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12 septembre 2006

Pas de larmes pour eux

Claude Chiasson

Eux. Ce sont les retrait�s b�n�ficiant d'une rente provenant d'un r�gime de retraite dit enrichi qui clament maintenant que cette rente pourrait �tre insuffisante. Le genre de r�gime dont b�n�ficient les employ�s des gouvernements (tel que le RREGOP) et ceux de certaines grandes entreprises canadiennes. Le genre de r�gime dit � prestations d�termin�es en vertu duquel un employ� acquiert une rente �quivalant � 2 % de son salaire annuel pour chaque ann�e de service. Une rente calcul�e souvent sur la moyenne des cinq derni�res ann�es de service (qui sont en principe les cinq ann�es les mieux r�mun�r�es de la vie active d'une personne). Une rente garantie jusqu'au d�c�s et au-del� si ladite rente est r�versible en faveur du conjoint survivant. Une rente de surcro�t index�e du moins partiellement � l'inflation.

Or, � mon grand �tonnement, certains journaux, dont Le Devoir, ont repris la semaine derni�re les propos de Luc Vallerand, directeur g�n�ral de l'Association qu�b�coise des retrait�s des secteurs publics et parapublics (AQRP). Des propos aux allures de cris d'alarme, presque de d�tresse.

Genre de cris qui ont permis d'�crire dans les journaux que la retraite dor�e est un mythe. Que l'appauvrissement guette � terme la plupart des b�n�ficiaires de tels r�gimes. Que plusieurs de ces b�n�ficiaires commencent � crier famine...

�On n'a pas pr�vu la valeur de l'argent. On n'a pas pris en compte le facteur inflation�, aurait dit M. Vallerand.

Ce dernier faisait ici allusion au fait que vos dollars d'aujourd'hui perdront de leur pouvoir d'achat, grug�s qu'ils le seront au fil des ans par l'inflation. Or il semblerait que d'actuels rentiers de ces riches r�gimes vivent cet effet d'appauvrissement au point de s'en alarmer.

Oui, que fut mon grand �tonnement de lire que l'Association veut briser le mythe de la retraite dor�e, qu'elle souhaite une prise de conscience des intervenants et d�cideurs (ici, il faut comprendre le gouvernement et quelques grandes entreprises) afin qu'ils reconnaissent qu'il y a un probl�me qui ira en s'exacerbant.

Pauvres bougres que sont ces malheureux b�n�ficiaires de r�gimes riches. Imaginez maintenant de quoi il retourne pour les autres travailleurs -- la majorit� -- qui participent � un r�gime moins g�n�reux ou qui, tout simplement, n'ont pas cette possibilit� de le faire (ils sont nombreux dans cette situation) ? Aussi bien leur dire qu'�tre pauvre � la retraite est pour eux une fatalit�.

Mais M. Vallerand, qui a dit que les r�gimes de retraite, aussi riches soient-il, devaient assurer � leurs b�n�ficiaires une retraite dor�e sans aucun autre effort sur le plan de l'�pargne ? Personne.

Les r�gimes de retraite accord�s aux employ�s gouvernementaux constituent, soyez en s�r, un solide coup de pouce pour y parvenir. Plusieurs de ces travailleurs se verront garantir une rente annuelle de 30 000 $ � 40 000 $. De surcro�t, une rente qui leur sera vers�e plus longtemps qu'auparavant, puisque l'esp�rance de vie des hommes et des femmes a nettement grimp� depuis deux d�cennies.

Voyons ce que vaut en dollars actuels une rente initiale de 40 000 $ vers�e � partir de 55 ans et diminu�e � 60 ans de la rente du Qu�bec et puis � 65 ans de la rente de la s�curit� de la vieillesse. En tenant compte des pleines rentes gouvernementales �tablies � la fin 2005, une personne prenant sa retraite � 55 ans et percevant initialement une rente de 40 000 $ recevra de son r�gime de retraite (si celui-ci int�gre les rentes gouvernementales lorsqu'elles sont per�ues) une rente moyenne annuelle de pr�s 32 570 $ en supposant qu'elle vive jusqu'� 80 ans.

Sur la base d'un rendement compos� annuel de 6 %, percevoir cette rente moyenne pendant 25 ans �quivaut � recevoir en dollars d'aujourd'hui un magot de 416 332 $. �videmment, il s'agit ici de dollars avant imp�t. En supposant un taux d'imp�t effectif de 40 %, ce joli magot de 416 332 $ devient un actif apr�s imp�t d'une valeur actuelle de 249 805 $.

