Titre : L'Age de Glace
Auteur : Lisa
E-mail : [email protected]
Résumé : Par le plus grand des hasards, tout commença par une mission de routine sur une planète toute de glace recouverte.
Statut : 1/2 ou 1/3, ça déprendra.
Catégorie : Oh… romance, et pas qu’un peu. Doit y avoir des résidus de stupidité aussi.
Spoilers : /
Rating : PG
Disclamers : Stargate SG-1 et ses personnages sont la propriété de MGM, Gekko Film Corp. et Double Secret Production. Je n’ai reçu aucune prime dans l’écriture de cette histoire. Toute ressemblance avec des personnes existantes est purement fortuite.
Notes de l’auteur :
C'est l'histoire d'une fille qui va à un match de hockey avec une bande de Gaters et qui promet *le* truc qui faut pas : une fic sur le hockey. Elle met six mois à l'écrire et intègre le match de hockey dans quelque chose de beaucoup plus grand.
Je situerai cette fic après la saison 7, bien évidemment parce que Jonas *et* Daniel sont présents, mais surtout à cause de la relation un peu différente que Sam et Jack entretiennent. Si l'on considère que la saison 1 représente la Rencontre, la 2 la Découverte, la 3 les Doutes, la 4 l'Ivresse, la 5 la Définition des Limites, la 6 l'Equilibre Tranquille, la 7 l'Equilibre Précaire, alors l'Age de Glace se situe encore au-delà. Quelque part entre la Plénitude et la Passion.
A Cae, Fabou, Trekkie, Sheyrazade et Nadine, sans ordre particulier… Ainsi qu’à Méli et Ecco qui n’ont pas pu venir. Y'a une scène spécifique qui est dédiée à toutes les petites vicieuses de ce groupe (elles se reconnaîtront et elle reconnaîtront la scène)
JUne dernière chose (oui je sais, la prochaine fois je ne ferai pas des Notes de l'auteur mais un Préface) : un énorme merci à Laetitia et Sabrina pour respectivement la partie technique et la partie… loufoque du match de hockey !!
~*~
Jack émergea du vortex…
ZWIP-ZWIP-VLAM !
… suivit de Daniel…
ZWIP-VLAM !
… de Teal’c…
VLAM !
… de Jonas…
ZWIP-ZWIP-ZWIP-VLAM !
… et de Sam.
SWIZZZZZZZZ !
Un silence relativement long suivit cette arrivée fracassante. Le nez misérablement collé au sol, écrasé sous l’énorme sac qu’il avait au dos, Jack roula sur le côté et libéra son buste du poids qui le compressait.
" Major, quand vous disiez ‘glacé’, ça voulait dire… "
" De glace, mon colonel "
" C’est bien ce que je pensais "
Les membres de son équipe se remettaient progressivement du choc de leur atterrissage. Ils tentaient de se redresser, les mains sur les côtes avec, peinte sur le visage, une telle expression de douleur et d’exaspération que la scène prenait une connotation tragi-comique.
Non, pas tous les membres de son équipe, en vérité.
Carter avait glissé cinq mètres plus loin et avait tant bien que mal réussi à garder son équilibre. Elle tapait du pied sur le sol pour en déduire la consistance. Mais Jack n’avait pas réellement besoin de confirmation autre que celle que son postérieur lui fournissait. C’était vraiment, vraiment gelé. Aucun doute là-dessus.
Il vit alors apparaître, le surplombant, une silhouette. Un visage. Puis plusieurs. Tous l’observant de haut d’un air déconcerté.
Il se sentait un peu petit…
Un peu ridicule aussi.
Pour faciliter sa remise sur pieds, il se débarrassa de son sac et s’y appuya. Oui, la vie était bien plus belle du haut de son mètre quatre-vingt-six.
Le loisir d’observer ce qui l’entourait s’offrit alors à lui. Carter le lui avait dit, il avait pu le vérifier et Carter le lui avait redit, c’était glacé. Assurément. Et assez surprenant d’ailleurs, car l’étendue blanche s’étendait à perte de vue, une surface parfaitement plane d’où émergeaient par-ci par-là quelques rares buissons bleus.
Une bonne dizaine de personnes l’entourait, lui et son équipe. Ils étaient vêtus d’un long manteau laiteux, pas si large, mais qui les recouvrait entièrement. Certains se différenciaient des autres, mais uniquement à cause d’un petit bonnet d’une nuance parfaitement identique qu’ils portaient enfoncé sur les oreilles. Ils étaient pâles, très pâles… Des cheveux blonds et raides tombaient sur leurs épaules, mais leur plus frappante caractéristique était sans aucun doute ce ton bleu électrique dont leurs prunelles étaient colorées.
" Wow… "
" Et encore, vous n’avez pas vu derrière vous Jack "
Ce dernier redoutait ce qu’il allait trouver derrière lui. Lorsque Daniel était fasciné par quelque chose, ce n’était vraiment pas bon signe. Question d’expérience.
" Wow !! " répéta-t-il, alors que ses yeux glissaient littéralement sur le gigantesque bâtiment qui se trouvait à quelques centaines de mètres de là.
C’était tout simplement indescriptible… Ou peut-être redoutait-on de le décrire de peur de l’abîmer de mots creux qui n’en étaient pas dignes. L’ensemble était haut d’environ une vingtaine de mètres, mais il y avait beaucoup d’inégalités dans la construction. Toute la surface était faite de glace, sculptée en de milliers de petits détails tous plus remarquables les uns que les autres. Des voûtes en ogive servaient d’ouvertures, aussi bien pour les entrées principales que pour ce que l’on pouvait qualifier de fenêtres. Et ça s’étendait sur des centaines de mètres, voir des kilomètres… Cubiques, sphériques, pointues, courbés, coniques, en spirale, les toitures rivalisaient d’ingéniosité et d’esthétisme.
Lorsqu’il sortit de sa contemplation, Daniel et Jonas étaient en grande conversation avec ce qu’il pensait être les habitants de cette cité. Rien n’était surprenant à cela, c’était lorsque l’on prêtait attention au contenu de la conversation en elle-même que l’on restait perplexe.
Daniel gigotait, Jonas gesticulait, et leurs interlocuteurs restaient de marbre. Le tout dans un parfait silence.
Interloqué, Jack adressa un regard interrogateur aux deux autres membres de son équipe, mais il abandonna tout espoir de recevoir une explication lorsqu’il découvrit le sourcil anormalement élevé du Jaffa et l’expression qu’affichait le visage de son second.
" Euh… dites ! " interpella-t-il en dressant son index.
N’obtenant aucune réponse, il répéta son action, mais dut aller jusqu’à claquer des doigts devant le nez de ses compagnons pour obtenir leur attention.
" Jack ! On ne vous a jamais appris à ne pas interrompre de la sorte une discussion ? " protesta Daniel.
O’Neill grimaça. Il se foutait de lui, c’était évident… Il s’apprêtait à répondre à sa façon, mais une voix féminine le devança, posant discrètement sa main sur son bras pour lui conseiller de ne pas répliquer et de la laisser régler ça à la manière douce.
" Je crois que ce que le colonel essaye de vous faire comprendre, c’est qu’il faudrait que vous fassiez profiter tout le monde de cette discussion qui vous tient tant à cœur… "
" Oui, exactement, c’est ce que je voulais dire… " ajouta Jack avec un air d’érudition.
Les deux hommes ignorèrent sa remarque et froncèrent les sourcils.
" Que voulez-vous dire ? "
" Je veux dire, Jonas, que vous pourriez peut-être utiliser vos cordes vocales… "
Le jeune homme ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun son ne sortit. Au lieu de ça, il la referma bientôt et se tourna vers un des aliens, affichant une expression attentive. Daniel le fixa, surpris. De temps à autre, son collègue (et ami depuis peu) acquiesçait, haussait les épaules…
" Ok, je crois comprendre… même si ça parait plutôt incroyable… " articula l’archéologue.
