A propos d’une rencontre ratée avec les extra-terrestres

 

 

Une farce débile, pour le plaisir.

 

Mark Chapman se réveilla avec la tête remplie de plomb. Sa dépression faisait encore des siennes. Il avait été, il n’était plus. Depuis que sa femme l’avait quitté pour un militaire, il avait renoncé à ses recherches scientifiques et se contentait des tâches administratives ingrates qui lui incombaient en sa qualité d’enseignant chercheur à l’Université du Massachusetts. La physique quantique, les découvertes stupéfiantes, les applaudissements dans les séminaires internationaux, c’était du passé, comme sa femme. Il devait tirer un trait, il en était conscient, mais il n’y arrivait pas. Et merde à ce monde pourri.

 

Ce matin, Mark alla boire son café dans la cuisine, histoire de conserver un minimum de routines, de celles qui rassurent inconsciemment l’homme dépressif dans sa capacité à vivre et peut-être un jour, à renaître. Puis il entendit le facteur. Il réalisa qu’il était déjà dix heures du matin. Décidément, il n’en avait plus rien à foutre de tout. Il traîna ses pieds jusqu’à la boîte aux lettres pour voir ce que ce connard de facteur avait bien pu lui ramener encore comme emmerdes.

 

Il y avait deux enveloppes, l’une blanche, banale, avec un tampon du Trésor Public, qui avait bien besoin d’argent, avec sûrement à l’intérieur un rappel concernant sa déclaration et la confirmation des pénalités dont il avait été menacé il y a un mois ; et une autre, plus originale, de couleur verte. Mark ne se rappelait pas s’être inscrit à une association écologiste, surtout que dans le contexte actuel, ça n’aurait pas servi à grand-chose. Il ouvrit l’enveloppe, qui vira au rose. Là encore, aucun souvenir qu’il se fut abonné à une quelconque revue érotique, ce qui aurait été plus utile ; il était tellement dans le cul du monde qu’il ne se rendait même pas compte que c’était une enveloppe bizarre. Le papier à l’intérieur était recouvert d’une encre turquoise très caractéristique de… de quoi au juste ? De rien du tout. Mark soudain fut intéressé par cette missive inhabituelle. Il rentra chez lui et se mit à la scruter plus avant.

 

L’expéditeur était : « Collectif de citoyens de la planète Flavius, Galaxie 125870E (dans votre nomenclature humaine) ». Mark n’en croyait pas ses yeux ; ça ne pouvait pas être une blague. Tout sentait l’authenticité ; l’odeur et la texture du papier, la couleur de l’enveloppe, le sceau au bas de la lettre, qu’il n’avait jamais vu ailleurs et qui était visiblement « interne » au document, un peu comme un hologramme sur un billet de banque, mais autrement plus fin et évolué. Il se saisit de la lettre avec sérieux et en lut le contenu :

 

« Cher habitant de la Planète Terre, bonjour,

 

Nous, citoyens d’une planète menacée de destruction, vous écrivons pour vous demander votre secours. Vous êtes le seul être vivant à pouvoir nous aider dans tout l’Univers.

 

Cette lettre que vous tenez entre vos mains a été rédigée dans votre langage à partir des documents audiovisuels qui nous sont parvenus par ondes radio à travers l’espace vide et infini qui nous entoure et nous sépare. Nous espérons que l’effort de nos traducteurs n’a pas été vain et que vous comprenez les mots imprimés sur ce papier. Si cette lettre vous a été expédiée par voie postale, c’est simplement parce qu’en raison d’une pénurie de pilotes experts et de scientifiques, notre civilisation n’est plus en mesure de fabriquer et d’envoyer des vaisseaux dans l’espace. »

 

Mark fronça les sourcils.

 

« Cette régression incommensurable est due aux problèmes climatiques très graves que connaît notre planète ; puisque nous sommes obligés de vivre en sous-sol, les individus ne s’engagent plus dans les formations aux métiers qui permettaient auparavant à notre peuple de rester en contact avec le reste de l’Univers, dont vous, êtres humains de la planète Terre, peuple éclairé duquel nous avons appris l’existence à l’aube de la période dramatique que nous endurons sur Flavius.

 

Laissez-nous vous expliquer la situation : dans 280 000 années terrestres, l’étoile qui se trouve à proximité de notre planète atteindra sa taille maximale, ce qui signifie que nous serons exposés à des températures de plus en plus élevées et donc, que notre espèce disparaîtra certainement. Malgré nos efforts d’adaptation, il nous apparaît désormais comme improbable que nous puissions survivre à une telle vague de chaleur.

 

Nous savons que votre espèce bénéficiera d’un climat favorable pour 3 650 000 années terrestres encore. Les us et coutumes décrits dans vos émissions radiophoniques et télévisuelles nous ont convaincu de l’aptitude générale de votre civilisation à nous venir en aide. Mais si nous faisons appel à vous, Mark Chapman, en particulier, c’est en raison de vos connaissances étendues dans le domaine thermique et nucléaire. Vous seul pouvez mener à terme ce projet de sauvetage, qui exige un savoir important sur les questions de climat. De plus, après avoir observé vos talents exceptionnels d’orateur sur les documents que nous avons collecté à votre propos, nous pensons que vous êtes le seul à pouvoir convaincre vos semblables de mettre au point les boucliers dont nous avons besoin pour protéger notre habitat, et les vaisseaux spatiaux indispensables à leur transport. Nous estimons à 10 000 années terrestres le temps nécessaire pour réaliser ce projet. »

 

Mark déchira la feuille en deux et la jeta dans la poubelle, sans lire le post-scriptum qui précisait comment cette lettre pouvait être parvenue jusqu’à son domicile. « Quelle connerie ! J’ai vu mieux comme canular ! », pensa-t-il.

 

280 000 ans plus tard, la dernière bactérie présente sur Flavius s’éteignit dans l’indifférence générale. Cela faisait longtemps que la guerre thermonucléaire mondiale s’était achevée sur Terre.

 

Retour à l’index

Hosted by www.Geocities.ws

1