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Présenté par:Nasrouche Sabrina Pour une lecture immanente et plurielle du texte maghrébin d'expression française. Le cas des Mémoires de l’absent de Nabile Farès (Livre II de la découverte du Nouveau Monde). |
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| Mémoire dirigé par :Dr Rachid Raïssi | |||||||||
Les souvenirs, donc, sont la matière première étudiée dans "La découverte du nouveau monde", de N.Fares, dont "Mémoire de l'absent" qui nous intéresse particulièrement ici, qui témoigne des années de guerre et dont "la mémoire" occupe à la fois une place et un rôle signifiant et très important au même temps. Dans "Mémoire de l'absent", comme dans "Yahia pas de chance", l'écrivain maghrébin d'expression française, revient au passé. Un passé qui reste malgré tout présent. Un roman qui retrace l'Algérie, qui fut sévèrement touché par la guerre coloniale. En s'engageant dans cette écriture, il ne fait que présenter une histoire ayant derrière elle des fins démagologiques, car comme pour tout autre écrivain d'expression française aujourd'hui, qu'il soit Fares, Dib, Yacine ou autre, "Écrire, c'est non seulement toucher l'ancien- présent- le passé- histoire coloniale- mais aussi bien le futur déjà présent des sociétés maghrébines ou cette mise sous tutelle des peuples maghrébins par des ensembles d'institutions qui, en même temps qu'elles proclament leur vérité historique et leur justification (…), développent des pratiques directement opposées à leur proclamation."[8] N.Fares est donc un grand écrivain maghrébin d'expression française, il appartient à la génération des années 1968, chercheur et critique à la fois. Fares a longtemps porté et signaler sa grande admiration aux écrits de Boudjedra, de Kheir Eddine, de Bourboune et à d'autres. Il a beaucoup été influencé par Kateb Yacine (Nedjma en particulier) [9] dans "les champs des oliviers"; si la présence des techniques narratives pouvait avoir d'autres sources d'information, il le lui en doit en grande partie. Il a notamment été influencé par les écrits de Khatibi (La Mémoire tatouée principalement)[10] . A la manière d'un grand nombre d'écrivains d'aujourd'hui dont Robbe- Griellet, Césaire, Leiris, Cendrars, et beaucoup d'autres, N.Fares, lui, opte aussi pour cette nouvelle forme d'écriture, celle de polyphonique."Le roman polyphonique, explique Kristéva, est pluralité des langages, confrontation des discours et des idéologies, sans conclusion et sans synthèse, sans "monologisme", et sans point axial. Le "fantastique", l'" onirique", le "sexuel" parlent ce dialogisme, cette polyphonie non finie, indécidable".[11] Ainsi, approcher un texte appartenant à une telle catégorie thématique et formelle, n'est pas si évident. Il est même très difficile d'y accéder à cause de son écriture expérimentale, qui selon J.Dejeux[12], constituait sans aucun doute sa grande ambiguïté. Cette manière d'écrire, qui se libère de toutes les marques anciennes et traditionnelles, en opposant toutes les ruptures avec le genre, le langage, les formes, et les doctrines: "structure rompue du récit, mélange des genres, multiplication des impossibilités logiques, mise en œuvre de la contradiction, …" le signale bien A.Roche.