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Ensuite, il y a eu le sifflement du turbo. Qui a depuis longtemps conduit l'aiguille du compte-tour � un endroit o� elle ne pourra pas aller plus loin. C'est �trange les id�es fixes. On les construit de toute pi�ce et ensuite rien ne peut les faire passer. Deux quarante. Le moteur refuse. Il sature une bonne dizaine de kilom�tres-heure avant. Mais voil�, les descentes permettent des petits extras, m�me si nous ne sommes que sur la petite d�partementale qui passe en bas du village de mon grand-p�re. Le mois suivant, Joan refourgua le coup� allemand � la mode pour s'offrir une fougueuse italienne dot�e d'un V8. Et maintenant, il freine. Pour ralentir le joli bolide qui ne peut quand m�me pas passer le rond-point � deux quarante. Dans la nuit, nous cramons des litres d'essence � acc�l�rer pour passer les courbes sans perdre le train arri�re et surtout �viter de s'encastrer dans un olivier. Ensuite sous la lumi�re de la lune, nous discutons encore et encore au bord du Gardon, en haut d'une colline qui domine la garrigue, � c�t� des Ar�nes ou des Jardins de la Fontaine. De tout, de rien, de presse, de design, du monde qui bouge et de philosophie. Nous sommes rapidement devenus amis. Sans savoir vraiment pourquoi. Nous avons le m�me �ge et nous nous sommes rencontr�s, voici quelques ann�es, � la trentaine. On partageait aussi le bohneur de rouler dans des Ford d'occas'. Il a du talent, il est bosseur, il n'a pas h�rit�. Depuis, il a fait fortune. Honn�tement. Je l'ai vu de mes propres yeux . Et tant mieux que cela soit tomb� sur lui. Un r�veur millionnaire. Un r�volutionnaire avec de l'argent. Une apr�s-midi enti�re, il m'houspilla de ne pas vouloir changer le monde... Yasha, je me l�ve chaque matin en voulant changer le monde ! Pourquoi pas toi ! Aujourd'hui, je suis un bourgeois, mais changer le monde est le seul sens de la vie, de nos vies. A part �a, il r�ve et invente, et invente, et invente. Un soir, il m'avoua sa surprise. Un compte, un simple chiffre. Vingt et un. Le nombre de ses petits camarades de jeux, d'�cole ou de lyc�e d�j� morts. Sa phrase n'�tait pas encore finie que les visages, les trop nombreux visages d�fil�rent devant les yeux. Pour certains, j'avais m�me l'impression que je pouvais passer le creux de ma main sur la peau de leur joue. Surtout pour elle.(>>>) |
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