|
Le texte littéraire est
d’une part un fait de langue parce qu’il résulte d’un travail effectué
sur les signes linguistiques ; d’autre part, il est considéré comme
une représentation de la réalité parce qu’il est constitué dans sa
thématique par des événements qui, même produits par l’imagination
d’un auteur, sont tirés de la réalité. Ceci dit, il paraît évident que
pour approcher un texte littéraire, nous devons prendre en
considération les deux plans qui le composent ; à savoir le plan de la
forme et celui du sens. C’est à la lumière de cette conception que
nous avons problématisé le stéréotype comme phénomène caractérisant
inévitablement le texte littéraire et affectant le niveau de
l’expression ainsi que celui du contenu. Cette composante textuelle (
le stéréotype ) jouît d’une importance particulière dans l’analyse et
l’interprétation du texte littéraire dans la mesure où « qu’ils soient
verbaux ( syntaxe, lexique, style ) ou thématco-narratifs ( thèmes et
symboles, fonctions et séquences narratives, structures discursives),
les stéréotypes fournissent des assises au déchiffrement. C’est à
partir d’eux, en les reconnaissant et en les activant, que le
récepteur peut s’engager dans une activité de construction du sens »
[ Ruth AMOUSSY, Anne HERSCHBERG PIERROT, Stéréotypes et clichés langue
discours société, NATHAN, Coll. « 128 », Paris, 1997, p. 74]
La raison primordiale qui
nous a poussé à baser notre sujet de recherche sur le stéréotype est
son rapport étroit à l’identité ; ce concept incontournable dans le
texte littéraire et qui n’a cessé de susciter des débats quant aux
images et représentations que ce dernier véhicule. En effet, « le
stéréotype, en tant qu’image de l’altérité, est constitutif de
l’identité de chacun » [Maddalina DE CARLO, L’interculturel, CLE
international, Coll. « Didactique des langues étrangères », 1998, p.
88]. En outre, le texte littéraire est le véhicule privilégié des
stéréotypes dans la mesure où il exploiterait les différents registres
de langue et surtout les formes orales.
De plus, qu’elle que soit
sa compétence, l’écrivain ne peut pas échapper aux stéréotypes car il
utilise une langue à laquelle se greffent inévitablement les visions
du monde de ses utilisateurs. En fait, « l’énonciateur apparaît
toujours pris malgré lui dans les contraintes du stéréotype et de
l’idée reçue. Le stéréotype apparaît comme la forme emblématique du
déjà-dit, une forme d’impensé, inscrite à même la langue » [ Ruth
AMOUSSY, Anne HERSCHBERG PIERROT, Op. Cit. p. 62]
Par
ailleurs, le corpus sur lequel nous effectuerons notre recherche est
le roman de l’écrivain algérien Mohammed MOULESSEHOUL : Le Privilège
du phénix .Nous avons choisi de travailler sur ce roman premièrement
parce qu’il se réfère beaucoup à la langue orale ; deuxièmement, parce
qu’il nous relate par le truchement de la fiction une réalité pénible
que l’Algérie a vécue à un certain moment de son Histoire ;
troisièmement, parce que ce roman devrait contenir des stéréotypes
appartenant à la culture d’origine de l’écrivain et d’autres
appartenant à la culture française véhiculée par la langue.
Quant
aux méthodes que nous utiliserons, l’étude du stéréotype sollicite en
filigrane le recours à l’intertextualité parce qu’il y a toujours une
dimension répétitive derrière le stéréotype. La pragmatique sera quant
à elle utilisée car le stéréotype ne peut être reconnu et actualisé
que dans l’acte de lecture. La sémiotique est sollicitée puisque le
repérage des stéréotypes fait partie de la construction du sens. La
linguistique sera utilisée car le stéréotype est avant tout une
manifestation de la langue.
Notre travail sera divisé
en deux parties précédées d’un préalable exposant les concepts
incontournables auxquels nous ferons appel. Dans la première partie,
nous étudierons les stéréotypes dans Le Privilège du phénix en
analysant successivement la structure, les personnages et la
thématique. Dans la deuxième partie, nous démontrerons les dimensions
intertextuelle et interculturelle du roman ainsi que la façon dont le
stéréotype constitue un procédé intertextuel.
CONCLUSION
Par
l’analyse de la structure, des personnages et de la thématique, nous avons
abouti au fait que Le Privilège du phénix est un roman qui dialogue
avec les textes qui l’environnent ainsi qu’avec ceux dans le sillage
desquels il s’inscrit. Il travaille aussi au niveau de l’interculturel par
la rencontre qu’il réalise entre la culture algérienne qui imprègne
inévitablement le vécu de l’auteur et la culture française véhiculée par
la langue.
D’autre part, l’abondance des
stéréotypes qui parsèment ce roman, tant au niveau de sa structure qu’à
celui de sa thématique, nous a conduit à constater que les dimensions
intertextuelle et interculturelle sont incontournables dans le roman.
Par ailleurs, nous avons
constaté que le stéréotype est à la fois une construction de lecture et
une condition indispensable à l’activité lectrice. En effet, il est
indéniable qu’il n’y a « pas de stéréotype sans activité lectrice. Les
théorie de la lecture insistent corollairement sur la centralité des
thèmes figés pour la lecture du texte littéraire : pas d’activité lectrice
possible sans stéréotype » [Ruth AMOUSSY, Anne HERSCHBERG PIERROT,
Stéréotypes et clichés langue discours société, NATHAN, Coll. « 128 »,
Paris, 1997, p. 74.
De plus, nous espérons avoir
donné au lecteur les moyens qui lui permettraient d’extraire un stéréotype
à partir d’un texte littéraire. En outre, l’étude du stéréotype nous a
montré que celui-ci peut être exploité dans le domaine de l’apprentissage
des langues étrangères dans la mesure où celui-ci s’effectue souvent par
le truchement des textes littéraires. En fait, la concentration de
l’apprentissage des langues étrangères sur le stéréotype pourrait mener
les apprenants à modeler leurs représentations vis-à-vis de ces dernières
et de leur locuteurs natifs. Elle pourrait les aider à développer leur
réflexion critique face aux textes littéraires.
|