Nos cœurs boiront contents



Avec ces mots jolis que ton souffle caresse
À force de soupirs,
Tes jeux, leurs compagnons, ouvrent à nos désirs
Le chemin de l'ivresse...


Délicieusement je goûte, où ton envie en tout
S'affaire enfin chemine,
L'amour méticuleux qui jamais ne fait mine
Et vogue jusqu'au bout...


Au bout de ce regard inspiré par ton âme,
Quand dégrafe la main
La suite de tes champs ruisselants d'un bon grain,
Jusqu'au désiré brame...


Se reconnaître, lors. Ah ! revenir au temps,
Où dans un bol d'épeautre
Plein d'une eau de bonheur, ce lien de l'un à l'autre...
Nos cœurs boiront contents.



louis-marClaude©




Mourir à vingt ans...



Quand un poète meurt au seuil de ses vingt ans,
Comme autant de " soleils disparus dès l’aurore ",
Que m’importe aujourd’hui, mes rimes et mes chants.

Qu’eussent été les siens, eux tout proches d’éclore,
Leurs pétales à peine ouverts entre les doigts
D’un aveugle destin ? Et quand cet autre encore,

Au même âge repasse à l’envi, maints émois,
De son passé récent "les heures envolées "…
Puissent-ils n’avoir eu de leur fin, les effrois !

Dis mon âme pourquoi " quand ces formes voilées "
Récitent sans terreur leur tout prochain sommeil,
Tes humeurs chaque fois s’y sentent emmêlées… ?

…Parce que mon cœur boit, à leur jeune soleil.



louis-marClaude©

Poètes évoqués du XIXem siècle: Makaël (24 ans) et Read (19 ans)




LE BAISER RENVOI



Car ton baiser donné a goût de feuille morte,
Un reste d’or du plein été
Dans ton regard me nargue.
Un gris fichu
Piqué d’une aquarelle lavande,
Tire austère le flot de tes cheveux noués –
Hier, tu les laissais sur tes reins redescendre.
Pudeur ou testament, qui sait ?
Je sais. Car à l’audace
De mon geste intrépide à t’aller ceinturer,
Tu fis d’une chiquenaude,
Sauter le bord de mon chapeau.
Nos liens d'amour étaient rompus.



louis-marClaude©




La bravoure à la française



Notre bravoure est courte. En sa manière étrange,
Elle hésite toujours et répugne aux combats,
Elle enfle, elle envisage et sans relâche engrange
Maints mercenaires prêts à tous les branle-bas !


Mais au moindre signal, son ardeur s’évapore,
Sans vergogne et sans bruit, désertent ses soldats.
Ainsi , chaque souhait - lubie qui dévore-


Ne s’enrôle que pour, au seul appel du ban
Démissionner lui, que rien ne déshonore.
Cette étonnante armée, imperméable au cran,


Enrôle et notre esprit c’est commode, s’y presse !
Pourtant, rares en sont les modèles d’antan,
Soucieux d’aboutir sans crainte et sans paresse,


Touchant à ce dessein qu’ils s’étaient proposé.
Il est une couronne à peine vengeresse,
Que méritent tels tiers qui n’ont jamais osé,


Celle d’une épitaphe où se meurt leur bataille,
Au cimetière ouvert toujours recomposé :
" Ci-gisent tous leurs vœux, la sinistre piétaille ". 



louis-marClaude© 




Jusqu’où va ce regard.. ?



L’œil se pose et le cœur avise en quelque sorte
Au gré de sa raison,
Alors que le regard aussi loin qu’il se porte,
Dépasse l’horizon.


Que perçoit-il ainsi, bien que l’âme en ignore
De son ipséité :
Sûrement le décret qui se prolonge encore,
De notre éternité.


Ainsi quand le soleil va le céder à l’ombre 
Et que semble finir
A tout jamais la vie : il ne part et ne sombre
Que pour mieux revenir.



louis-marClaude©




À la claire fontaine



que sont ces jours brassés
dans la lumière
tant de vœux enlacés
blanche prière

de pleins mots terrassés
hâve rivière
en parfums harassés
la plainte entière

que sont les temps blessés
à la lisière
de ces chants enchâssés
en ode fière

aux baisers embrasés 
âpre prière
répondent les phrasés
de ma rivière

mes émaux irisés
ta lèvre fière
et de mes sangs brisés
l'eau de lumière

assez d'échos froissés
sois mon entière
prends mes amours osés
ô ta lisière 



louis-marClaude©
















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