[13] Ce qui est le plus frappant dans les romans de N.Fares, c'est la présence remarquable de l'oralité, ce qui donne naissance a une écriture originale. Le concept de l'oral selon J.Peytard signifie:" Tout message linguistique construit avec émission de sons articulés et des actes d'audition complémentaire, appartient à l'ordre de l'oral"[14]. Quant au concept de l'écrit, c'est " tout message linguistique construit par acte complémentaire de lecture entre dans l'ordre du scriptural"[15] Cette grande part de l'oralité chez N.F, se manifeste aussi chez beaucoup d'autres écrivains issus des mêmes conditions: un pays colonisé. Cette originalité réside dans la transgression de l'oral à l'écrit, ce qui nous donne cette impression de ne plus lire mais écouter. C'est la raison à laquelle Fares et tant d'autres, accordent une grande importance à la parole, celle d'aèdes (récitant), des ancêtres (jidda), d'amour (Malika), Et celle du mythe (La Kahéna). Au niveau méthodologique, notre propos est de montrer l'importance incontournable de la lecture immanent du texte qui semble confectionner, en l'absence d'une critique algérienne, sa propre question de la méthode. Notre deuxième objet, à ce niveau, est la remise en question de la recherche comme simple application d'une notion on d'un concept susceptible de mener à un sens définitif et irréversible de l'œuvre. En lieu et place de ce dogmatisme méthodologique, nous proposerons une lecture plurielle qui ne travaillent pas forcément dans des directions opposés, et, donc, plus complémentaires qu'antagonistes, c'est ce que explique la pluralité de lectures qui, chacune à part, dévoile un pan de la création. Par ailleurs, notre objet est également, sur un plan purement thématique, d'aller à contre sens des récupérations bassement idéologique de l'œuvre de Nabile Fares qui, comme toute œuvre maghrébine, travaille à la jonction et à la réunion et non pas uniquement à l'identité perdue / retrouvée dans et par opposition à la métaphore de <<la peau de l'outre>>. Nous tenons à préciser que ce présent travail ne prétend en aucun cas à appliquer une notion, un concept ou des grilles précis de force . Notre finalité est de parvenir à atteindre la lisibilité de l'œuvre ce J.Ricardou appelle <<le deuxième analphabétisme>>qui dérange le lecteur à chaque fois qu'il est face à une situation délicate : l'incapacité de décoder l'œuvre qui est entre les mains. Encore une fois J.Ricardou le dit dans " Problème du nouveau roman, (p 20): " Lire la littérature (…) c'est tenter de déchiffrer à tout instant la superposition, l'innombrable entrecroisement des signes dont elle offre le plus complet répertoire. La littérature demande en somme qu'après avoir appris à déchiffrer mécaniquement des caractères typographiques, l'on apprenne à déchiffrer l'intrication des signes dont elle est faite. Pour elle, il existe un second analphabétisme qu'il importe de réduire."[16]
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Hier et aujourd'hui, la question de la neutralité et du calquage conceptuel demeure posée en attendant ses éclairages et sa résolution; éclairages et résolution qui peuvent venir d'ailleurs que par la recherche elle- même pour démontrer par l'analyse qu'un chercheur n'est plus un simple élève tenu d'appliquer à la lettre une notion, un concept ou une catégorie importée et en inadéquation avec le texte algérien d'expression française. Mais notre lecture est ensuite plurielle autrement dit qu'elle tend à réunir plusieurs approches conceptuelles pour invalider l'idée erronée de la possibilité de la recherche par la seule application d'une notion ou d'un concept qui laisse entendre préalablement la dictature et la suprématie de certains concepts qui ne sont plus considérés comme des moyens mais comme des fins en soi. Notre lecture, donc, s'attache intimement au texte: une lecture immanente et plurielle, qui, loin d'être la seule, sera pour nous la meilleure méthode à adapter pour approcher notre texte et nous admettra à son tour beaucoup de souplesse, comme nous le fait signaler T.Todorov:" La méthode immanente, loin d'être unique, englobe un ensemble de procédés et de techniques