Cours N°6
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Cours N°06 Par : Dr.Raissi Rachid Plaidoyer pour la recherche subjective. En me préparant à offrir à tous les étudiants de l’université de Ouargla cette thèse de magister intitulée, Au centre d’un étoilement textuel, le Fou de Shérazade de Leïla Sebbar, Plaidoyer pour le métissage, et soutenue à l’université d’Alger avec mention très honorable sous la direction de Christiane Chaulet-Achour, je me dois de prendre la parole pour dévoiler certaines raisons subjectives – subjectivité pleinement assumée et revendiquée car l’objectivité est du ressort du divin, seul capable de se transcender et de transcender les éléments – qui déterminent au sens plein du terme l’aboutissement de cette recherche et ce, pour permettre à ceux qui viennent à la recherche de saisir l’importance de certains choix non visibles dans le corps de la thèse. A propos de la subjectivité, écoutons R. Barthes dans Leçon[1] : « Dans la langue (…) servilité et pouvoir se confondent inéluctablement (…) il ne peut donc y avoir de liberté que hors du langage. Malheureusement, le langage humain est sans extérieur : c’est un huis clos. On ne peut en sortir qu’au prix de l’impossibilité »[2] autrement dit par le sacrifice de soi et de sa personne. Tous ceux qui rejoignent le langage doivent éviter de devenir les esclaves de ceux qui ne s’activent qu’à les faire taire. Si on m’aime, on doit me laisser parler et éviter de faire de moi le porte-parole d’une autre sensibilité qui ne s’active qu’à s’irradier injustement. « (…) C’est à l’intérieur de la langue que la langue doit être combattue, dévoyée (…) ».[3] Etre objectif, dans le domaine de la littérature, c’est emprunter constamment la pensée des autres ; c’est plagier, copier et se soumettre à la pensée commune. Or, la littérature est le lieu par excellence de la liberté. Je suis libre et subjectif autrement dit que la parole que je profère n’appartient qu’à ma sensibilité. Mais il y a plus grave affirme Maurice Blanchot, dans le livre à venir [4]: « la raison, déductive ou dialectique, mue par la force irrépressible des questions, tend à l’absolu. Le rationnel veut devenir le surrationnel. Le mouvement logique ne supporte ni arrêt, ni point d’équilibre, ne tolère plus d forme, dissout tout contenu, organise le règne froid, semblable à un rêve, de l’abstraction. Moment du mal radical, car la raison pure, devenue autonome, est encore plus «méchante» que l’irrationnel : elle introduit sa propre dissolution, tout se dissipe en un brouillard abstrait où il n’est plus de centres de valeurs, et l’individu humain, livré au jeu vide des conventions intolérantes, s’égare parmi des fantômes de raison qu’il continue à tenir pour des certitudes supérieures. Il est alors l’homme du néant, métaphysiquement exclu et physiquement dépossédé, un somnambule qui erre dans son rêve et, chassé du rêve, est rejeté dans l’angoisse de la nuit d’où il ne peut s’éveiller, sans pouvoir y dormir.»[5] C’est ce qui explique l’intérêt que porte au langage Le Sommeil d’Eve[6] de Mohammed Dib, objet de plusieurs disciplines qui vont de la philosophie de la conscience à une linguistique et à une théorie du langage. Tournant décisif inauguré et par des linguistes, comme Saussure, Jakobson, Chomsky, Martinet et par des logiciens comme Frege, relayé par la philosophie analytique qui donne naissance à des disciplines multiples comme la pragmatique, par exemple. Solh, personnage principal du Sommeil d’Eve, tout en convoquant implicitement la pensée qui dit l’impossibilité du langage, auxiliaire de la vérité, à dire l’être et, forcément, la linguistique structurale, science descriptive qui affirme l’autonomie du langage conçu comme une codification du réel à travers un système de signes qui ne prennent sens que par leur