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Le
rapprochement par l’analyse de la littérature maghrébine et de la
littérature négro-africaine est intéressante parce que ces
littératures sont nées, toutes deux, de la rencontre de l’idiome de
l’origine avec le Français, langue de la colonisation et de
l’aliénation. Ces littératures nées du paradoxe de l’amour pour la
langue de celui qui n’a semé que le malheur et la désolation se
rencontrent dans cette relation problématique pour une langue étrange
et étrangère qu’on adore et qu’on méprise au point où elle est
constamment éclatée et mise en chantier et au point où certains ont
cru bon, pour atténuer ces sentiments contradictoires, de s’auto
amputer d’une langue et d’une culture qui les constitue.
La
littérature maghrébine d’expression française, née au moment des
combats de libération nationale, a toujours préservé son éternel
centre de gravité, celui de la revendication identitaire puisqu’elle a
toujours été conduite par des écrivains soucieux d’inscrire, dans les
plis et replis de la narration, les particularités du signe maghrébin
et ce, pour permettre à l’être maghrébin d’émerger de l’assimilation
afin de mettre fin au désir colonial de la dépouille de la spécificité
culturelle maghrébine. Ne faut-il pas signaler que ce problème est
toujours d’actualité dans la mesure où les émigrés noirs et africains,
qui ont refusé de se dépouiller de leur identité, ont été traités de
«racaille» par le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy ? Malgré
les nombreuses dérives politiciennes, cette littérature a survécu
parce qu’elle est constamment à l’affût du dialogue entre les deux
rives de la Méditerranée ; elle est, de ce fait, le lieu de l’échange
et de la rencontre des cultures ennemies qu’elle réunit, malgré la
pratique de la haine et de la xénophobie, au lieu de séparer.
Le fils
du pauvre
(1950)
de M. Feraoun, La colline oubliée (1952) de M. Mammeri et
L’incendie (1954) de M. Dib, pour ne citer que ceux-là,
sont toutes des écritures du malaise latent de la situation coloniale,
de la prise de conscience nationaliste et de la prophétie de
l’embrassement insurrectionnel, concernant le roman de M. Dib, du
moins, puisque cette œuvre est éditée quelques semaines avant le
déclenchement de la lutte de libération.
Au même
titre que la littérature maghrébine née de l’urgence de la
revendication identitaire, la littérature négro-africaine vient aussi
et surtout pour dénoncer la colonisation et pour une prise de
conscience liée au statut problématique du français, langue de
l’aliénation par excellence puisqu’il dit la perte de l’idiome de
l’origine. A l’image de la littérature maghrébine, la littérature
négro-africaine s’organise donc autour de la contestation illustrée
par Les bouts de bois de Dieu de Sembene Ousmane qui raconte
une grève des cheminots au Sénégal et au Mali en 1947. Il offre
d’abord une description très riche de la société coloniale et de la
répression quotidienne et brutale. Il évoque ainsi l’absence de
démocratie du pays supposé être celui des droits de l’homme.
De plus,
nous voudrions étudier, au-delà du premier axe de l’écriture de la
revendication identitaire, la représentation de la femme maghrébine et
négro-africaine qui avait un rôle, certain et non des moindres, dans
la libération de leur pays.
Mais, on
doit le signaler absolument, ce n’est pas la femme maghrébine ou
africaine dans sa société et l’évolution de sa situation qui est
uniquement le but de notre étude. Nous voudrions cerner l’image et la
représentation de la femme des romanciers maghrébins et
négro-africains en fonction de leur histoire, de leur vision, de leur
sensibilité. Comment ont-ils représenté la femme dans leurs écrits ?
Là, réside notre intérêt majeur dans cette recherche.
Notre
étude s’inscrit donc dans le domaine comparatiste, il est important de
vérifier les points de ressemblances entre les images de la femme
peintes par les écrivains maghrébins et négro-africains, notre
deuxième intérêt consiste à dégager les convergences et les
divergences entre les deux littératures d’expression française du
continent africain ainsi que de voir ce que reflète les écrivains
concernant la réalité de la femme, leur ancrage dans le réel, dans le
social.
