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PURISME
Retournons maintenant
Aux sources du Langage,
Atelier bon enfant,
De bon sens, de courage.
Je dois ces vœux au jour
Que chantent les sonnailles
En complaintes d’Amour.
Les ardentes semailles !
Je quête ce respect,
Pour l’évidente chose ;
Pour en soigner l’aspect,
A son service j’ose :
Avec des mots charnus,
Râblés comme des lièvres
Qui dévalent trapus,
La pente où ces fièvres
Débusquent sans hasard,
Mais à force de tâche,
Sans le moindre retard,
Les mots vrais ! Je les lâche
Dans vos champs. C’est encor
De ces traits qui déboulent,
Pesant comme de l’or,
Qui jappent, qui roucoulent,
De ces termes sans fards,
Qui refont la lessive,
Outils sans avatars,
Jamais à la dérive !
Je reprends les couplets,
Le refrain des grammaires,
Cite les alphabets
De nos vocabulaires !
J’empoigne à pleine main,
Légitime rapine,
Ces épis pour un pain,
Fait de vraie farine !
M’en excusent ces gens,
Que modes font nos maîtres,
Ministres impudents
Et fossoyeurs et reîtres,
Qui tirent Dieu, les crus
De quelles orthographes,
Pour clouer saugrenus,
Le Vrai, de leurs paraphes !
Qu’ils en quittent le train
Pour filer à l’anglaise…
Je reviens au jardin
En la forme française !
Sains et solides mots,
Cueillis à fleur de chose,
Fusant à tous propos,
De vous seuls, je dispose !
Je demande au sorcier
Qui brouille et mystifie :
-" Triste fol à lier,
Referas-tu la vie ?
Laisse donc se mouvoir
L’onde du Verbe, immense,
Reprends ton éteignoir
De pâle connivence,
Que tous deux vous n’alliez
De votre mise à sac,
Pâtir ! Vous qui changiez
Ma langue en bric-à-brac
Laissez-la retentir
Entière et sans dommage :
Car pour l’assujettir,
N’y suffit que l’hommage " !
louis-marClaude© |
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Novembre
Novembre au plein d'automne
A superbe, un souci.
Celui de nous garder dans sa main chaude encore,
Les luxes de l'été.
il mêle avec brios à ces poudres éparses,
Des fragments d'ors -
Dont il a souvenances.
Une énième ondée
Voit s'iriser frileux, quelques appels du froid.
Le ciel laisse paraître
Comme un ton de faiblesse, mais nul assaut
Ne sait encor faire douter de son exubérance.
Il est beau, grand et fort !
C'est Novembre !
La roche un peu plus grise fait des ourlets,
De pente en pente et lui vient cette idée,
Aux tons mélancoliques d'aller facétieuse y chiffonner
Des châles de bruyères.
C'est mon automne et je m'y sens
Accompagné par une paix complice,
En forme de soleil.
louis-marClaude© |
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AURORE FLOUE
Au belvédère éteint que plus rien n'ensorcelle -
Rythmes à flots, falbalas,
Défuntes danses -
Quelques écharpes font,
Aux branches suspendues
D'un cèdre de mille ans,
Songer à ces guipures
Que tisse un rêve vain.
L'aurore ceint l'Amour de ses horizons pâles,
Frange mon cœur d'un châle d'or... il fait un vœu.
Un vol de mouettes frissonne,
Écorche les écumes de mer
Et me revient, de ce soir à Carthage,
Ces images qui font, amer un souvenir.
louis-marClaude© |
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MOGHREB
Lorsque l’Afrique blanche aux voiles d’aventure,
En Méditerranée, éparpille son nom,
Qu’elle étonne la côte et lui tisse une épure,
De centaines de ports liés au sable blond ;
Quand elle entre au pays des grandeurs sahariennes,
S’accapare le Rif et l’Atlas et leurs cieux,
En colore le dais, de rouges et de siennes,
Frémissante du chant de permanents adieux :
C’est son immensité qui va, de grève en grèves,
Engranger l’horizon par d’infinis chemins,
C’est après que l’Antique ait vu tarir ses sèves,
Le riche avènement des séjours Moghrebins.
Insolite et surtout, généreuse avancée,
Quand l’âme grecque passe et que rampe Europa,
L’Islam s’enthousiasme et sa marche racée,
Marque espaces et temps, qu’il franchit d’un seul pas.
Passerelle de prix, quand la force barbare
Courait tel un verdict sur le vieux continent,
Ses peuples répandaient un patrimoine rare,
La germination du futur Occident !
Mais dans chaque maison souffre un parent sommaire,
Sans raison, desservi par d’injustes avis,
L’Orient n’échappant à la règle vulgaire,
Voyait en le Moghreb l’un de ses pauvres fils.
Ses courants, pensait-il, si loin de l’Arabie,
En avaient-ils encore et la fibre et le sang ?
..................... etc...
louis-marClaude© |
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Peuple Cri
Peuple Cri j'ose croire aux bords de James Baie
qu'il ne s'agit
que d'une halte
et qu'entre ce pays de nulle part
votre état de dedans -surtout votre âme -
vous allez repartir pour un désir d'ailleurs
dans Waskaganish j'ai entendu des rires
de ceux de vos enfants
à Wemendji pareil aux multiples tignasses
secouant l'ennui de vos enfermements
où rôdent vos promesses
parents fils perdus de passés volés
à vos familles
et leurs jeux fatigués n'annoncent rien de mieux
et j'en pleure ce soir en sachant que ma lampe
ne peut rien réchauffer
de votre vie inscrite au bout du bout de tout
et toi Chisasibi que le monde moderne
a dépouillé des riens qui faisaient les tiens rois
chaque Inuit a nom d'un astre à la dérive
dont le royaume est mort
sans nos mensonges blancs
les Premières Nations n'ont plus de goût à vivre
leurs enfants dépouillés
sevrés d'huiles et de tendresse
que pourront-ils offrir à leur tour au pays
le collier de jadis fait d'insignifiances
fondateur de passés
qui errent et que vous-mêmes avez perdus de vue
comment les retrouver les ranimer enfin
si ce n'est à partir de nouvelles naissances
susceptibles d'entrer à nouveau dans les eaux
de la Baie
de toujours que vos enfants
s'y plongent en sortent
et voient au ciel
inscrits sans complaisance
que leur avenir vrai doit nous tourner le dos
louis-marClaude© |
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