Profession: conseiller d'orientation

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Les textes qui suivent, toujours inédits, portent sur une vision renouvelée de la pratique des conseillers d'orientation. Ces textes furent rédigés par des professeurs du Département d'orientation, d'administration et d'évaluation en éducation de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval.

Définition du c.o.
Charles Bujold, c.o., professeur associé

Dans un premier coup d'oeil global, je vois le c.o. comme une personne essentiellement intéressée à comprendre et à faciliter le développement personnel, vocationnel et social d'individus ou de groupes. Tout en reconnaissant que la frontière entre les "problèmes normaux" et la pathologie soit parfois ténue, ce professionnel inscrit son intervention dans une perspective éducative, préventive et développementale plutôt que curative. Dans l'étude des problèmes humains qu'il rencontre et dans les approches qu'il adopte pour contribuer à leur solution, il a le souci de toujours tenir compte de l'interaction entre la personne et l'environnement, qu'il s'agisse de l'environnement immédiat (v.g. famille, école, milieu de travail), ou des contextes social, économique et politique qui influencent nos vies d'une façon ou d'une autre.

D'un point de vue plus spécifique, le conseiller s'intéresse particulièrement, quoique non exclusivement, à la place du travail dans la vie des personnes. Quel que soit l'angle sous lequel on le considère, le rôle travail influence et est influencé par maints aspects de la vie des individus et des sociétés. Dans cette perspective, le conseiller est un intervenant de première ligne pour les problèmes concernant le choix professionnel, le développement de carrière et l'adaptation à la carrière, avec tout ce qu'impliquent ces processus dans le monde complexe et en perpétuelle transformation qui est le nôtre. Les défis qui se posent à lui apparaissent peut-être encore plus clairement si l'on considère la carrière non pas uniquement sous l'angle du rôle travail, mais comme comportant d'autres rôles tels que ceux d'étudiant, de conjoint, de parent, de citoyen, de membre d'une communauté, etc. Si l'on adopte cette conception, le développement de carrière implique la coordination et l'harmonisation de ces divers rôles, en tenant compte de leurs interactions et des contextes divers dans lesquels ils peuvent s'inscrire.

Pour exercer sa profession en s'adaptant aux exigences des divers milieux où il peut oeuvrer (v.g. institutions d'enseignement, organismes communautaires, centres de réadaptation, industries, institutions gouvernementales ou privées), le conseiller doit avoir une solide formation psychologique, formation qui l'habilite d'abord à comprendre la dynamique de la personne, les lois de son apprentissage, les aspects sociaux de son développement, et ensuite à intervenir en utilisant divers modèles psychologiques et psychosociaux. En termes de connaissance de l'environnement, une familiarisation avec les sources (informatiques ou autres) de documentation relative à son secteur de pratique doit évidemment faire partie de ses acquis. Mais il n'est pas moins essentiel qu'il ait puisé à diverses sciences humaines (v.g. sociologie, économique) une connaissance et une compréhension approfondie de la société où il vit et notamment du monde du travail, des facteurs changeants d'ordre technologique, économique et culturel qui influencent à court, à moyen et à long terme le fonctionnement et l'évolution de ce secteur, et qui y génèrent, comme dans d'autres domaines, des problèmes de société jusqu'alors inconnus. A ce propos, il importe qu'il ait assimilé des connaissances sur nombre de réalités sociales relativement nouvelles (v.g. changements démographiques, révolution technologique, transformation des marchés, éclatement des moyens de communication, rôle accru de certains médias, etc.), sur certaines de leurs conséquences sociales et économiques (v.g. augmentation du chômage, marginalisation croissante de certains groupes, violence), sur les besoins qui en résultent en termes de services d'orientation, et sur les implications éthiques de son action.

En ce qui concerne ses outils d'intervention, il importe que le conseiller sache faire un usage judicieux et compétent des instruments psychométriques, traditionnels ou plus récents, qui s'avèrent nécessaires dans le cadre de sa pratique, et qu'il puisse utiliser à bon escient les ressources que l'informatique et les technologies modernes mettent à sa disposition.

Intérêts de recherche:

Développement de carrière, relation individu-travail, transisions professionnelles

Enseignement:

Étant à la retraite depuis septembre 1995, je suis professeur associé sans lien d'emploi avec l'Université. Je fais de la recherche et travaille à des publications.

Une définition des sciences de l'orientation

Yvan Comeau, professeur

Les sciences de l'orientation constituent un ensemble de disciplines et de modes d'intervention visant à instituer entre les personnes et la pleine activité, un rapport caractérisé par le plus-être.

En reprenant un à un les éléments de cette définition, la notion de pleine activité se veut plus générale que celle de travail salarié et elle comporte une connotation éthique. Elle englobe les activités humaines par lesquelles les personnes contribuent au bien-être et à l'enrichissement de la collectivité et de ses membres. Sont alors notamment reconnues les activités de travail, les études, la production domestique et les activités reliées à la citoyenneté (bénévolat et militantisme). La notion de pleine activité souligne enfin l'importance pour les personnes d'avoir une occupation.

Le plus-être réfère d'abord au plein épanouissement des personnes, au développement optimal de leurs capacités et à leur bien-être. De plus, il qualifie la pleine activité, dans la mesure où l'orientation s'intéresse à la qualité de vie dans les lieux d'activités, c'est-à-dire dans les entreprises, dans les écoles, dans les familles et les associations.

