Ces montagnes m'étouffent, elles m'entourent de toutes parts; prisonnières, je suis de ce décor aux aspects enchanteurs. De gris, mon coeur s'est habillé, de noir, mon être tout entier s'est revêtu. Dans les vagues de ce fleuve majestueux, je voudrais me perdre, du parapet de ciment bordant la rivière, je voudrais me jeter pour noyer mon chagrin tumultueux. Je ne peux pas ou je ne veux pas; dès lors,j'ai compris qu'on doit se soumettre aux affres du temps.
Bientôt, au fil des jours, les souvenirs s'estompent pour ne laisser place qu'au présent morne et pesant. Mes frêles épaules s'alourdissent de chagrins continus, mes paupières enflammées ne se ferment que pour les pleurs. Sur mon oreiller humide,roule ma tête férue de cauchemars qui n'en sont pas. C'est le début de la fin d'un monde. Au cadran de la montre, l'heure s'est arrêtée.
Ce matin de juillet, mes jambes aussi s'étaient arrêtées, allongée sur le sofa, dans la chambre en désordre, je ne pouvais me mouvoir. Le désespoir m'avait sans doute envahi, paralysant mes membres, mais non mes pensées qui s'agitaient au-dedans de moi.
Je me revoyais toute petite, cachée sous la table de cuisine, sous le lit de fer,fuyant ce docteur menaçant qui voulait à tout prix m'ausculter. Sur la table,finalement, on maîtrisait mes mouvements. À l'hôpital, au-dessus de ma tête, une lampe aux milliers de volts m'intimidait pour un moment. Attachée aux barreaux de fer, sur ce lit d'hôpital, réclamant mon père qui toussait bruyamment dans le couloir sombre. Je raâlais de rage et de peur , de toute la force de mes trois ans. Rien ne fit, seule,abandonnée de tous, pour la première fois mais non la dernière, je dus sans doute me résigner jusqu'au retour à la maison.
(À suivre...)