Cours N°1
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Cours N°01 Par:Dr.Raissi Rachid |
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L'enfermement de la littérature.
‘’ (…) j’appelle discours de pouvoir tout discours qui engendre la faute, et partant la culpabilité, de celui qui le reçoit.’’ (1)
Toute la problématique de la
littérature – y compris la littérature maghrébine investis
injustement, au – delà de la colonisation et au – delà de tout
conflit, d’une dimension guerrière, politique, idéologique et
surtout identitaire qui accélèrent sa perte et sa disparition dans
les lieux communs de la stérilité ou l’imaginaire, le rêve, les
désirs de l’échange, les pulsions, sont exclus pour permettre à la
parole de la haine, celle qui sépare au lieu de réunir, d’advenir –
tourne autour de son enfermement par les définitions multiples et
multiformes avec lesquelles on essaie constamment de la saisir et
qui produisent sa déperdition au point où la littérature signifie
aussi et surtout ce qui manque de sincérité, de profondeur et de
rigueur. Pour renier un discours, on a tendance à dire : « c’et de
la littérature !» comme le spécifient d’ailleurs tous les
dictionnaires. Concernant la littérature maghrébine, cet enfermement
est assuré aussi et surtout par le discours des pouvoirs qui ont
culpabilisé la majorité des grands écrivains de ce pays au point où
ces derniers se sont mis à s’auto – mutiler et à s’auto – amputer
d’une langue et d’une culture qui les constituent ; une langue
acquise dan l’étrangeté , la douleur, l’exil, l’errance et la folie
; une langue qui n’est pas tout à fait rose comme l’affirme M .Dib
et avec laquelle il fallait se battre pendant des nuit et peut –
être une vie entière ; une langue aujourd’hui maghrébine parce qu’un
français est parfois incapable d’accéder à l’imaginaire algérien
tapi dans les plis et replis de la narration.
Ainsi la littérature maghrébine et
autre se trouvent de plus en plus acculée et enfermée par les
nombreux épitextes universitaires et journalistiques qui aplatissent
le texte pour lui faire dire l’incompréhensible et qui occultent son
pouvoir singulier et magique de donner voie / voix à la parole de
l’âme et à celle du rêve et qui la réduisent, le plus souvent, à un
A.I.E ou, tout simplement, à un simple reflet déformé de la réalité.
Pour dépasser cet enfermement,il faut
peut être cesser de vouloir définir la littérature qui est, quelque
part, indéfinissable comme le souligne Sandrine Erdely-Sayo : ’’ «
Je l’ indéfinirai » pour lui conserver toute sa force, pour lui
octroyer des fleuves à l’étendue incommensurables, et lui préserver
une valeur intrinsèque à sa propre définition ; je l’indéfinirai
pour ne pas la déformer et pour protéger sa liberté créatrice grâce
à laquelle l’infini de la pensé humaine dans les joies et dans les
peines, dans les souffrances et colères , unira des lettres, formera
des mots dans une aspiration immatérielle. ’’
Pour Sandrine Erdely-Sayo (2) , donner
une définition à la littérature relève donc du ressort de
l’impossible , c’est pourquoi elle préfère « l’indéfinir » afin de
ne pas la limiter et la caser dans des branches qui risquent de lui
faire perdre sa pureté et son originalité.
Ce désir « d’indéfinition » est
légitime et très correct parce qu’il rejoint la réflexion des plus
grands penseurs contemporains comme Maurice Blanchot qui affirme que
: « ( ...) l’essence de la littérature , c’est d’échapper à toute
détermination essentielle , à toute affirmation qui la stabilise ou
même la réalise : elle n’est jamais déjà là, elle est toujours à
retrouver ou à réinventer. Il n’est jamais sûr que le mot
littérature ou le mot art réponde à rien de réel, rien de possible
ou rien d’important (…). Qui affirme la littérature en elle-même,
n’affirme rien. Qui la cherche ne cherche que ce qui se dérobe ; qui
la trouve ne trouve que ce qui est en deçà ou , chose pire , au-delà
de la littérature . C’est pourquoi finalement, c’est la non-
littérature que chaque livre poursuit comme l’essence de ce qu’il
aime et voudrait passionnément découvrir. » (3)
Refuser de définir la littérature pour
éviter sa dénaturation, son affaiblissement progressif et sa
disparition diffuse n’est pas le propre de Sandrine Erdely-Sayo et
de Maurice Blanchot, Roland Barthes également, dans Sur la
littérature (4), reconnaît qu’il est très difficile de définir la
littérature qu’il préfère d’ailleurs nommer « texte » ou « écriture
».
Selon l’auteur, cette impossibilité
définitionnelle du définitoire tient au fait que la littérature
n’est pas une pratique d’expression, d’expressivité et de reflet
mais elle relève beaucoup plus de l’imitation et de la copie infinie
parce qu’écrire revient à rejoindre et à se fondre dans l’infini
intertexte.