La notion de rapport cherche à exprimer la complexité de l'action humaine. Une des idées portées par cette notion concerne le fait qu'un humain n'existe que parce qu'il est entouré d'autres humains (d'où l'emploi de «personnes» au pluriel). La notion de rapport suppose également que les personnes sont fortement influencées par les lieux d'activités et, de cette manière, acquièrent des comportements, des habitudes, des connaissances et des idées au contact de leurs semblables. Lorsqu'il est question de rapport, il est supposé que les personnes peuvent changer les organisations afin que celles-ci favorisent leur plus-être; ces changements peuvent se produire dans des rapports de coopération ou de confrontation.

La définition des sciences de l'orientation reconnaît que plusieurs disciplines et une multitude de modes d'intervention les constituent et, en ce sens, elles se composent d'une dimension théorique et d'une dimension pratique.

En ce qui concerne le volet théorique, l'orientation s'inspire de différentes disciplines pour comprendre ce rapport entre les personnes et la pleine activité. L'orientation est multidisciplinaire, car elle s'inspire de la psychologie, de la sociologie, de l'anthropologie et de l'économie pour constituer son univers conceptuel. Une seule discipline ne peut rendre compte par elle-même de la complexité du rapport entre les personnes et la pleine activité et chacune de ces disciplines apporte un éclairage particulier.

En ce qui concerne le volet pratique, l'orientation mise sur la présence de professionnel-le-s. Malgré leur spécialisation inévitable, les professionnel-le-s possèdent les habiletés pour s'insérer dans ce rapport personnes/pleine activité. Que ce soit lors de rencontres individuelles ou de groupe, les professionnel-le-s peuvent amener les personnes à entreprendre les changements qu'elles jugent nécessaires au plus-être de leur rapport avec la pleine activité.

Profession C.O.: quelques réflexions
Andrée Condamin

Une tâche qui se complexifie

Les C.O. , comme professionnel-le-s spécialistes des processus interactifs et plus spécifiquement de la relation dynamique individu-travail , ont à prendre en compte différentes composantes pour aider leurs client-e-s dans leur cheminement. Ils-elles ont à comprendre les personnes avec leurs caractéristiques, leurs intérêts, leurs aptitudes, leurs limites, leurs blocages, leurs éventuelles souffrances, leurs valeurs, leurs désirs. Ils-elles doivent aussi connaître le monde du travail avec ses spécificités, ses contraintes , plus particulièrement encore, dans le contexte actuel. Enfin ils-elles ont à faciliter le rapport possible entre l'individu et le travail: place de travail dans la vie de l'individu, réalité du travail face aux désirs, aux rêves. Actuellement, la tâche se complexifie encore. Je retiendrai ici deux éléments. D'une part, la clientèle se diversifie. Les services des C.O. ne sont plus offerts seulement dans le cadre de l'orientation scolaire ni même professionnelle. Ils -elles interviennent auprès des gens en chômage, des retraités, etc. D'autre part, les problèmes politico-économiques actuels, la raréfaction des emplois, rendent le travail d'orientation difficile, voire frustrant tant pour les C.O. que pour les client-e-s.

Les C.O. qui arrivent à trouver un emploi oeuvrent à différents endroits et à plusieurs niveaux. Certains, certaines, ont des occupations qui les amènent à faire du placement, d'autres de la formation à l'employabilité, d'autres travaillent dans les programmes d'aide aux employé-e-s, d'autres dans des commissions scolaires, en formation des adultes, en formation continue, d'autres encore développent de façon créative une pratique privée (coopératives, regroupements divers...). J'en oublie certainement.

Cependant, en deçà de ces différences, il y a, je crois, j'espère un point commun entre elles, entre eux: le souci de contribuer au développement des individus et de la collectivité, sans quoi ils ne seraient que les courroies de transmission du système.

Des compétences nécessaires

De plus, puisqu'il s'agit de professionnels, ils doivent contribuer à mener publiquement une réflexion sur leur profession dans ses différentes composantes. Bien sûr il a toujours été nécessaire de former des C.O. qui réfléchissent à leur profession , qui soient capables d'autonomie, de créativité mais cela est plus nécessaire que jamais, puisqu'ils-elles auront de plus en plus à réfléchir sur le travail lui-même, et à prendre position sur ses transformations.

Des compétences nécessaires

Les conseillères, les conseillers, si elles, ils, veulent contribuer au développement des personnes et de la collectivité ont à assumer une double compétence: compétence propre à la relation d'aide au sens large (capacité d'écouter, de comprendre, de respecter, de proposer des pistes) et compétence en ce qui concerne les connaissances des différents domaines qui sont touchés , champ de l'éducation, de la psychologie, de la sociologie du travail (marché, organisation et sens du travail). C'est ce qui m'apparaît fondamental, les outils utilisés pour le faire pouvant, eux, être multiples.

Orientation et sens du travail

Je conclurai avec des réflexions un peu plus larges, réflexions que je poursuis actuellement à propos du sens du travail.

