MUSIQUE AMIE


J’ai besoin d’un enclos quand mon cœur se disperse,
De la mélancolie où l’âme errante verse,
Besoin de ce prélude à l’épreuve du temps,
Dont les accords sacrés apaisent mes tourments.

Mes yeux cherchent en pleurs, une aube désirable,
Je ne suis plus qu’un geste et le souffle ineffable
D’un clavecin répond, à l’appel de ma main,
Ô musique dis-moi, ton parler souverain.

Ah ! ces hymnes d’en haut, qui font l’âme renaître,
Complices à la fois de l’esclave, du maître,
Nous dire de l’espoir ses gages d’avenir,
Tout chemine à l’envi sur leur ample soupir.

Musique ! D’où viens-tu ? S’il faut en croire un sage,
Tu naquis d’un poème, aux jours où son message
Gagnant l’universel soudain, s’évapora !
Depuis le monde exulte en sa diaspora.

Quels que soient ciels, saisons, anonymes ou gloires,
Accompagnant nos vœux qui n’ont rien d’illusoires,
Tu célèbre d’Euterpe un singulier souci :
Ouvrir l’âme à la joie ! Et pour autant… merci !

louis-marClaude©




La Nuit de Belchatzar



Sur des clarines en argent,
Au pas de tambourins fantasques,
C’est noire, la ronde des masques,
Dont les rictus fondent leur gent.

Landes, villes, vibrent en fête,
L’espace tape dans ses mains,
C’est quand, à force de refrains,
L’Homme déchu refait la bête.

Entre succubes et démons,
Sous les clartés d’un deuil lunaire,
Chacune avec son partenaire,
Enfantent faunes et gnomons.

De l’odieuse sarabande,
Avec ses brocards mensongers,
Aux agapes de maints dangers,
Nul des perdus ne se débande.

Jailli du sol, tombé des cieux,
Le monde des esprits s’agite,
Offre aux humains couverts et gîte,
En son banquet fallacieux.

Ainsi l’ultime instance mène
Séductions où vont les cœurs,
Déguise orgasmes et rancœurs,
Les dupe et les plie à sa mène.

C’est au soir d’une humanité :
Belchatzar jure et rit, s’enivre,
Quand déjà pousse et nous délivre,
Le bras fort de l’Éternité.



louis-marClaude©




RAREMENT CYTHÈRE



Il n’est point de voyage à ce point périlleux,
Qu’il devance l’écrire et son lot d’artifices !
Le poème entrevu, l’on gagne les offices
Du temple d’Apollon et son art sourcilleux.

L’esprit arme avec soins un souci pointilleux,
Pour la phrase il saisit de mots les bénéfices, 
Mais dans ce même temps sourdrent maints maléfices,
Habiles à lasser tels élans orgueilleux.

Surgissent cul-de-sac, contre-escarpe, traverse,
Lors qu’il faisait soleil, s’invite quelque averse,
Jusqu’au thème choisi qui fait illusion…

Chaque fois que mon cœur, pour un pays s’embarque,
J’ai du mal à savoir – noire confusion –
Quelle plage insolente attend déjà ma barque !



louis-marClaude©




Les Jours Pèlerins



Je refais les chemins parcourus avec elle,
Mais rien au rendez-vous de nos bonheurs, n’est plus,
Les largesses dont ils emplissaient ma nacelle
Hélas, ont déserté ces lieux irrésolus.

Au val, je vois encor sur sa robe échancrée,
Enhardi tel soleil accompagnant ma main,
Une romance aux bois se ravive, feutrée, 
Sans que le moindre écho n’assure un lendemain.

Si murmurent les rus, s’en est allé ce rire
Dont frissonnait la berge, au moment où plongeait
Son pied dans l’onde fraîche, ô ! le charmant délire,
Qu’un ironique autan à l’envi prolongeait.

Je croyais chaque fois engranger de quoi vivre
Avec mes souvenirs, pour les jours pèlerins, 
Mais nombre n’eurent pas l’audace de survivre,
Nos manèges ayant refermé leurs écrins.

