lignes et tains

sous tels miroirs laqués,
les ondes,
font des rêves flanqués,
fécondes
et leurs silences nus, émergés d'autres mondes,
surprennent nos enjeux un instant démasqués.


notes et tons

mollement le zéphir
balance,
lui soufflant un respir
d'enfance,
cette clarine d'or où mon coeur en errance,
installe au bord du toit le timbre d'un soupir.

il n'est de pires sourds,
indociles,
qui rient de nos toujours,
imbéciles,
que le sont les futurs avec leurs codicilles :
de ces secs post-scriptum aux basques des amours...

lmc©


Nocturne

J'ai vu pendant ma nuit, des tas de feuilles mortes
Escaladant les toits, comme retraite au vent,
Puis elles retombaient, au-delà de ces portes,
Qu'on ne franchit jamais qu'à l'aide d'un serment.

Ma conquête est ici. Je la fais sans encombre,
Quand nul ne me dispute à cette heure, l'ennui,
Je fais comme Arlequin, entre le clair et l'ombre,
Ma ronde en ce décor qu'on a tissé sur lui.

C'est la balade au ciel des muets réverbères
Que je sens, goguenards, lorgner mon petit pas
Et croquer mon manteau, ce vieux cache-misère,
S'en partageant sans bruit, l'antique canevas.

Dans les aplats secrets je prolonge ma quête,
L'arbre à lui seul m'apprend plus qu'en dit la cité,
C'est le credo nocturne et j'invente une fête,
Où même sans soleils, je m'y sens récité.

Entre le crépuscule et les doigts de l'aurore,
Ma vie, en négatif, renverse les valeurs:
Complaisante manie, où chétive pécore,
Elle bâillonne enfin mes maux et mes rancoeurs.

lmc©


Les Puits

 

ah ! puits d'amour, que de beautés,
mêlant songes et belle ouvrage,
nos jours vous veulent invités,
que cesse des oublis l'outrage.
 
quand j'aperçois sur mon chemin,
en un enclos du voisinage
ton esquisse, le pur dessin
le plus souvent d'un très grand âge:
 
je m'approche et je tais en moi,
tous mes soucis et mes dommages,
je songe et doucement l'émoi,
m'inspire de longs bavardages.
 
de ta margelle, ou de ton seau
toujours prêt  à mille abordages,
sentinelle au-dessus de l'eau,
puisée à souhait sans ambages,
 
du cintre fort d'un ferronnier,
sereinement presque volage,
couronnant l'oeuvre du carrier
qui dessina ton cercle sage,
 
de chacun de ces mots liés,
lequel emporte mon suffrage ?
eux tous certes, associés,
portent le charme où je m'engage...
 
comme la phrase où chaque mot,
convient d'un prix, fixe un présage !
du clair labeur, dans tout ce lot,
à l'ensemble je rends hommage.
 
qu'il est heureux de te voir, lors
que l'automne dans ses feuillages
allume et brûle feux et ors,
comme baisers sur des corsages.
 
puis enfin quand il faut partir,
plus par raison que par courage,
je te promets de revenir...
 toi qui retiens mon âme en gage.

lmc©


C’est la première fois …


C’est le premier printemps, c’est la première rose,
Depuis que tu n’es plus…
Que la moindre apparaisse et fraîchement éclose,
M’ouvre un regard Janus.

C’est la première fois, qu’ose la tourterelle
Venir à mes balcons,
Surprise de ne pas, lors de sa ritournelle,
Recevoir tes répons.

C’est la première fois que je vais aux rosées
Avant le jour venu,
Les herbes n’auront plus les empreintes croisées,
De ton pas vif et nu.

C’est le premier printemps, la première fauvette
Vient de tisser son nid,
J’y vais jeter un oeil trop seul, à la sauvette,
Lui d’avenirs garni.

C’est la première fois que rougit la cerise !
A qui vais-je pouvoir
En prémices l’offrir, comme c’était de mise,
Façon de t’émouvoir ?

C’est la première fois qu’en ses bassins la carpe,
Gobe le pain jeté,
Quand elle cessera ce me sera la marque
Qu’en termine l’été.

Sans toi, seul au salon je rallumerai l’âtre,
En prise aux désarrois,
Le coeur frappant trois coups, ceux-là de son théâtre,
Pour la seconde fois.

lmc© 


La Pluie


je pense que la pluie en tombant m'interpelle,
pour un propos secret, façon Polichinelle !
c'est l'antique récit aux saisons attaché,
récit dont les retours ne m'ont jamais fâché...

je la souhaite alors, au creux de mon bocage,
rapporteuse de riens, familier commérage.
l'écoute ne me lasse, elle qui dit sans fard,
ce que le banal sait commettre avec grand art,

tout en elle me prend, berce mes nostalgies,
a-t-elle pour enchanter, celui de maints génies ?
lâchés ces flics-flacs-flocs, qui cognent mats et drus,
je les vois rebondir sur mes dallages crus,

dans le gras du feuillage, en la lumière et l'ombre,
ils nichent et partout, s'installent sans encombre,
joueurs facétieux qui rient de mon passé,
mentent sur mes futurs dont je me sens lassé.