Cet actif apr�s imp�t ne suffit pas pour pr�tendre � une retraite ais�e � 55 ans. Pour ma part, une personne seule qui d�sire prendre sa retraite � 55 ans doit poss�der aujourd'hui un avoir net apr�s imp�t de 597 000 $ (cela pour vivre � 2,5 fois son seuil de pauvret�). Mais, admettez que c'est l� un sapristi bon coup de pouce que donne un r�gime enrichi pour accumuler l'avoir suffisant pour pr�tendre � une retraite convenable.

Bien s�r, ces pauvres bougres b�n�ficiaires d'un r�gime de retraite enrichi se doivent d'�pargner en sus de cotiser audit r�gime. Ce que, je pr�sume, ils ont fait ne serait-ce qu'en remboursant au fil des ans l'hypoth�que de leur r�sidence principale. Il s'agit l� d'un actif apr�s imp�t dont la valeur marchande avoisine certainement 200 000 $.

Je pr�sume enfin que ces pauvres bougres sont parvenus � b�tir un portefeuille hors REER d'une valeur � peu pr�s �quivalente � leur r�sidence. Un portefeuille hors REER constitu� en bonne partie d'actions de grandes entreprises dont la plus-value potentielle et les dividendes croissants les prot�geront des m�faits de l'inflation (comme d'ailleurs leur r�sidence).

S'ils ne l'ont pas fait, tant pis pour eux. Car acc�der � une retraite ais�e n'est pas chose facile. Pour personne. Les b�n�ficiaires de r�gime de retraite enrichi partent cependant avec une bonne longueur d'avance sur la plupart des autres travailleurs en qu�te �galement d'un avoir suffisant pour leurs vieux jours.

Aussi, point de larmes je ne verserai pour ceux qui, aujourd'hui, trouvent que leur rente de tels r�gimes enrichis est insuffisante. Et de gr�ce, j'esp�re que ni nos gouvernements ni nos grandes entreprises ne donneront suite � vos dol�ances, M. Vallerand.


20 septembre 2006

Retraites : des nuances s'imposent

Roger Bellavance
Pr�sident, Association qu�b�coise des retrait�s des secteurs public et parapublic
Luc Vallerand
Directeur g�n�ral, Association qu�b�coise des retrait�s des secteurs public et parapublic

L'Association qu�b�coise des retrait�s des secteurs public et parapublic (AQRP) estime important de commenter la chronique de Claude Chiasson intitul�e �Pas de larmes pour eux�, publi�e le 12 septembre, afin que les lecteurs du Devoir, pour qui nous avons beaucoup de respect, aient une information plus compl�te, plus nuanc�e et d�pourvue de l'animosit� de l'auteur � l'endroit des personnes qui re�oivent une rente d'un r�gime � l'emploi.

D'abord, l'�tude d�voil�e par l'AQRP d�montre que, tous revenus confondus, les r�gimes de retraite actuels ne sont pas suffisants pour maintenir le niveau de vie des Qu�b�cois. L'�tude en question a �t� r�alis�e par Louis Ascah, professeur titulaire au d�partement d'�conomie de l'Universit� de Sherbrooke, un sp�cialiste reconnu des r�gimes de retraite. Cette probl�matique est bien r�elle et concerne � divers �gards tous les Qu�b�cois.

De plus, il est inexact d'affirmer que les r�gimes priv�s de retraite sont le propre d'une minorit� tr�s fortun�e. En effet, selon les donn�es de la R�gie des rentes du Qu�bec (RRQ), la moiti� des personnes �g�es de 65 ans et plus au Qu�bec, soit environ 500 000 personnes, re�oivent une rente d'un r�gime � l'emploi. Ce n'est pas assez, nous en convenons, mais ce n'est pas une minorit� !

Par ailleurs, en 2001, la moyenne des revenus de ces personnes �tait de 27 785 $, y compris les r�gimes publics, les revenus de travail et l'�pargne personnelle. La moyenne des revenus de l'ensemble des retrait�s qu�b�cois pour la m�me ann�e �tait de 20 558 $.

La situation des personnes qui re�oivent une rente d'un r�gime � l'emploi est certes plus int�ressante que si elles n'en recevaient pas, mais on ne peut vraiment pas parler d'une minorit� tr�s fortun�e, surtout en consid�rant que leur rente n'est qu'au mieux partiellement index�e au co�t de la vie.

