Titre : What’s new, Pussy Cat ?

Auteur : Lisa

E-mail : [email protected]

Résumé : A la recherche du chat perdu.

Statut : 1/2

Catégorie : Romance, Humour.

Spoilers : Tout ce qui a attrait aux Tollans.

Saison : 6

Rating : PG-13, situations sexuelles.

Disclamers : Stargate SG-1 et ses personnages sont la propriété de MGM, Gekko Film Corp. et Double Secret Production. Je n’ai reçu aucune prime dans l’écriture de cette histoire. Toute ressemblance avec des personnes existantes est purement fortuite.

Note de l’auteur : A mes chats (c’est étrange comme dédicace, je sais…), dont le plus grand plaisir est de s’allonger sur le clavier pendant que je tape, et qui ont été une grande source d’inspiration pour cette fic.

©Lisa, février 2003

~*~

" Je vous préviens colonel, c’est la dernière fois que je fais ça, il faut vraiment apprendre à gérer votre… " Samantha s’interrompit au beau milieu de sa phrase sans raison apparente. Voilà que ça recommençait, cet insupportable petit chatouillement dans le…

ATCHA !

" A vos souhaits "

" Merci "

Elle renifla et sortit un paquet de kleenex déjà bien entamé de la poche de son anorak.

" Vous disiez ? "

" Qu’il fallait apprendre à gérer votre temps " finit-elle. " Je ne pourrai pas indéfiniment vous fournir mes rapports, vous devez pouvoir boucler le vôtre même si vous réussissez à trouver la meilleure excuse bidon imaginable "

" Mais j’en ai une valable cette fois " assura-t-il en sortant de la voiture et en attendant qu’elle ait fait de même pour la fermer à clé. " Quand on est revenu de M8H… "

" … M8H-62 "

" Oui peu importe… j’ai reçu un message d’un cousin, la vieille tante Beth a passé l’arme à gauche, l’enterrement est demain matin "

" Oh je suis désolée " exposa-t-elle sur un ton sincère en arrêtant brièvement de marcher, " Toutes mes condoléances "

Jack s’arrêta à son tour et se retourna vers elle, acquiesçant avec un petit sourire. Il n’était pas réellement triste, la tante Beth avait toujours eu une place dans on cœur, mais elle avait eu une belle vie, et une belle mort à un âge avancé. D’autant que c’était elle qui lui avait inculqué la simple mais véridique notion de la finitude de l’homme.

" Très bien, va pour cette fois " soupira-t-elle.

Emmitouflée dans son anorak et chaussée d’une paire de bottines fourrées, elle enjamba vivement les quelques marches du perron. Son équipe avait passé la dernière semaine sur M8H-62, une charmante petite lune tropicale à intérêt purement scientifique, si bien que la vague de froid qui s’était dernièrement abattue sur une bonne partie de la planète leur était complètement passée à côté.

Elle comprit rapidement sa douleur lorsque son pied dérapa sur une plaque de verglas qui se trouvait juste devant son paillasson. Surprise, elle chercha désespérément quelque chose auquel se rattraper, mais la nuit était tombée il y avait déjà quelques heures et l’unique objet qu’elle trouva fut la fine chaîne de la sonnette qui se rompit presque immédiatement après qu’elle l’eut agrippée.

Jack ne fut pas assez prompt cette fois, et la jeune femme serra les dents pour tenter d’ignorer la douleur que la dureté du sol infligeait à son postérieur. Désolé d’être arrivé trop tard pour la rattraper, il se précipita vers elle et lui tendit la main. Quelle regrettable erreur, se dit-elle immédiatement après l’avoir accepté… Ils portaient tous deux des moufles et elle retomba presque aussitôt.

Il y avait des jours, comme ça…

" Je peux savoir ce qu’il y a de si drôle ? " lança-t-elle à son compagnon qui n’avait pu se retenir d’éclater de rire quand il s’était rendu compte que le gant de Sam était resté entre ses mains.

" Excusez-moi… " répondit-il, riant toujours, en se débarrassant du sien pour l’aider une nouvelle fois à se relever.

L’amusement s’effaça alors immédiatement de ses traits. Une fois sur pied, Sam avait chancelé et il n’avait rien trouvé de mieux à faire que d’agripper sa taille. Une main dans la sienne et l’autre sur une courbe qu’il appréciait particulièrement chez les femmes, il resta à la regarder d’un air désorienté.

En temps normal, la jeune femme aurait sans doute été dans le même état, incapable de faire un seul mouvement ou de formuler une pensée cohérente. Mais l'ecchymose qu’elle pouvait presque imaginer se former dans le bas de son dos la gardait d’hypnoses de ce genre.

Cela lui portait littéralement au cœur. Elle en avait vu d’autres, et des bien plus douloureuses qui plus est, mais ça n’était jamais très agréable, surtout en dehors des heures de travail.

Elle avait besoin d’un verre d’eau pour faire passer tout ça.

Si bien qu’elle lui adressa un petit sourire avant de se détourner de lui pour chercher son trousseau de clés dans son sac à main. Elle se félicitait d’avoir gardé la tête froide, mais quelques fois elle se demandait si elle n’était pas dans l’erreur. Toujours résister, ne jamais succomber, toujours combattre les envies, ne jamais céder… N’importe quel psychologue la prendrait pour plusieurs dizaines de séances.