différenciation à l’intérieur du système de la langue, opte beaucoup plus pour un dialogue avec les tenants de la philosophie analytique : Wittgenstein, Frege, Carnap, Russell, etc. ; dialogue qui peut se résumer à des questions qui portent et sur la mystique et sur la signification et le bien fondé du nombre. Solh défie ces philosophes du langage de définir le nombre au lieu de vouloir vider la langue de sa subjectivité ; subjectivité qui la constitue pleinement. Ce courant utopiste n’a d’ailleurs vécu que l’espace d’un moment ; le temps peut-être d’éblouir faussement le tout-venant en jetant simplement de la poudre aux yeux. Pour présenter ces raisons subjectives, je dirai que mon choix de travailler avec Christiane Chaulet-Achour – enseignant craint et qualifié de sévère à cause et en raison de sa seule compétence et de son refus farouche de la complaisance ; raisons qui faisaient que certains de mes camarades la fuyaient comme la peste ; ceux-là mêmes qui préféraient le tout-venant et le Zombie de la «formation/déformation» parce que, tout compte-fait, on ne peut donner que ce qu’on a ou ce qu’on n’a pas et il «faut de tout pour faire un monde» - était déterminant dans la mesure où ce professeur de Littérature Comparée, directrice de l’institut des Lettres modernes et directrice de plusieurs revues et ouvrages sans oublier les très nombreuses publications connues de tous, tout en étant impitoyable, m’a mené vers l’essentiel de la recherche en me permettant d’être autonome et non-conformiste. C’est ainsi que C.C. Achour algérienne d’origine française dont le mari et les enfants sont algériens et séparée de l’Algérie, lieu qu’elle affectionne par-dessus tout, pour des raisons que chacun connaît, de lettre en lettre et de carte en carte, inoculait en moi ce besoin grandissant de chercher des réponses aux questions séculaires qui peuplent l’espace littéraire. Dans sa lettre du 9 mai 2000, elle me disait : «J’ai mis du temps à vous répondre depuis un mois que j’ai votre lettre car je voulais auparavant avoir fait imprimer Le bulletin n°2 du FMGS[7] et je vous ai intégré dans les chercheurs. Vous verrez cela. Il y a 3 petits articles sur Dib». Un peu avant, dans sa lettre du 8 avril 1999, elle m’encourageait à poursuivre un axe qui me tenait à cœur et qui n’était alors qu’intuition : «J’ai lu avec intérêt les réflexions sur votre démarche. Il faut poursuivre. Cela me semble intéressant mais seules les épreuves de l’analyse des textes et de la mise en forme les confirmeront ou les infirmeront. La notion d’intertextualité est, effectivement, une notion très productive». Le 16 novembre, elle m’écrivait encore comme elle l’a fait depuis son départ, 1993, jusqu’à nos jours. Cette seule correspondance avec cet auteur illustre peut et doit faire l’objet d’une publication parce que même ses paroles les plus anodines sont le lieu d’une formation : «Cette citation d’un tableau de Picasso pour espérer que la paix fasse oublier la guerre. J’ai lu votre projet. J’y reconnais votre générosité et votre préoccupation fondamentale (…)». Dans sa lettre du 25 novembre 1996, alors que la rédaction de la thèse touchait à sa fin, elle me félicite pour mon sérieux dans le travail mené : «En tout cas bravo pour votre ténacité. Dès que vous aurez terminé l’exemplaire définitif et que vous me l’aurez fait parvenir, je ferai le rapport nécessaire pour la demande de soutenance au conseil scientifique. Vous avez des qualités certaines de persévérance et d’analyse de texte». Mon directeur de thèse de Doctorat, le Dr Aïcha Kassoul, m’avait également félicité, dans son fax du 22 février 2003 envoyé au département de Ouargla, pour le travail mené dans le cadre de la recherche doctorale : «J’ai achevé la lecture du travail que vous m’avez remis, et dont la qualité et le volume sont impressionnants. Je