le sud
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Les sociologues, les d�mographes, les fonctionnaires de l�immigration vous expliqueraient � coup s�r, pourquoi nous venons tous de cette partie de l�Europe qui se confond avec les chaleurs de la M�diterran�e, pourquoi nos origines se m�lent avec ses terres qui ne croisent les rimes qu�avec des assonances en guerre, en mis�re. Pour nous, la premi�re des �vocations est cette chanson de Nino Ferrer o� il est question de soleil, de linge aux fen�tres et de champs de coton. Tellement de choses que nous n�avions vues que dans des films aux images d�lav�es, pass�es en quelque sorte. Pour nous, ce sont plut�t des insultes dans les cours d��cole pendant les r�cr�ations bougnoules, �tougueches, espinguoins, youpins, ritals, yougues, �cul� de ta race... dans cette po�tique-l�, l��ventail est toujours assez large, assez fourni... Alors, c�est vrai, le soir venu, nous regardions d�un �il torve nos p�res � leur retour du travail. Nous ne les trouvions pas assez grands, pas assez blonds, pas assez blancs. Nous d�tournions le nez, ne voulant plus sentir la sueur du chantier, nous ne supportions plus cet accent toujours trop prononc� et leurs incessantes r�f�rences au pays. Pays que nous avions fini par d�tester, comme on ex�cre une calamit�, une maladie h�r�ditaire, un peu comme on hait un p�re qui n�est pas assez comme les autres, pas assez Fran�ais. Alors on lui demande d��viter de passer dans les parages et on le somme de rayer de son itin�raire l��cole, le coll�ge, le lyc�e, et club de sport, l�immeuble d�une copine. Au dernier stade du rejet, on lui balise un trajet dans le quartier et on l�abjure de ne pas franchir ces nouvelles fronti�res. Bien s�r, il les respectera. On n�explique jamais assez cette peur de l�immigr�, cette vieille peur de d�ranger, d��tre vu, de porter tort aux autres, surtout � ceux qui lui ressemblent. On ne l�explique pas, on la constate, on la vit, point ! Un peu plus tard on ne l�accepte toujours pas, on la comprend. Responsable, pas coupable, n�est-il pas ? Non ! Il ne s�agit pas de cette culpabilit� que nous apprennent les psys, mais bien de cette envie de vomir, que vous donnent les Fran�ais, quand ils vous parlent de v����tre pays qu�ils visitent l��t�, et qu�ils observent depuis les vitres fum�es d�un autocar climatis�.
9-quatre (petit roman)
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