Elle fit jouer la clé dans la serrure et poussa la porte. Dès qu’elle eut posé un pied à l’intérieur, elle s’arrêta. Cette étourdie de Madame Newman avait encore oublié de relancer le chauffage… Il faisait à peu près la même température entre les murs qu’à l’extérieur !

Quelle guigne, pensa-t-elle en poussant l’interrupteur pour illuminer le séjour et en se dirigeant directement vers la kitchenette où se trouvait le thermostat. Elle le remonta de plusieurs degrés, puis appuya machinalement sur le bouton de son répondeur.

L’un était de Mark qui venait aux nouvelles et qui lui demandait de passer prendre les enfants à l’école, un jour dans la semaine qui suivait. Elle espérait qu’elle n’aurait pas à défendre la Terre contre une quelconque bande d’aliens ce jour là…

Sam haussa les sourcils en apercevant Jack qui fouillait dans son réfrigérateur.

Le second était de Madame Newman, la voisine. Une affaire familiale la retenait en Caroline du Nord pour un bon mois, et elle s’excusait de ne pas avoir pu s’acquitter de la tâche qui lui avait été confiée. Le fait est qu’elle n’avait trouvé aucun moyen de la joindre.

Pas étonnant, pensa-t-elle en soupirant, si la pauvre femme savait…

Une bière à la main, Jack ouvrit consécutivement plusieurs tiroirs. " A droite " articula-t-elle silencieusement en indiquant du doigt le tiroir en question.

Newman continuait de parler, alternant les excuses et la narration du mariage de son petit dernier. Sam n’écoutait que d’une oreille, fixant rêveusement son colonel qui avait trouvé le décapsuleur et dont la bouche se refermait maintenant sur le goulot d’une manière particulièrement… significative.

" Désolée pour le chat "

Un bip régulier se fit alors entendre, lui indiquant que sa voisine avait achevé son monologue. Elle se tira de sa rêverie qu’elle qualifia immédiatement de malsaine et secoua la tête. Désolée pour le chat, avait-elle dit avant de raccrocher.

Désolée pour le… CHAT ?

" Oh mon dieu… " s’écria-t-elle en se précipitant de l’autre côté du plan de travail.

La gamelle nouvelle génération dont elle avait fait dernièrement l’acquisition était là. Belle invention que ces quatre compartiments qui s’ouvraient mécaniquement chaque jour, offrant à l’animal une ration quotidienne.

Vide.

La jeune femme fit rapidement le calcul. C’était à sa portée, elle avait été absente sept jours exactement, à son départ, la machine était pleine. Sept moins quatre…

" Mon dieu " répéta-t-elle presque imperceptiblement, cette fois en fixant la gamelle.

Jack délaissa alors sa bière et tendit le cou pour apercevoir ce qui perturbait tant son major.

" Un problème ? "

" Pauvre animal… "

" Quoi ? "

" Schrödinger ! Ca fait trois jours qu’il n’a pas été nourrit ! "

" Oh "

Jack réfléchi un moment, examinant inconsciemment les traits tirés de la jeune femme.

" Vous savez Carter, c’est un chat… Il aura bien réussi à trouver un campagnol ou deux… "

Peu rassurée, elle acquiesça. Le silence régna encore pendant quelques secondes où elle se perdit en conjectures, puis elle commença à paniquer.

" Alors il doit penser qu’il a été abandonné ! Ca fait trois jours maintenant, il ne reviendra pas s’il sait qu’aucune nourriture ne l’attend ici ! Oh c’est pas vrai, je ne suis même pas en mesure de m’occuper d’un simple chat… " 

Jack leva les yeux au ciel et posa une main ferme sur son épaule.

" On se calme Carter, ce chat est probablement le dernier survivant Tollan, il survivra aussi à cette épreuve, croyez-moi… " assura-t-il en regrettant immédiatement ses paroles. Avait-il vraiment besoin de citer la tragédie Tollan pour la rassurer ?

" Vous voulez qu’on le cherche ? " demanda-t-il pour se rattraper, bien que la perspective ne l’enchantât guère.

Elle hocha la tête.

" Très bien " soupira-t-il en pressant son épaule avant de la lâcher " On commence par la maison, et si on ne trouve rien, on verra pour les alentours demain, d’accord ? "

Et c’est ainsi qu’il se retrouva à arpenter la maison de son second en commande, appelant ‘Minou’ et agitant un paquet de croquettes. Quelques fois il lui arrivait de penser à Kavalsky et à ce qu’il dirait en le voyant dans une telle situation. Lui, le grand Jack O’Neill. Il rirait, sans aucun doute, avant d’afficher un sourire narquois, de ce petit air qui voulait dire qu’il voyait clairement à travers tout ça. Qu’il suffisait de trouver le point commun à toutes ces situations qui lui auraient parues inimaginables quelques années auparavant.

Cette femme le perturbait.

Indéniablement.

Comment y parvenait-elle, alors même que des dizaines de professionnels avaient échoué en la matière, en Iraq ou autre part… Cela restait encore un mystère pour lui.