n’aurai donc que très peu de remarques à vous faire». Lors de la soutenance de mon doctorat, les membres du jury ainsi que mon directeur de recherche m’ont félicité pour ma manière d’écrire ; le jury a affirmé qu’il était heureux de retrouver une compétence de l’écrit qui se perd de plus en plus ; étaient présents à cette soutenance : le professeur F. Sari de l’université d’Oran, le Dr B. Tabti, le Dr K. Abdou et le Dr A. Kassoul. Pour confectionner cette thèse de magister, et en choisissant de travailler sur le Fou de Shérazade[8] de Leïla Sebbar, j’ai fait ce qui était en mon pouvoir pour entrer en contact avec l’auteur de l’ouvrage de mon corpus d’étude avec lequel j’étais constamment en dialogue. J’ai entretenu avec Leïla Sebbar une correspondance nourrie et continue et ce, afin de mettre à l’épreuve mes analyses et afin de me préserver contre les reprises et le plagiat ; pratiques qui sévissent en Algérie et qui ternissent l’image de l’universitaire. Leïla Sebbar, connaissant théoriquement toutes les critiques et toutes les études qui portent sur son oeuvre, «m’empêchait» quelque part de succomber à la tentation de la reprise parce que je me devais de l’étonner et de produire, à propos de son oeuvre, les choses enfouies dans les plis et replis de la narration ; nommer le silence qui côtoyait la parole pour lui donner voix. L’auteur de la trilogie «Shérazade», par égard à la lecture menée, m’a dédicacé Le Fou de Shérazade : «Pour Rachid RAÏSSI. Les pérégrinations de Shérazade. Arrivera-t-elle en Algérie ? Je crois que oui … Amitiés, Leïla Sebbar». De plus, Leïla Sebbar a, maintes fois, souligné son adhésion à l’analyse de son oeuvre. Dans sa carte du 9 mai 1994, elle m’affirmait son intérêt pour les axes que je développais alors : «J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre réflexion sur Shérazade/Nedjma, sur la complexité du même/l’autre, Espace/Temps. C’est vrai que Shérazade ne veut pas être captive, elle fugue vers l’origine, Julien ne saisira peut-être que son image. Amicalement, Leïla Sebbar».Ces propos, dits en marge du travail de la recherche, ne devaient pas, à mon sens, mourir ; un jour viendra peut-être où toutes ces correspondances verront le jour. J’autorise, tous ceux qui le désirent, à photocopier cette thèse. Amicalement, Rachid RAÏSSI
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Christiane
CHAULET ACHOUR Née le 22 mars 1946 à Alger
(Algérie). Professeur de littérature comparée à l'université de Cergy Pontoise UFR des lettres et sciences humaines.
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[1] Roland Barthes, Leçon, Essais, Editions du Seuil, 1978. [2] Ibid., pp. 15-16. [3] Ibid., p. 17. [4] Maurice Blanchot, Le livre à venir, Folio essais, Gallimard, 1959. [5] Ibid., pp. 154-155. [6] Mohammed Dib, Le Sommeil d’Eve, Roman, La Bibliothèque arabe, Sindbad, 1989. [7] Centre de recherche Texte, Histoire, Université de Cergy-Pontoise, Bulletin de liaison n°2, Féminin / masculin : les genres aux prises avec les signes (Littérature, Langue, Communication) FMGS, avril 2000 : L’équipe de recherche sur le féminin et le masculin (FMGS) fait partie du Centre de Recherche Texte, Histoire de L’université de Cergy-Pontoise, sous la direction de Monsieur le Professeur Bernard Mouralis. Elle regroupe actuellement une quinzaine de chercheuses et de chercheurs et bénéficie de la collaboration d’autres chercheuses et chercheurs d’autres équipes intéressées par ses axes de travail. Leurs noms et coordonnées sont donnés à la fin de ce bulletin. Les responsables de la coordination de l’équipe sont Christiane Chaulet-Achour et Michel Rolland du département des Lettres modernes de l’UFR des Lettres et Sciences Humaines. [8] Leïla Sebbar, Le Fou de Shérazade, roman, Stock, 1991.
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