On est tout près de perdre la raison
Quand on n'a plus le coeur aux chansons
On se traîne de saison en saison.
Les yeux hagards, les yeux sans passion
Le coeur qui ne bat plus au diapason
À ta fenêtre ne se hisse plus le fanion,
Dans le soir noir, ta voix n'émet plus un seul son.
J'aimerais pouvoir m'asseoir au chevet de ta vie,
Entendre encore parler les lèvres grises sans envie,
Comme un cadavre, ton esprit s'est tu sans mourir,
Le destin s'est abattu sur ton a^me sans avertir.
Écorce d'orange, pelure de pomme d'api,
Mince est ta peau flétrie.
Où est ton âge, perdu au fond de la vallée,
Dans le gouffre avide, ta jeunesse s'est enfuie.
Jadis, tu te parais des plus beaux atours,
Et je t'enviais, vorace comme le vautour,
Comme un charognard, je te guettais ma proie,
Mais aujourd'hui,on ne saurait que faire de toi.
Oh! belle vieille, tu t'es engloutie
Au fond des eaux rouges de la mer avide.
Tu t'es traînée comme une errante,
À travers tous les déserts arrides`,
Tu as brûl ta carapace sous le ciel torride
Du pays, où l'on ne revient plus.
Dites-moi pourquoi les mots ne viennent plus?
Touches tes pensées de poète déchu.
À la place, ton esprit s'occupe aux tâches ménagères,
Entre deux couches et un lavage,
Tu ne t'attaches plus aux plaisirs littéraires.
Périr, périr dans le quotidien taciturne,
Ne plus jamais vivre des glissements de la plume,
Sur le papier,margarine, viande et lait,
Ne riment certes pas avec lune et brume.