Il est aussi erron� de pr�tendre que les retrait�s des secteurs public et parapublic repr�sentent un groupe privil�gi� au sein de l'ensemble des personnes qui re�oivent une rente d'un r�gime � l'emploi. L'exemple choisi par M. Chiasson pour illustrer son propos n'est pas repr�sentatif. En effet, en 2001, la rente annuelle moyenne des b�n�ficiaires du R�gime de retraite des employ�s du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) �tait de 11 952 $, ce qui se compare � la moyenne de 11 294 $ pour l'ensemble. Les retrait�s des secteurs public et parapublic disposent donc d'un niveau de vie comparable � celui des autres retrait�s recevant une rente d'un r�gime � l'emploi.

Principale association ind�pendante repr�sentant l'ensemble des retrait�s des secteurs public et parapublic au Qu�bec, l'AQRP est soucieuse de l'exactitude des informations qui circulent � propos de ses membres et des retrait�s en g�n�ral, en particulier dans le contexte du d�voilement d'une �tude �conomique s�rieuse � propos du maintien du niveau de vie � la retraite.

L'AQRP reconna�t �videmment que des a�n�s sont dans des situations plus pr�caires que les retrait�s qui b�n�ficient d'un r�gime � l'emploi et convient d'embl�e que cette situation doit pr�occuper les gouvernements. Elle trouve toutefois important d'oeuvrer � diminuer les pr�jug�s abondamment v�hicul�s sur leur situation comme, malheureusement, vient de le faire M. Chiasson.

L'AQRP maintient sa position selon laquelle la retraite dor�e est un mythe pour tous les Qu�b�cois. Nous esp�rons que cette mise au point contribuera � l'�mergence d'un d�bat public sur la question.


24 septembre 2006

Pas de larmes pour eux (bis)

Claude Chiasson

Nombreux ont �t� les lecteurs � r�pliquer � ma chronique du mardi 12 septembre apostrophant les retrait�s de la fonction publique. D'embl�e, dois-je pr�ciser, ma chronique ne visait pas tous les retrait�s de la fonction publique mais uniquement ceux QUI OSENT SE PLAINDRE de leurs maigres rentes, eux qui b�n�ficient d'un r�gime de retraite (r�gime � prestations d�termin�es) dit enrichi.

Plusieurs d�fenseurs desdits retrait�s mentionnent la rente moyenne annuelle de tout le groupe pour illustrer leur maigre r�tribution. De telles moyennes ne signifient pas grand-chose. Ces moyennes comprennent les rentes bas�es sur les salaires les plus r�cents comme ceux d'il y a 10 ans, 15-ans, 20 ans et plus. Ces m�mes moyennes comprennent �galement tant les retrait�s ayant compl�t� leurs pleines ann�es de service (30 � 35 ans) que ceux ne l'ayant pas fait.

Certains semblent par ailleurs ignorer que leur employeur, le gouvernement, a cotis� au moins � part �gale avec eux � leur caisse de retraite.

Les r�gimes de retraite � prestations d�termin�es enrichis sont g�n�reux et constituent un excellent coup de pouce pour pr�tendre � une retraite ais�e. II se peut, par contre, que les salaires en fonction desquels les rentes sont �tablies n'aient pas toujours �t� ad�quats. Il s'agit l� d'un tout autre d�bat qui n'a rien � voir avec les avantages intrins�ques des r�gimes de retraite enrichis. Des r�gimes tellement avantageux que plusieurs grandes entreprises ne veulent plus les offrir, leur pr�f�rant pour les nouveaux employ�s les r�gimes � cotisations d�finies, beaucoup moins avantageux.

J'arr�te l� mon intervention pour laisser place aux points de vue �mis par les lecteurs. Vu l'espace restreint de la pr�sente chronique, j'ai d� �courter certaines interventions tout en conservant l'essentiel de leurs arguments.

Monsieur Chiasson,
Sachez au pr�alable que ces retrait�s ont cotis� toute leur vie de travail � m�me leur salaire. Ce n'est pas le gouvernement qui paie nos rentes de retraite, c'est la CARRA (Commission administrative des r�gimes de retraites et d'assurance) � m�me les montants accumul�s par nos cotisations.

Par votre exemple, vous nous laissez sous l'impression que lesdits retrait�s re�oivent une g�n�reuse rente de retraite de 30 000 $ � 40 000 $ par ann�e, alors que la rente annuelle moyenne des 127 050 retrait�s b�n�ficiaires du RREGOP est de 14 395 $. La rente annuelle moyenne vers�e aux 9282 conjoints survivants n'est que de 3965 $. Vous constaterez, je l'esp�re, que ce n'est pas le pactole et que nous sommes loin des 30 000 $ � 40 000 $. Notons que le seuil de faible revenu au Canada dans les grands centres est de l'ordre de 19 500 $ par an.