Je crois qu'il est erroné de penser au développement humain en séparant l'aspect personnel de l'aspect professionnel. Je pense qu'il s'agit d'un seul et même développement ou désir de développement. Au vingtième siècle, on le sait, le travail a été déifié, comme si la réalisation de soi passait par le travail d'abord (on a d'ailleurs laissé pour compte la collectivité). La chute est brutale, comme l'est, d'ailleurs, la chute de toute déification.

Je ne pense pas, quant à moi, que c'est le travail qui a un sens, je pense que c'est la vie qui en a un, ou du moins qui fait qu'on en cherche un. Le travail qui entre autres permet de se sentir utile y contribue certes, mais il y contribue seulement.

Ainsi l'orientation peut être comprise dans un sens beaucoup plus large que la recherche d'une profession ou d'un emploi. Lorsqu'on ne sait plus comment s'orienter, c'est en général qu'on ne sait pas où on est, d'où on vient, et où on souhaite aller.

Temps d'arrêt nécessaire, donc, où le regard sur soi et le regard autour de soi sont nécessaires.

Pour moi être conseillère d'orientation, c'est non seulement aider quelqu'un temporairement à s'orienter, mais l'aider à comprendre que chercher à s'orienter dans sa vie, dans la vie, c'est nécessaire, légitime et cela à n'importe quel moment de l'existence; l'aider à voir que cela peut être difficile, complexe, mais que cela en vaut la peine.

Intérêts de recherche:
Sens du travail
Processus de counseling
Processus créateur

Enseignement:
Bacc.: Les approches éducatives en orientation.
Maîtrise: Supervision des stages en counseling individuel moyen terme.
Séminaire: Expérience, expression, création.

L'orientation, de la personne, au carrefour de ses possibilités.

Jean Leahey, professeur
Département d'orientation, d'administration
et d'évaluation en éducation

Conception de l'orientation:

L'orientation est un acte professionnel qui consiste à faciliter le développement des personnes, à l'occasion des choix qu'elles doivent faire tout au cours de leur vie sur les plans personnel, vocationnel et social. Pour viser le développement optimal des personnes à travers leurs choix, le processus d'orientation est axé sur l'identification des ressources de chaque individu, sur la compréhension de son contexte personnel et social qui supporte et limite l'actualisation de ces ressources et sur la mise en place des conditions qui l'amèneront à faire les choix les plus éclairés possible, d'une manière qui lui permettra de les assumer dans le sens du déploiement de son identité.

L'orientation s'appuie sur des connaissances scientifiques qui proviennent de divers champs théoriques, dont on trouve au premier plan la psychologie et la sociologie. La psychologie apporte les données nécessaires à la compréhension des dimensions intrapsychiques et psychosociales du processus de développement de la personne et de son adaptation. La sociologie permet d'ajouter à ce premier volet de connaissances, des données sur l'influence des structures sociales sur les rapports entre les individus, sur leur développement et sur leur insertion dans la vie communautaire. À l'aide de ces deux volets, on peut dégager dans le travail spécifique avec un individu ou un groupe d'individus, une certaine compréhension des possibilités et des contraintes inhérentes aux situations de choix auxquelles les individus sont confrontés. Divers autres champs de connaissance peuvent contribuer à enrichir sensiblement la compréhension des enjeux des choix à faciliter: l'anthropologie, la philosophie, l'économique, la théologie, etc. Le recours aux données de ces divers champs se module évidemment selon les contextes de pratique de l'orientation et les clientèles rencontrées.

De nombreux moyens peuvent et doivent être mis à contribution dans le processus d'orientation. Les moyens, retenus selon les contextes de pratique et les besoins des clientèles, nécessitent, pour chacun, le développement d'habiletés spécifiques d'intervention. Parmi ces moyens, le counseling consiste à développer avec un individu ou un petit groupe d'individus une relation de travail centrée sur l'élaboration d'une compréhension du contexte des choix auxquels les individus sont confrontés et sur la conduite d'un processus visant à supporter les choix des personnes dans le sens de leur développement. La dimension éducative des processus de counseling vise la prise de conscience par les individus de leurs manières de faire des choix, plus ou moins favorables à leur développement. La pratique du counseling d'orientation nécessite, notamment, le développement d'habiletés relationnelles qui permettent l'exploration de l'univers subjectif des individus et de ses manifestations dans la relation établie avec eux.

Champs d'intérêts:

Le développement de la personne.
Les apports de la psychologie humaniste et de la psychologie existentielle à la compréhension du développement de la personne.
Le counseling individuel comme moyen de faciliter le développement de la personne.

Séminaires assumés au cours des dernières années:

CSO-61790 et CSO-61791: Stages de counseling I et II
Stage centré sur le développement et l'intégration de connaissances et d'habiletés d'intervention visant à faciliter les choix des personnes sur les plans personnel, vocationnel et social, dans le sens de leur développement. La relation de counseling développée dans le cadre de ces stages a une visée éducative et s'appuie sur une compréhension humaniste et existentielle de la personne.

CSO-63140: Fondements du lien relationnel
Séminaire sur les exigences et implications reliées au développement de relations éducatives et thérapeutiques.

CSO-65049: L'humain: potentiels et limites
Séminaire sur les apports de la psychologie humaniste et de la psychologie existentielle à la compréhension du développement de la personne et des moyens de le faciliter.

