Editha Scott

 

 

 

 

Joie

 

Ce soir est mille fois.
Le vent sur les tilleuls
Hume le chant des jarres.
Ceux dont le cœur n'entend

Pas plus l'oiseau que la flèche
Volent du bleu aux margelles,
S'évanouissent à jamais...
Les plumes de pintades,

Le jus des reines-claude,
Ce soir est mille fois
Pou
r la joie rassasiée.

 

~~

 

Chemin

 

Vers les bornes furtives
Que nous longeons à cloche-pied
Jalons au coeur de nos blessures
D'herbes et de joncs cousus,
Vers les ronciers éteints
Sous le goudron brûlant
Qui enlise nos traces
Leur destin, à jamais,

J'ai gravé mon chemin
Bohémienne et sans fard
Volant aux maisons dans la nuit
Cette intime lueur
Qui s'enfonce et palpite
Comme une écharde au cœur.

 

~~

 

St Jean

 

Salamandre de bois
Endurcie par le feu,
Solstice rougeoyant
Dans les fossés d'azur.
Les femmes nouaient leurs mains
Autour de leurs jupons,
Les tilleuls s'infusaient
Par-dessus nos fronts chauds
Et nous rêvions au soir
Tout en haut des bûchers...

Salamandre sans tête
Désunie par le feu

L'équinoxe a mouillé
Les ourlets de nos robes
Et nous pleurons ce soir
Sur nos brins de jeunesse.

 

~~

 

Soif

 

A toutes les fontaines,
J'ai bu, ô frais délice !
Des blés neufs à l'aurore
Se levaient des promesses
Nourritures sous la voile
Qu'une hôtesse ridée
De clochers en vallons
Offrait par la campagne.
Vieille terre au coeur d'or
Somnolant à midi
Où mon fauteuil balance.
Les grains de la moisson
A ma dent sont de pierre
Voici l'âge et l'oubli...
Une mouche est tombée
Dans le sirop d'orgeat.

 

~~

 

Stop

 

Au milliard on s'arrête
Promit l'homme
Qui peignait à l'ancre de chine
La pagode des fertilités.
Pari tenu ! Renchérit un autre
Qui distribuait des cartes
De rationnement.
Mais il y eut maldonne !
Une petite voix
De là-haut cria : Stop !
Personne ne l'entendit
Et culbuta le monde.

 

~~

 

Hulotte

 

Une hulotte dans sa hunette
Dédaignant les ilotes
Les analphabètes et les sans-culotte,
Rêvait d'être polyglotte.
Elle laisse tout pour sa marotte
Comme une fière matelote.

 

~~

 

Espoir

 

Il maugrée le silence
Sur les tatamis, les capitons
Où les fous se jettent
En de vastes pièces bleues.
Quelquefois la clé tourne
Et le silence espère.

 

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 Editha Scott 

 

Extraits de son recueil: Orées - dépot légal 1999 -

 

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