L’éternelle
absente
Ou la représentation de la femme
dans la littérature maghrébine française
La problématique de la
représentation de la femme dans la littérature maghrébine d’expression française
est intéressante à plus d’un titre. Elle l’est d’abord parce qu’elle dévoile et
dessine un imaginaire singulier où les désirs entrent, pour faire court, en
opposition et font naître malaise et inconfort d’où tous les problèmes
existentiels et relationnels qui en découlent. Elle l’est, ensuite, parce que le
discours du Sud sur la femme est radicalement différent de celui du Nord où se
dessinent, tour à tour, les textes fondateurs autrement dit
Le travail d’écriture de la
représentation de la femme de la littérature maghrébine met généralement en
œuvre une combinatoire par la répétition des propos où on peut sentir une
volonté de représentation qui échoue généralement sous la redondance et le poids
des mêmes expressions d’une œuvre à l’autre même quand cette œuvre est écrite
par une femme. Cet échec ne peut s’expliquer que par le désir du sujet
primitif lacanien qui est celui de la dénégation et de la méconnaissance et c’est ce
qui explique cette volonté constante d’occultation de la femme et son
remplacement constant par quelque chose qui n’est jamais elle, un palliatif et
ce, parce que l’être ne reconnaît dans l’autre que lui-même. C’est ainsi que
dans cette littérature, l’homme et la femme sont constamment dans
l’impossibilité de s’atteindre ; ils restent et demeurent deux corps
séparés dans le temps et dans l’espace dans cette vallée de larmes que constitue
le monde, comme l’affirme I. Bergman.
C’est ainsi que le lot des
personnages féminins dans la littérature maghrébine d’expression française est
l’absence. Chaque personnage féminin oscille ainsi entre absence/présence et la
présence n’est invoquée que mieux accuser l’absence. C’est le cas de Nedjma de
Kateb Yacine qui, absente au début du roman par cette parole confisquée et par
cette dispersion de sa propre personne dans les quatre personnages masculins, se
dévoile ensuite nue sous le figuier pour se purifier, retrouver une identité
perdue et surtout pour mieux dire le désir de Rachid et celui du Si Mokhtar. A
la fin du roman, Nedjma s’absente d’avantage puisqu’elle est voilée et mise sous
le contrôle du Nègre. C’est le cas aussi de Shérazade qui s’absente du cœur de
Julien, son amoureux invétéré, de la cellule familiale et de Paris pour être
présente à Beyrouth où, elle est prise en otage par une milice musulmane.
Ainsi, Kateb Yacine et Leïla Sebbar,
un homme et une femme, travaillent de façon similaire à l’enfermement de la
femme qui oscille constamment entre absence/présence. Le personnage-femme des deux auteurs,
pour ne citer que ceux-là, n’est jamais dans l’emplacement où il se trouve
habituellement, surtout pour Shérazade qui a choisi le mouvement et la fugue
comme mode de protestation et de vie. Pour produire cette absence, le texte
repose sur des attentes et sur une transgression de l’ordre où surgit la
magnificence de l’absence qui instaure d’emblée le désir. De plus, l’absence du personnage-femme
de la littérature maghrébine d’expression française apparaît aussi au niveau de
la thématique de l’abstraction, de la « maladie mentale » ou celle du
décalage et de la distraction par rapport à la réalité. Mais ce personnage
s’absente également d’elle-même ; elle est souvent présentée comme le lieu
de la vacuité mentale où se manifestent, tour à tour, ennui, mélancolie et
spleen.