|

Le Poème Étranglé
Haïssable apartheid ! Abreuvé de quelle ire,
Te plaît-il de défaire et le luth et la lyre,
Rompre la corde où vibre un prophétique enjeu,
Pourquoi contre le nous cet implacable Je ?
Ta puissance n'est rien, sinon qu'une faiblesse
César ! Car en brisant cette âme poétesse,
Tu vomis les ultimes imprécations
D'esclavagismes fous de vaines nations.
Ce corps noir châtié que brûlait la détresse,
Nous somme de garder sous couvert d'une ivresse
Légitime, le droit de respirer encor
Aux brûlots de ses peurs. Et dans le sain effort
De refus arc-boutés, au-delà de l'offense
Une rumeur s'agite, invente une défense
Puisque la mort d'un seul parle de liberté :
Quelle est notre réponse au puissant aparté ?
Écoute ce murmure où se cherche une rime
César ! Ton parti meurt et que l'outrance grime
Et c'est en plein soleils, des flambeaux allumés
Sur un temps moribond, pour jamais exhumés !
Moloïse mon frère en ces heures étranges,
Où l'automne alangui rougeoie en larges franges
Et répand aux jardins la pourpre de ton sang,
Quand monte de la terre avec des chants : ton Chant !
Ton martyre a marbré la feuille de mes lierres,
Incrusté de l'espoir au fronton de nos pierres...
Puisse ami cette mort hâter l'avènement
De ton poème vrai dans un monde qui ment ...!
louis-marc claude©
|