Ma définition du conseiller d'orientation

Yann Le Bossé

Précisons tout d'abord que je suis un nouveau professeur et qu'à ce titre ma réflexion s'appuie plus sur une compréhension intellectuelle de la fonction du conseiller d'orientation que sur une connaissance pratique de cette question. Je ne prétends donc pas ''savoir'' ce qu'est un conseiller d'orientation. Je me propose plutôt d'alimenter la réflexion sur ce thème en laissant à d'autres le soin de définir plus précisément le profil professionnel des intervenants en orientation.

Avant de me prononcer plus précisément sur la fonction du conseiller d'orientation, je voudrais aborder plus généralement la question de l'intervention psychosociale. En effet, le conseiller d'orientation est avant tout un ''intervenant'' c'est à dire quelqu'un qui ''s'interpose'' (voir définition de l'intervention dans le dictionnaire) entre les personnes et la réalité sociale. La présence d'un ''intervenant'' introduit donc une triangulation dans laquelle on retrouve une personne aux prises avec un vécu (généralement incapacitant) spécifique, une situation qui contribue plus ou moins directement à ce vécu et une tierce partie qui possède un rapport différent (généralement facilitant) avec cette situation. Le plus souvent, la tierce personne possède une bonne connaissance de la situation. Cette connaissance met "l'intervenant'' en position de venir en aide à la personne aux prises avec un vécu incapacitant. Dans nos sociétés occidentales, cette fonction de tierce partie est très souvent de nature professionnelle. Dans d'autres types d'organisations sociales, ce soutien extérieur est plus souvent assuré par des proches ou des membres de la communauté élargie. Or, cette différence est importante car elle a une influence directe sur l'origine de l'intervention. En effet, lorsque l'intervention est de nature bénévole et qu'elle origine de la communauté d'appartenance de la personne, celle-ci garde un grand contrôle sur la définition du problème et sur la mise au point des solutions. Par contre, lorsque l'intervenant est mandaté par une institution ou une organisation quelconque celle-ci contribue beaucoup plus à l'identification des sources du problème et des solutions jugées adéquates. Ainsi, être un intervenant professionnel signifie avant tout que l'on est un agent mandaté pour analyser des problèmes précis et y trouver des solutions spécifiques. Comme on le voit, la fonction aidante est ici clairement ''encadrée'' par les options rendues disponibles par l'institution ou l'organisation qui emploie l'intervenant.

Dans cette perspective, intervenir ne peut donc se réduire au fait de venir en aide à une personne aux prises avec une situation incapacitante. À cette première fonction s'ajoute celle de la prescription sociale qui offre un cadre de compréhension et d'action très circonscrit. Ainsi, quand une institution comme le Ministère de la santé et des services sociaux du Québec débloque des ressources pour faciliter l'insertion professionnelle, sa préoccupation n'est pas uniquement centrée sur la volonté de réduire la détresse associée à l'exclusion sociale. Le financement est également accordé pour permettre de réduire les coûts de prise en charge des assistés sociaux aptes au travail. Ces deux objectifs sont potentiellement louables mais ils ne sont pas toujours également applicables. Il arrive donc très fréquemment qu'ils se trouvent en compétition et que la fonction d'aide soit mise au second plan pour répondre à des impératifs plus globaux ( ex: la nécessité de donner à la personne le temps de faire le cheminement nécessaire à une réintégration progressive qui se trouve éludée par l'exigence d'être intégré immédiatement à un programme cours de formation (sous peine de réduction de l'allocation) en vue d'une réinsertion rapide). Dans ce cas de figure, l'intervenant devient beaucoup plus le porte parole d'un ensemble de prescriptions sociales qu'un aidant professionnel.

Cette double fonction d'aidant et d'agent prescripteur est à la base de toute fonction d'intervention professionnelle. Elle doit donc être intégrée de façon très explicite à la réflexion de tout intervenant qui s'interroge sur son identité. En fait, il est même nécessaire que chaque intervenant détermine pour lui même la façon dont il compte transiger avec ces deux pôles d'attraction propres à sa fonction. Pour ce faire il dispose de différents cadres théoriques. En tant que psychosociologue et chercheur spécialisé sur la question de l'empowerment, je considère que l'intervention doit être principalement conçue comme une fonction médiatrice. Dans cette perspective l'intervenant est avant tout une personne ressource qui permet aux personnes d'accéder aux ressources matérielles, humaines ou autres pour acquérir, les savoirs, savoir-faire et savoir-être nécessaires à l'atteinte de leurs objectifs. L'expertise se situe d'abord au niveau de la personne dont le vécu constitue une connaissance expérientielle indispensable à la compréhension des difficultés auxquelles elle fait face et à la définition des solutions envisageables. L'expertise professionnelle est là pour fournir les outils et les informations nécessaires à l'atteinte de la cible de changement et non pour définir cette dernière. La fonction d'aide s'exerce par la centration sur les forces de la personne et par l'accompagnement vis-à-vis des éléments qui ont besoin d'être améliorés. La fonction de prescription sociale passe par la clarification des contraintes et des possibilités offertes dans l'environnement et par la traduction des règles et des modes de transactions compatibles avec les exigences du milieu ( institutions, organisations, etc.).

