Histoire de Lesterps et son Abbaye

« La
vue de Lesterps et de son haut clocher que l’on aperçoit de loin évoque une
histoire lointaine qui fait rêver le visiteur, comme si aux portes de ce
village il était en train de revenir dans le passé. »
L’histoire
de Lesterps se confond avec celle de son Abbaye, à la fin du Xe siècle, vers
975, lorsque le Seigneur de Chabanais, Jourdain Ier, fait don au Saint Siège
d’une chapelle nommée Stirpis située en ce lieu.
La
tradition prétend que Lesterps, au carrefour de deux voies romaines, aurait été
un lieu d’habitation depuis des temps fort reculés et même que les Normands, venus de la Vienne par un chemin
qu’on appelle encore « La Voie Normande », seraient remontés
jusqu’ici et s’y seraient livrés au pillage.
Lors
de la livraison de la chapelle au clergé, il s’établit donc à Lesterps une
communauté de Chanoines.
Vers
1040 un grand conflit avait éclaté entre
le Comte de la Marche et le Seigneur de Chabanais, descendant de Jourdain Ier,
qui voulait ignorer la donation faite autrefois para ses ancêtres et s’était
installé dans l’Abbaye de Lesterps. Mais Le Compte de la Marche vint
l’attaquer dans son repaire et l’affrontement fut terrible : 1700
Chanoines périrent et l’église
fut incendiée, ne laissant debout que la base du clocher et probablement la
base des murs de l’église. Le poche tel que nous le voyons aujourd’hui,
date donc d’avant cet incendie, étant un bel et rare exemple du style roman
de la fin du Xe siècle.
Gaultier
et un petit nombre de Chanoines effectuèrent alors des démarches auprès des
autorités pour obtenir un règlement pacifique du conflit et ils réussirent.
Le Comte de la Marche dut, en expiation, pourvoir aux frais de reconstruction de
l’Abbaye et y ajouta même d’importantes donations. Le Seigneur de Chabanais
fit de même. Gaultier ouvrit donc les portes du Chapitre à un certain nombre
de nouveaux Chanoines, car bien peu avaient survécu aux combats précédents.
Sous
la souple et intelligente direction de Gaultier se reforma une communauté dont
le prestige spirituel, allié à la richesse temporelle, ne tarda pas à attirer
une renommée qui dépassa vite les limites de la province. Les travaux de
reconstruction furent menés énergiquement mener. De cette étape datent les
trois étages supérieurs du clocher et de l’église, à peu près tels que
nous les voyons aujourd’hui.
En
1070 Gaultier trouva la mort et fut enterré dans l’église et canonisé.
Le
XIème siècle s’achevait et la tour du clocher et l’église étaient terminées
dans leurs rudes et pures lignes romanes.
Parmi
la longue série d’Abbés qui succédèrent à Saint Gaultier, l’Abbé
Ramnufle mérite de retenir l’attention. Depuis l’an 1105 il se vit confier
pour trente années les destinées de l’Abbaye. Il ne tarda pas à décider
d’agrandir l’église existante en y adjoignant une partie
qui en doublerait la longueur et qui serait réservée au Chapitre. Bâtisseur
inspiré, il dirigea la construction d’une splendide abside.
A
cette époque, et pour plusieurs siècles encore, l’Abbaye, pourvue de
nombreux bénéfices et de possessions s’étendant sur plusieurs diocèses, était
très riche. Tout autour, et bien protégée par elle, Lesterps commença peu à
peu à se développer. Depuis toujours, les habitants étaient libres de tout
hommage et la petite cité obtint bientôt des droits de ville. A partir du
XIIIe, elle s’entoura de murs doublés de fossés profonds et, à l’intérieur
des murs, au bord des ruelles étroites, se bâtirent des maisons à croisillons
de bois, dont quelques-unes existent encore, comme la « Maison du
Patrimoine » Une prison et deux portes de ville furent aussi construites.
Au XIXè siècle se voyaient encore les restes de l’une de ces portes, à
l’entrée de la route de Confolens. Et aujourd’hui, on vous parlera encore
de la Route des Fossés ou du chemin « Tras las Muraillas » (ce qui
signifie : Derière les murs).
L’abbaye
était florissante, ainsi que toute la ville, lorsque Campaignac, en novembre
1567, pénétra dans la ville, à la tête d’un détachement de 800 à 1000
hommes que l’Amiral de Coligny menait au siège de Poitiers. Les soldats,
fanatiques de leur cause, étaient tout disposés au pillage et à Lesterps, il
y avait de quoi piller… Pendant les dix jours qu’ils passèrent dans la
ville, tout ce que les églises possédaient de sacré ou de précieux fut
saccagé. Le mobilier fut enlevé et brûlé. Le monastère fut incendié et les
religieux qui n’avaient pas pu s’enfuir furent tués. Seuls résistèrent à
l’incendie une petite partie des bâtiments monastiques, l’église
paroissiale et le clocher.
En
1569, on évalua à 6000 livres le montant des pertes subies, tant par
l’Abbaye que par la ville. Arceau par arceau, les voûtes de l’église
abbatiale commencèrent à s’effondrer, et pendant plus d’un siècle, le
monastère ne fut que ruines et silence. C’était la fin de la grande époque
de Lesterps.
La
ville elle-même se remit peu à peu de ses blessures, mais il fallut attendre
1654 pour que les premiers signes de vie se manifestent de nouveau dans
l’Abbaye. Le 15 janvier 1654, elle fut réformée et unie à la Congrégation
de France. Cependant, c’est seulement en 1669 qu’elle fut enfin complètement
réorganisée. Entre temps, on avait restauré l’église abbatiale, remis à
neuf les bâtiments conventuels, et tout remeublé.
Quand ce fut prêt, on y établit même deux chaires d’enseignement,
l’une de philosophie, l’autre de théologie dont, au début, les cours
furent bien suivis. Mais peu à peu, les bénéfices disparaissaient et il y
avait de moins en moins de Religieux. Les offices claustraux n’étaient plus
occupés de façon permanente. De plus les réparations avaient dû être
insuffisantes car en 1738, l’église fut mise pour un temps en interdit parce
que dangereuse.
En
1789 la Révolution épargna l’Abbaye, cependant, il n’y avait plus grand
chose à épargner. Les religieux n’étaient plus que trois.
En
1790, lorsque le premier maire de la ville fut élu, l’ensemble des bâtiments
conventuels fut vendu comme « Biens Nationaux » et en 1804 la propriété
de l’église fut donnée à la commune, puis en 1807 reprise par l’Etat,
concrètement, par la Direction des Beaux Arts, dont les efforts se concentrèrent
sur l’église paroissiale. Par contre, l’église abbatiale vit ses toitures
et ses voûtes prendre l’eau, ses murs s’effondrer et à partir de 1815,
servirent de carrière ou chacun put acheter des pierres. L’église
paroissiale fut fermée par un mur droit la séparant de la partie en ruines.
Plus tard, le mur droit qui constituait le fond de l’église fut remplacé par
une abside semi-circulaire, plus en accord avec le style du monument. Le cimetière
des Moines fut nivelé et l’emplacement en fut utilisé comme place publique,
telle que nous la connaissons aujourd’hui.