Lorsque Jonas se retourna finalement vers eux pour leur demander ce qu’ils en pensaient, ses soupçons parurent confirmés.
" C’est une sorte de communication télépathique, dirigée vers la personne choisie apparemment… Et celle-ci hériterait de la capacité de répondre de la même façon… ". Il baissa les yeux et sembla réfléchir un instant, avant d’ajouter " C’est étrange, je suis incapable de me souvenir des mots exacts qu’ils ont utilisés, comme si… ". De nouveau, il s’interrompit, mais cette fois pour regarder un des autochtones un bref instant. " Oui, c’est bien ce que je pensais, ils ne s’expriment pas avec des mots, plutôt avec des sentiments, des impressions… Des idées peut-être, ce n’est pas très clair dans mon esprit… "
" Ouais, on avait remarqué ça " lança Jack, recevant les foudres de tous les autres. Puis, aussitôt, il s’immobilisa et ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes. Peu après, il acquiesça vivement et resta silencieux.
La main toujours posée sur son bras resserra imperceptiblement son étreinte, et lorsqu’il baissa la tête, il rencontra les yeux de son major qui semblaient attendre une explication. " C’est vraiment impressionnant " exposa-t-il sincèrement en pointant son front du doigt.
" Que vous ont-ils dit, en définitive ? " interrogea Teal’c, soucieux d’en venir au fait.
" Eh bien pour résumer, nous sommes les bienvenus ici si nos intentions sont pacifiques, sinon ils nous préviennent que c’est à nos risques et périls… Bien évidemment on leur a répondu que notre petite troupe n’était pas belliqueuse. "
" Et ? "
" Et je vous avais vous trémoussant dans mon champ de vision "
Si Sam n’avait pas sourit, il aurait vraisemblablement mal pris la remarque. Toujours est-il que même s’il avait eu l’intention de répliquer, il n’en aurait pas eu le temps. Tous les regards étaient tournés dans la direction de la cité, où un petit nombre d’autochtones identiques aux autres arrivaient en… glissant ? Il ne voyait pas trop comment à cause des longs manteaux qui les recouvraient jusqu’aux pieds, mais ils glissaient.
A son grand regret, Sam retira sa main de son avant-bras et avança de quelques pas, s’arrêtant aux côtés de Jonas. Il ne manqua pas d’aller lui aussi aux côtés de Jonas, simulant une curiosité égale à celle de ses compagnons pour les nouveaux venus.
" Qu’est-ce que c’est que ça ? " s’interrogea Jonas lorsqu’il reçut de ceux-ci deux objets identiques dans les mains.
Les quatre autres observèrent les leurs sous tous les angles.
" Des patins je crois… " affirma Sam, un petit sourire aux lèvres.
" Savez-vous quelle peut bien en être l’utilité ? " continua Teal’c, dubitatif.
" Vous enfilez ça aux pieds et vous vous élancez sur la glace " expliqua Daniel avec une grimace.
Jack seconda le sourire de Sam. Deux aliens et un Daniel sur des patins promettaient d’être distrayants…
" Je ne trouve guère cette pratique plus sage que le parachute, O’Neill "
~*~
Sam enfila le patin qui s’adapta immédiatement à sa pointure. Intriguée, elle leva les yeux vers l’homme qui le lui avait donné. Elle reçut l’explication, mais celle-ci ne fut pas tant surprenante que la façon dont elle lui avait été transmise.
Elle avait connaissance de quelques films fantastiques où effectivement, la télépathie était monnaie courante. Bien sûr, pour les besoins du film, la communication se faisait tout de même sous forme de mots, ce qui ne l’avait toujours dérangé : les mots étaient le propre de l’oral, formés par les cordes vocales… Mais si tout ce passait au niveau psychique, sans que jamais les télépathes n’aient eu la capacité de s’exprimer autrement, comment se faisait-il que les mots en eux-mêmes puissent exister ?
Déjà petite, elle remettait tout en question. Et maintenant elle avait l'opportunité de vérifier ses théories. Nul besoin de dire que cela l’enchantait particulièrement, surtout qu’elle pouvait aussi les expérimenter.
Pour ce qui était du patin, il était fait d’une matière particulière contenue dans les buissons bleus qui parsemaient leur pays. Elle prit note d’aller les étudier de plus près, puis enfila l’autre et se redressa.
Déjà debout, Jack observait son petit monde en faisant machinalement patiner son pied droit d’avant en arrière. L’envie de s’élancer sur une telle étendue parfaitement lisse le démangeait, il n’avait pas chaussé de patins depuis ses jeunes années, celles qu’il avait en grande partie passées à la patinoire municipale, une crosse à la main.
Ayant repéré que Carter se remettait sur pieds, il glissa jusqu’à elle, obéissant bientôt à une stupide -stupide- idée qui venait de lui traverser l’esprit : bien qu’étant parfaitement à l’aise sur la glace, il fit mine de ne pas être en mesure de s’arrêter.
Elle en était encore au stade de défroisser consciencieusement son uniforme kaki (il adorait quand elle faisait ça, c’était si féminin de toujours porter un minimum d’attention à son apparence) lorsqu’elle réalisa qu’il se dirigeait dangereusement vers elle d’un air peu assuré.
" Colonel ? "
Il ne répondit pas.
" Colonel ! " répéta-t-elle en tendant ses mains devant elle.
Il réprima un sourire et ne s’arrêta pas pour autant.
Doucement, car il n’allait pas si vite, son torse s’appuya sur ses main. Elle tenta de le stopper, reculant de ce fait d’un mètre ou deux, puis le repoussa légèrement. Ce fut à son tour de reculer, et par reflex il se rattrapa à elle pour s’immobiliser. Leurs avant-bras se frôlèrent un instant, puis leurs mains se rencontrèrent et s’agrippèrent pour trouver une stabilité mutuelle.
" Ca va aller sur vos patins ? " demanda-t-elle, sceptique.
Il réfléchit un instant. Il avait été le leader d’une équipe de hockey en son temps, et dieu sait qu’une telle expérience ne se perdait pas…
Mais en même temps…
" Je ne sais pas, vous avez vu ce que je suis capable de faire… "
" Un vrai danger public… " assura-t-elle.
Un bruit retentissant se fit entendre.
Un Jaffa venait de s’essayer au patin à glace.
Il décida quelques minutes plus tard qu’il se contenterait de suivre la petite troupe au pas de course, pour plus de sûreté. Daniel et Jonas avaient opté pour une solution qui leur paraissait meilleure, chacun pendu au bras d’une jolie autochtone.
" Jack, vous exagérez… " lui glissa Daniel à son oreille, " Où est passé l’homme qui se vantait de son passé de Roi de la Glace… ? "
" Englouti dans les vertiges de l’amour " lui répondit-il sur le même ton.
Daniel ricana en secouant la tête et indiqua à sa cavalière qu’ils pouvaient s’éloigner.
Lorsqu’il était revenu de son ascension, il avait eu la surprise de trouver un Jack bien plus à l’aise avec ses sentiments, sans trop qu’il ne sache pourquoi. La métamorphose de ce qui était autrefois le Tabou Sam l’avait fait tomber de haut… Mais depuis, parfois prétexte à taquineries, parfois non, le sujet était récurent et agréable à discuter pour l’un et l’autre.
Jack repositionna plus confortablement sa main sur l’épaule de sa compagne et fit mine d’être déséquilibré dans le but qu’elle lui enveloppe plus amplement la taille.