Ma conception du conseiller d'orientation est donc enracinée sur cette définition de l'intervenant médiateur. Bien sûr le conseiller d'orientation est un intervenant spécialisé et la formation de son identité passe par la clarification de son champ spécifique d'action. De ce point de vue, je ne peux qu'être spéculatif. La définition que je vais proposer ici n'est en fait qu'une compréhension toute personnelle basée sur des intuitions issues de ma récente pratique dans ce département.

Il me semble que le conseiller d'orientation apparaît comme un médiateur particulièrement bien formé pour contribuer à la formulation et à l'accompagnement de projets d'intégration ou de réintégration. En effet, la pratique du conseiller d'orientation se caractérise par le fait qu'elle se concentre sur des ''dynamiques de projet'' c'est-à-dire des logiques de projection et non de rétrospection. Je distingue ainsi le travail du conseiller d'orientation de celui du psychologue en ce qu'au contraire du second, le premier n'a pas pour fonction principale de clarifier la structure de fonctionnement interne d'une personne, l'expression des souffrances qui y sont associés et/ou la consolidation des modes d'adaptation. Le conseiller d'orientation m'apparat plutôt comme un compagnon de projet. Celui qui aide à la formulation et la concrétisation des tentatives d'intégration au sein d'un milieu social spécifique. En tant que médiateur, il n'est pas celui qui formule le projet mais plutôt celui qui contribue à son émergence. Possédant une connaissance précise des règles et procédures d'accès ou de transaction au milieu d'intégration visé, il ne définit pas le parcours à suivre mais dresse une carte des possibilités et des contraintes qui y sont associées. Ses compétences en relation d'aide lui permettent de favoriser l'expression et la clarification des enjeux émotifs, comportementaux et matériels liés à la poursuite du projet.

L'expression «intégration» est comprise au sens large. Elle peut aussi bien référer à des questions d'intégration sociale (ex: accompagnement d'immigrants, de personnes marginalisées pour une raison ou une autre), scolaire (conçue comme un outil de pré-intégration professionnelle) ou professionnelle ( incluant par exemple: l'accompagnement de personnes exclues du marché du travail, les personnes en transition professionnelle ou encore les personnes en difficulté d'intégration dans leur milieu de travail). En ce sens le conseiller d'orientation se distingue des spécialistes en gestion des ressources humaines, dont la fonction est plus précisément centrée sur l'adéquation entre les caractéristiques de l'entreprise et celles de l'employé actuel ou potentiel. La pratique du conseiller d'orientation s'étend à tous les domaines de «l'être en devenir» et à toutes les phases de sa vie.

J'espère que ces quelques idées, encore à l'état embryonnaire, pourront contribuer à alimenter le débat sur l'identité du conseiller d'orientation. Plus je réfléchis sur cette question, plus j'ai le sentiment que les conseillers d'orientation sont appelés à devenir des partenaires privilégiés dans un monde où l'intégration ne peut plus être conçue comme une démarche limitée dans le temps. La complexification des règles de vie en société appelle à une intégration souple et continue, la présence chaleureuse et compétente de compagnons de projet ne pourra qu'aider à relever les défis qui s'offrent à chacun.

Intérêts de recherche:

- Empowerment (avoir du contrôle sur ce qui est important pour soi) des personnes, des groupes et des communautés.
- Psychosociologie de l'adulte
- épistémologie, philosophie des sciences

Les cours dont je suis responsable pour l'année 97-98:

- Psychologie de l'adulte au travail (cours optionnel, A-97)
- Psychosociologie de l'adulte (séminaire 2e cycle, H-98)
- Structures et processus de cognitions (cours obligatoire 1er cycle, H-98)

L"Orientation selon Garp
Yvon Pépin

Un C.O., c'est tout simplement un professionnel qui considère systématiquement les problèmes humains comme des problèmes d'orientation et tente aussi systématiquement de les résoudre en tant que problèmes d'orientation. On s'oriente quand on ne veut pas se perdre ou quand on est perdu, quand on ne sait plus où on est et quelle direction prendre. Le territoire mouvant sur lequel on est susceptible de se perdre est avant tout celui de la société telle qu'elle est organisée et telle qu'elle fonctionne. Tout humain doit nécessairement trouver des moyens de
- s'insérer efficacement dans un ensemble de rapports sociaux où il n'a pas toujours le choix de la position qu'il occupe,
- d'interagir de la façon la plus réciproquement «convenable» possible avec ceux qui l'entourent,
- et d'intervenir dans et sur les rapports sociaux où il est impliqué de façon à y trouver et/ou y faire sa place.

En ce sens, l'rientation est un problème avec lequel chaque humain, dont le C.O. lui-même, compose quotidiennement et perpétuellement, jusqu'à la fin de ses jours, avec plus ou moins de difficulté. On est tous les jours impliqué dans une multitude de rapports humains et sociaux qui nous posent plus ou moins de problèmes d'adaptation selon la façon dont nous les comprenons et tentons de les gérer. On n'éprouve cependant l'orientation comme véritable problème que dans la difficulté: quand les compréhensions et les stratégies que nous utilisons habituellement pour le gérer ne marchent pas ou marchent moins qu'on le croirait possible ou souhaitable.

