ÉCRIRE



Écrire ! Fol écueil !
Ah ! stellaire pensée
Que j'invite ici-bas, mais qu'en traître confus 
Mon élan assassine !
Les feux du ciel volés, pâlissent sans retour 
Quand je les accapare - indigne Prométhée. 
Il n'est de clarté vue, où constant mon effort 
N'en trouble l'alchimie,
Réduisant l'idée à des confusions.
L'instant de la métamorphose ?
Incorrigible échec, 
Menteur inévitable
Qui lèse les désirs aux brancards de la main !
Elle souffre en chemin, ma pesante écriture, 
Sur laquelle l'Esprit pointe son doigt sacré. 
Mais après tant d'appels, parmi leurs fulgurances, 
Combien répondent d'abandons ;
L'hymne alors se défait sous un lacis de phrases, 
Traîne le pas, roule à la grève et meurt de mots.
Faut-il que ce destin soit à jamais tragique ? 
Quand tous ces rêves, dieux tombés
Au terrestre séjour - sommés par l'écriture-
Obtempèrent, oiseaux géants surpris
Par quelques rets tendus, au bout de mon paraphe ! 
Combien de temps encor,
Ce leurre d'une envie
Dont la flamme ne sait,
Approchant le Logos, qu'éteindre les étoiles ? 



louis-marClaude©




EN LE CAUSSE SE VOIR



Pour aller de son pas à la marche céleste, 
Le Causse en ses toisons,
Mêle à des tons carême un incendie agreste 
Et l'ombre de buissons.

Il est la fin de tout. Mais en lui tout commence,
C'est le séjour des dieux.
Qui s'y veut retrouver le pourra sans l'offense,
De temps capricieux.
En lui le creuset clair où la métamorphose 
Incite aux abandons; 
Le plein sens de la vie, ivre la recompose,
Nous révélant ses dons.

Le Causse est éternel. Ce qu'il a de visage
A de nos cœurs le trait...
Alors, si plus qu'ailleurs l'âme entend un message, 
C'est parce qu'il se tait



louis-marClaude©


POÈME CONFIDENTIEL



Coupe de pierre au ciel offerte,
Chaude d'étés, d'amours aussi,
Fut-ce perdue, une victoire..?
Cette échancrure au plein pays
De mon enfance,
Gît sous la main d'un vagabond...
Était-ce un Prince?
Et quand le soir, sur le pont bleu
Penche enfin ma mémoire,
Elle saisit ce fil d'argent
Du flot venu d'un passé d'ombres,
Y verse, douce-amère, une étrange langueur 
De croyances nouvelles.
Saison par excellence, parmi toutes: aimer!
L'éternité renverse sur ma nuit, une coupole
D'ambre et solitaire, mon cœur
Sème à loisir, que mon espoir allume,
Des champs d'étoiles. Jaloux
Le temps, armé de lune,
En glane les émerveillements.
Qu'ai-je entendu dis, Polymnie,
Le bruit du vent, celui d'un pas?



louis-marClaude©




HYMNE A LA JOIE 
( près de la stèle de 24 fusillés à Mende-Lozère)


……la joie a pour symbole une plante brisée – Musset 


Quand soudaine en sa fuite une sente s’esquive, 
Après avoir quitté du grand chemin, la rive,
M’invite à l’aller suivre au fil de ses transports, 
A partager complice et ravi, ses accords…

Vais-je me rendre sourd, aux accents de l’aubade,
Différer le plaisir d’aller en escapade ?
Que la route aille à Rome – et laquelle n’y court – 
L’agreste et vif appel m’attire en son séjour, 

Tous les charmes aidant de la pleine nature…
Tout parle de bonheur et de bonheur augure.
L’air s’invente un bouquet des parfums de cent fleurs 
Et les branches d’argent en mêlent les langueurs, 

Mon âme, rare instant, que l’accueil réconforte,
Se livre à quelque ivresse et savoureuse et forte : 
Celle de découvrir du destin, les rappels,
Mêlés au charme flou d’insondables pastels.