Voilà, comme ça, c’était parfait.
Il avait vraiment l’impression d’exagérer, mais c’était parfait.
~*~
Ils arrivèrent bientôt dans les rues de la cité.
Les habitants qui déambulaient ou apparaissaient aux fenêtres étaient bien entendu identiques à ceux qui étaient venus les saluer, mais ils découvrirent aussi des individus plus petits qu’il prirent pour des enfants et qui portaient quant à eux des tenues légèrement plus foncées.
Dans un domaine plus surprenant, certains traînaient avec eux une bestiole rampante, asymétrique et translucide.
Chacun fidèle à lui-même, Teal’c haussa un sourcil, Jonas sourit de toutes ses dents, Daniel réajusta ses lunettes, Sam ouvrit de grand yeux et Jack grimaça.
" Qu’est-ce que c’est que ces choses ? " demanda vivement Jack alors qu’une passait dangereusement près de lui, devançant les questions plus polies que les autres membres de son équipes se préparaient à formuler.
Quelques instants plus tard, ils avaient pris connaissance de la petite histoire. Leur civilisation avait longtemps pesé le pour et le contre, mais en définitive, les femmes avaient décidé que porter des enfants nuisait à la parité qu’elles cherchaient à instaurer entre le sexe masculin et le féminin. Ces ‘choses’ avaient alors été créées, et justement nommées les incubateurs. Il fallait les balader de temps à autres pour les habituer à l’environnement comme l’aurait fait une mère.
" C’est incroyable ! " s’écria Jonas.
" C’est répugnant ! " grogna Daniel.
" C’est inhumain " déclara Teal’c.
" Comment procédez-vous à l’insémination ? " demanda Sam.
" Est-ce que ça veut dire que vous ne… enfin… je veux dire… plus jamais de… rapports ? "
Hum… Jack.
Nous ne vous demandons aucun commentaires sur nos coutumes ou nos décisions, par ailleurs nous ne vous dévoilerons rien de nos technologies.
" Non, sans rire, y’a vraiment des fœtus dans ces limaces ? "
" Jack ! " chuchota Daniel d’une voix outrée.
" Quoi ? "
" Il serait temps de vous mettre à la diplomatie vous ne croyez pas ? "
" Mais ils ne savent même pas à quoi peut bien ressembler une limace " protesta-t-il, " Et puis vous les avez entendu, pas de technologies à la clé… "
" Mais des alliés potentiels… " soupira-t-il, se demandant quand son ami allait intégrer la leçon, " Et quoi qu’il en soit, on en a pour une semaine ici, il faudrait peut-être partir sur de bonnes bases… "
~*~
Il s’ennuyait ferme.
Il avait pourtant espéré que pour une fois, leur semaine de ‘routine’ serait un peu plus excitante que certaines autres… Eh, après tout ils étaient sur un terrain de hockey géant ! Mais Sam avait souri à sa proposition et était partie assister à une conférence sur les origines des Esthekians en compagnie de Daniel, qui avait tout simplement haussé les épaules.
Il en était à présent à expliquer à Jonas ce qu’était le hockey.
Bien sûr, il ne pouvait trouver meilleur élève, mais il préférait largement l’action aux grands discours et le jeune extraterrestre n’était pas encore assez à l’aise sur des patins pour appliquer ce qu’il apprenait.
Jack s’ennuyait fermement.
Ce fut donc avec soulagement qu’il vit réapparaître Sam dans le cadre de la porte, traînant derrière elle Daniel qui faisait de son mieux pour garder son équilibre.
" Vous avez eu raison de nous conseiller cette conférence Jonas, c’est tout simplement incroyable… "
" N’est-ce pas ? " souligna celui-ci en se levant prudemment de sa couche. Les intérieurs des habitations étaient eux aussi faits de glace, et la température qui était la même qu’à l’extérieur avoisinait les –5°Celsius. Seules les couches étaient recouvertes du même tissus dont les chauds manteaux des autochtones étaient faits. Ce n’était bien sûr pas du goût de tout le monde, mais il fallait faire avec.
" Absolument ! " s’enthousiasma l’archéologue, ayant trouvé en Sam un appui stable, " Ces gens ne sont en fait pas tout à fait humains… Bien sûr certains de leurs ancêtres étaient des Hommes de la Terre déportés par les Goa’ulds, mais ceux-ci les abandonnèrent promptement à cause des conditions météorologiques… Ils se trouvèrent alors confrontés à une race semi-aquatique avec laquelle ils avaient assez de similitudes pour se mélanger ! Ils ont donc une apparence humaine, mais ils ont gardé une ossature bien particulière et surtout des branchies au niveau du cou ! C’est dommage, leurs ancêtres aquatiques ont disparus lors de la glaciation de la planète il y a plus de… "
Jack décrocha à cet instant là et laissa choir sa tête sur la table à laquelle il était assis.
Il était maudit.
~*~
Il passa sous la monumentale ogive qui servait d’entrée Ouest à la cité et se rattrapa au dernier moment à un des pylônes qui l’encadraient.
Lorsqu’il s’était réveillé (car il s’était effectivement endormi), Teal’c, qui était entre temps rentré d’une visite des alentours, l’avait informé que Daniel et Jonas s’étaient rendus à une seconde conférence universitaire et que Sam était peu après sortie sans fournir au Jaffa de raison particulière.
Il était donc tout naturel qu’il fut immédiatement parti à sa recherche.
Et après plus d’une heure, il venait enfin de la trouver. De dos, les bras enroulés autour de son torse. Immobile, face à l’étendue argentée illuminée par un soleil si blanc qu’il tirait vers le bleu.
Mais bien que tout simplement admirable, l’image qui s’offrait à lui n’était pas sa principale préoccupation … L’environnement était si parfaitement silencieux que son inaudible arrivée avait trouvé le moyen de se faire entendre.
Surprise, elle effectua un petit arc de cercle et se retourna. L’appréhension, l’anticipation et l’indécision l’envahirent soudainement. Elle acceptait pleinement ce petit jeu auquel ils se prêtaient ces derniers temps, mais cela restait tout de même un jeu… Par définition, elle s’y adonnait sans aucune arrière-pensée, simplement pour profiter du plaisir du funambule, marchant prudemment sur le fil et tirant une extrême satisfaction du danger.
Mais elle avait toujours quelques réticences à se retrouver sans public…
Et il était là, à une vingtaine de mètres à peine, tout d’abord immobile, puis glissant lentement vers elle. Elle recula, gagnée par cette crainte indéfinie et absurde. Mais plus elle s’éloignait, plus il se rapprochait… Elle exécutait de rapides citrons arrières, et il faisait en sorte que la distance qui les séparait restât intacte.
Avec un sourire en coin contagieux, ils s’éloignèrent de plus en plus rapidement de la cité, si bien que Sam finit par faire volte-face pour avoir la possibilité de progresser aussi vite qu’elle le souhaitait pour lui échapper.
Pour lui… échapper ? Allons donc, ils jouaient à chat à présent…
La vitesse à laquelle ils allaient devenait réellement enivrante, à tel point que Jack eu beau essayer de calculer le temps qu’ils avaient passé à se poursuivre, il n’y parvint jamais.
Etrangement, la végétation se faisait plus abondante, si tant est qu’une vingtaine de buissons au kilomètre carré pouvaient être qualifiés de végétation abondante. Ils étaient bleu nuit, quasiment sphériques et dépassaient à peine le genou. Pour un humain, leurs milliers de petits bulbes grands comme le pouce les classaient dans la catégorie des plantes grasses.
Il avait entendu dire que Sam voulait les examiner de près, et il se souvint toujours avec un amusement non-caché qu’elle avait été exaucée.