Pas tant que ça, pensa-t-il lorsqu’il la vit débouler devant lui, ses grands yeux bleus écarquillés d’inquiétude. Totalement inconscient du fait qu’elle avait commencé à parler, il la toisa des pieds à la tête.

Il n’y avait pas réellement fait attention jusque là, mais elle était… désopilante. Etant donné la température ambiante, qui n’avait quasiment pas augmenté depuis leur arrivée, elle avait gardé cet énorme anorak, plus communément appelé doudoune. Il savait aussi qu’elle avait superposé deux pantalons, mais il était préférable de ne pas lui demander comment il le savait. Le manque significatif de gant à sa main droite lui rappela qu’il l’avait dans sa poche.

" Tenez " dit-il en le lui tendant.

Le regard de la jeune femme passa de Jack au gant, puis du gant à Jack.

" Mon colonel est-ce que vous m’avez écouté ? "

" Non " répondit-il nonchalamment, uniquement dans le but d’observer cet air exaspéré s’afficher sur son visage. Pour une raison inconnue, il trouvait ça terriblement sexy que de la voir rouler des yeux en sa direction.

Ce qui était complètement absurde d’ailleurs.

Quand il disait qu’elle le perturbait.

" Je disais " reprit-elle en soupirant d’agacement, " Qu’il n’est ni dans la cuisine, ni dans le séjour, ni à la cave, ni dans le placard à balais "

Jack, quant à lui, avait choisi l’option grenier, lui évitant ainsi la poussière et les courants d’air qui n’aurait pu qu’aggraver son rhume. Ses investigations, qu’il considérait comme vaines mais qu’il accomplissait pour ne pas la contrarier, lui avaient pris un temps considérable. C’était un véritable parcours du combattant que de zigzaguer entre les piles de cartons et les vieux meubles.

" Rien dans ma chambre ? " continua-t-elle.

Il venait à peine d’y pénétrer lorsque qu’elle lui était apparue, mais son expédition à l’étage au-dessus l’avait tellement épuisé qu’il supposa que le chat se serait probablement établit sur le lit s’il avait choisi la chambre comme lieu de résidence. En conséquence, il secoua négativement la tête.

" Bien, allez jeter un coup d’œil dans la salle de bain dans ce cas, je prends le garage " lança-t-elle avant de tourner le dos, son propre paquet de croquettes en main.

Jack passa une main sur son visage et commença à se demander dans quoi il s’était lancé. N’était-il pas venu ici pour une disquette à l’origine ? Alors pourquoi donc se retrouvait-il à soulever un tapis de salle de bain dans le fol espoir d’y trouver un chat ?

Cette pensée particulièrement invraisemblable le ramena à une raison qui semblait l’avoir abonné depuis l’épisode du grenier, où le froid avait dû avoir un quelconque effet néfaste sur son encéphale. Il se mit donc à regarder dans les placards, ce qui lui paraissait tout de même bien plus rationnel.

Il tomba alors sur certaines choses qui le laissèrent coi. Il n’avait pas vu ce genre de choses depuis que Sara était partie, se remémora-t-il en portant une crème dépilatoire à la hauteur de son nez.

Pris d’une soudaine gêne à la pensée que c’était dans les effets personnels de son major qu’il fouillait, et non dans ceux de sa femme, il reposa prestement le tube dans le placard, referma celui-ci et s’en éloigna vivement.

Combien d’articles du règlement relatif à la fraternisation avait-il violé au cours des dernières heures ? Il y avait tout d’abord cet absurde paragraphe qui conseillait de ne pas trop fréquenter les membres de son commandement en dehors des heures de travail, mais à vrai dire ce n’était pas si souvent, non car il ne la fréquentait pas, mais pour la simple et bonne raison qu’elle travaillait en permanence. Et il eut beau réfléchir, aucun aliéna ne spécifiait la prohibition de la recherche du chat d’un subordonné.

Et puis quoi, elle le lui avait explicitement demandé, non ?

Autre chose vint bientôt contrer ses scrupules, bien qu’il se blâmât immédiatement d’avoir de telles pensées. Il n’avait que rarement l’occasion de voir ce qu’elle pouvait bien cacher de féminin en elle. Quel parfum pouvait-elle bien mettre, par exemple ? Elle en avait changé dernièrement, l'effluve vanillé qu’il reconnaissait auparavant comme étant la sienne avait disparu pour laisser place à une autre qu’il aimait beaucoup, certes, mais qu’il ne parvenait pas à identifier.

Ce fut avec cette seule et unique idée qu’il ouvrit le placard pour jeter un coup d’œil timide à l’intérieur. Il parcourut l’étagère du regard tout en évitant soigneusement de s’attarder sur les objets qui effrayaient sa bonne conscience.

Là !

Une petite bouteille de couleurs vives, dans les tons ambrés qu’il sortit bientôt du placard.

Il resta quelques secondes, quelques minutes peut-être, le nez collé sur le vaporisateur. Oh oui… c’était elle, c’était son parfum, indéniablement. Citron Cannelle était inscrit en caractères élégants sur l’étiquette.