qui servent à la description des œuvres mais à des investigations scientifiques fort différentes"[17] Le choix de "Mémoire de l'absent" s'explique d'abord par l'inexistence des études sur le texte de N.Fares à cause certainement de la grande ambiguïté qui caractérise ses écrits. Ce choix s'est fait aussi sur la base de l'adéquation du texte et de notre propos puisque le texte de N.Fares fonctionne à l'éclatement, cette <<écriture en chantier>>[18] évoque le démantèlement de l'esprit algérien continuellement en exil et en errance. Cette écriture, à la limite de l'illisible si on n'est pas rompu à ce genre de littérarité, est, pour nous, plus que souhaitable puisqu'elle nous permet d'illustrer la nécessité de l'immanence et de la lecture. Ce roman a été choisi aussi et surtout parce que l'écriture de "la découverte du nouveau monde" marque une scission dans l'évolution de l'auteur qui passe ainsi d'une écriture ancrée dans l'historique, "Yahia pas de chance" par exemple, à une écriture du mythe qui permet aux écrits de l'auteur de prendre leur véritable envol pour atteindre les questions essentielles et universelles de la rencontre et de ses impacts. Dans ce contexte, la question de l'identité, dite à travers la présence de la Kahéna, n'est qu'un prétexte, une simple thématique car l'essentiel, pour Fares, demeure la poursuite du sens caché que le texte traque inlassablement jusqu'à l'épuisement. << La métaphore de l'outre>> n'évoque – t- elle d'ailleurs l'enfermement de l'être dans le langage, le sien propre et ceux qu'il visite sans cesse et qui l'emprisonnent également. Le choix de notre corpus, "Mémoire de l'absent" de Nabile Fares, s'explique aussi par cette volonté de dénoncer la quatrième page de couverture, propriété privée de l'éditeur qu'il utilise pour appâter les novices en matière de lecture. En effet la problématique de l'identité constitue bel et bien un appât pour ceux qui sont continuellement en quête d'une origine. Cette notion insultante a été imposée par le néocolonialisme à travers le poison qu'il distille dans les notions qu'il impose aux pays anciennement colonisés pour faire taire les méfaits du colonialisme français et accuser ceux qui apportèrent la foi. Cette notion est aujourd'hui la pluralité identitaire qui les constitue et refusent le tribalisme, l'intégrisme et toutes les choses qui séparent au lieu de réunir. Nous nous proposons d'entamer notre étude par un premier chapitre qui tournera au tour de la notion d'écriture: ses origines, ses types, ainsi que la notion d'écrivain /écrivant afin de démontrer la différence entre l'écriture littéraire et l'écriture non littéraire et la spécificité de chacune d'entre elles. Ensuite, et toujours dans la même partie, nous ferons une synthèse de l'écriture maghrébine d'expression française afin d'identifier ses différentes caractéristiques avec un aperçu sur les différents changements qui ont eu lieu pendant toute cette période d'après guerre. Enfin, et à la fin de cette première partie, nous serons plus éclairé sur la notion d'écriture mais en s'introduisant cette fois- ci dans l'écriture faresiènne pour montrer l'écart, la défamiliarisation, et la désautomatisation de l'écriture de N.Fares. La seconde partie sera consacrée à l'étude de mythe: transposition de la Kahéna/Koceila dans la vie de Abdnouar et Malika, et à l'omniprésence du personnage de Jidda à travers la mémoire de l'outre. Tout au long de notre parcours,et au travers notre lecture qui sera immanente et plurielle, nous rendrons visite à un nombre considérable de chercheurs et théoriciens à travers un nombre important de notions et de concepts,que nous développerions au fur et à mesure dans l'avancement de notre étude.