C’était à cause d’un simple animal. Une petite bestiole ayant d’étonnantes similitudes avec le lapin qui sortit vivement de sous son buisson.
La jeune femme tenta de freiner du mieux qu’elle put. Mais freiner en pleine lancée sur des patins n’est pas chose aisée. Ses bras se mirent à jouer aux moulins à vents, et en moins de deux elle s’écroulait dans la demeure de la créature qui, effrayée, ouvrit deux paires d’ailes et s’envola.
A seulement quelques mètres derrière, Jack s’arrêta avec plus de style et la rejoignit en quelques secondes.
" Ca va ? "
" Hum… "
Pour sûr, elle était sonnée.
Mais l’arbuste avait amortit sa chute, y laissait tout de même quelques bulbes qui roulèrent dans toutes les directions ou bien explosèrent, répandant leur liquide bleu sur la glace immaculée.
Lorsqu’il fut certain qu’elle n’avait rien de bien grave, Jack sourit jusqu’aux oreilles.
" Je suppose que j’ai gagné ? "
" Qui vous a dit que je jouais à quoi que soit ? " répliqua-t-elle en s’extirpant du végétal pour s’asseoir un peu plus loin, ne se sentant pas encore d’attaque pour réunir la force de se remettre sur pied.
" Je ne vous savais pas tant mauvaise perdante, Carter… "
Il décida de s'installer derrière elle, faisant face au point cardinal opposé.
" Eh ! Je suis fair-play ! Mais encore faut-il jouer à quelque chose… "
" Hum hum… "
L’amusant était que chacun se trouvait devant un astre maintenant rougeoyant qui se couchait à l’horizon. Observant quelques minutes le sien, Sam s'étira avec paresse, rencontrant là avec surprise le dos de son compagnon qu’elle pensait un peu plus loin.
Si elle était déjà glacée au sens propre, elle le fut au figuré. Le contact la troubla autant qu’il la réchauffa, et cette chaleur qu’il lui apporta additionnée au certain confort qu’elle y trouva la décida à ne plus bouger d’un poil.
Ses mains, emmitouflées dans de légers gants de fabrication locale étonnamment chauds, décrivirent un arc de cercle autour d’elle et -oh surprise !- rencontrèrent celles de son colonel.
Lorsque leurs petits doigts s’étreignirent - simplement leurs auriculaires - et qu’ils contemplèrent silencieusement les couchers de soleils, dos à dos, un frisson de plaisir lui parcourut l’échine.
Le moment sembla durer éternellement.
Jusqu’à ce que…
" Le mien est couché… Le vôtre ? "
" Couché aussi… "
" Peut-être faudrait-il rentrer avant que l’obscurité ne soit totale. "
" Peut-être… "
Le docteur Samantha Carter n’avait jamais eu moins de mots à son vocabulaire qu’à cet instant là. Mais son compagnon se releva bientôt, ne relâchant qu’une seule de ses mains pour l’aider à se relever avec l’autre.
" Pour quelle raison étiez-vous sortie au fait ? "
" Pour prendre un échantillon de ça " dit-elle en désignant la tâche bleue qui s’étendait sur son pantalon, et son supérieur ne manqua pas de profiter de l’occasion pour faire glisser ses yeux un peu plus bas. " Eh ! " s’écria-t-elle en lui donnant un petit coup dans l’épaule droite, " Ne vous gênez pas surtout ! D’ailleurs, si je ne m’abuse, vous étiez sensé ne pas tenir sur des patins il y a à peine vingt-quatre heures… Comment expliquez-vous ça ? " demanda-t-elle en se dirigeant vers l’arbuste pour en prendre un grain et le glisser dans une pochette plastique.
" Ca doit être ce qu’on appelle un miracle… " offrit-il avec un sourire innocent, les yeux toujours fixés sur cette superbe tâche particulièrement bien placée qui lui sautait littéralement aux yeux alors qu’elle se baissait pour prélever son échantillon.
" Ne vous fatiguez pas, colonel… Daniel a laissé échapper quelques mots sur votre passé de hockeyeur tout à l’heure… avant de poser sa main sur sa bouche avec un ‘woops’ confus. "
Daniel, Daniel…
Il se demandait vraiment comment cet homme avait pu lui manquer l’année passée.
" Ok, ok, j’avoue… C’était simplement la reprise qui était un peu laborieuse "
La jeune femme zippa sa pochette, la glissa dans sa poche et leva les yeux vers lui. ‘A d’autres…’ semblaient-ils lui dire. Elle le dépassa ensuite pour reprendre la direction de la cité.
Le retour fut plus long, plus calme. Peu de paroles furent échangées.
Si ce n’est…
" J’aurai ma revanche " lui murmura-t-elle à l’oreille alors qu’il arrivaient en vue de la Porte des Etoiles.
Jack afficha un sourire victorieux en l’entendant confesser sa défaite.
" Comment comptez-vous vous y prendre ? "
" Comment voulez-vous être battu ? "
" Une crosse à la main " dit-il pour reprendre la proposition qu’il avait faite plus tôt dans la journée. " Mais j’en doute fort si vous voulez mon avis "
Son second le dépassa brièvement pour lui barrer le passage et lui tendit la main.
Il fronça les sourcils.
Il ne s’attendait pas à ce qu’elle prenne sa proposition au sérieux, et encore moins à ce qu’elle accepte tout en ayant conscience de son expérience dans ce sport.
Néanmoins, il glissa sa main dans la sienne et la secoua vigoureusement.
~*~
Daniel se tenait là, le bassin légèrement en avant, les bras enroulés autour de lui et les sourcils en accent circonflexe.
Pour l'amour du ciel, ils étaient à des millions d'années lumière de chez eux, sur une petite planète de glace appartenant à un système binaire qui était habitée par des extraterrestres quasiment humanoïdes, télépathes et très avancés d'un point de vue technologique, et tout ce que ses équipiers trouvaient à faire était de… jouer au hockey ?
Ca dépassait l'entendement.
Et si Hammond savait ça… Il lui vint soudainement à l'esprit qu'il pourrait en tirer un quelconque avantage. Bien évidemment, il se serait damné plutôt que de dénoncer les écarts de deux de ses amis les plus chers, mais admettons qu'il fasse usage de sa caméra pendant le match et garde précieusement la bande dans son bureau… Qui sait, être en mesure de faire du chantage à Jack O'Neill était toujours bon à prendre !
Partagé entre l'affliction qu'il avait à les voir fignoler leurs crosses, faites d'un mélange de glace et de ce produit bleuté issu des buissons, et la jubilation de pouvoir mener Jack par le bout du nez dans un futur proche ou lointain, il sortit l'appareil de sa poche.
~*~
Parfait ! ne put-il s'empêcher de s'exclamer lorsque le palais arriva pile là où il le voulait. Ces gens n'étaient peut-être pas très loquaces, mais un don d'observation et d'imitation ainsi qu'une grande dextérité dans tout ce qu'ils entreprenaient compensaient leur silence. Il n'en restait pas moins que ce dernière régnait, ce qui était plutôt inhabituel à l'occasion d'un match de hockey, et à vrai dire plutôt sinistre.
Ils avaient passé les trois premiers jours à s'entraîner ensemble, par souci de justice et d'égalité entre les deux équipes novices, et le quatrième séparément, pour permettre à chacune d'élaborer sa propre stratégie.
Cinquième jour.
Jour J.
Jack O'Neill était fier de son équipe. On venait de lui faire une excellente passe et il s'élançait vers la cage adverse. Si doués que les défenseurs fussent, il ne purent certainement pas s'opposer au professionnel qu'il avait été. Le bolide continua de foncer vers les cages jusqu'à ce que Jonas eut sifflé (le sifflet étant le seul matériel ne pouvant être sculpté dans la glace, Sam s'était fait une joie de lui apprendre et ils avaient passé la soirée les doigts dans la bouche).