Une pensée incongrue lui traversa l’esprit, mais il savait qu’elle y resterait jusqu’à ce qu’il y succombe. Dans les prochains jours, il irait dans la parfumerie la plus proche et s’en achèterait un petit flacon qu’il cacherait jalousement dans sa table de nuit.

Non, vraiment, elle avait une influence terriblement troublante sur lui, pensa-t-il en reposant la bouteille à sa place originelle.

~*~

Sam se frotta les mains et resserra son manteau. Schrödinger restait introuvable. Au cas où, elle venait de vérifier si la chatière n’était pas bloquée et elle laissa entrouverte la porte du garage qui donnait sur le séjour. Elle ne savait pas pourquoi la disparition de l’animal l’ennuyait à ce point… Peut-être, tout simplement, parce qu’elle était capable de protéger la Terre de dangereuses invasions sans pour autant pouvoir maîtriser ce qui ne relevait pas de sa vie professionnelle…

Tout de même, le colonel devait trouver cela bizarre…

Elle repéra que la télévision était allumée. Il devait avoir trouvé le temps long… Le pauvre, pensa-t-elle, c’était déjà tellement adorable de sa part de se plier à ses frasques…

Traversant le salon, elle s’approcha du canapé dans le but de l’informer qu’il pouvait très bien rentrer chez lui pour prendre un peu de repos avant l’enterrement du lendemain matin, ou plutôt du matin même, comme l’indiquaient les chiffres digitaux sur le magnétoscope.

Mais elle n’eut pas l’occasion d’ouvrir la bouche. Le tableau qui s’offrit à elle une fois qu’elle eut contourné le sofa la laissa sans voix.

L’adjectif mignon aurait été bien approprié pour qualifier ce qu’elle voyait. Devant un film visiblement à l’eau de rose qui passait à l’écran, il s’était assoupit, la tête renversée sur le côté. La pièce était dans l’obscurité totale, seul le poste de télévision faisait danser les lumières et les ombres portées des meubles et des objets.

Souriant, elle s’assit à ses côtés en réfléchissant à la meilleure façon de le réveiller. Elle pourrait simplement appeler ‘mon colonel’, ce qui serait d’une banalité et d’un ennui certains. Elle pourrait… faire claquer ses doigts devant son nez dans le seul et unique but de rire à la vue de ses paupières papillonnantes. Ou alors elle pourrait poser la main juste là, sur son genou, et… oh non, ça ne serait vraisemblablement pas une si bonne idée.

Un bruit sourd la fit sursauter. Elle sortit vivement de sa méditation pour parcourir circulairement la pièce des yeux. Lorsqu’elle revint à son point d’origine sans n’avoir rien trouvé de notable, Jack avait déjà ouvert les yeux, mais semblait quant à lui avoir rapidement découvert la source du bruit.

Ah oui bien sûr, la télé…

Elle l’avait presque oubliée tellement les dialogues se faisaient rares.

D’ailleurs, non seulement le film était silencieux, mais il était devenu sombre aussi. Elle plissa les yeux pour distinguer quelque chose et tenta de faire un rapprochement entre les différentes formes qui se mouvaient sur l’écran. En fait, elle n’en voyait qu’une qui méritait une quelconque attention, l’autre étant simplement un long rideau de mousseline éclairé par les lumières de la rue qui tremblait devant une fenêtre.

Soudainement, le rideau se déchira de tout son long, agrippé à sa base par la deuxième forme qui rampait sur le sol.

Mon dieu, elle avait dû se tromper, ça devait être un film d’horreur…

Mais étrangement, ce qui suivit fut un éclat de rire. Elle entendit ensuite d’autres bruits étranges, puis une silhouette se dessina dans l’encadrement de la fenêtre et se déplaça vers la droite. Peu après, la pièce fut révélée à la lumière.

Oh !

Ah non, ça n’était définitivement pas un film d’horreur, sa première idée était la bonne. Une jeune femme en sous-vêtements, encore penchée sur l’interrupteur d’une petite lampe de chevet, se retournait pour découvrir son compagnon en tenue d’Adam empêtré dans le tissu qui venait de lui tomber dessus. Les rires repartirent de plus belle et Sam reporta son attention sur Jack qui haussait un sourcil déconcerté.

" Quoi ? " dit-il avec un air innocent, " J’ai pas trouvé la télécommande… "

Ah oui, ça expliquait tout.

Sur l’écran, le jeune couple avait repris ses ébats à la lumière glauque d’une ampoule de faible puissance, dans ce qu’on pouvait maintenant identifier comme une chambre d’hôtel bas de gamme.

" Elle est dans le tiroir de la table basse "

Personne ne bougea pour autant, même si la nécessité de changer de chaîne devenait plus qu’évidente.

Sans bouger, elle se tint droite et retint sa respiration en évitant consciencieusement de rencontrer le regard de l’homme aux côtés duquel elle s’était assise à une bien trop petite distance (réalisa-t-elle).

Bientôt, un fondu se fit sur la scène et les deux militaires se remirent à respirer. Il n’en restait pas moins évident pour la jeune femme que leur proximité n’était pas réellement légale, quoi que le mot sonnât un peu dérisoire à son oreille.

