L'aigle
et la femme
Offrez-moi je vous prie,
Un peu de ce bonheur
Un peu de cette vie
O� rutilent les heures,
Un peu de sa beaut�
Qui s'�coule en cascade,
De ses cheveux dor�s
Pour donner une aubade...
Offrez-moi cet oiseau
Qui chante dans le temps.
*~~~*~~~*
L'aigle et la femme
Une femme pleurait sur un banc de cristal
Ses sourires perdus,
D'une candeur d'enfant.
Une femme �gar�e, seule dans son marasme,
� qui le temps pr�sent, n'offre pas de pr�sents.
Et ses larmes de honte perlaient sur son visage
Comme billes de verre
Se dissolvant sit�t
Sur ses l�vres meurtries grima�antes de peine,
Par le poids du fardeau qui �crasait son cur.
C'est alors qu'un oiseau descendit en planant,
Tournoyant
Telle buse qui sonde la vall�e.
Il se tint � ses pieds, instable sur ses pattes,
Tournant, virevoltant, comme girouette au vent.
Lors, � son attitude malhabile, incertaine,
Elle comprit bient�t combien il fut ici
Pour la r�conforter par son humble mani�re ;
Le regard de l'oiseau semblait ne pas savoir
Ce qu'il pourrait bien faire pour lui rendre la paix.
Son aile �tait bless�e,
Semblable � ce cur gros
D�versant le chagrin de la femme en sanglots.
Empli de compassion sous son tendre plumage,
Il n'avait que des sons � �mettre pour elle ;
Ce n'�tait certes pas un verdoyant verbiage,
N�anmoins suffisant, pour qu'elle l'entendit.
" je suis bless� aussi, � cause de l'orage.
Un violent coup de foudre a mis mon cur � vif,
Ne pouvant plus voler de la m�me fa�on
Que jadis prot�g�,
Sous l'aile d'Apollon.
Je connais cependant, ta peine, ta douleur
Et voudrais r�parer le mal que je t'ai fait.
Je ne suis qu'un pauvre aigle � pr�sent, il est vrai,
Qui ne d�passe gu�re les arbres des marais
Mais si tu le veux bien, homme je redeviens,
Pour effacer ma faute et te prendre la main.
C'�tait bien vaniteux de vouloir m'�lever
Au-del� de la terre, jusqu'� me perdre en haut.
Je manquais de sagesse et ne pensais qu'au ciel,
Broyant toutes mes proies de fa�on vengeresse.
Pourtant je poss�dais le sens de la mesure,
Sachant que je pouvais me nourrir � ma guise
Car j'�tais fin chasseur,
Dot� de grandes forces.
Volontaire, ambitieux, telle �tait ma nature.
Je m'�tais tant forg� carapace solide
Que j'en fus anim� d'un pouvoir invincible
Mais j'�chappais h�las,
Pauvre aveugle cupide,
� la loi du partage et de la tol�rance.
Je fondis comme glace au soleil de l'�t�,
Chutant dans les nuages que j'avais travers�s,
Perdant de l'altitude sous la chaleur pesante,
Retombant dans l'orage et transi de frayeur.
Un coup de foudre alors m'envoya son �p�e,
Implacable justice,
Pourfendant mon armure.
Mon cur fut mis � nu et tous mes nerfs � vif,
Blessant ma vanit�,
Mon aile en m�me temps.
Me voil� maintenant � tes pieds, repentant,
Le bec referm� ainsi que toutes serres.
Je n'ai que mon regard pour dire que je comprends
Combien ton cur d��u a connu de col�res.
Laisse-moi une chance de racheter mes fautes
Ainsi je marcherai longtemps � tes c�t�s
Et je serai cet homme pour qui tu as pleur�,
Courageux et loyal,
Acceptant d'�tre aim�. "
La femme interloqu�e, fit rouler quelques larmes
Sur la t�te de l'aigle, caressa son plumage
Puis lui tendit le bras et l'oiseau y grimpa
Fort d�licatement, pour ne pas la blesser.
Alors tous deux s'en furent
Fl�nant en chemin,
Vers une vie nouvelle,
vers d'autres lendemains.
*~~~*~~~*
***
Lydia
Pavot
|