Pas d'applaudissements. Seulement quelques murmures d'approbation qui résonnèrent non pas à ses oreilles, mais dans sa tête.
Aucun doute, c'était sinistre.
Et le match reprenait déjà.
Soudain, un joueur de l'équipe adverse lui fit face. Bien entendu, il tenta de l'éviter, mais un autre se trouvait déjà sur son chemin. Puis un autre, et encore un autre. Il envisagea alors de faire demi-tour, mais il était tout simplement… encerclé. Comble du comble, plusieurs paires de mains étaient plaquées sur son torse.
"Hey !" s'écria-t-il sur un ton indigné, alors qu'il entrapercevait sa rivale slalomer entre les joueurs de son équipe, perçant la défense avec une agilité déconcertante. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, l'arbitre sifflait.
"Jonas" hurla-t-il, outré. "Ils n'ont pas le droit de faire ça, j'étais dans l'impossibilité de faire un seul mouvement !"
"On respecte les décisions de l'arbitre" répliqua celui-ci.
"Mais…"
"Un problème ?" s'enquit Sam en approchant de l'altercation.
"Oui, un problème, effectivement ! Je suis persuadé que ces aliens n'ont pas pris cette initiative d'eux-mêmes, avouez que vous êtes là-dessous !"
"Jonas, vous avez sifflé une faute ?" reprit-elle, évitant consciencieusement de répondre à sa question.
"Non."
"Alors il n'y a pas eu de faute." conclut la jeune femme.
Jack resta sans voix un premier temps, puis grogna un phrase quasiment inaudible que Sam perçut tout de même avant de repartir. Elle pensa avec un petit sourire doublé d'un frisson qu'elle "allait payer d'une manière ou d'une autre".
La guerre était déclarée.
Et Daniel filmait allègrement tout ce qu'il pouvait, pensant déjà avec délice au jour où il ferait chanter l'un des deux militaire…
"Daniel Jackson !" entendit-il derrière lui.
Sans se retourner, il sut quel allait être son interlocuteur grâce au timbre de sa voix. Un peu plus loin sur le terrain, Sam payait effectivement. Jack s'arrêta en plein milieu de sa course pour attraper Jonas par les épaules et pousser l'extraterrestre tout titubant vers elle. Elle se le reçut dans les bras, et le temps qu'elle le stabilise, le point était déjà marqué. Sa petite vengeance personnelle fut un baiser furtif déposé sur la joue du jeune homme quand Jack la dépassa.
"Oui Teal'c ?" répondit-il, zoomant tout particulièrement sur le regard du colonel qui fusillait littéralement les deux jeunes gens.
"Vous en voulez ?"
"De quoi ?"
"Eh bien sur le pot, il est indiqué Macadamia Brittle, mais je pense que le terme générique à utiliser est 'crème glacée'."
Délaissant une seconde le match, l'archéologue jeta un coup d'œil à sa droite.
"Vous plaisantez !?" s'exclama-t-il. "Vous aviez emporté des pots de glace dans votre sac ?"
"Pourquoi pas Daniel Jackson ? Le major Carter avait bien dit que la température allait être de moins de 0° Celsius, et il est indiqué ici 'Conserver au frais'." argumenta le Jaffa en pointant précisément l'endroit sur le pot.
Ne trouvant rien à redire, Daniel soupira et reporta son attention sur le terrain. "Non merci Teal'c, c'est gentil. Allez en proposer aux autochtones, peut-être qu'ils découvriront là quelque chose valant leurs plus précieuses technologies…"
Jack rageait intérieurement. Comment avait-il pu oublier que Sam Carter était la perfection incarnée ? Jamais le moindre défaut, jamais la moindre faille… Le hockey n'était pas son domaine de prédilection ? Qu'importe ! Elle trouvait comment exploiter sa faiblesse pour la rendre parfaite !
Et voilà qu'elle le distrayait d'un simple regard et qu'un de ses coéquipier lui piquait le palet et repartait déjà en sens inverse… Il leva les yeux au ciel, soupira et pria pour que ses défenseurs et son gardien soient à la hauteur de l'attaque.
Un rire cristallin résonna soudainement à ses oreilles, ce qui eut pour effet de lui faire faire volte-face.
Mais qu'est-ce que… ?
Oh pour l'amour du ciel !
Le plus tranquillement du monde, le palet pénétrait dans la cage, Jonas sifflait… Que faisait le gardien ?
"Teal'c !" hurla Jack qui manquant d'éborgner un joueur de son équipe en gesticulant.
"O'Neill ?" répondit innocemment celui-ci, et il retira de force sa petite cuillère de la bouche de l'autochtone élu pour la découverte exclusive de la crème glacée. Le gardien fit plusieurs tentatives infructueuses pour la reprendre, avant de réaliser que la glace résidait en réalité dans le pot et de s'attaquer à ce dernier.
"Mais j'y crois pas, j'y crois pas…" gémissait le militaire, la tête entre les mains. Et Sam de continuer à rire tout ce qu'elle pouvait.
"Je n'ai rien à me reprocher O'Neill. En leur faisant goûter une des meilleures spécialités de votre monde je contribue à solidifier les liens qui nous unissent déjà. Votre match n'a quant à lui aucune raison d'être."
"Teal'c a raison… colonel…" articula la jeune femme qui tentait de regagner une certaine contenance.
"Mouais… Quel hasard que vous me disiez ça, vu que ça vous a permis de gagner un point facile…"
"C'est la vie !" lança-t-elle.
Jack hocha la tête. C'était la vie, en effet. C'était une vie bien moins simple depuis qu'elle y avait élu domicile. Il la regarda lui tourner le dos et s'éloigner en glissant gracieusement.
Où est l'arbitre ? La voix dans leurs têtes les interpella soudain. Où était l'arbitre ? Regardant autour de lui, il l'aperçut, patinant avec grande difficulté à une centaine de mètres de là.
"Bon dieu, mais qu'est-ce que vous faites Jonas ?!"
Et Jonas trébucha et s'affala. A ses côtés, deux enfants rirent aux éclats (mentalement, bien entendu), brandirent un objet et détalèrent vers la cité.
"Ils ont pris le palet !" répondit-il, rapidement sur pied et se massant l'arrière-train.
Le seul.
L'unique.
Le seul et l'unique palet.
Sam repartit à rire et Jack à gémir. Ce après quoi, on décida que prendre le couvercle du pot de glace était encore la meilleure solution. Daniel se régalait derrière sa caméra : avec un peu de chance il vendrait la cassette à un producteur et sortirait le film comique de l'année…
Jonas siffla bientôt la reprise du match.
Sam fit un petit signe à son coéquipier. Il la remarqua, hocha la tête et frappa dans le couvercle du pot de glace.
L'inconvénient, que Jack avait souligné lorsqu'il avaient pris la décision de prendre cet objet comme substitut du palet, était sa légèreté. On aurait pu plus aisément s'en servir comme d'un frisbee.
Ce fut d'ailleurs à peu près l'effet que cela fit. Oh, l'allier gauche avait pourtant bien visé, seulement un peu haut…
Ce qui résonna dans les têtes des Terriens n'avait pas d'équivalent. Un grondement ? Un beuglement ? Un mugissement ? Plus tard, il décidèrent d'un commun accord que c'était un rire.
Un rire dirigé vers la jeune femme qui venait de recevoir le 'palet' en pleine face. Remise de sa surprise, elle tâta son nez et fit quelques grimaces. Qu'y avait-il de si drôle ? Elle ne voyait pas du tout où était le comique de la situation !