Elle se pencha finalement pour sortir la télécommande de son tiroir et retomba sur le canapé, malencontreusement fait d’un cuir lisse qui la fit déraper encore plus près de lui qu’elle ne l’était déjà.

Il fallait vraiment qu’elle trouve des excuses un peu plus plausibles que la texture du canapé…

Elle lui tendit la télécommande d’un geste mal assuré et finit par s’adosser confortablement. S’il avait été décidé que la soirée devait se terminer devant un film, bien que jamais elle n’eut eu l’intention de faire autre chose que d’aller se coucher, alors autant optimiser les conditions.

Même si la doudoune et les deux pantalons ne collaient pas exactement à la définition qu’elle se faisait de ‘conditions optimales’ pour regarder un bon film.

‘Bon’ étant bien sûr une figure de rhétorique, car Jack accepta la télécommande sans pour autant en faire usage, et ils passèrent le reste de la soirée à regarder les tribulations d’un jeune couple qui semblaient accumuler sur eux tous les ennuis du monde.

~*~

Jack avait chaud.

Bien trop chaud.

Et ce n’était pas une sensation avec laquelle il se réveillait, généralement, étant donné qu’il avait plutôt tendance à envoyer au plancher draps, couettes et couvertures.

Alors il fallait ouvrir les yeux pour identifier le pourquoi du comment.

Avant de trouver le courage de faire un tel geste, il tenta de se remémorer exactement où il était, car une chose était sure, ce n’était pas dans son lit. Il ne dormait pas en position assise dans son lit.

Ah oui, la disquette, le chat, le film romantique…

Ses paupières s’ouvrirent aussi vite que si elles venaient d’être touchées par une décharge électrique. De toute façon, ça ne l’avançait pas à grand chose. Le magnétoscope lui indiquait 06h36, et le jour ne se levait que vers neuf heures en cette période de l’année.

Ok, donc…

Le chauffage devait enfin s’être mis en route, mais en l’occurrence ce n’était pas ce qui lui donnait des bouffées de chaleur. La doudoune qui recouvrait la moitié de son corps expliquait déjà bien des choses, et il y avait aussi le visage qui était enfouit dans son coup.

Mais il y avait autre chose, autre chose qu’il avait bien plus de mal à identifier.

C’était tiède, c’était lourd, c’était… poilu ?

C’était un chat dormant pelotonné sur ses cuisses.

Bien, ils n’auraient donc pas besoin de courir le quartier en placardant des affiches, pensa-t-il en grattant la tête du félin qui se mit immédiatement à ronronner.

Ce fut à cet instant qu’il sentit le corps de Sam se contracter. La pression autour de son bras se resserra sensiblement…

ATCHA !

Comment pouvait-elle encore éternuer avec la chaleur ambiante, fut la première question qui lui vint à l’esprit. Mais il n’eut pas la réponse et ne s’en soucia pas plus que ça avec ce qui arriva ensuite.

Si l’éternuement impromptu l’avait surpris, ce fut aussi le cas du chat qui fit un bond d’un mètre en hauteur, prenant appuis pour ce faire où il le pouvait. Il détala, le poil hérissé et les oreilles plates.

Les yeux de Jack s’arrondirent et il se mordit la lèvre.

" Waï… " murmura-t-il d’une voix étranglée, car Sam dormait de nouveau à poings fermés.

Sans réfléchir plus longtemps, il oublia toutes les précautions qu’il avait prises pour ne pas la sortir de son sommeil, sauta sur ses pieds et se précipita à la poursuite de l’odieux animal qui venait sans doute de le castrer.

Avant d’enjamber les premières marches de l’escalier, il aperçut la jeune femme dont la tête émergeait de par-dessus le canapé et qui le regardait d’un air somnolent s’élancer au premier étage.

Schrödinger passa en trombe devant la salle de bain et ses griffes raclèrent le plancher du couloir lorsqu’il tourna en angle droit pour se ruer dans la chambre, Jack sur les talons.

Il sauta alors au sommet d’une petite armoire, plissa les yeux d’une manière de défiance, puis glissa sa patte entre le meuble et sa porte pour l’ouvrir avec une facilité déconcertante. Quelques contorsions plus tard, il se retrouvait à l’intérieur.

~*~

Les idées de Sam commençaient à se remettre en place. Elle s’était progressivement remise de son réveil un peu brusque où, privée de son support, elle avait atterrit face contre un coussin du canapé.

C’était un début de journée qui promettait…

Quoiqu’il en soit, elle entreprit bientôt se s’engager à la suite de son colonel qu’elle avait vu disparaître dans les escaliers pour une raison inconnue. Une fois sur le palier, elle prêta l’oreille et discerna d’étranges bruits qui semblaient venir de la chambre.

Intriguée, elle s’y dirigea et stoppa net lorsqu’elle eut passé la porte.

" Colonel, mais qu’est-ce que vous faites !? "

Conscient d’être pris en flagrant délit, Jack agrippa la porte grande ouverte de l’armoire pour garder son équilibre. Franchement, il ne manquerait plus qu’il dégringole de son perchoir…

Un silence gêné régna durant quelques instants, mais l’air choqué de la jeune femme ne résista pas bien longtemps à la vue de la situation dans laquelle s’était mis son colonel.