Les rapports et rôles sociaux impliqués dans l'orientation dite «scolaire et professionnelle» ne sont que quelques-uns de ceux qui peuvent poser des problèmes d'orientation. On peut aussi éprouver des difficultés à s'orienter dans les rapports sexués, dans les rapports conjugaux, dans les rapports d'âge, dans les rapports économiques, dans les rapports parent-enfant, employeur-employé, éducateur-éduqué; délinquant-non-délinquant; expert-non-expert; etc. On peut aussi éprouver des difficultés d'orientation par rapport à différents grands enjeux humains comme l'éthique, la Vérité, la Valeur, la Justice, la Légitimité, etc.

Ainsi, le champ d'étude et d'intervention de l'orientation est beaucoup plus étendu que ceux de la psychologie et de la sociologie, bien qu'elle puisse utiliser quelques connaissances développées par ces disciplines. Un vrai C.O. ne voit jamais un problème humain comme essentiellement intra-psychique ou socio-structurel. Il maintient une distance critique envers la façon dont la psychologie et la sociologie définissent les problèmes humains et prend toujours garde de ne pas définir ces derniers comme «psy» ou «soc».

Pour lui, un problème humain est toujours un problème de relation avec d'autres dans le contexte des rapports sociaux ambiants où on est impliqué:
- le problème de ne pas savoir où on est ou de ne pas comprendre ce qui se passe autour de soi,
- le problème de ne pas savoir où on peut et/ou veut aller à partir de la ou des positions qu'on occupe concrètement,
- un problème de confort-inconfort dans la ou les places qu'on occupe et dans la façon dont on la ou les occupe,
- un problème de choix de destination et de choix de la route la plus pertinente pour y arriver,
- le problème de l'évaluation de la possibilité et de la pertinence d'interventions susceptibles de changer le terrain où on s'oriente.

Il y aura toujours de l'ouvrage pour les C.O. qui sauront s'occuper efficacement des questions d'orientation.

Conseiller ou conseillère

Jean Plante, professeur

Traditionnellement, le conseiller ou la conseillère en orientation scolaire et professionnelle a été vu comme une personne dont le mandat premier était d'aider les personnes, principalement les élèves du secondaire à choisir une carrière. C'était l'époque du choix d'une carrière pour la vie.

Les choses ont changé. Même s'il y a encore des personnes qui décident de faire carrière dans un domaine de l'activité sociale et de s'y maintenir, il faut avouer que la majorité des personnes doivent et devront, au cours de leur vie professionnelle, s'adapter à de nouveaux emplois ou encore à de nouvelles façons d'occuper leur vie. Des emplois disparaîtront et les personnes devront se trouver d'autres emplois. Les choses ont aussi changé parce que l'évolution de la technologie s'est faite et se fera à une allure accélérée.

Dans mon optique, le rôle d'un conseiller ou d'une conseillère en orientation scolaire et professionnelle consiste à aider les personnes à vivre le mieux possible leur vie professionnelle. Vivre sa vie se réalise dans une société.

Ceci étant dit, il me semble que ces personnes devront avoir une connaissance assez poussée à la fois du développement de la personne et du développement de la société. L'insertion socioprofessionnelle ne peut se réussir vraiment que dans la mesure où une double analyse psychologique et sociologique prend place. Je maintiens l'accent socioprofessionnel même si je sais que le travail n'est pas tout dans la vie. Néanmoins, la société n'est pas encore parvenue à mettre le capital au service du développement de la personne. Or, pour vivre en société, il faut de l'argent et ce dernier s'obtient généralement par le travail. Avec une telle conception, actuellement nous frappons un mur : celui du non-emploi pour une grande partie des membres de la société, à savoir : les jeunes de 30 ans et les retraitées et retraités à 50 ans.

Voilà la réalité : la conception de la vie professionnelle a tellement changé qu'il nous faut aussi réécrire les fonctions des personnes oeuvrant en éducation. Comment s'ajuster et s'intégrer à ce changement social?

Et quand le changement deviendra plus éclatant . . .

Si nous décidions que le capital est au service de la personne, il faudrait, collectivement, être encore plus conscient de la réalité sociale globale. Ne dit-on pas que notre planète constitue un village, maintenant! Cette conscience collective demande à chaque personne d'acquérir des connaissances sur sa propre identité, sur l'identité des autres, sur les relations interpersonnelles, sur les relations entre les peuples. Cette façon de concevoir l'interdépendance des peuples et de leur survie demande une plus grande sensibilité socio-politique des phénomènes quotidiens qui nous entourent.

Toutes les personnes, notamment celles oeuvrant en éducation, devront acquérir ces connaissances et manifester des attitudes correspondantes à cette nouvelle réalité sociale : l'éducation mondiale.

L'histoire des hommes et des femmes a toujours été la résultante d'interactions entre les divers phénomènes sociaux, celle concernant l'évolution du travail du conseiller ou de la conseillère en orientation n'échappera pas à cette loi.