Mais d’autres auteurs comme Michel
Foucault et Rachid Boudjedra, quitte à l’enfermer encore davantage,
la définissent et forcement de la manière la plus partielle
possible. En effet, la littérature n’est définie, par Michel
Foucault, que comme l’ensemble des œuvres écrites ou orales
composées dans un souci esthétique. Cette définition , qui fait
référence à la fonction poétique du langage et donc à la
desautomatisation , à la défamiliarisation des mots séculaires
emplis d’une sensibilité et d’une compréhension autres venues
d’ailleurs, impose l’écriture littéraire comme une activité autonome
, à l’exclusion de toute les autres formes du discours. L’une des
taches de la littérature , qui surgit de la définition de M
.Foucault et qui n’est pas la moindre , est la mise en jeu de toutes
les virtualités du langage pour exprimer l’infini variété de
l’expérience humaine.
Pour R.Boudjedra définir la littérature
revient à designer l’un de ses centres : la subjectivité. Le texte
devient ici frénétique et convulsif et ne fait que tourner en rond ;
obsédé par le fantasme central, l’écriture adopte un mouvement autre
que celui de la linéarité ou celui du mouvement en spirale
R.Boudjedra considère donc que l’une des caractéristiques de la
littérature est le fait qu’elle s’acharne à traduire la subjectivité
humaine et c’est pourquoi l’écriture tautologique , devient
concentrique , fantasmatique ou fantasmagorique .Si l’écriture
moderne opte pour la non chronologie , la non linéarité et si
l’écriture dévoile un centre composé du fantasme personnel de
l’auteur qui est dit et redit jusqu’à l’épuisement , le texte
devient ainsi le lieu par excellence du dégressif, du moi circulaire
et concentrique, du fragmentaire , de l’hétéroclite , du centre et
de la répétition puisque toute écriture ne fait, en somme , que
reprendre les autres fantasmes et le sien propre et épouse, par
conséquent, la forme de ces mouvements multiples et désordonnés
issus des circonvolutions du moi autour de l’imaginaire, des désirs
et de la pulsion. Il faut souligner, par ailleurs, que pour cet
auteur, la notion aujourd’hui centrale de l’intertextualité est
supplantée par celle de l’intersubjectivité dans la mesure où le
texte semble réécrire beaucoup plus les fantasmes environnants et
ceux de la filiation que les textes qui lui préexistent et avec
lesquels il entre en dialogue : « la littérature nouvelle ou en
mouvement refuse de donner une fin à un roman pour faire
vraisemblable. Elle réfute la vraisemblance, ce en quoi elle est
proche de la vraie vie qui est invraisemblable. C’est-à-dire ni
normative ni archétypée, ni figée. C’est pourquoi la littérature
peut être définie comme un texte qui fonctionne à partir d’un
fantasme central et qui dit un vécu personnel , subjectivisé au
maximum par la vision qu’à l’écrivain du monde. Une vision qui lui
est propre et qui lui est propre et qui nécessite une implantation
irrémédiable et névrotique dans la subjectivité, en tant que
fluidité et inconstance de l’être » (5).
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Il fut l'un des principaux animateurs de l'aventure structuraliste et sémiotique française. En 1952, il publia "Le monde où l'on catche" dans la revue Esprit puis poursuivit ces "petites mythologies du mois" dans Combat et dans la revue de Maurice Nadeau, Les Lettres nouvelles. Ces courts textes le firent connaître d'un vaste public. Son premier essai, Le Degré zéro de l'écriture, paru en 1953, fut rapidement considéré comme le manifeste d'une nouvelle critique soucieuse de la logique immanente du texte. Enseignant à l'École pratique des hautes études dès 1962, Roland Barthes occupa la chaire de sémiologie du Collège de France de 1977 à 1980. Fauché par une camionnette (qui transportait du lait) alors qu'il se rendait au Collège de France, le 25 février 1980, il mourut des suites de cet accident le 26 mars suivant à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
Donner une définition quelle qu’elle soit est toujours difficile, mais définir « la littérature » restera pour moi impossible. Ma définition de la Littérature sera de ne pas la définir pour ne pas lui donner une limite et la ranger dans des branches où elle risquerait de perdre sa pureté.
Maurice Blanchot (1907-2003) Mais nous devons aussi admettre que la littérature, actuellement du moins encore, constitue non seulement une expérience propre, mais une expérience fondamentale, mettant tout en cause, y compris elle-même, y compris la dialectique (...) l'art est contestation infinie.
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1-Roland Barthes, leçon, Leçon inaugurale de la chaire de sémiologie
littéraire du collège de France prononcée le 7 janvier 1977, Essai,
Édition du seuil, 1978.
2- Sandrine Erdely – Sayo, L’indéfinition de la littérature,
Google.fr
3-Maurice Blanchot, le livre à venir, Folio essai, Editions
Gallimard, 1959, p.273.
4-Roland Barthes, Maurice Nadeau, sur le littérature, Presses
Universitaires de Grenoble, 1980. 5- Rachid Boudjedra, littérature et subjectivité, Révolution Africaine n°1247 ,22 janvier 1988.
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