" Honnêtement colonel, si vous vouliez jeter un œil sur mes sous-vêtements, vous auriez pu vous y prendre avec un peu plus de tact… " dit-elle en réprimant un sourire.

" Ce n’est pas du tout ça Carter… " se défendit-il en rejetant vivement à sa place originelle le soutien-gorge pourpre qu’il tenait dans sa main droite.

Sam haussa un sourcil.

" C’est Schrödinger, il est dans cette armoire et je n’arrive pas à le retrouver… "

Sam haussa l’autre sourcil.

" Non… je vous assure… " gémit-il misérablement en réalisant que ses arguments, si véridiques qu’ils soient, allaient avoir du mal à passer.

Soupirant, la jeune femme se résigna à le croire.

Bon…

" Carter, mais qu’est-ce que vous faites ? " s’alarma-t-il en la voyant s’accrocher à son bras et poser un pied sur le siège.

" Je monte vous aider "

" Vous ne pourriez pas trouver autre chose sur lequel grimper ? "

" Il n’y a rien au premier étage, mais si vous voulez redescendre et aller me chercher une chaise je n’y vois aucun inconvénient… " lança-t-elle sobrement en interrompant brièvement son escalade.

Jack leva les yeux au ciel. Comme s’il était vraiment en mesure de descendre de son perchoir à cet instant, avec la porte de l’armoire d’un côté et son major de l’autre…

" Très bien… doucement alors " céda-t-il. Il attrapa sa main gauche alors qu’elle posait la droite sur une étagère et la tira à lui. Une fois qu’ils eurent retrouvé une certaine stabilité, Sam se mit sur la pointe des pieds et jeta un œil dans son armoire, redécouvrant à l’occasion maints vêtements dont elle avait complètement oublié l’existence.

" Là ! " s’écrira-t-elle en pointant du doigt un coin de l’étagère supérieure.

D’un air parfaitement innocent, le chat se leva du pull angora où il était assis et vint, tout ronronnant, se frotter contre le visage de sa maîtresse qui dut se retenir d’éternuer. Celle-ci sourit en le caressant derrière les oreilles, puis tourna la tête vers son compagnon pour lui faire partager sa joie d’avoir retrouvé l’animal.

" Quoi ? " demanda-t-elle lorsqu’elle le découvrit les yeux écarquillés.

Sans répondre, Jack indiqua du menton la direction d’où venait Schrödinger.

La jeune femme ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes en découvrant ce qu’il y avait à découvrir. La surprise la déséquilibra. Elle réalisa alors que sa main n’avait pas quitté celle de son colonel, et tenta par conséquent de l’utiliser pour contrebalancer son instabilité.

Malheureusement, d’un point de vue pratique, il était impossible de retrouver l’équilibre, et le duo finit par basculer. Renversée en arrière, Sam agrippa ce qu’elle pouvait atteindre, chose, telle qu’elle fut, qui se déchira violemment.

Allait-il y avoir une seule journée où elle n’allait pas se retrouver à terre ces temps-ci ? se demanda-t-elle en se débattant avec la chose qui lui était tombée dessus, jetant son monde dans une obscurité parfaite. Ses mouvements étaient gênés par ce qu’elle imaginait être son colonel, logiquement, qui gigotait aussi, à moitié sur elle.

Elle agrippa le tissu et tira dessus jusqu’à ce que sa tête en émerge, le rejetant un peu plus loin et prenant une grande inspiration.

" Euh… Carter, s’il vous plait… "

" Désolée… "

Sam déplaça son coude d’une partie du corps de son colonel, elle ne savait pas laquelle, et franchement, ne voulait pas le savoir.

" Est-ce que ça va ? " demanda-t-elle en tâtant la masse informe qui continuait de remuer sous le tissu.

" Pour l’instant je vous avouerai que ça va, c’est plutôt confortable ce genre de double rideaux, mais si je ne trouve pas vite une sortie j’ai bien peur de ne plus être de ce monde dans une minute ou deux… "

Tiens, oui en effet, c’était un rideau…

En voyant ce qu’elle imagina être un index pointer sous le tissu, la jeune femme ne put s’empêcher d’éclater de rire. Puis, décidant qu’il serait idiot de laisser son cher colonel étouffer sous le rideau de sa chambre, elle souleva la large étoffe et se glissa dessous.

Car évidemment, il aurait été trop facile de résoudre le problème autrement. S’engouffrer dessous était autrement plus pittoresque.

Ca manquait singulièrement d’oxygène dans le coin.

Il ne lui fallut tout de même pas énormément de temps pour le retrouver, il n’était qu’à un mètre et des brouettes, mais c’était surtout les plis et les replis qui rendaient sa progression difficile.

" Mon colonel ? " appela-t-elle en tâtonnant à l’aveuglette, car si les double rideaux avaient bien une qualité, c’était de ne pas laisser passer la lumière.

" Hum… "

Elle rencontra enfin sa masse corporelle. Soulagée, elle passa par-dessus lui, s’agenouilla de l’autre côté, attrapa un coin d’étoffe et la rejeta en arrière.

