Cours N°2
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Cours N°02 Par Dr.Raissi Rachid L'imaginaire du corps dans la littérature maghrébine d'expression française. Le corps, au Maghreb, est assiégé par la morale et par la conscience qui le contrôlent en lui ôtant cette parole et qui devrait finir par déborder dans l’art ou la littérature Ainsi, pris en otage le corps, méprisé, est vécu comme l’affirme Rachid Boudjedra (1), le plus souvent comme une plaie ou une blessure et ce, au profit de la sublimation des choses de l’esprit. L’écriture du corps est une écriture de la représentation, de la mise en scène de l’apparence et du paraître. C’est aussi une écriture de la mémoire des multiples dimensions du vécu corporel. Écriture aussi de la traduction des nuances de la sensation et qui se donne comme une écriture des limites puisqu’elle se veut un au delà du visible. Cette écriture relève donc, beaucoup plus , de l’aveu de la douleur qui déterminerait le corps, et le texte à sa suite .C’est ainsi que devrait naître, dans le texte maghrébin d’expression française , l’imaginaire corporel qui traduirait l’ensemble des représentations inconscientes d’un individu ou d’une collectivité ; représentations qui viennent se mettre en lieu et place de la réalité et qui , tout en étant issues des émotions et de la perception, travailleraient à l’illusion et à l’apparence. Les mécanismes d’appropriation du corps par l’écriture se réalisent par les figures de l’imaginaire contenues généralement dans les figures de style. En effet toute image textuelle est liée , d’une manière ou d’une autre , au corps et est, donc, originaire de la pulsion parce que le corps est privé de langage, c’est l’orphelin type en matière de représentativité. La langue n’a pas toujours prévu des mots pour dire les différents maux que l’être endure en silence et qu’il ne peut pas toujours traduire en mots. De plus, toute image, en tant qu’archétype, est une source symbolique et son langage est essentiellement métaphorique. L’image, tout en étant le moyen central de dire le corps, permet aussi le glissement vers le rêve. L’écriture du corps, dite par l’image, se fait ainsi par la somme des métaphores obsessionnelles qui peuplent le texte. Ainsi, il semble possible de dégager l’imaginaire du corps maghrébin en allant uniquement de métaphore en métaphore. L’acte d’écrire ouvrirait ainsi une porte sur l’imaginaire qui puise ses racines au fin fond du monde du rêve et qui impliquerait le passage obligé par l’image .La véritable problématique serait donc issue de cette conception qui ne permet pas à l’image de l’imaginaire du corps d’exister que comme fantasme et qui engendrerait le silence et son revers la parole silencieuse dite à travers l’opacité d’une parole diffuse et incertaine qui,tout en créant le doute et l’incertitude dans la compréhension du lecteur , donne une écriture des plus résistantes et des plus rebelles ; une écriture en chantier , toujours à refaire au gré des fantaisies des désirs et des pulsions de ce corps meurtri .L’esprit , d’abord , en accusant le corps et en le rejetant , peut le pousser vers l’acte délictueux ; la conception, ensuite, ne permet pas , non plus , au langage privé d’exister autrement que comme fantasme. Pour R.Boudjedra (2), la littérature occidentale n’est devenue durable que dans la mesure ou elle a pu mettre en rapport le corps et l’écriture ; écriture devenue par conséquent, le lieu de surgissement du fantasme qui a fait du texte l’espace par excellence de l’implacable détermination des pulsions et des désirs inconscients. Ainsi, la littérature occidentale, tout en constituant l’antichambre de la mort, aurait permis tout aussi bien la vie puisque son projet était de précéder à la sublimation narcissique d’un corps rendu triste et pathétique par sa condition humaine et ce, afin d’empêcher que le corps ne soit vécu comme une blessure. De plus, le corps de l’autre afin d’échapper au sein propre et, c’est ce voyage de l’ordre de la fuite qui constitue la véritable fantasmagorie issue de la relation imaginaire rêvée et attendue ; relation, par ailleurs, fondée sur le surnaturel féerique des illusions grandioses et mystérieuses, comme c’est le cas pour le surréalisme ou le dadaïsme. Mais , par opposition à cette littérature , le texte maghrébin , qui n’aurait pas pu , toujours selon l’auteur , mettre en relation le corps et l’écriture pour une question de pudeur et de tabous,aurait contribué , activement et paradoxalement , à son enfermement et à son mutisme. En occultant, ainsi, le corps, le texte aurait produit son propre manque indélébile qui est de l’ordre du vide textuel et de la béance thématique et, pour combler ce vide, le texte maghrébin se serait emparé du créneau porteur de la sociologie et de la psychologie qu’il aurait débordé en mythologie autrement dit en une tendance qui, tout en servant de ligne de force à une collectivité, est soumise à une fabulation excessive. Le propre de R .Boudjedra est de cultiver les paradoxes. L’auteur, en effet, a toujours essayé de lier les extrêmes. Son travail peut se résumer à cette volonté suprême d’anéantir les oppositions ou d’approfondir les écarts pour s’adonner à son plaisir favori : la provocation obtenue, ici, par l’affirmation de l’absence de l’écriture du corps dans la littérature maghrébine alors que son écriture romanesque excelle dans ce domaine. L’écriture de l’insolation est une écriture du corps qui dépasse tout entendement puisque le narrateur est en train de faire une descente dans les enfers ou les hallucinations et les souvenirs fantasmagoriques se mêlent dans une sorte de délire hallucinant. L’écriture de l’insolation, par le choix du personnage du fou, déchire l’espace de l’intertexte maghrébin par une écriture charnelle, physique, liturgique et sacrilège. Cette transgression laisse dans le corps de l’écriture maghrébine, pudique généralement, une blessure large et profonde qui désigne la béance. La Répudiation (3) , par ses audaces langagières et thématiques et par la mise en écriture du thème de l’inceste et de la folie , est une écriture de l’imaginaire du corps maghrébin ; écriture caractérisée ,par ailleurs , par la violence et la provocation puisque Rachid , fils de sidi Zoubir, transgresse les limites en accomplissant l’acte délictueux de l’inceste avec la deuxième épouse de son père, Zoubida. Les personnages de R .Boudjedra sont tous obsédés par le corps, les odeurs corporelles, les liquides visqueux, le sexe et l’inceste. Son discours, basé essentiellement sur le fantasme, réduit la femme à une passivité insupportable. La femme, dans l’écriture de l’auteur, est maltraitée au même titre que la mère, l’épouse et la femme étrangère. Les personnages n’ont aucun respect pour celle qui a le pouvoir magique de donner la vie par le corps, l’esprit et le corps. |
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Dr.
RAISSI RACHID •
L’écriture symbolique •
Imaginaire et littérature.
1-R.Boudjdra,A Quoi sert la littérature, in Révolution Africaine n°
1249 du 05 février 1988. 2-A
Quoi sert la littérature, op.Cit. 3-R.Boudjdra, Paris, Editions Denoël, 1969.
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