Car si le ciel m’assiste et veille en la ramure,
M’envoûte un ruisseau, m’enchante son murmure,
Moussus, des arbres blancs, hôtes sans vanité, 
Me parlent au présent d’un temps d’éternité, 

Dans ce séjour sans fard comme un pèlerinage. 
C’est l’ineffable tour qui consent au partage
De l’Univers entier, au cœur de ce val bleu. 
Je frémis de candeur – en tairai-je l’aveu – 

Mais c’est au souvenir, de ce matin sans leurre,
D’un mois de Mai qui sut, comptant leur ultime heure, 
Donner à des enfants, en passe de mourir, 
Ce théâtre de joie où chacun dut finir.

Dans le sous-bois sacré, plein du bonheur de vivre, 
Perfide, une agonie et dont le fiel enivre,
Va les faucher ici. Un seul cri : " liberté " ! 
Des armes ont vomi. Leurs corps ont culbuté. 

La terre a bu sans soif, dans l’incertain aurore,
Des fusillés le sang, dont la voix parle encore.. ! 
Passant ! Retiens ton pas et veuille retenir
D’un martyre passé ce qu’il voulut t’offrir : 

Et s’il n’est point heureux que jamais quelqu’un meure, 
Que soit permis au moins qu’un autre y songe et pleure… 
Leurs tombeaux en s’ouvrant ont payé de leur nuit, 
Ta liberté de voir les matins d’aujourd’hui. 



louis-marClaude©




TOUT PASSE…



Tout passe et se défait, enfin se liquéfie 
Entre les doigts du temps, vers un égal destin, 
Il n’est, jour après jour, de superbe matin
Que l’idée du soir déjà, ne mortifie. 


Chaque chose venue, un sort la sacrifie,
En Cour où se complaît le divin Arètin, 
Comme sur son grabat un infirme crétin,
Réglé par une loi qui tous les stupéfie.


Ainsi, paradoxal, chemine le décret
Disputeur à l’envi de la vie en secret….
Cette aube, ayant prévu - mon nez dans le potage, 


Dans l’attente qu’il fut plus tiède à la dent -
De goûter un Psaume il me fallut, décadent, 
Qu'une loupe de rien fit de moi son otage.. !



louis-marClaude©




FÉVRIER 



C'est le regard - Janus de l'humeur climatique,
Quand l'hiver se prolonge et dont les jours pourtant
Ont nouvelle, une envie encor que chimérique,

De glisser du soleil dans la bise d'autan.
Après les froids venus, suit le temps des promesses
Et la bûche au foyer parle d'un nouvel an:

Les neiges il écarte et pousse ses ivresses,
Jusqu'à... pointer le dard de précoces bourgeons,
Peindre sur les ciels gris comme autant de caresses,

Des pétales naïfs. D'intrépides drageons, 
S'émancipent autour de la souche première,
Une grenouille a même, aux marais dans les joncs,

Osé bailler un brin. Lors, neuve la lumière,
Quitte à se rendormir dans la main de frimas,
Avise la nature et la moindre chaumière,

Que la moindre chaumière entend son propre glas.




louis-marClaude©




Aller en Poésie



Aller en poésie
Cet art de volupté
C'est l'allure choisie
D'un brillant aparté

Invite est le poème
Signe de bon aloi
C'est entre tous le schème
De délicat emploi

Quand il pose la plume
Ayant donné le La,
Si ton regard s'allume,
C'est que sans tralala :

Un trois fois rien de choses
Entre vous fait le lien
Et. ton amour des roses
Sache-le, c'est le sien !




louis-marClaude©




l'Âtre et le Rêve



Hiver. Dans l'âtre froide où la flamme s'éveille,
venus du plein été, s'allument les sarments.
et tiédit le vin qu'aux automnes la treille

inventa, pour remplir la coupe des serments.
les heures ont cessé de courir. c'est la trêve.
dans l'air, un souvenir parfumé de printemps...

sous les cendres déjà, ressuscite le rêve.


louis-marClaude© 




LE POÈME ÉTRANGLÉ



Haïssable apartheid ! Abreuvé de quelle ire,
Te plaît-il de défaire et le luth et la lyre,
Rompre la corde où vibre un prophétique enjeu,
Pourquoi contre le nous cet implacable Je ?