Elle le découvrit alors, allongé de tout son long, les bras derrière la tête.

" Colonel " s’écria-t-elle d’un air outré, " Et vous n’avez pas bougé le petit doigt pour m’aider !? "

" Vous croyez vraiment que je ne m’en serais pas sorti si je m’y étais mis sérieusement ? "

" Qu’est-ce que je dois comprendre ? "

Les yeux de Jack quittèrent brièvement le plafond pour la fixer un instant, avec une expression rieuse qui eut un effet double sur Sam. Fallait-il garder un peu de dignité ou se prendre au jeu ?

" Qu’est-ce que je dois comprendre ? " répéta-t-elle, sur un tout autre ton qui l’étonna elle-même. Si elle continuait comme ça, si elle perdait les rênes, elle ne donnerait pas grand chose de ses chères résolutions dans peu de temps.

" Devinez "

Il avait dit cela en retirant son bras de derrière sa tête et en commençant à jouer avec l’ourlet de son T-shirt.

" Vous cherchez par tous les moyens à m’exaspérer ? "

" Y’a de ça… "

" Et qu’y a-t-il d’autre ? "

" Répondez-moi franchement… Qu’avez-vous pensé du film d’hier soir ? "

Où diable était le rapport ?

" Le scénario était un peu faiblard… "

" Exactement ! Et comme vous avez déjà commencé à le reconstituer en attaquant le rideau, j’ai pensé qu’on pourrait peut-être combler les lacunes "

Sam roula des yeux. Elle pensa qu’ils allaient de plus en plus loin dans ce petit jeu, elle pensa que ce n’était définitivement pas conseillé, elle pensa qu’ils auraient du mal à revenir en arrière, elle pensa que ce n’était pas une bonne chose. Et puis elle frissonna lorsque ses doigts prirent contact avec ses hanches.

Un sourire se dessina sur son visage.

Elle devait arrêter là.

Elle le devait.

Mais la véritable question était, le pouvait-elle ?

Jonas lui avait un jour demandé quelle était la nature exacte de ses relations avec O’Neill. Il ne comprenait pas. Sur Kelowna, il était naturel d’agir de la sorte, comme ils le faisaient. Mais on était alors considéré comme un couple. Ce qui ne semblait pas être leur cas, car un couple entretenait aussi d’autres rapports une fois en privé – il lui avait expliqué cela avec le plus grand sérieux. Il était perplexe.

Et Sam le devint à son tour.

Couple ou non ?

Etait-ce possible de n’être qu’un demi-couple ?

Elle avait compris, à le voir allongé là, ses doigts effleurant ses hanches, qu’ils ne pourraient effectivement pas continuer bien longtemps à évoluer dans l’univers de l’ambiguïté.

Alors non, elle ne pouvait pas arrêter là.

Sur cette dernière pensée, elle réalisa que son corps n’avait pas attendu l’aboutissement de son raisonnement. Impatient, il s’était incliné en avant jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’à quelques centimètres de celui qu’il voulait désespérément sentir contre lui.

" On pourrait même sortir un blockbuster, vous savez ? "

" Vous plaisantez, on ne peut pas condenser ces six dernières années en un film, il faudrait faire une série… "

Leurs paroles n’étaient pas d’une profondeur inouïe, mais elles avaient pour seul et unique but d'atténuer la gravité de ce qu’ils s’apprêtaient à faire, alors qu’ils étaient presque nez contre nez.

" On pourrait même avoir nos fans "

" Pauvres fans… J’espère pour eux qu’ils auront de la patience "

Leurs lèvres étaient si proches que chacun pouvait en sentir la chaleur. Elles s’effleuraient, se frôlaient et se caressaient au souffle de leurs mots, jouaient avec les sourires.

Sam bénissait le diablotin qui l’avait fait s’écrouler dans le rideau. Elle ne savait plus exactement pourquoi elle était tombée… Pourquoi d’ailleurs ?

" Oh Jack ! " s’écria-t-elle en brisant l’instant, le contact… tout. " Est-ce que j’ai bien vu ce que j’ai vu là haut ? "

Il ferma les yeux et ravala son désappointement.

" Ouais, apparemment… "

" Alors… Alors y’a une femelle et sa portée dans mes affaires de plage, c’est ça ? "

Dieu qu’il haïssait ces bestioles…

" Hum… "

" Oooh… " Ce fut tout ce que la jeune femme parvint à formuler, en se prenant la tête entre les mains.

La bête à bêtise, comme l’avait justement surnommé un quelconque écrivain, n’avait pas failli à sa réputation. Si Schrödinger, qui les observait d’un air stupide du haut de son armoire, se risquait à en descendre, il en ferait de la chair à pâté. D’un autre côté, lui au moins, il semblait avoir ‘conclu’.

La vie était mal faite.

" Voyez le bon côté de la chose, Schrödinger a fondé une famille… " dit-il en se redressant. La position couchée n’était pas la meilleure pour une discussion qui se voulait sérieuse.

" Ouais, faites-moi penser à lui demander l’adresse de sa bonne étoile… "

Il ne sut trop que répondre.