Champs d'intérêts:

Administration et gestion de l'éducation
Supervision de l'éducation
Gestion des ressources humaines de l'éducatio¸
Analyse socio politique de l'organisation de l'éducation

Enseignements:

1er cycle: Système scolaire du Québec
Organisation scolaire et profession enseignante

2e et 3e cycles: Séminaires: Introduction à l'administration scolaire
Gestion des ressources humaines en éducation
Relations du travail en éducation

Définition actuelle du ou de la c.o. et de ses rôles dans la société

Jimmy Ratté

Le c.o. est un professionnel qui reçoit et accompagne une personne dans un processus de questionnement concernant sa vie personnelle, professionnelle (incluant le cheminement scolaire) et sur le lien ainsi que l"équilibre qu'elle veut établir entre les deux. Ce processus de réflexion prend en compte ce que la personne est, ce qu'elle a vécu et ce qu'elle aspire à devenir. Pour ce faire, le c.o. met en place des «conditions d'accompagnement» qui sont susceptibles de faire émerger chez son client une prise de conscience de soi-même --de ses possibilités, de ses limites, de ses goûts et aspirations, de ses craintes, de sa capacité à définir et affirmer ce qui fait du sens pour lui-- et débouche sur une prise en charge par la personne de ses choix et de ce qu'elle doit faire afin de tendre vers une croissance personnelle et professionnelle.

Dans le très vaste secteur dit de la «réadaptation» le c.o. reçoit et accompagne des personnes suite à une période plus ou moins longue de désadaptation psychosociale. Son travail de counseling et d'orientation avec ces personnes a pour objectif privilégié de faciliter l'émergence et le développement de préalables à leur réinsertion sociale et professionnelle et de développer leur employabilité. Les secteurs de pratique de la réadaptation entrecroisent ceux de d'autres secteurs de pratique professionnelle des c.o. bien que l'objectif principal demeure de travailler sur la personne en lien avec une éventuelle employabilité. Notons que dans ces secteurs --scolaire, centre de rééducation, milieux de réadaptation pour personnes handicapées physiquement ou mentalement, en santé mentale, en milieu de travail, et autres-- le professionnel de l'orientation ne porte pas toujours le nom de c.o. (cf. agent de probation, éducateur, rééducateur) et que le titre professionnel de c.o. ainsi que les compétences spécifiques qui y sont rattachées restent à définir clairement et à faire reconnatre.

L'auteur de la présente tentative de définition est professeur adjoint au Département d'orientation, d'administration et d'évaluation en éducation. Il est également membre du Comité de programme de baccalauréat en sciences de l'orientation. Il enseigne dans ce dernier programme et est responsable des cours: Psychologie de l'adaptation et Psychopathologie descriptive. À la maÎtrise en sciences de l'orientation, il est impliqué dans la formation pratique des étudiants en tant que superviseur dans les stages individuels et il est titulaire du Séminaire en réadaptation. Au plan de la recherche, il a publié et travaille actuellement sur le thème des difficultés d'adaptation des jeunes et plus particulièrement sur les phénomènes associés à la déviance.

Les conseillers et conseillères d'orientation

Essai de définition

Armelle Spain

Globalement, les c.o. sont des professionnels spécialisés dans la démarche d'orientation en vue d'une insertion ou d'une réinsertion socioprofessionnelle. Concrètement, les c.o. connaissent la complexité des rapports entre la personne et son environnement et sont compétents dans l'intervention visant à favoriser le développement vocationnel des personnes.

Quand on parle de personne, on parle plus que d'un individu dont on évaluerait les aptitudes, les intérêts, la personnalité ou l'intelligence. On parle d'un être vivant qui évolue tout au long de sa vie et d'un être qui agit et réagit aux autres personnes qui sont en rapport avec lui et aux événements avec lesquels il a à transiger. On parle surtout d'un être qui ne peut être compartimenté: son développement vocationnel s'inscrit dans son cheminement personnel et doit être considéré dans sa globalité. Ainsi, toutes les sphères d'activités dans lesquelles il est engagé interagissent les unes sur les autres. Par exemple, la sphère conjugale et familiale interagit avec la sphère professionnelle.

La personne ne se développe pas en vase clos. Elle évolue dans un environnement social particulier, dans un contexte qui lui est propre et à un moment précis. La démarche d'orientation, qui se déroule, par ailleurs, selon des étapes assez définies, doit donc être hautement personnalisée en plus de prendre en considération des éléments sociaux et contextuels. Cette démarche bien que prévisible dans son déroulement, ne présume en rien ni du contenu ni des résultats qui seront à l'image de chacun. Cette démarche ne se fait pas, non plus, une fois pour toutes, mais se poursuit selon les événements qui ne manquent pas de survenir dans toute vie et des changements qu'ils provoquent.

Les c.o. ont une approche éducative, basée sur la conviction que les personnes peuvent apprendre et se développer. Ils visent donc à mettre en place des conditions qui leur permettront de le faire et à les guider souvent très directement. L'important est plus souvent d'apprendre comment on s'oriente dans nos choix de vie que de faire un strict choix de carrière. Qu'ils travaillent à l'école, dans des entreprises privées ou publiques, dans des milieux communautaires et de réadaptation, dans le secteur de la formation et de l'emploi, pour un employeur ou à leur compte, les c.o. considèrent toujours le mieux-être des personnes comme leur focus prioritaire d'intervention, que cette intervention se fasse au niveau individuel, groupal ou organisationnel.