c'est le moment qui tient, entre ses doigts le leurre:
tout passe et fait penser que chaque instant demeure...
c'est le fol alibi, quand va durer encor,
s'installer plus longtemps mon refus de l'effort.

exister me paraît, soudain la seule vie
et ressasser tout bas, la plus goutteuse envie !
je bois, suave lait, du monde le dessein,
qui me raconte au coeur le bon vouloir divin.

que ce soit sur la vitre, insolite une plume,
ou modeste en retrait, les flous que tend la brume,
un cri strident d'oiseau qui sermonne le temps,
le murmure complice, avec ou sans accents,

des bois de tous ces nords qui brûlent dans mon âtre...
et je reconnais là, la mystique d'un pâtre,
l'intention première et ses voeux d'engendrer, 
m'abandonnant aux mains d'un permanent secret.

lmc©


Sente Ultime Sente


La sente où s'émeuvent les coeurs,
Dont je sais réciter les fleurs,
Conduit mes pas à la fontaine...
Et sur ma pause jamais vaine,

L'ombre portée ouvre ses bras,
La mousse baise nus les pas...
Ce sont les temps frais et complices,
qui de riens font tous les auspices.

Vivre ravi. Faire en chemin
D'un bout de vie, un petit brin
De sûre et tranquille richesse,
Volée au seuil de la tendresse.

Ici souventes fois venir,
Pour en ces doux lieux m'enquérir:
De ce qu'ils ménagent ma place,
Lorsque mon sein sera de glace...

lmc©


Le Rire

" Plus d'un voit en tremblant, des germes de démences..."
De la sorte écrivait Achille Millien,
Lorsqu'il reconnaissait du rire les semences,
Âpres assurément. Notre temps vaut le sien,

De plus large façon. Les ferments de l'époque,
Témoins amers de jours qui sombraient dans l'ennui,
Surent contaminer hélas, sans équivoque,
Les fils du fils, de fils, jusqu'aux temps d'aujourd'hui.

L'Homme perdit ainsi de sa saine droiture,
Lorsqu'elle tintait net en sa sincérité,
Et son rire avec elle suivit la procédure,
Intriguant et moqueur, fort en témérité.

L'inquiétude est là, comme une ombre qui passe,
Les raisons d'en user servent surtout qui ment
Et quand il retentit, on songe à quelque audace,
Celle d'un fol rusé sur le piège qu'il tend.

Où sont ces rires francs, dont vibraient les poitrines,
Ne faudrait-il d'abord, les remettre à l'honneur,
Quand on va, préférant les humeurs assassines,
Que maints alibis font passer pour du bonheur ?

Il serait étonnant que la chose ne dure,
Ne s'envenime pas et plus et pis encor,
Ne cache au monde fou, refusant la censure,
Ce qu'un rire étouffé ne présage de mort ! 
 
lmc©
 

L'amitié


l'amitié c'est d'abord le singulier bonheur
d'être riche de tout ce que perçoit le coeur,
c'est avant les soleils, le chemin des racines,
c'est ajouter de soi, lorsque tout est rapines...

c'est en cas de danger se livrer, sans effort,
rendre à l'oiseau blessé, l'image de l'essor,
c'est la ferme assurance aux temps d'incertitudes,
être plus à deux qu'avec des multitudes...

c'est du borgne choisir comme un ainsi-soit-il,
celui qu'on sait des deux, être un meilleur profil,
c'est aussi, l'amitié, le remède à l'absence,
plus encor qu'un propos, la valeur du silence...

se racontant ainsi, sans heurts et sans leçons,
l'amitié met au clou chez l'autre, ses chansons,
lui propose en dépôt, comme un air d'elle-même,
sans qu'il lui soit besoin d'avouer: "moi je t'aime "...

lmc©


Qui sait


Qui sait – le saura-t-on- pourquoi quand et comment,
Dès lors que l’on se penche ébloui sur la page,
Pour recueillir comblé tel généreux cépage,
D’où viennent ces entours en leur riche moment ?

C’est le juste tribut, le bel enchantement
Qui couronne seigneur, le pur poète page,
Dont l’écriture à flot, embaume et se propage
Homme lige qu’il est d’un précieux serment.

Est-ce, chérir le Verbe, un rite de vendanges
Que désire le prince élu par un chœur d’anges,
Mêlant au royal sacre une fête des vins ?

Le Terre écoute, boit et se délecte, chante
Liés, dires et nards, dont la nature enchante,
Ravie aux sûrs accents de leurs hymnes divins !


lmc©


J’aimerais trouver Dieu


J’aimerais trouver Dieu dans mon coeur en lambeaux
Sans recourir jamais au propos imbécile
Qui veut subordonner de façon trop facile,
Son existence au fait que nous serions tous beaux.

Certes, brûlent partout de sinistres flambeaux,
Sur d’obstinés contrats faute d’un codicille,
A l'oeuvre le terrible et chronique bacille
De nos errements fous, inventeurs de tombeaux.


Le beau, le beau, le bien qu'impose l’évidence,
Avaient-ils donc besoin – aberrante imprudence –
De s’inventer nos maux, ingrédients superflus ?

Leur énigme est la clé. Lors donc, un peu d’Histoire
Dont les tenants ont fait un vœu prémonitoire,
En annoncent au procès, un obligé reflux !

lmc©

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louis-marClaude©

 









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