �re) en passant par les Jeux du Canada (1 �re), le Tour de la Haute Garonne (13e), l'�toile Vaugienne (6e), le Tour de l'Aude (paf! clavicule cass�e!), la Coupe du Monde � Montr�al (25e), jusqu'aux Jeux du Commonwealth (1 �re). Une carte de route imposante... chez les filles, n'est-ce pas ? Car je vous entends d'ici, messieurs les cyclistes. � Elle est bonne... chez les filles. �
Attention! Il y a peut-�tre les hommes et les femmes, mais il y a aussi les amateurs et les professionnels. En g�n�ral, ces derniers vont vite. Or, Lyne Bessette est maintenant professionnelle. Lorsque je suis arriv� � Stuarts Draft (Virginie)* * *, l'�quipe du Qu�bec masculine y �tait. Tout le monde parlait de Lyne Bessette. Pas tant parce qu'elle est belle et gentille que parce que c'est une fille cycliste de haut niveau et que, plus au moins ouvertement ou plus ou moins consciemment, bien des gars �taient impatients de lui montrer comment �a roule, des gars en bicycle. Ils en ont �t� quittes pour leurs mont�es de testost�rone, les m�les � v�lo.
Et ceux qu'elle a impressionn�s ne roulent pas � 28 km/h, ce sont des coureurs. Ainsi, Wallid Abughazaleh et Marc Dufour m'ont relat� comment se sont pass� les exercices de lead out avec Lyne ; Fran�ois Doyon me racontera comment il s'est fait laisser sur place dans une s�rie de mont�es ; Alexandre Lavall�e et Samuel Thibaudeau, qui comptent parmi les meilleurs cyclistes au Qu�bec, s'entendront pour dire que la fille est � prendre au s�rieux, tout particuli�rement dans les ascensions.
Mais rien de tel, pour mettre les choses au clair, qu'une simulation de course. C'est ce que Vincent Jourdain organisait, le dimanche matin, pour sa jeune �quipe du Qu�bec sur route. Les deux plus solides ? Alexandre Lavall�e et Lyne Bessette.
Cette incessante comparaison avec les hommes pourrait agacer l'athl�te, mais elle n'en fait pas un cas. � C'est un peu normal. Mais les gars avec qui je roule connaissent ma valeur. Je n'ai rien � leur prouver. � L'agacement vient davantage de la couverture m�diatique qu'elle juge d�ficiente. � Au Qu�bec, lance-t-elle, un joueur de hockey a une crise de foie et �a fait la premi�re page. Toi, tu gagnes aux Jeux du Commonwealth ou � une grosse course et �a prend tout pour qu'on en parle un peu. C'est assez d�cevant. �
N'emp�che, � 24 ans, Lyne Bessette a le vent dans les voiles, le succ�s tranquille, pour ainsi dire, et une belle carri�re devant elle. Elle reste toute simple, calme (en apparence, du moins, car elle est secr�te, la grande athl�te ... ) et prend les choses comme elles viennent. � Pour l'instant, je suis contente, affirme l'athl�te. Les choses vont bien, je suis pay�e pour faire du v�lo, les filles chez Saturn m'ont tr�s bien accueillie, j'aime ce que je fais. Je ne suis pas s�re par contre que je ferais encore �a � 40 ans. On verra. �
Elle aura le temps de venir voir la chose, sans doute, puisqu'elle en est encore au stade de la progresssion et des surprises. Elle aura m�me r�ussi � surprendre son entra�neur �ric Van den Eynde (qu'elle ne changerait � pour rien au monde �) � l'occasion d'un contre-la-montre alors que, sur une distance de 16 km, elle maintenait une vitesse moyenne de 45 km/h. Van den Eynde, peu port� sur les effusions, lui avouera simplement. � Tu m'as surpris ! �
Lyne Bessette continue � �tre la plus surprise de l'histoire, la plus �tonn�e de ce qui lui arrive. Ainsi, lorsqu'elle �voque - tr�s pr�cis�ment - les derniers moments de sa course aux Jeux du Commonwealth, elle revit l'esp�ce d'incr�dulit� qu'elle a ressentie � ce moment. � Je me voyais approcher de la ligne et je me disais : "Je peux gagner! C'est possible!" Puis, c'est comme si je m'�tais vue franchir la ligne de l'ext�rieur. Je me suis vue gagner. "�a y est, j'ai gagn� c'est fini." C'�tait vraiment bizarre! �
Il lui arrive encore un peu la m�me chose au sein de la prestigieuse �quipe am�ricaine Saturn. � R�cemment, dit-elle, j'ai �t� appel�e � conduire la voiture de l'�quipe. C'�tait la m�me chose, je me suis vue avec ces filles, ces v�los, dans ce milieu, j'�tais presque surprise d'�tre l�. C'�tait comme un r�ve. �
Chose certaine, cette star du v�lo n'est pas une intouchable. Ainsi, c'�tait plut�t sympathique de la voir au camp Centrifuge aider les employ�s � la cuisine en �change de son s�jour. On ne se fait pas servir sa soupe tous les jours par une des meilleures cyclistes du monde !
La fille a encore les deux pieds sur terre. Wallid et moi avons pu le constater alors que nous la suivions en voiture pour des photos. � la fin de sa s�ance d'intervalles, elle nous a fait signe d'approcher.
- Tu as besoin d'eau ? Tu veux ton manteau ? Probl�me m�canique ?
- Non, non. Wallid, �a t'emb�terait de me faire de la monnaie au Seven Eleven pour mon lavage ?
Il fallait voir la t�te qu'il a fait. Et entendre ses commentaires ! Mais c'�tait �videmment pour rire. Voil� trois jours qu'il attendait l'occasion de se venger de sa d�confiture � v�lo.
----------------------
* * * : au sujet de ce camp � Stuart Draft en Virginie, lisez La bonne �cole de Michel Nepveu dans V�lo Mag de juin 1999, p.40. Sur les routes vallonn�es de la Virginie, Centrifuge accueille et guide les cyclistes soucieux de commencer leur saison qu�b�coise avec un petit coussin kilom�trique.
page d'accueil de la saison 1999 de Lyne Bessette
Cette page du site www de Lyne Bessette (une section de V�LOPTIMUM), a �t� mise � jour le
3 juin 1999 par