Après les ciels d’azur, jaloux, un vent de sables
Déchira les velours de leurs purs coloris,
Nos caches ont des airs si peu reconnaissables,
Que mes étonnements s’en absentent meurtris.

« Méchant Destin, te prit de gauchir ma fortune,
Mêlant à ma candeur trop d’avis mensongers »,
Sont devenus amers, à force d’infortune,
Ces goûts de vins fleuris bus sous les orangers.

Je sens bien que l’ultime, astucieux remède
Qui puisse être un répons à mes vœux pénitents,
Est de mimer Sisyphe et son vain intermède…
Mon théâtral désir a désormais son temps.



louis-marClaude©




Le Violon


Quand lui vint son heure dernière
L'inconnu prit son VIoLON,
Puis comme passe l'aquilon,
Surgit des fonds de sa tanière.

Il accrocha son noir archer
Aux cordes tant de fois meurtries,
Comme se battent les fratries,
Et sans cesse vont se chercher.

Pour que de cette dague il dise
A ces mondes qu'il veut leurs morts,
Puis il déguste sans remords,
La très fatale friandise.

Alors dans les airs l'hallali,
En proie à d'étonnants supplices,
Autant de fauves dans leurs lices,
Maints hurlements se font un lit.

L'instrument vit de sa torture,
D'un verdict fort bien chantourné,
Chaque cri meurt à peine né,
Des feux qui font son ossature.

Autant de coups portés aux cours,
Où s'entrecroisent leurs encoches,
A coups d'ires et de reproches,
D'amertumes et des rancœurs.

Et pourtant c'est comme un délice
Que ces manèges d'écorché
Car dans ce drame remâché,
Chacun reconnaît son calice.

Supplicié, l'âme craquant,
Crins enflammés, sa mélodie
Le VIoLON fou psalmodie,
Pour qui, pourquoi, jusques à quand.

Enfin au bord de la démence,
L'artiste pris dans un frisson,
Où vie et mort à l'unisson,
S'iront refondre sans clémence.

Le front figé face à la nuit,
Avec pour bandeau tous les astres,
Vêtu des hardes de désastres,
Il broie en un superbe ennui,

Le noir archer de cette race,
Qui se dissout en un clin d'œil...
C'était hier ce sale orgueil,
Dont on cherche déjà la trace.

Chacun de nous, son VIoLON
Doit pouvoir d'un geste sublime,
Orchestrer sur son propre abîme,
Un sanglot vrai à la Vi LLON.



louis-marClaude©




Ô ! NEIGES



De la chose on ne sait, jamais que la surface,
Quand dans ses profondeurs abonde, en vérité,
De quoi flatter d'abord la curiosité,
En un permanent et sidérant face-à-face.

Un secret mis à nu n'offre qu'une préface
Ouvrant un nouveau livre à la sagacité,
Puis courir çà et là, fleure la vanité,
Que chattemite un temps la ruinant, efface.

Apprendre bien, vaut mieux. En décryptant le sens
L'on discerne la loi, comme au travers d'encens,
Qui ramène de ciels leurs senteurs parfumées.

Tout a besoin de tout ! Du moindre les plus beaux,
Les ombres du soleil, l'amour d'odes aimées.
Ô ! neiges d'autrefois, où sont vos noirs corbeaux ?



louis-marClaude©




EN CHEVALERIE



Le chevalier n’est tel sans vertus cardinales,
Dont la plus probante est, la force à son zénith,
Il court sus aux forfaits que sa lance punit,
En quête d’exploits quand il sait les mœurs vénales.

Ainsi par les chemins, entre deux saturnales-
Ayant quitté la Cour dont nul ne le bannit- 
Barre-t-il les chaos que son franc cœur honnit,
Puis rejoindra ses pairs pour quelques bacchanales.

Mais plus ! Cette vigueur possède un bel aspect,
Auquel libre, l’esprit lui consent son respect :
Celui de mépriser, insolente largesse,

Ce qu’il aura raflé dans sa course aux écus,
Pour les distribuer, eh ! rugueuse sagesse,
Au profit des obscurs que la vie a vaincus.



louis-marClaude©











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