Daniel avait bien du mal à tenir sa caméra droite. Il se demanda brièvement si les 'rires mentaux' allaient être enregistrés ou non, mais fut bientôt secoué d'un autre éclat de rire en apercevant Teal'c s'esclaffer bruyamment.
Cependant, il se reprit tout à coup lorsqu'il vit la chose inévitable se produire. Jack se dirigea vers Sam, et le jeune homme zooma au maximum.
"C'est pas trop douloureux ?"
"J'ai vu pire…"
"Vous avez un peu de glace, là…" murmura-t-il en se mordant la lèvre pour se contenir à la vue du petit morceau de crème glacée trônant fièrement sur sa joue gauche.
Sam ne dit rien, ne fit rien. Il s'approcha doucement d'elle et elle ne put refouler un sourire.
"Ca fait tellement cliché…" soupira-t-elle lorsqu'une paire de mains gantées s'empara de son visage et qu'elle sentit sa bouche se poser sur l'endroit en question.
"Vous voyez, si y'a une catégorie de cliché que j'apprécie, c'est bien celle-là !" répondit-il en se léchant les babines.
"J'imagine bien…"
Elle le regarda s'éloigner à l'appel de Jonas qui allait de nouveau siffler la reprise.
Ses coéquipiers avaient compris le truc. L'un d'entre eux réitéra le même coup qui leur avait fait marquer leur premier point. Jack sourit d'avance. C'était décisif cette fois, s'ils marquaient, la victoire était à eux.
A lui.
Cette pensée lui fit risquer un coup d'œil en arrière, vers Sam. L'amertume marquait déjà ses traits. A moins que ce ne soit de la peur… Oui, ses yeux s'élargissaient, sa bouche s'ouvrait, son visage prenait une expression horrifiée, c'était manifestement de la peur. Elle cria quelque chose qu'il ne comprit pas.
La collision ne fut pas douloureuse, simplement surprenante et brusque, dû à la vitesse qu'il avait prise. Ce fut lorsqu'il s'envola par dessus la chose pour retomber avec un bruit sourd quelques mètres plus loin que son corps, son genoux, son épaule et son crâne en prirent un coup.
Tout fut flou et indistinct pendant un temps qu'il ne détermina pas. Un son strident agressait ses tympans et quelque chose apparut devant ses yeux. Une forme noire. Les contours d'un corps humain. Les traits d'un visage. Les pupilles dilatées d'inquiétude. Sam.
"Humpfrrrr…" grogna-t-il, ou quelque chose y ressemblant, en passant sur le dos.
"Colonel ! Dites-moi que vous vous n'avez rien !"
"J'aimerais bien major, j'aimerais bien… Mais j'ai l'impression d'être en mille morceaux"
"Bougez la jambe droite."
Il s'exécuta. Les ordres d'un docteur sont les ordres d'un docteur.
"Jambe gauche… Bras droit, poignet… Bras gauche, poignet… Nuque… Débout… Vous voyez bien, vous n'êtes pas cassé !"
Sur ce coup là, il s'était fait avoir. Rester allongé et gémir lui aurait sans doute offert le réconfort et les attentions de Sam pour toute une nuit, voire plus (il voulait dire "voire plus qu'une nuit", mais se risquait à penser "voire plus que du réconfort").
Le bruit strident continuait néanmoins, et maintenant que le colonel était sur pied et apparemment indemne, tous les regards se tournèrent vers son origine.
Comment étaient appelés ces ballons de baudruche déjà ? Des incubateurs ? Elles lui rappelaient vaguement l'animal possédé par un Goa'uld auquel ils s'étaient confrontés dans le ziggourat un an et quelques auparavant. En bien plus gros, bien plus pataud et presque translucide. Sa gueule rondouillarde était plantée de deux orbites bleues et d'une paire de moustache de la même couleur. La bête geignait tout ce qu'elle pouvait en se tordant de douleur sur le sol gelé.
"Qu'est-ce qui lui arrive ?" demanda Sam sur un ton mi-inquiet, mi-rebuté.
Celui qui décida de lui répondre adressa ses pensées à tout le monde.
Elle va perdre l'enfant qu'elle porte et mourir.
"Quoi ?!" s'écrièrent quatre voix en même temps, et Teal'c haussa non un sourcil, mais deux.
Carrément.
"Et vous ne pouvez rien faire pour les sauver ?"
L'incubateur doit disparaître une fois sa tâche accomplie. Nous pourrions en revanche sauver l'enfant, mais le destin de celui-ci est de toutes façons de ne pas exister.
"Et pourquoi cela ?" Sam prenait les choses en main, sans doute poussée par son instinct maternel.
Ses géniteurs ont disparu dans le nord du continent peu après l'avoir fait concevoir. L'attitude irraisonnée de l'incubateur -se précipiter dans vos jambes par exemple, colonel- est le résultat de cette absence. L'enfant n'est pas directement atteint, mais à sa naissance il n'aura personne pour s'occuper de lui et ne survivra pas.
"Mais c'est insensé !" s'énerva-t-elle, "Faites-le adopter !"
C'est malheureusement impossible… L'éducation de l'enfant commence lorsqu'il est encore dans l'incubateur, ses géniteurs lui transmettent quotidiennement les bases de leur connaissances. Celui-ci naîtra inculte, personne ne voudra de lui.
Daniel choisit cet instant pour prendre part à la discussion. "Acceptez la différence, c'est la base de la vie en communauté !"
De votre communauté, Terriens. La nôtre n'accepte pas de surcharge inutile, elle travaille et va de l'avant.
Jack s'apprêtait à protester mais fut stoppé par deux choses. La première était Daniel mais tenait à conserver des relations diplomatiques. La seconde était la bestiole dont le cri changeait de tonalité.
Elle donne la vie.
"Et il va mourir ?" demanda Sam en grimaçant devant l'impassibilité des autochtones.
Oui, il ne résistera pas au froid.
Jack déglutit avec difficulté. Même si l'enfant était condamné depuis toujours, un sentiment de culpabilité l'habitait. Si elle… accouchait, ici et maintenant, c'était parce qu'il l'avait percutée.
Lorsqu'il détacha ses yeux de la scène, il tomba immédiatement dans ceux de Sam. Plissés. Implorants. Attendant un mot de sa part, un seul.
Il passa une main sur son visage. Il devait réfléchir aux conséquences, bien sûr, mais le ventre de l'incubateur se scindait en deux. Un petit être en sortait. Il allait mourir.
"Colonel…" murmura Sam d'une voix étranglée. Il la regarda un instant tenter muettement de le convaincre, mais sa décision était déjà prise.
"Daniel, vous êtes la sage femme de l'équipe, venez faire quelque chose" ordonna-t-il.
Trois personnes répondirent au nom de Daniel, dont Jack qui s'obéit à lui-même. Jonas et Teal'c restèrent un peu en retrait pour ne pas gêner, tout de même vigilants comme à leur habitude.
Il est condamné, humains. Vous le sauverez maintenant, mais pas éternellement.
"On verra ça" grogna Jack en se débarrassant de son manteau fourré, immédiatement surpris par le froid piquant de la planète.
Daniel grimaça à peine lorsqu'il dut extraire tant bien que mal le petit être des viscères visqueuses de la bête. Il le confia ensuite à la jeune femme qui l'enroula immédiatement dans le vêtement de Jack, avec l'aide de celui-ci.
Il observa pendant plusieurs secondes la minuscule chose quasiment inerte, puis un frisson le sortit de sa contemplation. Il leva les yeux sur Sam, tout aussi silencieuse, tout aussi contemplative. Ils tenaient le fardeau ensemble, dans un entremêlement de bras et… de mains.
