Jean-Louis Quesnel, de Montréal, en avait assez de travailler cinq jours par semaine. Après des années de dur labeur, et venant tout juste de franchir le cap de la soixantaine, il avait le goût de ralentir, sans toutefois rompre complètement avec le marché du travail.
René Lewandowski
Il y a trois ans, il a donc opté pour une retraite progressive en entreprise, un programme qui lui permet de réduire ses heures de boulot tout en lui assurant un revenu décent. Et il ne regrette pas sa décision. " J'adore ça! " dit ce responsable des commandites et du Salon du mouvement des aînés du Québec (FADOQ).
Il n'est pas le seul. En 2004, un sondage réalisé par la firme SOM, pour le compte de Desjardins Sécurité financière, estimait que parmi les travailleurs québécois de 40 ans et plus, deux sur trois avaient l'intention de prendre une retraite progressive.
Plusieurs croient que ce type d'arrangement est un compromis financier entre la préretraite et le prolongement indéfini de la vie professionnelle. Avec ce coussin supplémentaire amassé à petites doses, ils peuvent espérer maintenir à la retraite leur train de vie, ou du moins ne pas trop s'en éloigner.
Pour d'autres, la retraite progressive constitue une façon d'apprivoiser leur future vie de retraité. Car si bien des gens n'ont pas les moyens d'arrêter de travailler au moment choisi, beaucoup ont mésestimé le passage de la vie active à la retraite définitive. " Sur le plan émotif, les nouveaux retraités sont mal préparés ", dit Liane Chacra, planificatrice financière et directrice régional au Groupe Investors.
La retraite progressive permet ainsi aux gens de se construire graduellement une nouvelle vie. Pour découvrir des hobbys, se créer un nouveau réseau d'amis ou ressortir du placard de vieux projets depuis trop longtemps oubliés. Quand l'heure de ranger leurs crayons sonne pour de bon, ils sont alors mieux équipés pour affronter leur nouveau quotidien.
C'est d'ailleurs ce que fait Carolle Nadeau, 59 ans, enseignante de Valleyfield. En retraite progressive depuis deux ans, elle a décidé de se créer un nouveau réseau, en dehors du milieu de l'éducation. Elle suit des cours d'histoire de la civilisation chinoise, de culture juive, s'inscrit à des sorties en groupe pour faire du patin à roulettes ou du vélo. " Je n'ai pas envie de me retrouver devant un grand vide lors de ma retraite ", dit-elle.
Les modèles de retraite progressive varient selon le type d'emplois et les employeurs. En général, les travailleurs ont l'option de réduire leurs heures de travail, ou de prendre de plus longs congés.
Carolle Nadeau, par exemple, a réduit de 24 à 20 le nombre de périodes de cours qu'elle donne sur neuf jours, ce qui équivaut à une réduction de son temps de travail de 20 %. Jean-Louis Quesnel, lui, a choisi un modèle mixte. Ainsi, de janvier à mai, et de septembre à décembre, il ne travaille que trois jours par semaine. Durant l'été, il est en congé total.
La retraite progressive n'a pas que des avantages. Sur le plan financier, notamment, il y a des répercussions. " Ce n'est pas facile, il faut s'ajuster ", dit Carolle Nadeau, dont le salaire a chuté de 20 % (environ 12 000 $ par année), soit au prorata de sa réduction de travail.
Pour elle, cela signifie moins de sorties au resto et limiter les achats compulsifs de vêtements, de livres et de CD. Mais elle l'avoue d'emblée, elle se sent bien plus énergique depuis qu'elle travaille moins. " Et cela compense largement ces petits sacrifices."