" Et qu’est-ce que je vais en faire de ces chatons moi, en attendant qu’ils soient sevrés ? D’autant que la femelle n’est même pas à moi, et si elle avait eu un propriétaire elle serait restée chez elle… En gros je me récupère toute la famille, quelle chance ! Non, sérieusement, ils doivent être encore aveugles les petits, combien de temps avant que je puisse les donner ? En admettant bien sûr que je trouve des volontaires pour me les… "

Elle était clouée au sol.

Jack n’aimait pas les longs discours.

" Je vous les prendrai, tous si vous voulez… à une seule condition, ils n’existent plus pour vous durant les trois prochaines heures… "

Revenue de sa surprise, Sam sourit.  Elle devait avouer que la situation ne lui déplaisait pas, les poignets épinglés sur la moquette de cette manière, et Jack penché sur elle.

" Trois heures… ? Ne vous surestimeriez-vous pas colonel ? "

" Je relève l’affront major, et je tiens le pari "

Sam ne se souvenait pas avoir parié, mais si défi il y avait, elle savait que Jack O’Neill se donnerait à fond. Ce fut pour cette raison qu’elle se tût. A ce stade, la capacité de parler l’avait de toute façon abandonnée. La ligne qu’il traçait de la langue tout autour de son cou semblait lui trancher toute notion de la réalité.

Ce bip régulier et insistant était pourtant étrange…

La courbe brûlante qui commençait à descendre le long de sa poitrine s’interrompit brusquement. Elle garda les yeux fermés, refusant obstinément de croire que ce frustrant arrêt avait un rapport avec le bip.

Un soupir profond lui arracha le peu d’espoir qu’elle avait encore.

" Beth, tu auras ma mort… " entendit-elle maugréer. Elle sentit ensuite une main derrière sa nuque et un pouce frotter sur sa joue. " Sam… je suis sincèrement désolé… ma montre est réglée sur 7h00 pile pour que j’aie le temps d’aller à l’enterrement… "

Ses paupières daignèrent enfin s’ouvrir.

" Dites, c’est pour une question d’audience que tout restera contre nous jusqu’à la dernière seconde ?  " demanda-t-elle en forçant un sourire.

" Les fans devront encore patienter un peu… " nota Jack en passant ses mains derrière le dos de la jeune femme pour la relever, s’appliquant alors à la rendre présentable en tirant sur son T-shirt.

" Ils finiront par réécrire la série pour faire passer leur frustration au bout d’un moment… " ajouta-t-il en remarquant son expression navrée.

S’il suffisait d’une plume et d’un bout de papier pour réécrire la vie…

Leur vie…

Comme Sam répugnait encore à parler, encore sur le petit nuage où Jack l’avait déposée quelques instants auparavant, celui-ci jugea préférable de s’éclipser pendant qu’il en avait encore le courage. Si elle ouvrait la bouche alors qu’elle était encore si proche de lui, il resterait et ce jour de deuil n’en serait probablement plus un.

Il déposa un baiser sur son front, un autre sur son nez et un troisième sur ses lèvres, eut bien du mal à s’en tenir là, puis se redressa, laissant à contrecœur cette petite chose assise en tailleur à ses pieds.

Tout cela avait un aspect désespérant. Pourquoi fallait-il toujours qu’ils parviennent brillamment à réunir toutes les conditions pour que rien ne se passe jamais comme ils l’avaient prévu ? A cet instant, et bien que plutôt choquant, il leur semblait que Beth avait prévu de décéder pile pour que sa cérémonie funéraire les interrompe.

Jack cessa bientôt de marcher à reculons en direction de la porte et fit finalement volte-face.

Dépitée, Sam ferma les yeux.

Et les rouvrit brusquement en entendant un bruit peu commun accompagné de jurons.

" Colonel ? " interrogea-t-elle en le découvrant dans une position peu verticale, accroché à la poignée de la porte. Elle eut juste le temps de voir disparaître une queue rousse d’un volume trois fois supérieur à la normale.

La main droite de Jack se resserra sur la poignée, sa main gauche se resserra sur elle-même jusqu’à ce que la sensation de ses ongles pénétrant dans sa paume lui fut insupportable.

" Carter " murmura-t-il entre ses dents, " Dites-moi que je ne vous ai pas promis de vous prendre un de ces monstres… "

" Non… ", et elle le vit se détendre sensiblement. " Vous m’avez proposé de les prendre tous ", et elle le vit pâlir considérablement. " Mais je pourrai reconsidérer l’affaire si vous revenez ici dans les plus brefs délais… " ajouta-t-elle en riant.

C’était une condition qui lui allait.

Sur ce, après l’avoir regardé disparaître dans les escaliers, elle monta de nouveau sur la chaise et observa d’un air attendri ces petites bêtes sans lesquelles Schrödinger n’aurait pas manqué à l’appel, sans lesquelles il ne serait pas resté pour la nuit, elle dormant dans son cou, sans lesquelles elles n’aurait pas dégringolé avec lui dans le rideau, sans lesquelles des frissons de plaisirs ne persisteraient pas à la parcourir.

Bénies soient-elles, quoi que Jack puisse en penser.

~*~

Fin

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