Ces tableaux nous donnent aussi la moyenne des rentes annuelles vers�es � d'autres groupes d'employ�s b�n�ficiant d'autres r�gimes de retraite, mais administr�s par la CARRA. Notons, entre autres, le personnel d'�ncadrement (32 000 $), les retrait�s de la SQ (40 000 $), les juges (89 000 $) et plusieurs autres. Ajout�s aux retrait�s b�n�ficiaires du RREGOP, cela fait 210 225 retrait�s et 23 591 conjoints survivants et orphelins. Et la rente moyenne atteinte alors pour les retrait�s est de 20 087 $, et celle des conjoints survivants et orphelins, de 8102 $. Ce n'est toujours pas le pactole.

Vous mentionnez la r�versibilit� de ladite rente de retraite au conjoint; ce n'est pas la totalit� de la rente du RREGOP qui est r�versible mais plut�t 50 %, et les cr�dits de rente accord�s par la CARRA apr�s les rachats de services pass�s ne sont pas toujours r�versibles.

Vous parlez d'une rente �de surcro�t index�e�, du moins partiellement. Mais c'est ce �partiellement index�e� que les retrait�s du public et du parapublic contestent, car nous croyons que nos rentes de retraite devraient �tre pleinement index�es pour suivre le co�t de la vie, qui va sans cesse croissant. Tout a commenc� le 1er juillet 1982, quand le gouvernement de ce temps a d�cr�t� que les rentes de retraite gagn�es et accumul�es durant les ann�es de travail apr�s le ler juillet 1982 seront index�es au taux d'indexation des rentes du Qu�bec moins 3 %.

PV

Monsieur Chiasson,
Vous contestez aux retrait�s de l'�tat le droit d'obtenir une rente index�e en fonction du co�t la vie en utilisant des arguments tordus. Est-ce bien n�cessaire de frapper � tort sur un groupe qui a simplement pris ses responsabilit�s au plan finnancier ? Plut�t que d'�tablir des comparaisons bo�teuses, M. Chiasson aurait peut-�tre eu avantage � prendre en consid�ration toutes les donn�es pertinentes. Une simple consultation du rapport annuel 2005 de la CARRA aurait apport� un meilleur �clairage sur son propos, �vitant ainsi d'induire en erreur les lecteurs.

Peut-�tre que M. Chiasson ne sait pas que plusieurs retrait�s de l'Etat qui touchent une rente de 30 000 $ par ann�e ont cotis�, leur vie durant, une somme valant plus de 400 000 $, capital et int�r�ts, et ce sans prendre en compte la part de l'employeur? Il faut savoir que la CARRA et la Caisse de d�p�t et placement du Qu�bec ont obtenu un rendement moyien de 9,66 % par ann�e depuis 1966 et que, avec un tel rendement, la caisse accumulera chaque ann�e, pour plusieurs retrait�s, des sommes sur sup�rieures � la rente vers�e.

Une somme de 400 000 $ jumel�e � un rendement de 9,66 % rapporte annuellement 38 400 $. Apr�s le versement d'une rente de 30 000 $, � la fin de l'ann�e, le capital investi par cet ex-employ� de l'�tat augmentera, malgr� tout, de 8640 $. Comme le co�t de la vie a augment� en moyenne de 4,66 % par ann�e depuis 35 ans, m�me si ces retrait�s voyaient leur rente pleinement index�e au co�t de vie, ils laisseraient � la CARRA, � l'�ge de 85 ans, des sommes de plus d'un million de dollars. Faut-il ajouter que, dans ces cas, l'Etat n'aura m�me pas vers� un seul sou pour ces retrait�s ?

M. Chiasson sait-il que, durant leur vie active, les retrait�s de l'Etat n'ont pas eu le droit de cotiser la pleine somme admissible au R�ER ? En effet, du maximum consenti � 3500 $ au R�ER, les actifs du temps, employ�s de l'Etat, devaient soustraire le montant des cotisations vers�es � leur fonds de pension.

Les retrait�s ne demandent pas de s'enrichir, ils veulent seulement cesser de s'appauvrir. La pleine indexation de leur rente de retraite ne serait qu'un retour juste et �quitable sur leur investissement.

Rodrigue Dub�
Pr�sident de l'Association d�mocratique des retrait�s.


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