Histoire de Lesterps et son Abbaye

« La vue de Lesterps et de son haut clocher que l’on aperçoit de loin évoque une histoire lointaine qui fait rêver le visiteur, comme si aux portes de ce village il était en train de revenir dans le passé. »  

L’histoire de Lesterps se confond avec celle de son Abbaye, à la fin du Xe siècle, vers  975, lorsque le Seigneur de Chabanais, Jourdain Ier, fait don au Saint Siège d’une chapelle nommée Stirpis située en ce lieu.

La tradition prétend que Lesterps, au carrefour de deux voies romaines, aurait été un lieu d’habitation depuis des temps fort reculés  et même que les Normands, venus de la Vienne par un chemin qu’on appelle encore « La Voie Normande », seraient remontés jusqu’ici et s’y seraient livrés au pillage.

Lors de la livraison de la chapelle au clergé, il s’établit donc à Lesterps une communauté de Chanoines. L’abbaye ne tarda pas à devenir prospère et en 1032 fut nommé le premier Abbé de Lesterps, M. Gaultier, fils du Seigneur de Confolens, et qui fut aussi très remarquable.

Vers 1040 un grand conflit avait éclaté  entre le Comte de la Marche et le Seigneur de Chabanais, descendant de Jourdain Ier, qui voulait ignorer la donation faite autrefois para ses ancêtres et s’était installé dans l’Abbaye de Lesterps. Mais Le Compte de la Marche vint l’attaquer dans son repaire et l’affrontement fut terrible : 1700 Chanoines périrent  et l’église fut incendiée, ne laissant debout que la base du clocher et probablement la base des murs de l’église. Le poche tel que nous le voyons aujourd’hui, date donc d’avant cet incendie, étant un bel et rare exemple du style roman de la fin du Xe siècle.  

Gaultier et un petit nombre de Chanoines effectuèrent alors des démarches auprès des autorités pour obtenir un règlement pacifique du conflit et ils réussirent. Le Comte de la Marche dut, en expiation, pourvoir aux frais de reconstruction de l’Abbaye et y ajouta même d’importantes donations. Le Seigneur de Chabanais fit de même. Gaultier ouvrit donc les portes du Chapitre à un certain nombre de nouveaux Chanoines, car bien peu avaient survécu aux combats précédents.

Sous la souple et intelligente direction de Gaultier se reforma une communauté dont le prestige spirituel, allié à la richesse temporelle, ne tarda pas à attirer une renommée qui dépassa vite les limites de la province. Les travaux de reconstruction furent menés énergiquement mener. De cette étape datent les trois étages supérieurs du clocher et de l’église, à peu près tels que nous les voyons aujourd’hui.

En 1070 Gaultier trouva la mort et fut enterré dans  l’église et canonisé.

Le XIème siècle s’achevait et la tour du clocher et l’église étaient terminées dans leurs rudes et pures lignes romanes.

Parmi la longue série d’Abbés qui succédèrent à Saint Gaultier, l’Abbé Ramnufle mérite de retenir l’attention. Depuis l’an 1105 il se vit confier pour trente années les destinées de l’Abbaye. Il ne tarda pas à décider d’agrandir l’église existante en y adjoignant une partie  qui en doublerait la longueur et qui serait réservée au Chapitre. Bâtisseur inspiré, il dirigea la construction d’une splendide abside.

A cette époque, et pour plusieurs siècles encore, l’Abbaye, pourvue de nombreux bénéfices et de possessions s’étendant sur plusieurs diocèses, était très riche. Tout autour, et bien protégée par elle, Lesterps commença peu à peu à se développer. Depuis toujours, les habitants étaient libres de tout hommage et la petite cité obtint bientôt des droits de ville. A partir du XIIIe, elle s’entoura de murs doublés de fossés profonds et, à l’intérieur des murs, au bord des ruelles étroites, se bâtirent des maisons à croisillons de bois, dont quelques-unes existent encore, comme la « Maison du Patrimoine » Une prison et deux portes de ville furent aussi construites. Au XIXè siècle se voyaient encore les restes de l’une de ces portes, à l’entrée de la route de Confolens. Et aujourd’hui, on vous parlera encore de la Route des Fossés ou du chemin « Tras las Muraillas » (ce qui signifie : Derière les murs).

L’abbaye était florissante, ainsi que toute la ville, lorsque Campaignac, en novembre 1567, pénétra dans la ville, à la tête d’un détachement de 800 à 1000 hommes que l’Amiral de Coligny menait au siège de Poitiers. Les soldats, fanatiques de leur cause, étaient tout disposés au pillage et à Lesterps, il y avait de quoi piller… Pendant les dix jours qu’ils passèrent dans la ville, tout ce que les églises possédaient de sacré ou de précieux fut saccagé. Le mobilier fut enlevé et brûlé. Le monastère fut incendié et les religieux qui n’avaient pas pu s’enfuir furent tués. Seuls résistèrent à l’incendie une petite partie des bâtiments monastiques, l’église paroissiale et le clocher.

En 1569, on évalua à 6000 livres le montant des pertes subies, tant par l’Abbaye que par la ville. Arceau par arceau, les voûtes de l’église abbatiale commencèrent à s’effondrer, et pendant plus d’un siècle, le monastère ne fut que ruines et silence. C’était la fin de la grande époque de Lesterps.  

La ville elle-même se remit peu à peu de ses blessures, mais il fallut attendre 1654 pour que les premiers signes de vie se manifestent de nouveau dans l’Abbaye. Le 15 janvier 1654, elle fut réformée et unie à la Congrégation de France. Cependant, c’est seulement en 1669 qu’elle fut enfin complètement réorganisée. Entre temps, on avait restauré l’église abbatiale, remis à neuf les bâtiments conventuels, et tout remeublé.  Quand ce fut prêt, on y établit même deux chaires d’enseignement, l’une de philosophie, l’autre de théologie dont, au début, les cours furent bien suivis. Mais peu à peu, les bénéfices disparaissaient et il y avait de moins en moins de Religieux. Les offices claustraux n’étaient plus occupés de façon permanente. De plus les réparations avaient dû être insuffisantes car en 1738, l’église fut mise pour un temps en interdit parce que dangereuse.

En 1789 la Révolution épargna l’Abbaye, cependant, il n’y avait plus grand chose à épargner. Les religieux n’étaient plus que trois.

 En 1790, lorsque le premier maire de la ville fut élu, l’ensemble des bâtiments conventuels fut vendu comme « Biens Nationaux » et en 1804 la propriété de l’église fut donnée à la commune, puis en 1807 reprise par l’Etat, concrètement, par la Direction des Beaux Arts, dont les efforts se concentrèrent sur l’église paroissiale. Par contre, l’église abbatiale vit ses toitures et ses voûtes prendre l’eau, ses murs s’effondrer et à partir de 1815, servirent de carrière ou chacun put acheter des pierres. L’église paroissiale fut fermée par un mur droit la séparant de la partie en ruines. Plus tard, le mur droit qui constituait le fond de l’église fut remplacé par une abside semi-circulaire, plus en accord avec le style du monument. Le cimetière des Moines fut nivelé et l’emplacement en fut utilisé comme place publique, telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Bibliographie : « Lesterps, chef d’œuvre de l’art roman » -S Verpaalen-Bessaguet

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