Les doigts de sa main droite étaient entrelacés avec les siens, et tous deux tenaient un bébé. La dernière fois qu'il s'était retrouvé dans cette situation était à la maternité, pour la naissance de Charlie.
Génial, comme s'il avait besoin de faire le parallèle.
"Euh… Il ne devrait pas pleurer ?" lança Jonas qui épiait la scène.
Sam leva enfin la tête vers lui et une expression horrifiée se peignit sur son visage.
"Non" déclara simplement Daniel.
"Non ?"
"Non, regardez sa nuque"
Et ils regardèrent sa nuque, se débattant pour ce faire avec la fourrure du manteau. Une minuscule paire de branchies s'ouvrait et se fermait doucement. L'enfant bougea dans son sommeil en resserrant ses poings.
Jack sourit et se mit à caresser imperceptiblement la main de la jeune femme de son pouce. Il se rétracta bientôt. Il devait arrêter ce genre de choses.
~*~
"Hey, miss Connaissance Infuse, éclairez-moi sur un point. Ces pommes de douche sont faites de glace et il en coule de l'eau brûlante… comment vous expliquez ça ?"
Jack versa au creux de sa main une goutte de ce produit qu'on lui avait donné en guise de savon, la renifla suspicieusement et finit par se l'étaler sur le torse avec une légère grimace.
"Carter ?" appela-t-il, ne recevant point de réponse.
Il fronça les sourcils. Plus aucun bruit n'émanait de la cabine qui se trouvait à sa droite. Presque inquiet, il envisagea de passer sa tête hors de sa cabine (dénuée de porte… certaines choses ici laissaient à désirer) et de jeter un coup d'œil à côté. Pour la trouver vide, ou bien occupée par 'quelque chose' qui allait hanter ses rêves pour le restant de ses jours. Il réitéra son appel, cette fois sérieusement inquiet, et après une longue délibération intérieure fit ce qu'il avait prévu.
Ses rêves allaient être alimentés pour les trois décennies à venir.
Il se racla la gorge lorsqu'il la découvrit les yeux grands ouverts, acquiesçant de temps à autres. Une fois, deux fois. Puis il étendit le bras pour toucher le sien. "Major ! Ca va ?"
"Une seconde" dit-elle en posant sa main sur la sienne en un geste apaisant. Pas si apaisant du point de vue de Jack quoique. Puis elle sembla se réveiller d'un songe et lui sourit. "On me donnait la réponse à votre question. C'est fascinant, il semblerait que le liquide qu'on extrait des buissons ait de multiples propriétés, dont celle, justement, de…"
Elle s'interrompit, ses yeux s'arrondirent et ses lèvres remuèrent silencieusement. Et puis un peu moins silencieusement.
"Oh mon dieu !" s'écria-t-elle en se cachant du mieux qu'elle put et décidant que le meilleur moyen d'y parvenir était de reculer dans le coin de la cabine qu'il pouvait difficilement voir, à moins de se tordre le cou. "Mais vous auriez pu me le dire !"
Levant les yeux au ciel, celui-ci rentra complètement dans la sienne et s'adossa au mur du fond, laissant l'eau brûlante courir sur son corps. L'eau froide aurait été plus efficace pour traiter son cas, mais on ne pouvait pas tout avoir.
"Je n'en ai pas eu l'occasion Carter ! Quand vous commencez à parler en utilisant les mots 'fascinant' ou 'incroyable', je mets quiconque au défi de vous arrêter !"
"Oh je vous en prie colonel, depuis quand vous soumettez-vous de la sorte à mon débit de paroles… ?"
Un point pour elle.
"Quoi qu'il en soit, si vous ne pouvez pas réaliser par vous-même que vous êtes nue, c'est pas moi qui vais vous apprendre !"
"Mouais… Je suis persuadée que si l'occasion se présentait vous ne diriez pas non"
"Serait-ce des avances, Carter ?"
"A vous de juger…"
Chacun éclata de rire dans sa cabine. C'était un parfait exemple de ce jeu de séduction auquel ils se prêtaient ces derniers temps. Une personne extérieure aurait parié sur les meilleurs amis du monde plaisantant sur le sujet d'une improbable relation amoureuse, pourtant tous deux savaient que chaque parole prononcée était on ne peut plus sérieuse.
Sam aimait ça. S'ils ne pouvaient avoir plus, elle espérait de tout son cœur que rien ne change. Jamais. Elle garda son sourire en se savonnant à son tour, mais Jack avait apparemment décidé d'engager une discussion plus sérieuse.
"Je suis dans le flou pour l'enfant… "
"Vous vous demandez ce qu'il va devenir maintenant qu'il est sous la responsabilité de gens qui n'appartiennent même pas à sa planète ?"
"Il y a de ça, oui. Mais il y a aussi le fait que je me demande si ma décision de sauver cet enfant n'était pas un acte insensé de ma part, et cette pensée me…"
"Dégoûte ?"
"Vous lisez dans mes pensées major."
"Comme toujours colonel, et puis je ressens la même chose."
Jack soupira, un nœud dans le creux du ventre. Il éteignit la douche et attrapa une serviette. A côté, Sam en faisait autant.
~*~
"Donnez le moi Jonas Quinn." exigea Teal'c en tendant les bras.
Le jeune homme hésita, mais la perspective de s'opposer aux volontés du Jaffa n'était pas très réjouissante, et il lui tendit son fardeau sans poser de question.
"Et maintenant ?" demanda-t-il en observant son amis faire des gouzi-gouzi avec un sourire plus grand que la superficie de l'Australie.
Jack et Sam, une serviette autour du coup et les cheveux encore humides dans lesquels perlaient des petites gouttes glacées, firent leur entrée à cet instant. Le premier se chargea de répondre à sa question.
"Et maintenant on a un enfant sur les bras qui mourra si jamais on l'abandonne, aussi sûrement qu'il serait mort si on ne s'était pas occupé de lui." résuma-t-il.
"Ca nous avance pas beaucoup Jack…" protesta Daniel, paresseusement allongée sur sa couche.
"Non, il a raison, il faut commencer par résumer puis procéder par élimination." intervint Sam.
"Merci Carter."
"De rien." répondit-elle en souriant.
Daniel roula des yeux. Si Sam commençait à prendre la défense de Jack, il n'était pas sortit de l'auberge. Mais celle-ci reprenait déjà.
"Je suppose qu'il n'est question pour personne de l'abandonner…"
Les quatre autres firent 'non' de la tête.
"Donc de deux choses l'une. Soit on reste ici avec lui, soit il part avec nous."
"On peut d'ores et déjà oublier la première solution" coupa Jack.
"En effet. Mais pensez-y, la deuxième peut être dangereuse pour lui… Après tout ce n'est pas parce que nous supportons relativement bien les conditions de cette planète qu'il en sera de même pour lui sur la nôtre… Et cette supposition est renforcée par le fait que ce n'est encore qu'un nourrisson, son organisme est d'autant plus fragile…"
"Votre logique est exaspérante, major"
"Il n'en reste pas moins que Sam est dans le vrai… Et quand bien même, que deviendrait-il ?" médita Daniel.
"Le doc ?"
"Allons, ce n'est pas une famille d'accueil à elle toute seule !" protesta-t-il devant l'air innocent de Jack.
"Et puis il faut voir à long terme…" intervint Jonas d'un air songeur. Tous les regards se tournèrent vers lui. "Je me trompe peut-être, mais regardez-le ! Les terriens n'ont certainement pas l'habitude de voir des enfants à branchies courir les rues…"
Tout le monde resta silencieux, songeant à ces problèmes qui s'accumulaient. Sam s'assit aux côtés de Teal'c qui, malgré quelques réticences, lui permit de le prendre à son tour.