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CONCLUSION Nous sommes arrivés, donc, à travers l'analyse qui précède à la fin de notre voyage dans la lecture immanente et plurielle de l'œuvre maghrébine d'expression française " Mémoire de l'absent".Le travail bien évidemment pouvait et pourrait être exploité et développé encore d'avantage mais hélas nous étions face à une œuvre riche et passionnante qu'un mémoire de Magister n'aurait jamais pu satisfaire ses besoins et ses intentions. "Mémoire de l'absent", est venue donc nous présenter des mondes différents: à la recherche de l'identité perdue, à la recherche du temps perdu, à la recherche de sa propre place dans un pays logiquement est le sien mais exilé de force lui aussi: "Cette quête de l’identité, qui constitue (…) l’un des thèmes fondamentaux de la littérature maghrébine, peut être vécue aussi bien sur sa propre terre que dans l’exil".[19] A travers ce roman, le héros principal Abdnouar recourt à la mémoire et revient avec ce que l'Algérien et le Berbère en particulier a succombé. Entre ici et là-bas, entre l'Algérie et la France, entre le natal et l'exil. Ainsi le roman présente une multitude de formes de langage. Un langage emblématique, identique aux personnages. Entre le trouble et le délire, la parole devient elle- même trouble: entre la langue maternelle et la langue étrangère, entre l'espace d'ici et l'espace de là- bas, entre le temps présent et le temps passé, tout sera traduit par un langage, qui, constitue une manière entière de s'identifier. Fares use de la force dans la parole, et du langage pour en faire une forme esthétique qui représente le monde et peut être l'univers car: " L'art, écrit H.Marcuse, ne peut changer le monde mais il peut contribuer à changer la conscience et les pulsions des hommes et des femmes qui pourraient changer le monde (…) On peut (…) définir la <forme esthétique> comme le résultat de la transformation d'un contenu reçu ( fait présent ou historique, personnel ou social ) en un tout auto- suffisant (…) La transformation esthétique résulte d'un remodelage de la langue, de la perception et de la compréhension qui révèle, dans son apparence, l'essence de la réalité, le potentiel réprimé de l'homme et de la nature. L'œuvre d'art re-présente ainsi la réalité tout en la mettant en accusation." c'est pourquoi "l'art ne peut être qualifié de révolutionnaire que s'il représente un changement radical de style et de technique." [20] La parole est directement liée à la tradition, à un espace. Elle est cependant disposée à participer à la mutation d'un lieu à un autre lieu. L'écrivain attaché à sa culture orale, transpose cette oralité en écriture, et une langue dans une autre pour lutter contre la déculturation. N.Fares, comme beaucoup d'autres écrivains d'expression française issus des pays ayant été longtemps colonisés, exploite à fond le patrimoine oral pour témoigner de la culture algérienne et celle des berbères qui en fait partie en allant jusqu'à présenter des tatouages, auxquels, il a consacré un travail anthropologique, et aussi l'insertion à chaque fois des autres groupes qui connaît bien tels que Les Chaouia, les Chenoui, ou aussi les Mozabites, qui représentes tous d'une manière ou une autre le berbère en Algérie. L'insertion de l'oralité dans le texte écrit, " Permet au romancier et au lecteur de se re-territorialiser dans la production francophone, de s'y aménager un cadre où se réfracte leur propre identité linguistique et culturelle. Ce qui est nouveau ici, c'est que la tradition orale jouit désormais du prestige lié à la chose écrite et aux possibilités d'universalisation qu'offre le livre, phénomène qui s'apparente (…) à une revalorisation, à une <reconnaissance> ( au sens idéologique ) de l'oralité. Et c'est à ce niveau que la communication littéraire réalise un espace d'identité."[21] Les éléments de la théâtralité son présentes et d'un manière très fréquente. L'intrusion des poèmes aussi et des symboles dans l'écriture farisiènne représente une autre forme d'oralité. A travers le poème, toutes les règles se brisent, en laissant libre cours aux signes et à la parole à dire son mot. Raybaud, l'affirme dans l'œuvre de N.Fares: Le poème apparaît dans une double fonction: travail dans la trame romanesque d'autres réseaux de significations; réactivation, au vif de l'histoire, de l'oralité comme représentation et imaginaire à travers l'écriture romanesque."[22] Ainsi, et à travers une lecture immanente et plurielle de roman maghrébin d'expression française "Mémoire de l'absent", nous avons essayé de parcourir quelques points que nous avons jugé très fort dans un chemin riche et passionnant. Au croisement de l'écriture poétique, symbolique, et mythique, le texte se révèle comme un carnaval de signes puisés dans une culture populaire berbère, algérienne, maghrébine, et africaine.
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