Que dis - tu le monde ?
 







 

Je veux chanter le monde

 

A tout ce qui s'inscrit dans une ère nouvelle
À ces yeux éblouis par un vol d'hirondelle,
À ces oiseaux meurtris sous le plomb des rafales
Au regard qui périt dans l'abîme des âges,
Je veux chanter le monde, tel qu'on le vit ici.

À l'automne annoncé par le colchique mauve
À la source épurée pour qu'on s'y désaltère,
À l'intime beauté des douceurs éphémères,
Je veux chanter la vie, quand mon cœur se réjouit.


À l'aurore d'un jour qui nous revient sans cesse
À cette terre qui pleure sous les plaies qu'elle endure,
À ces espoirs enfouis, cajolant leur pudeur
Je veux chanter le monde tant que l'on vit toujours.

A la force des cieux, que l'on prive d'ozone
À toutes les menaces dont on ne parle pas,
À cette ionosphère qu'on taquine en silence
Je veux chanter la vie, tant que nous existons.

Aux parfums du printemps qui éveillent nos sens
Aux tintements des cloches qui résonnent dans l'air,
Aux Noëls des pauvres, aux mariages des riches
Aux lumières des étoiles qui scintillent là haut,
Je veux chanter le monde et le chanter encore.

*

Le monde court toujours

 

Pour quelques mots de plus, pour quelques mots de moins
Le monde court toujours vers d'autres lendemains.
Pour des brassées d'argent, pour de sombres pouvoirs,
Les humains se tracassent, même sans le vouloir.
Ils dorment sur la touche, courent après le temps,
Ils bousculent les autres, en gestes impatients,
Dans l'ombre du présent.

Ici, c'est comme ça ; beaucoup perdent de vue
L'amour qui est en eux et qui peut les servir.
Ils perdent leur courage, voient s'effondrer l'espoir,
Cet espoir qui, hélas, se change en illusion.
Ils brûlent tous les feux de leur tendre jeunesse
En fracassant la paix qui règne dans leur cœur.
Certains sont comme ça.

D'autres sont des rêveurs si passifs qu'ils n'ont
Nulle ambition facile qu'ils aimeraient atteindre.
Ils ont peur de quitter le cocon familial,
Pour conserver peut - être
Ce trait d'identité les liant à leur enfance. 
Est - ce pour se sentir plus en sécurité ?

Et tous ces gens qui parlent seuls
Car ils ne vivent qu'avec eux - mêmes…

***


Lorsqu'un jour

 

C'était un petit chien, un petit: viens, un petit rien.
C'était un grand chagrin, un grand jardin un grand sapin.
Il venait de la nuit, tout ce parfum d'extase
Sous la voûte infinie, silencieux, sans emphase.

C'était un grand vaisseau, un grand château,
un grand bateau.
C'était un grand courant, un grand moment,
un grand serment.
Il émanait du jour, le chant d'une cigale
Sous l'été étouffant qui n'a pas son égal.

Sur tous les toits des villes les pigeons roucoulaient
Quand sur quelques presqu'îles, des hommes se mouraient.
Et la terre tournait : toujours la même ronde
Et les oiseaux chantaient aux quatre coins du monde
Quand des chemins de fer pourfendaient les montagnes,
Quand, à un train d'enfer, diminuait la campagne,
Que lentement, les mers se polluaient sans gémir,
Que tous les animaux enduraient le martyr !

Lorsqu'un jour, peu à peu, quelque chose changea ;
Les humains malheureux refusant le trépas
Cessèrent tout combat pour des pouvoirs désuets,
Refusant pour toujours de demeurer muets.


Lors, ce fut un grand souffle, un grand bruit, un grand cri.
Un immense réveil, grand mouvement aussi.
Et le respect sortit de sa gangue d'oubli,
Étendit son regard, son écoute… Sa Vie…

***

LP

  

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