"Faut voir le bon côté des choses" murmura-t-elle, "Si ce petit bout de chou n'arrive pas à s'en sortir avec quatre pères et une mère, c'est qu'il y a vraiment un problème…"
Les quatre pères en questions mirent quelques temps à digérer ce qu'elle venait de dire. Daniel sortit de sa digestion avec une illumination.
"Qu'est-ce qu'on sait de ses géniteurs déjà ?"
"Qu'ils ont disparu dans le nord du continent peu après l'avoir fait concevoir" récita Jonas en puisant dans sa mémoire infaillible.
"Disparu…" répéta Teal'c.
"Oh vous n'y pensez pas sérieusement…" s'alarma Jack.
Le bébé choisit cet instant pour émettre ce qu'ils qualifiaient de vagissements mentaux, et il fallut lui donner à boire le liquide que leur avaient indiqué les autochtones.
~*~
"Alors vous y pensiez sérieusement…"
"Que voulez-vous faire… ? Il a une petite chance pour qu'ils soient toujours vivants, après tout ils étaient ethnologues et non kamikazes, les gens de la profession ne prennent pas tellement de risques insensés…"
"Vous savez quoi Daniel ? Je vais me retenir de tout commentaire simplement parce que je veux croire qu'il y a une chance de sauver Bébé, mais je vous la ressortirai cette histoire d'ethnologues raisonnables."
Jack resserra les bretelles de son sac tout en maintenant Daniel d'une main. Sam s'occupait de Jonas malgré le fait qu'il avait fait des progrès considérables en patinage et Teal'c trottinait derrière.
"Vous savez que convaincre Hammond ne va pas être chose facile… ?" reprit-il.
"On verra ça."
Les Esthekians avaient accepté de prendre Bébé en charge pendant une révolution de leur planète autour des deux soleils, ce qui correspondait à11 heures et 23 minutes exactement. Passé ce délai, si les Terriens ne revenaient pas, ils l'abandonneraient à son sort.
Sur cette pensée, ils composèrent les coordonnées de la porte, envoyèrent leur signal et passèrent le vortex.
~*~
Le briefing fut long.
Très long.
Trop long.
Sur les 11 heures et 23 minutes, il ne leur en restait déjà que 8.
"On a donc participé à plusieurs conférences, visité les installations, jeté un œil sur leurs technologies qu'ils ne veulent pas partager… Et puis Daniel, alors qu'il se baladait tranquillement -ou plutôt essayait vainement de rester stable sur ses patins- a heurté un de ces incubateurs dont on vous a parlé. C'est là qu'il a accouché devant nous, et vous connaissez la suite."
Daniel lui jeta un regard noir, mais se garda bien de tout commentaire. Jack avait beau en profiter, il construisait avec succès une histoire de substitution excluant le hockey, et s'ils voulaient que Hammond leur donne le feu vert pour leur petite expédition, il valait mieux taire cette histoire.
"Vous vous êtes mis dans un beau pétrin…" conclut le général. "Ramener l'enfant sur Terre peut être extrêmement dangereux pour lui comme pour nous."
"C'est ce que nous nous sommes dit. Et puis on a pensé à autre chose…" commença Jack dont le cœur accélérait légèrement. Tout allait tenir dans ses prochains mots et dans ceux du général.
"Allez-y."
"Retrouver ses parents."
"Mais vous ne venez pas de me dire qu'ils…"
"Avaient disparu lors d'une expédition ? Si. Mais personne n'est jamais parti à leur recherche."
"Et ça fait combien de temps ?"
"J'ai calculé que la période de gestation d'un incubateur est de cinq mois…" informa Sam.
"Très bien. Proposition rejetée. Survivre cinq mois dans les conditions que vous m'avez décrites est impossible."
"Pour nous oui, mais pour eux…"
"J'ai dit proposition rejetée colonel, croyez bien que ça me désole d'avoir à vous dire ça, mais ce n'est pas discutable. Sur ce, j'ai cru comprendre que nous n'avions rien d'autre à nous dire, rompez."
Ce n'était pas discutable et il leur restait 7 heures et 49 minutes.
~*~
H -5 heures et 32 minutes.
Jack avait besoin de parler à quelqu'un qui n'était ni Daniel, ni Jonas, encore moins Teal'c. Il avait besoin d'un avis féminin, tenta-t-il de se convaincre. En réalité, il avait besoin de parler à la personne avec qui il avait partagé cet étrange sentiment la première fois que tous deux avaient tenu l'enfant dans leurs bras.
Il frappa à la porte. Quatre rapides, puis trois plus lents, un lent et un rapide, un rapide, un lent un rapide et deux lents. Objectivement, ils auraient pu trouver plus simple comme méthode de reconnaissance, mais il appréciait le fait que cette série de coups était en fait le morse du mot 'honey', la traduction anglaise de 'chéri'. Il avaient bien ri avant d'en arriver là… De ce rire sincère et faux à la fois qui les rapprochait tout en les éloignant.
Elle ne l'autorisa pas à entrer mais vint lui ouvrir. Il lui tendit un dossier, elle le feuilleta rapidement, fronça les sourcils et rentra dans ses quartiers en lui indiquant de la suivre.
Le vigile ou toute autre personne derrière les caméras de sécurité aurait vu un colonel venant discuter un point de son rapport avec son major.
Pourtant, une fois que Jack eut refermé la porte derrière lui, Sam jeta sur son lit le rapport de cette ancienne mission qu'ils utilisaient chaque fois qu'ils voulaient être seuls sans éveiller les soupçons.
Elle-même se jeta ensuite au même endroit et avec à peu près autant de délicatesse, se laissant observer durant de longues minutes.
"On ne peut pas le laisser…" dit-il finalement.
"Non."
"Dites-moi ce que vous souhaitez faire et je vous suivrai."
"Qu'ont répondu les autres ?"
"Je ne leur ai pas demandé."
"Alors pourquoi moi ?"
Il ne répondit pas et elle secoua doucement la tête pour s'excuser. Ce genre de questions stupides lui échappaient de temps à autres : pourquoi faisait-il ceci ou cela… Elle savait si pertinemment qu'elle était la cause de la moitié des choses qu'il pouvait faire !
"Je veux le faire… Mais je sais ce que ça implique et je sais aussi que vous serez tenu pour responsable."
"Sam…" murmura-t-il. Il la sentit se raidir à l'usage de son prénom, car même dans leur relative intimité ils évitaient ce genre de choses. "Quand Charlie est mort, je suis mort avec lui. Vous ne pouvez pas imaginer ce que perdre mon enfant a été pour moi. Bien sûr, vous me direz que ce n'est pas la même chose, ce n'est pas mon fils, c'est quasiment un amphibien, mais…". Il chercha longtemps ses mots et ne les trouva pas, ce qui eut pour effet de le décourager au point qu'il se laissa lourdement tomber sur le bord du lit.
La jeune femme attendit d'avoir fini de rebondir pour les trouver à sa place.
"Mais pour une raison inconnue vous ressentez quelque chose de fort pour lui. Comme s'il vous était tombé du ciel à l'instant où vous l'espériez le plus tout en l'attendant le moins."
Jack s'accorda un moment pour réfléchir à ses paroles. Elle n'avait qu'à moitié raison. S'il espérait un enfant, c'était inconscient. Pour l'instant elle représentait tout ce qu'il espérait. D'un autre côté, il espérait tout ce qu'elle espérait, alors…
"On va le faire." déclara-t-il.
"On risque beaucoup…"
"Bien moins que lui."
~*~
Fin de la première partie.
Suite dans l'Age d'Eau, déjà préparation. Ca risque de prendre du temps, peut-être un peu moins si vous me dites ce que vous en pensez… J