Enfin et
compte tenu du choix de la lecture comparatiste et afin de ne pas
réduire cette lecture à une simple comparaison, nous nous devons
poursuivre notre lecture sur l’écriture du voyage réel ou textuel
qui «consiste à quitter un lieu connu pour aller vers un autre,
inconnu. Voyager, c’est aussi aller à la conquête de soi et de son
image inscrite ou à inscrire dans le monde. Le voyage naît
certainement du rêve fabuleux de se découvrir. Il conduit vers ce
«nulle part ailleurs» de l’espace intérieur : espace insaisissable
qu’on poursuit inlassablement. Le voyage est alors un autre stade du
miroir, un moyen pour l’individu de se structurer».
Par
ailleurs, opter pour une lecture comparatiste c’est aussi et surtout
désirer cerner l’écriture de l’altérité, de la différence par la prise
en charge des invariants du métissage à savoir, l’exil, l’errance et
la folie. Dans cette perspective, les deux romans L’incendie
et Les bouts de bois de Dieu sont très parlants.
Ce sont
deux œuvres qui traduisent d’abord la prise de conscience (algérienne
sénégalaise) de deux littératures à l’épreuve de la colonisation
,ensuite ces romans illustrent les phénomènes sociaux en cette période
de colonisation comme l’affirme Jeanne S. dans Littérature générale et
littérature comparée : « la littérature ne sera pas utilisée comme la
recherche exclusive du beau », mais comme une partie privilégiée et
spécialement vivante de l’histoire, l’histoire de la grande aventure
humaine, celle des mœurs et de civilisation » 3
Enfin
cette étude nous permet de dire le sous-entendu qui concerne la
condition de la femme .Y a t-il une distance entre la réalité et la
représentation ? Comment la femme est représentée chez Dib et chez
Sembene et pourquoi ? Ou y a t-il un faux langage pour inverser la
réalité ?
Notre
problématique, par le choix du parallélisme de deux littératures et de
deux œuvres au moins annoncé dès l’intitulé de ce mémoire, «impose» le
comparatisme et l’imagologie de manière plus spécifique ; l’imagologie
parce que «la description du texte et l’analyse des structures ont
aboli toute perspective historique et toute véritable interprétation.
Ce troisième temps sera donc un temps herméneutique, lequel est
parfois oublié, comme si le démontage suffisait et que l’analyse de
fonctionnement pouvait tenir lieu d’explication des fonctions
sociales, poétiques, symboliques du texte. Il importe donc de
confronter les résultats de l’analyse lexicale et structurale aux
données fournies par l’Histoire. Celles-ci sont de nature politique,
diplomatique, voire économique et correspondent à l’époque
contemporaine du texte ; ce sont aussi les lignes de force qui
régissent une culture à un moment donné et dont l’examen permet de
voir si le texte est en conformité ou non avec une certaine situation
sociale et culturelle, à quelles traditions idéologique, culturelle,
littéraire, esthétique il correspond (l’inévitable liaison entre
littérature et histoire ou plutôt entre production textuelle et
processus historique) ; quel imaginaire il exploite et à quel
imaginaire il s’adresse. Il convient de faire non une confrontation
simple, mécanique entre texte et contexte, mais un détour par
l’Histoire, surtout celle des mentalités, des sensibilités. Et c’est
bien sûr ce détour qui éloigne l’imagologie de la littérature
stricto sensu. Il est nécessaire mais non suffisant. En effet,
l’interprétation de l’image ne relève pas seulement de l’histoire.
Elle requiert, outre sur sa nature poétique, au sens le plus neutre
(partie d’un tout qu’est le texte littéraire), une étude fondée sur
des données qui ressortissent à l’anthropologie culturelle.»4
Notre
étude se base sur le rapprochement entre deux littératures de
l’Afrique, nous suggérons donc trois chapitres dont le premier sera
consacré à l’écriture de la contestation où on mettra en lumière les
conditions de l’apparition des deux littératures. Le deuxième chapitre
intitulé : L’imagologie ou la représentation de la femme,
étudie les deux corpus choisis pour montrer le rôle de la femme dans
chaque société ainsi que son évolution et son impact sur les écrits
littéraires. Le troisième chapitre pourrait rendre compte de la
liaison entre les textes ou l’intertextualité, l’écriture de la
rencontre et l’écriture de l’altérité.
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