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4 octobre2006

Apprendre à ne «rien» faire

Pierre Vallée

D'ici quelques années, un bon nombre des «baby-boomers» arriveront à l'âge de la retraite. Sont-ils bien préparés à cette nouvelle étape de la vie? Financièrement, certains le sont, d'autres moins; mais l'argent n'est pas le seul élément dont on doit tenir compte lorsqu'on prépare sa retraite.

Les gens doivent comprendre que la retraite va complètement chambouler toute leur vie, explique Michel Simard, conseiller en formation et en planification de la retraite au cégep Marie-Victorin. Lorsqu'on a travaillé 25 ans de sa vie, dans certains cas au même endroit à occuper le même emploi, la retraite constitue l'un des changements les plus difficiles à faire.»

Sans compter, rappelle-t-il, que le travail représente aujourd'hui souvent le coeur de la vie de plusieurs personnes. «Certaines personnes n'hésitent pas à travailler 60 heures par semaine et carburent à l'adrénaline. D'un jour à l'autre, elles se retrouvent avec 60 heures de temps libre de plus. Le choc peut alors être brutal et provoquer une importante crise d'identité. Par exemple, les chiffres démontrent que le taux de divorce augmente la première année de la retraite.»

Vacances et travail
Pareille donnée porte à réfléchir. Est-ce à dire que ceux qui approchent la retraite le font avec une certaine appréhension ? «Au contraire, la plupart des gens envisagent la retraite comme des vacances. Ils ont des projets de retraite comme faire le tour du Canada en véhicule récréatif. Mais ce ne sont pas des projets de retraite, mais plutôt des projets de vacances, qui se termineront bien un jour. On revient toujours des vacances, mais pas de la retraite.»

Autre aspect trop souvent négligé par les futurs retraités : la vie sociale. Certaines personnes sont mieux entourées que d'autres, par la famille ou un vieux cercle d'amis. Mais ce n'est pas le cas pour tous. «Plusieurs personnes ne se rendent pas compte que souvent leurs amitiés sont reliées au travail. Un directeur de compte joue au golf toutes les semaines avec ses amis qui, au fond, sont ses principaux fournisseurs. Quelle surprise d'apprendre qu'ils jouent encore au golf, mais avec son successeur.»

Pour y voir plus clair
Pour toutes ces raisons, Michel Simard croit que les gens doivent prendre le temps de bien préparer leur retraite. Une façon d'y voir plus clair est de s'inscrire à une formation à la planification de la retraite comme celle offerte par la formation continue et le service aux entreprises du cégep Marie-Victorin. «Nous offrons cette formation depuis 20 ans et elle est disponible partout au Québec. La formation peut se donner sur les lieux du travail, au cégep ou même à l'hôtel. Nous rejoignons ainsi environ 3500 personnes par année.»

La formation, sous la forme de séminaires, regroupe environ 24 personnes durant une période variant de 14 à 24 heures, sous forme intensive lors d'une fin de semaine ou découpée en blocs de trois heures. «Nous suggérons fortement au futur retraité qui s'inscrit d'y inscrire aussi son conjoint ou sa conjointe, puisque cette personne sera aussi touchée par cette retraite.» Le coût d'une pareille formation ? «Environ 150 $ par personne. En maintenant le coût le plus bas possible, nous cherchons à favoriser l'accès à la formation au plus grand nombre.»

La formation donnée par le cégep Marie-Victorin s'articule autour de trois axes : gérer ses affaires, s'approprier la santé et vivre sa retraite. Comme on peut le constater, bien que les aspects légaux et financiers de la retraite soient abordés, la formation propose une vision plus large de la planification à la retraite. «Sans négliger le reste, nous mettons l'accent sur les dimensions psychosociales de la retraite.»

L'animation est assurée par un professionnel de l'animation de groupe auprès d'adultes. «Ils peuvent provenir de plusieurs secteurs -- l'animation, la psychologie... -- mais ce sont tous des spécialistes de l'adaptation aux changements.» Les parties plus pointues de la formation comme la santé et les questions financières et légales sont traitées par des professionnels tels un planificateur financier, un notaire et une infirmière. Les régimes de retraite privés et publics font aussi partie de la formation.

«La grande majorité des gens s'inscrivent en premier pour des raisons de planification financière. Ils veulent faire le point. Mais à la fin de la formation, c'est plutôt la dimension psychosociale qu'ils apprécient le plus. C'est alors qu'ils prennent conscience des importants changements à venir et auxquels ils devront s'adapter.»

Une planification par étapes
Selon Michel Simard, on aurait intérêt à planifier sa retraite plus tôt que tard et de planifier celle-ci par étapes. «On devrait s'intéresser à sa retraite environ 15 ans avant la date de celle-ci, autour de 45 ans par exemple.» À cet âge, il est important de faire un bilan financier et de mettre en place une planification financière, si ce n'est déjà fait, ou de réorienter cette dernière si elle ne permet pas d'atteindre les objectifs fixés.

Ensuite, cinq ans plus tard, on devrait s'intéresser aux autres aspects de la retraite, en particulier à la manière dont on entend occuper son temps une fois la retraite arrivée. «Il faut faire la liste de ses rêves et aussi celle de ses compétences. Il ne faut pas oublier que nos compétences ne disparaissent pas le jour de notre retraite. Il faut donc déterminer clairement les projets, qu'ils soient professionnels ou bénévoles, qui correspondent tant à nos rêves qu'à nos compétences.»

La troisième étape, environ cinq ans avant la retraite, consiste à poser des gestes concrets qui permettront de réaliser les objectifs que l'on s'est fixés. Et parfois, la vie à la retraite diffère même grandement de celle que l'on a connue pendant les années de travail.

«Lors d'une formation, j'ai rencontré un professeur d'université qui voulait sortir du monde intellectuel à la retraite. Il était propriétaire d'un immeuble à logements qu'il considérait comme son bâton de vieillesse et il a choisi de s'en occuper lui-même. Comme il n'avait jamais fait de travaux manuels, il a décidé de retourner sur les bancs d'école suivre des cours de plomberie et de menuiserie. Aujourd'hui, il occupe sa retraite en s'occupant de son immeuble et de ses locataires.»


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