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- Alain, oui Alain, oh je… Je suis désolée, je t’avais pas reconnu… Sans tes cheveux… Et puis… Et puis ça fait un baille oui, c’est vrai.
- Oui, j’ai pas mal changé… Alain esquisse un sourire. Toi par contre, t’as pas bougé. Je peux monter ?
- Euh oui, mais par contre je… Je suis assez pressée parce que les enfants vont bientôt sortir de l’école. Ils déjeunent à la maison.
- Je peux attendre au café d’à côté si tu préfères. En fait, c’est Elie que je venais voir. Mais tu dis qu’il habite plus là ?
- Ouais, on est séparé, mais c’est un peu long à raconter sur le trottoir. Ecoute, monte, je m’arrangerai avec les gosses. T’as l’air épuisé, non, ça va ?
Les fenêtres de l’appartement de Sylviane donnent sur la place Pey-Berland : des étagères encombrées de livres dans l’entrée, des assiettes sales empilées dans l’évier et des plantes vertes à chaque recoin. Au milieu d’un salon envahis par des jouets d’enfant, un chat dort roulé en boule sur un pouf marocain.
Sylviane propose un café à Alain qu’il décline. Elie vit désormais à Saint-Jean de Luz où il a repris le golf de ses parents. Tous deux sont séparés depuis trois ans.
- Quand on s’est connu, j’étais hyper jeune... Et puis bon avec les années… Il m’a fallu du temps pourtant. Sylviane sourit… Enfin bon, je sais pas pourquoi je te raconte ça. C’est ton ami.
- Je peux tout entendre sur un ami comme Elie…
Libérant un peu de place sur un plan de travail, Sylviane prépare un plat de raviolis en boîte. Elle souhaite le recouvrir de gruyère râpé avant de l’enfourner mais les sachets qu’elle extrait d’un frigidaire, principalement encombré de conserves pour chat, sont périmés.
- Vous n’étiez pas amis en fait ?
Alain garde le silence mais Sylviane reprend :
- J’ai jamais trop bien compris… Enfin, je me mêle de ce qui me regarde plus, et tant mieux d’ailleurs, mais… J’ai jamais trop compris pourquoi Elie avait acheté une ferme pour toi... Il ne m’a jamais reparlé de toi. Alors, je trouvais ça bizarre… Ou si une fois, ou plutôt c’est moi qui lui avait posé des questions. Ouais, c’est ça, la seule fois où on en avait parlé, on s’était engueulé parce qu’il avait refusé de m’expliquer.
Alain paraît disposer à répondre mais la sonnerie de l’interphone retentit. Ce sont les enfants d’Elie et Sylviane qui arrivent pour le déjeuner. Leur mère leur ouvre tout en demandant à Alain :
- Euh, tu veux déjeuner avec nous ? …
Mais il décline son offre.
- Non, je vais attendre en face… Je me sens pas la force… Je suis malade…
Après avoir pris un temps de réflexion, Sylviane lui propose de patienter dans sa chambre.
- Ecoute… Tu seras tranquille… Ils n’y vont pas… Et puis il n’y en a pas pour longtemps…
- Tu fais souvent confiance aux gens comme ça ? …
- Non… Mais t’as l’air vraiment malade… Fais pas gaffe au bordel…
La chambre de Sylviane est encombrée de vêtements, de bibelots et de cassettes vidéos. Alain retire ses chaussures avant de pénétrer dans les lieux. La sonnerie de la porte d’entrée retentit et leur mère crie aux enfants qu’elle vient leur ouvrir de suite. Mais lorsqu’elle referme la porte de la pièce, elle jette un dernier regard à cet homme étendu sur le lit.
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