Enseignements

1er cycle: responsable de CSO-12100 Théories de la personnalité
2e cycle: CSO-61790 et 61791 Stages en counseling individuel I et II
2e et 3e cycles: CSO-63362 Maternité, carrière et identité

Intérêts de recherche

Développement et cheminement de carrière de femmes de tous âges
Approches éducatives en orientation des femmes

Le rôle du conseiller d'orientation

Claude Trottier

Ce qui caractérise peut-être le mieux le rôle du conseiller d'orientation, c'est sa capacité de mettre en concordance les potentialités, les capacités, les compétences acquises et les lacunes des individus avec, d'une part, les exigences du système d'enseignement et, d'autre part, les qualifications requises (par les entreprises et les organisations) pour l'exercice d'un métier ou d'une profession, des promotions et le déroulement d'une carrière. Le c.o. joue ainsi un rôle de médiateur. Ce rôle ne se limite pas seulement à des interventions auprès d'individus. Cette médiation peut s'exercer auprès de groupes ou d'organisations, notamment auprès d'enseignants et de cadres des établissements d'enseignement, de responsables de programmes de formation et de programmes relatifs à l'insertion professionnelle, de centres de main d'oeuvre, et de services des ressources humaines dans des entreprises. De plus, cette fonction de médiation ne s'arrête pas à la formation initiale au sein du système d'enseignement, mais s'étend aussi à l'insertion sur le marché du travail et à la formation continue, bref à l'ensemble du parcours scolaire et de la trajectoire professionnelle.

On pourrait être porté à penser que, dans l'exercice de son rôle de médiateur, le c.o. est libre de toute attache, n'oriente ses interventions qu'en fonction des représentations qu'il a des capacités individuelles des élèves ou des travailleurs et que ces derniers sont totalement libres de s'orienter comme ils l'entendent. Une analyse sociologique de l'orientation nous invite à considérer au contraire que l'orientation n'est pas qu'un processus de choix individuel auquel peut être associé un c.o. mais un processus de décision institutionnel.

Dans le contexte scolaire, plusieurs agents (enseignants, spécialistes de l'évaluation, c.o, directeurs d'école) participent à l'évaluation, au classement, à la sélection des élèves, à leur répartition dans différentes filières donnant accès aux divers types d'emploi. L'orientation peut ainsi être vue comme un processus de sélection institutionnel fortement influencé par les politiques éducatives et l'organisation du système d'enseignement, qui exercent de très fortes contraintes sur les choix des élèves et contribuent à façonner le rôle du c.o.. Cette sélection a une portée qui dépasse de beaucoup le plan scolaire. Dans la mesure où l'accès aux emplois dépend en partie du niveau et du type de scolarité, et où le statut de l'individu dans la société est en grande partie lié à son occupation, le système d'enseignement en tant qu'agence de sélection participe à la distribution des individus dans la structure des occupations et dans la stratification sociale, et, ce faisant, contribue à la reproduction des inégalités ou favorise la mobilité sociale. C'est dans ce contexte que le c.o. est amené à jouer un rôle d'agent de sélection scolaire et sociale.

Ce rôle "d'aiguilleur", le c.o. ne le joue pas seulement au sein du système d'enseignement mais aussi à la périphérie du système lorsqu'il intervient dans la sélection des individus qui participent aux divers programmes relatifs à l'insertion professionnelle et dans les entreprises ou les organisations en ce qui concerne la formation continue. Dans le contexte des entreprises et des organisations, l'évaluation des compétences et des habiletés requises par l'employeur ne dépend pas que des c.o., mais aussi du supérieur hiérarchique ou du superviseur de l'employé ou de la direction des ressources humaines.

Le c.o. est ainsi amené à établir une médiation entre les compétences acquises et le qualifications requises, entre le système d'enseignement et les élèves ou les étudiants, entre le salarié et l'entreprise. Et dans l'exercice de son rôle de médiateur, il est confronté à plusieurs dilemmes. Doit-il donner la primauté à l'individu, à la liberté de ce dernier de développer ses compétences selon ses aspirations ou aux exigences du système d'enseignement et aux qualifications qui sont requises par les entreprises ou les organisations ? Doit-il mettre l'accent sur le «refroidissement» des aspirations démesurées de certains étudiants par rapport à leurs aptitudes ou sur leur «réchauffement» dans le cas d'étudiants qui sous-estiment leurs capacités ? Doit-il accorder priorité au changement, aider les individus, notamment les femmes, à s'affranchir des stéréotypes traditionnels ou s'en tenir au statu quo, encourager le conformisme et ne pas remettre en question la tradition concernant l'orientation professionnelle ? En matière de formation continue, doit-il d'abord prendre en considération l'intérêt des salariés en situation de transition professionnelle ou ceux de l'employeur en situation de concurrence économique ?

Pour comprendre ces dilemmes inhérents à leur rôle et en cerner les enjeux sous-jacents, les c.o. doivent être en mesure de comprendre les transformations sociales et économiques qui affectent le milieu scolaire, social et économique dans lequel ils interviennent comme médiateurs. Et ils ont avantage à élargir la base de leur formation pour saisir dans quel sens ces transformations ont un impact sur l'orientation et contribuent à façonner leur pratique professionnelle.

Responsable des cours Sociologie de l'orientation et évaluation des politiques éducatives

Champ d'intérêt: les cheminements scolaires et l'insertion professionnelle.

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