Ta puissance n'est rien, sinon qu'une faiblesse
César ! Car en brisant cette âme poétesse,
Tu vomis les ultimes imprécations
D'esclavagismes fous de vaines nations.


Ce corps noir châtié que brûlait la détresse,
Nous somme de garder sous couvert d'une ivresse
Légitime, le droit de respirer encor
Aux brûlots de ses peurs. Et dans le sain effort


De refus arc-boutés, au-delà de l'offense
Une rumeur s'agite, invente une défense
Puisque la mort d'un seul parle de liberté :
Quelle est notre réponse au puissant aparté ?


Ecoute ce murmure où se cherche une rime
César ! Ton parti meurt et que l'outrance grime
Et c'est en plein soleils, des flambeaux allumés
Sur un temps moribond, pour jamais exhumés !


Moloïse mon frère en ces heures étranges,
Où l'automne alangui rougeoie en larges franges
Et répand aux jardins la pourpre de ton sang,
Quand monte de la terre avec des chants : ton Chant !


Ton martyre a marbré la feuille de mes lierres,
Incrusté de l'espoir au fronton de nos pierres...
Puisse ami cette mort hâter l'avènement
De ton poème vrai dans un monde qui ment ...!



louis-marClaude©




J’AIMERAIS TROUVER DIEU



J’aimerais trouver Dieu dans mon cœur en lambeaux
Sans recourir jamais au propos imbécile
Qui veut subordonner de façon trop facile,
Son existence au fait que nous serions tous beaux.


Certes, brûlent partout de sinistres flambeaux,
Sur d’obstinés contrats faute d’un codicille,
A l’œuvre le terrible et chronique bacille
De nos errements fous, inventeurs de tombeaux.


Le beau, le beau, le bien, qu’impose l’évidence,
Avaient-ils donc besoin – aberrante imprudence –
De s’inventer nos maux, ingrédients superflus ?


Leur énigme est la clé. Lors donc, un peu d’Histoire
Dont les tenants ont fait un vœu prémonitoire,
En annoncent au procès, un obligé reflux !



louis-marClaude©




VERSIFIER


Versifier ! Pourquoi cette ardente manie,
De compliquer la chose à son corps défendant,
L'entourer d'obstacle en tous points obsédant,
Pour une présumée, insondable harmonie ?

A quoi tient ce refus de la parcimonie,
Ce goût pour l'escapade, au besoin redondant
Sur un rare parcours, pour lequel cependant
Eut largement suffit un train sans tyrannie ?

En réponse après tout, pourquoi pas le néant,
Façons d'un créateur à peu près fainéant ?
Un « Au clair de la lune » en place de Carmen,

Encor, tuer le dièse et pas moins le bémol,
Réduire l'Odyssée à quelque mol Amen...
Et, prévoir pour la vie. un flacon de formol ?



louis-marClaude©




LA MER 



Quelle pitié la mer en sa plainte infinie...
Mais son message ému, jamais naïf nous ment,
Tant les flots séducteurs riches en harmonie,
S'appliquent à frapper, hélas impunément !

Combien la grève est belle où l'onde communie...
Pourtant riche en accords, son candide instrument
Cachera-t-il jamais ces pleurs, cris, agonie
De trop d'hommes broyés irrémédiablement ?

Saura-t-elle émouvoir quand sa vague soupire
Vient embrasser la côte et ses récifs et pire,
Éventrer sur leurs pieux, en martyre son sein ?

Regarde et tiens-toi coi ! Ne la suis pas, Poète
Et ne dispute pas pour son âme inquiète...
Elle flaire nos ports dans un mauvais dessein. 



louis-marClaude©















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