La Mer 



Quelle pitié la mer en sa plainte infinie...
Mais son message ému, jamais naïf nous ment,
Tant les flots séducteurs riches en harmonie,
S'appliquent à frapper, toujours impunément! 

Certes la grève est belle où l'onde communie...
Pourtant riche en accords, son candide instrument
Cachera-t-il jamais plaintes, cris, agonie
De trop d'hommes broyés irrémédiablement ?

Peut-elle rassurer quand sa vague soupire,
Vient embrasser la côte et ses récifs et pire,
Éventrer sur leurs pieux en martyre, son sein ?

Regarde et tiens-toi coi ! Ne la suis pas, Poète
Et ne dispute pas pour son âme inquiète...
Elle flaire nos ports dans un mauvais dessein. 

louis-marc claude©







Le Poème Étranglé



Haïssable apartheid ! Abreuvé de quelle ire,
Te plaît-il de défaire et le luth et la lyre,
Rompre la corde où vibre un prophétique enjeu,
Pourquoi contre le nous cet implacable Je ?

Ta puissance n'est rien, sinon qu'une faiblesse
César ! Car en brisant cette âme poétesse,
Tu vomis les ultimes imprécations
D'esclavagismes fous de vaines nations.

Ce corps noir châtié que brûlait la détresse,
Nous somme de garder sous couvert d'une ivresse
Légitime, le droit de respirer encor
Aux brûlots de ses peurs. Et dans le sain effort

De refus arc-boutés, au-delà de l'offense
Une rumeur s'agite, invente une défense
Puisque la mort d'un seul parle de liberté :
Quelle est notre réponse au puissant aparté ?

Écoute ce murmure où se cherche une rime
César ! Ton parti meurt et que l'outrance grime
Et c'est en plein soleils, des flambeaux allumés
Sur un temps moribond, pour jamais exhumés !

Moloïse mon frère en ces heures étranges,
Où l'automne alangui rougeoie en larges franges
Et répand aux jardins la pourpre de ton sang,
Quand monte de la terre avec des chants : ton Chant !

Ton martyre a marbré la feuille de mes lierres,
Incrusté de l'espoir au fronton de nos pierres...
Puisse ami cette mort hâter l'avènement
De ton poème vrai dans un monde qui ment ...!

louis-marc claude©







Aller en Poésie




Aller en poésie
Cet art de volupté
C'est l'allure choisie
D'un brillant aparté

Invite est le poème
Signe de bon aloi
C'est entre tous le schème
De délicat emploi

Quand il pose la plume
Ayant donné le La,
Si ton regard s'allume,
C'est que sans tralala :

Un trois fois rien de choses
Entre vous fait le lien
Et ton amour des roses
Sache-le, c'est le sien !

louis-marc claude©
       







Le   Sonnet




Quatorze alexandrins. Chef-d'œuvre inaltérable,
Il cisèle fécond en tours délicieux
Le fil de la pensée aux argents gracieux,
Constellé par maints ors au lustre inénarrable !

L'aborder est un art sensible, incomparable,
Exigeant, redouté, jamais capricieux,
Quand nul talent ne sait fort révérencieux
Atteindre sans génie à l'hymne vénérable.

Le poète s'applique et polit ce miroir
Comme nul autre bel et dut-il comparoir,
Il sait que sa forme est par excellence exquise.

Tel poème avenu devient le pur signet :
Puis quand la Muse accourt et s'y mire  conquise,
C'est pour mieux célébrer les charmes du Sonnet !

louis-marc claude©







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